CHAPITRE VIII
Le travail des champs et le village.
Longtemps, au moins jusqu'à la dislocation de leur unité préhistorique, les Slaves ne pratiquèrent le travail des champs qu'avec une certaine mobilité. Ils n'étaient pas fixés de façon stable sur le sol qu'ils cultivaient ; ils allaient d'un endroit à l'autre, par familles et par clans, cherchant toujours, suivant les régions, de nouveaux emplacements à défricher ou de nouveaux pâturages pour leurs troupeaux. Ils habitaient — ou du moins avant les migrations, une masse importante d'entre eux — dans un pays peu favorable à l'agriculture, où la terre était couverte d'eaux ou de forêts profondes (le Polësje et la Russie centrale). Ils n'avaient, pour vivre là, d autres ressources que la chasse, la pêche, l'élevage des abeilles et leurs troupeaux ; le travail des champs, au Xe siècle, était encore insignifiant dans cette région. Là où la terre s'y prêtait, ils savaient depuis longtemps la travailler et la rendre féconde, mais sans s'attacher, au moins à l'origine, à un seul et même champ. Ils allaient de place en place, mais ils n'étaient pas des nomades, au sens véritable du mot, tels, par exemple, que les Scythes et les Sar mates : ils différaient de ceux-ci en ce qu'ils ne passaient pas leur vie à cheval ni dans des chariots, au milieu de leurs troupeaux, mais menaient simplement une existence quelque peu mobile d agriculteurs et de chasseurs. Tacite les avait déjà signalés à juste titre, en même temps que les Germains dont le genre de vie était pareil, comme distincts des nomades véritables, les Sarmates « in plaustro equoque viventibus » \
Ces mouvements et les déplacements d'habitat continuels ont déterminé le développement des Slaves et leur dispersion hors de l'habitat primitif. Ils ont persisté d'ailleurs, comme une sorte de glissement lent, jusque vers le VIe siècle 2. Ce n'est qu'à cette époque que les Slaves commen-
1 Tacite, Germania, 46.
~ Tacite signale que les Venedi construisent bien des maisons, mais se meuvent (« pererrant») sur des grandes étendues (Germ., 46) entre la Finlande et les monts Carpathes. De même encore, au VIe siècle, Prokopios note que les Slaves habitent éparpillés dans des cabanes el changent l'emplacement de leur séjour (III, 14); et, un peu plus tard, Léon (Tactica,
cèrent à se stabiliser. Les grandes migrations touchaient à leur fin ; une situation nouvelle se dessinait dans l'Europe centrale et orientale. Les Slaves se trouvaient en contact avec des voisins plus civilisés, pratiquant le travail des champs de manière rationnelle et suivie. D'autre part, les attaques des Awars, puis le joug que ceux-ci leur imposèrent, les contraignaient à une plus grande cohésion et rendaient nécessaire la construction de centres fortifiés. La seconde moitié du premier millénaire de l'ère chrétienne nous offre en effet, sur les territoires occupés par les Slaves, quantité d enceintes fortifiées entourées de palissades et de remparts : c'étaient là les points de résistance que se préparaient les clans et les tribus, passant ainsi d'une existence mobile à une existence sédentaire dans des habitats fixes disposés autour des enceintes sous la forme de petites agglomérations de quelques bâtiments ou de villages entiers. Les Slaves commençaient alors à cultiver de façon durable le même sol, ou plus exactement à échanger entre eux les mêmes champs dans une aire déterminée, jusqu'au jour où cette manière de faire, dont il existe encore aujourd'hui quelques survivances \ disparut à son tour pour faire place au système de la résidence absolument fixe, suivant lequel chacun avait le lot permanent que la commune lui avait assigné et qu'il avait lui-même gagné par son travail. Toute famille avait sa maison avec les dépendances (dvorû), son champ, et le droit de pâture et de chasse sur toute l'étendue de la commune. Cette transformation s'est accomplie entre le VIe siècle et le IXe. Ce n'est qu'alors que le Slave est devenu un agriculteur sédentaire, tel que le représentent les conceptions littéraires du début du XIXe siècle, et encore ne l'est-il devenu à cette époque que là où le sol le permettait. Ainsi, dans des régions comme la Russie centrale et sur les bords de la Baltique, l'agriculture, au Xe siècle, n avait encore aucun développement2.
