LES SEMAILLES
Jat. îaneus, à côté de mansus, pour l'allemand hôba, hube), dont la valeur variait suivant les régions.
Les semailles.
Le sol ainsi labouré était cultivé, dès le Xe siècle, par les Slaves de l'Ouest et des Alpes suivant le régime triennal, tel que le pratiquaient depuis longtemps Germains et Romains (c'est-à-dire le système suivant lequel on sème dans le même champ une première année, en automne, froment, seigle, — et la seconde année, au printemps, avoine, orge, — en laissant le sol en jachères durant la troisième année). En était-il de même chez les Slaves des Belkans et de l'Est? Nous ne pouvons le démontrer, mais c'est chose probable, car les expressions ozimû « blé semé en automne », jarï, jarina « blé de printemps » sont anciennes (on les trouve en Russie dans les plus anciens documents du XIIe siècle) x et de plus communes à toutes les langues slaves.
Comme céréales, on semait à cette époque le blé (pïsenica) et sa variété pyrù -, le seigle (rùzï), l'avoine (ovïsû), l'orge (j{cïmy) et surtout le millet (proso : " panicum milhaceum, panicum italicum ») qui est attesté comme l'aliment principal des Slaves à partir du VIe siècle et même en Hongrie, à proprement parler, depuis le Ve siècle, par le rhéteur Priskos 3. La seule prière de l'époque païenne dont Ibn Rosteh nous ait conservé textuellement les paroles contient précisément la demande d'une bonne récolte de millet 4. Par ailleurs, les Slaves du Polësje, où la culture des céréales était ingrate, se nourrissaient des fruits d'une herbe, la glyceria fluitans, qui croissait en quantité dans ce pays d'où elle était exportée encore au XIXe siècle. Entre autres plantes, on cultivait aussi les pois, les lentilles, le lin, le chanvre et quelques plantes enccre djnt nous avons parlé plus haut 5.
Les céréales étaient fauchées à l'aide soit de la faucille, comme nous le prouvent une foule de découvertes faites dans des tombes d hommes et de femmes, soit de la faux. Les deux instruments étaient déjà très semblables à ceux que nous avons aujourd'hui 6. On coupait les tiges tantôt
1 Voir les textes dans Ziv. star. Slov., III, p. 31.
2 Quant aux textes, voir Ziv. star. Slov., III, pp. 93 et suiv. Le mot zito était à 1 origine un terme désignant les céréales en général, et ce n'est que plus tard qu'il est passé dans certains pays au sens de seigle ou de froment.
3 Sur cette relation de l'an 448, voir Manuel de l'antiquité slave, I, p. 52.
4 Harkavi, Cuasaiiifl, p. 215.
6 Voir ci-dessus, pp. 33, 35.
6 Voir Ziv. star. Slov., III, pp. 102 et suiv.
par le milieu, tantôt à ras de terre. Les épis étaient mis en gerbes qu'on réunissait ensuite en meules (si. stogù) ou qu on mettait dans les granges1. Puis on battait les céréales sur l'aire (gumïno, tohu) au moyen de fléaux (sing. cepii), ou encore on les faisait fouler par les sabots des animaux.
Fig. 66. — Faucilles préhistoriques de l'époque romaine à l'époque slave :
1, 7. Bohême ; 2, 3. Carnumtum ; 4. Cologne ; 5, 6. Aboba ; 8, 10, 11, 12. Russie ;
9, 14. Régions slaves de ! Allemagne ; 13. Lithuanie ; 15. Hongrie.
La balle était ensuite séparée du bon grain au moyen du van. On mesurait enfin le produit de la récolte dans des récipients en bois que les sources des XIe et XIIe siècles nomment ordinairement mêra (mërica) ou kpricï, appellations correspondant au latin mensura ou modius 2.
Ainsi trié, le blé était porté au mculin, ou bien on le broyait dans des
1 Voir plus haut, p. 114.
2 Ibidem, III, pp. 110-111. Il est également question d'autres mesures plus ou moins grandes. On mesurait aussi par chariots (canada frumenti).