La mise en valeur de la terre variait d'un pays à l'autre. Là où il y avait suffisamment de sol arable (par exemple, dans la région des terres noires
XVIII, 79, 106) constate que les Slaves, avant de passer le Danube et de gagner les Balkans, vivaient à l'état nomade (vo(!ocStx£>; , aimant ce libre genre de vie. En Bohême le chroniqueur Christian conservait aussi le souvenir de cette existence, et nous voyons également par la lettre de fondation de Tassilo, en 777, le nouveau genre de vie remplacer l'ancien (Christian, éd. Pekar, p. 184 ; Schumi, Archiv fur Heimatskunde, I, 4 ; Ziv. star. Slov., III, P. 17).
1 En certains endroits du Polësje russe, le staroste, de nos jours encore, partage le sol tous les trois ans entre les paysans de la commune (G. Kyrie, Mittheil. der anthrop. Gesellschafl in Wien, 1918, p. 144).
2 Ziv. star. Slov., III, p. 10.
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Fig. 56. — Araires slaves sans bois glissant.
(I, III : Pologne ; II : Ukraine ; IV : Nord de la Bohême ; V : Valachie morave ;
VI : Russie blanche ; VII, VIII : Slaves des Alpes ; IX : Herzégovine).
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Fig. 57. — Araires slaves au bois glissant.
(I : Mecklembourg ; II : Bohême ; III : Moravie ; IV : Styrie ; V : Slavonie ;
VI : BohSme centrale ; VII-IX : Monténégro ; X-XII : Bulgarie ; XIII-XIV : Ukraine).
LE LABOURAGE
de la Russie du Sud), la culture était chose facile, car le sol n'exigeait pas de grands travaux jusqu'à la moisson. Mais là où il fallait labourer un terrain pierreux et couvert d'arbres, la tâche était considérable. Les paysans accomplissaient la conversion de pareils terrains en sol arable en brûlant les arbres et en défrichant la terre, ainsi que l'attestent une foule de noms de lieux qui se rapportent à ces opérations * ; la cendre servait au surplus à améliorer le sol.
Fig. 58. — Araires préhistoriques : 1. Bohuslàn ; 2. Dôstrup ; 3. Dobrohost ; 4. Papôw.
Le labourage.
On cultivait d'abord le sol à l'aide d'instruments manuels, la pioche et laîbêche, qui sont demeurées les outils principaux pour le défrichement de la forêt et la culture du jardin. Leur forme, pour autant qu'elles étaient en fer, ne différait pas sensiblement de ce qu'elle est aujourd'hui ; elles étaient d'ailleurs souvent tout en bois 2.
Mais à côté de ces outils, il avait été inventé, de bonne heure, des instruments particuliers spécialement destinés à un ameublissement plus perfectionné du sol. On les appelait dans l'antiquité, non seulement dans le domaine slave, mais déjà dans le domaine indo-européen, d'un nom tiré de la racine indo-européenne ara- : (cf. grec aporpov, lat. aratrum, irlandais arathar, vieil islandais arthr, lit. ar^las (de *artîas) et vieux-slave rah (de
1 Voir Ziv. star. Slov., III, pp. 28 et suiv., et 33.
2 Ibidem, III, p. 36.
*ortlo « araire ») ; le verbe slave était orati « labourer », qui a donné les dérivés orac, rata], ratar « laboureur ».
L'instrument servant primitivement à labourer la terre n'était qu'un morceau de tronc avec sa racine retournée en forme de croc et taillée en pointe. Mais, vers la fin de l'époque païenne, c'était déjà un instrument plus perfectionné, et qui devait garder sa forme essentielle jusqu'à nos jours, où on l'utilise encore dans les pays slaves. On l'appelle chez les Slaves de l'Est et du Sud oralo ou ralo et chez ceux de l'Ouest radio « araire ». Le mot est attesté dans les textes les plus anciens, à côté de sa traduction latine uncus (germ. hacke), comme antérieur à la charrue (aratrum) : un seul cheval ou bien une paire de bœufs suffisaient à tirer l'araire, alors que la charrue exigeait deux chevaux ou deux paires de bœufs \ Cet araire comprenait, outre le simple crochet de bois, d'autres parties dont certaines nous sont attestées dès le Xe siècle, à savoir à l'extrémité du crochet, une sorte de soc ou bêche pointue en fer {ralnik. ou lemes) et, à la partie inférieure du tronc, deux timons permettant de tenir et de diriger l'instrument ; les autres parties qu'il offre aujourd'hui doivent être tenues pour des additions postérieures 2. Les trouvailles archéologiques et les représentations anciennes que nous possédons permettent de se faire une idée de ces anciens araires légers. Outre les échantillons germaniques de Dostrup en Jùtland et les sculptures de Bohuslân en Suède, il a été trouvé un radio en pays slave, dans une tourbière de Papow près de Torurï, mais l'âge en est incertain ; un autre échantillon a été trouvé à Dabergotz, dans le Brandebourg : il appartient vraisemblablement à la période slave. Sur la fresque de la chapelle de Znojmo (commencement du XIIIe siècle), Premysl se tient debout à côté d'un araire de ce type. On a, de plus, trouvé fréquemment en Bohême des socs en fer (ralnik) d'araires, et de même, en dehors de ce pays, dans des couches accusant le type de civilisation des Xe et XIe siècles3.
1 Voir les chartes des XIe et XIIe siècles mentionnées dans Ziv. star. Slov., III, p. 42. Parfois cependant le slave radio est lui-même traduit dans les sources latines par aratrum, mais il est alors accompagné des adjectifs parvum ou slavicum destinés à le distinguer de la charrue : aratrum magnum. Voir une charte de Poznan de 1262 et une autre de 1288 {Ziv. star. Slov., III, p. 43). Dans la première nous lisons : « pro aratro parvo quod radio dicitur lapidem cere pro magno autem, quod plug nominatur duos lapides cere persolvat ' . La charrue fournissait un double travail, et c'est pourquoi elle était frappée d'un impôt deux fois plus élevé.
2 Voir les charrues reproduites ici (lig. 56, 57) et dans Ziv. star. Slov., III, p. 44.
3 Voir les reproductions dans Ziv. star. Slov., III, pp. 48-53.. La fre>q e de Znojmo est reproduite en couleurs au frontispice du tome III.
LE LABOURAGE
La charrue proprement dite (slave plugù), tant ancienne que moderne, se distingue de l'araire en ce qu'elle est munie par devant de deux roues
Fig; 59. — 1 . Le prince Pramysl à son araire (chapelle de Znojmo). — 2. Araire du calendrier des Carmina Salisburgensia (ixe siècle).
et porte en avant du soc un coultre (cereslo, certadlo) qui fend le sol et facilite ainsi la tâche du soc. Enfin le soc (radlica) est disposé de manière à
Fig. 60. — Socs d'araires slaves préhistoriques : 1. Moravie; 2. Silésie ; 3, 4. Russie ; 5. Bohême.
non seulement fendre la terre, mais encore à l'arracher et à la retourner, en quoi il est aidé par une planchette qui lui est adjointe et qui porte en
russe le nom expressif de otvalù1. La transformation de l'araire en charrue marque un grand progrès :elle procède d'une évolution dont pour l'Europe centrale nous n'apercevons pas les détails, mais il n'est pas douteux, à tenir compte des textes, des trouvailles archéologiques et des miniatures, que la charrue munie des roues et du coultre (culter) était déjà une acquisition de la civilisation romaine et que c'est par celle-ci qu au début du Moyen Age, au plus tôt, elle a passé aux Germains du Danube et du Rhin et, grâce
Fig. 61. — Coultres et socs romains des musées de Zagreb, Ljubljana et Sarajevo.
à ces derniers, vers l'époque carolingienne, aux Slaves de l'Ouest, puis, gagnant de proche en proche, aux Slaves de 1 Est.
La question de l'origine de la charrue slave a été cependant l'objet de nombreuses discussions. Tels savants, comme Grimm, Krek, Jagic et, au début, J. Peisker voyaient dans la charrue une invention slave indigène que les Allemands auraient empruntée aux Slaves (pflug au slave plugu). Par contre, tels autres (Schrader, Uhlenbeck, Rhamm, Janko, Briickner, etc.)
1 Les charrues les plus anciennes ont encore le soc symétrique et non pas, comme par la suite, asymétrique.
LE LABOURAGE
la tiennent pour un produit de la civilisation germanique l. La relation linguistique entre pflug et plugû, qui joue ici un rôle important,
Fig. 62. — Socs asymétriques, vraisemblablement romains, trouvés en Bosnie (nos 5-6 : spatules de fer).
Fig. 63. — Charrue de la tapisserie de Bayeux et d'un manuscrit français du XIIe siècle
(d'après Soph. Muller).
est ambiguë, car les deux partis en tirent argument. Mais tous les autres éléments dont nous disposons, représentations des plu^ anciennes charrues, trouvailles de coultres à côté de socs provenant de provinces de l'Empire
1 Voir les détails dans 2iv. star. Slov., III, p. 75.
romain, témoignages d'auteurs anciens, Pline, Virgile, Varron, Palladius, concourent à établir de façon indéniable que, dès l'époque impériale, la charrue était en usage dans les provinces romaines du Nord1. Il n'y eut évidemment de charrue parfaite que le jour où le soc symétrique devint asymétrique, et surtout lorsque l'appareil fut modifié de telle sorte qu'il pût par lui-même creuser et retourner la terre sans l'aide de la planchette (otvalù). Nous ne savons pas au juste à quelle époque rapporter ces derniers perfectionnements. Les trouvailles slaves les attestant sont seulement de la fin du XIIIe siècle et du commencement du XIVe (découvertes faites dans le fort de Semonice en Bohême) ; je ne connais pas de trouvailles germaniques plus anciennes2.
Le Musée de Sarajevo renferme bien quelques échantillons de socs asymétriques qui semblent être de l'époque romaine, mais dont, à dire vrai, l'origine romaine est encore à démontrer. Il est frappant, pourtant, que ce soit dans une province romaine des Balkans que le soc asymétrique apparaisse pour la première fois. Nous en devons conclure, bien que sous réserve du démenti que pourraient apporter de nouvelles trouvailles, que c'est encore à la civilisation romaine qu'est dû même ce dernier perfectionnement de l'araire devenu charrue, et que c'est par la colonisation romaine que le nouvel instrument a pénétré chez les Germains du Rhin, puis, de chez ceux-ci, à l'époque carolingienne, chez les Slaves. Ainsi s'explique la distinction mentionnée plus haut entre Yaratrum magnum des colons allemands et Yaratrum slavicum quod radio dicitur. Dans ces conditions, nous devons supposer que le slave plugù est emprunté au vieil allemand plog, pluog, pflug, et non pas l'inverse. Seuls, les Slaves du Sud, arrivés dans les Balkans durant les VIe et VIIe siècles, ont pu connaître la charrue à date plus ancienne et sans intermédiaire ;
Fig. 64. — Soc, spatule et coultre de la fin du XIIIe siècle trouvés à Semonice (Bohême).
1 Voir Daremberg-Saglio, Dkt., I, p. 356 ; Varro, De re rustica, I, 29 ; Pline, XVIII,
171, 173 ; Virgile, Géorgiques, I, 169-175 ; Palladius, I, 43 (2iv. star. Slov., III, pp. 63-64).
Ibidem, p. 74. On a trouvé, dans un vieux village slave près de Neuendorf (West.
Havelland), au fond d'une fosse, une espèce du soc triangulaire en fer, mais 1 âge en est
incertain.
LE LABOURAGE
cette présomption semble confirmée par la Vie de saint Clément, où nous lisons que, vers l'an 900, ce premier évêque d'Ochrid apprit aux Slaves de la Macédoine sud-occidentale à mieux travailler leurs terres l ; mais le texte invoqué ne nomme pas formellement la charrue.
Pour mettre en action l'araire ou la charrue, il fallait une force qui les fît avancer, et une force d'autant plus grande que le soc devait en même
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Fig. 65. — Jougs de bœufs : 1. Moravie; 2. Ukraine; 3. Drawehn (Lûnebourg) ; 4. Russie Blanche ; 5. Bulgarie ; 6. Herzégovine.
temps pénétrer dans la terre. On avait recours, à la fin de l'époque païenne, à des animaux de trait, bœufs ou chevaux. Un cheval ou deux bœufs suffisaient pour l'araire ; il fallait pour la charrue, qui était plus lourde, une paire de chevaux ou deux paires de bœufs. Les chevaux étaient attelés au timon à l'aide de sangles qui leur prenaient la poitrine, ou bien à l'aide d'une sorte de collier en cuir auquel on donnait le nom de chomutû, atteste déjà dans des textes de Bohême du XIe siècle et commun à toutes les langues slaves, mais cependant d'origine obscure 2. Sur les épaules des bœufs on
1 Vita démentis, 17, 18. 23.
2 Voir 2iv. star. Slov., III, p. 82.
plaçait un joug appelé en vieux slave ïgo (le mot est indo-européen commun), ou encore jarïmù l ; nous ne connaissons pas de différence essentielle entre ces deux appellations qui apparaissent l'une et l'autre aux Xe et XIe siècles. Les animaux étaient stimulés par le moyen d'un aiguillon (si. ostïnù) ou d'une mince spatule de fer (si. otka « curoir ») dont le cultivateur se servait pour nettoyer 1 oreille de la charrue.
Le labourage se faisait par sillons. La forme des sillons était variable, suivant qu'on employait la charrue ou l'araire, car l'araire creusait la terre tout simplement alors que la charrue la retournait d'un côté2. Le champ tout entier était divisé en « planches » (lécha, zagonû). Il est encore à remarquer que l'araire permettait de labourer en long et en large, et par là d'obtenir des parcelles plus larges et de forme quadranguîaire ; la charrue, au contraire, qui creusait de profonds sillons tournés d'un seul et même côté, déterminait la formation de parcelles plus longues qui prirent au Moyen Age, en Allemagne, la forme de longues bandes. Les Slaves adoptèrent ce système de bandes en même temps que le type de charrue allemand.
Le labourage donna naissance chez les Slaves à diverses mesures de surface désignées par divers noms. A la mesure primitive par « pas »3 vint s'ajouter celle de l'espace labouré par gonîî, c'est-à-dire par la distance qu'un animal pouvait parcourir d'un seul trait en traînant la charrue. D'autres unités de surface furent mises en cours par les laboureurs, à savoir le poradlie et le popluzie, c'est-à-dire la quantité de terre labourée avec la charrue ou l'araire durant une journée, ou simplement durant une matinée (cette dernière s'appelait jutro, d'après l'allemand Morgen). A partir du XIIe siècle, où commença la grande colonisation allemande des pays slaves, et avec elle l'introduction des codes germaniques, les anciennes mesures slaves se trouvèrent éliminées par le lan ou arpent allemand (cf.
1 Ibidem., III, pp. 79 et suiv.
2 On broyait les grosses mottes de terre avec la herse (brana). Celle-ci, qui n'était originellement qu'un arbre auquel on avait laissé quelques branches pointues, se composait, dès avant le XIIe siècle, d'un châssis muni de chevilles de fer ou de bois qu'on traînait sur le champ. C'est probablement d'Italie que cette dernière forme de herse était venue dans le Nord {Ziv. star. Slov., III, p. 86).
3 Les petites mesures de longueur furent d'abord empruntées à la main et au bras de l'homme (doigt, paume de la main, coude, écartement des deux mains étendues) ou eu pied (pas, plante du pied), toutes mesures auxquelles se joignirent plus tard des cordes et des baguettes de longueur déterminée dont on trouve mention depuis le Xe siècle (Ziv. star. Slov., III, p. 91). Des arpenteurs sont signalés en Bohême au XIe siècle. L'agriculture romaine exerça une forte influence sur le développement des mesures agraires.