L ELEVAGE DES ANIMAUX DOMESTIQUES
à partir du Xe siècle. Des moulins à eau sont attestés pour la Bohême et les Slaves baltiques depuis le XIIe siècle \
Les Slaves avaient pour occupation agricole essentielle la culture des céréales. Leur vie tout entière tournait autour du labour, des semailles et de la récolte, et une grande partie des rites religieux se rapportait aussi à ces travaux, comme nous le savons déjà. La culture des légumes et des fruits passait au second plan. Nous savons aussi, par le chapitre de l'alimentation, quels étaient ces légumes et ces fruits2. Il faut constater seulement qu'une fois de plus c est à la civilisation romaine, par l'intermédiaire germanique, que les Slaves de l'Ouest avaient emprunté l'art de sélectionner les fruits3, tandis que les Slaves de l'Est le devaient à Byzance qui exportait ses fruits rares jusqu'en Russie 4. C'est aux mêmes influences que les Slaves sont redevables de la culture de la vigne. Les Slaves des Alpes et des Balkans l'avaient adoptée les premiers pour les besoins de l'Eglise chrétienne (textes des VIIIe et IXe siècles), puis, après eux, les Slaves de l'Ouest (textes des Xe et XIe siècles pour la Bohême et l'Allemagne centrale, du XIIe siècle pour la Pologne et la Poméranie). Quant aux Russes, les témoignages dont nous disposons sont aussi des Xe et XIe siècles, mais il est probable que ceux-ci connaissaient la vigne bien auparavant, car les mots vino, vinogradù ont été empruntés aux Goths aux IIIe et IVe siècles. Les documents anciens relatifs à la vigne font aussi mention de pressoirs à raisin, d'origine probablement italienne, et de vignerons de métier. Dans une instruction russe de Théodose, du XIe siècle, il est également question d'un pressoir destiné à extraire l'huile de lin et d'oeillette : « tomilio Maaflbuoe » 5.
L'élevage des animaux domestiques.
L'élevage existait en Europe dès l'époque néolithique et remontait à l'antiquité indo-européenne. Il n'est donc pas étonnant que les Slaves connussent depuis longtemps les animaux domestiques. De fait, le vocabulaire vieux-slave est riche en appellations les désignant, et, vers la fin
1 Voir les textes dans Ziv. star. Slot)., III, pp. 119-120.
2 Voir plus haut, p. 35.
3 Ziv. star. Slov., III, pp. 124 et suiv.
4 Voir Chronique, aux années 907, 969 (version Laurentine, 31, 66). Voir aussi comment saint Clément, évêque d'Ochrid, enseigna aux Slaves bulgares à planter la vigne (Vita démentis, 17, 18, 23).
5 Ziv. star. Slov., III, pp. 126-130 ; c'est l'instruction de Théodose 0 i;;i:îihi\ i. BoîkiHX'b.
de 1 époque païenne, l'élevage du bétail est attesté tant par plusieurs sources historiques que par les découvertes de nombreux ossements qui ont été faites sur l'emplacement des habitations et dans les tombes de cette époque1. Il ne saurait donc y avoir de doute sur la pratique de l'élevage du bétail et sur sa diffusion ; J. Peisker fait complètement erreur lorsqu'il les récuse chez les Slaves avant le Xe siècle et en fait une sorte de monopole de leurs voisins et maîtres, les Germains et les Turco-Tatars 2. Il va de soi, d'ailleurs, que l'élevage du bétail n'était pas l'occupation unique, ni même principale, des Slaves à cette époque, et qu'il s'appliquait plus volontiers à tels ou tels animaux suivant les régions.
Les animaux que les Slaves élevaient étaient : le cochon {veprï, prase, svinïja), la brebis, le mouton, le bélier (ovû, ovïca, baranû, jarû, jagnç), le taureau, le bœuf, la vache (turû, hy\ù, volû, brava, telç, unû, jalovica) et le cheval (konï, orjï, komonï, kobyla, zrëbç) 3.
Le cheval est attesté chez tous les Slaves. Il était même très répandu dans certaines régions. Ainsi, en Silésie et en Poméranie, il y avait beaucoup de chevaux sauvages ; de même, dans la Russie centrale, où, au XIe siècle encore, le grand prince Vladimir Monomaque capturait à la chasse das troupeaux entiers de chevaux dans les environs de Cernigov i. Le cheval était utilisé pour les travaux des champs, mais il servait surtout de monture. La cavalerie, nous le verrons, constituait partout une partie importante de 1 armée slave, et des détachements slaves montés figuraient même dans l'armée byzantine5. Ibrâhîm ibn Ja'kûb rapporte qu'à Prague, au Xe siècle, on fabriquait des harnachements remarquables pour les chevaux6.
Il y avait naturellement plus de bœufs que de chevaux. Aristote en signalait déjà l'existence dans le pays des Neurs ; Maunkios, au VIe siècle, confirme qu'ils étaient nombreux chez les Slaves 7 ; et aux Xe et XIe siècles les témoignages historiques et archéologiques sur ce point sont nombreux chez tous les Slaves. L'élevage des bœufs était d'une importance particulière pour la traction agricole. On élevait davantage encore de moutons et de
1 Voir l'énumération des textes et de; trouvailles dans Zw. star. Slov., III, pp. 132-146.
2 Voir plus loin, p. 201, et plus haut, p. 31.
3 On trouvera d'autres détails linguistiques dans 2iv. star. Slov., III, pp. 151-152.
4 Voir Herbord, II, 41 ; Fontes rerum bohemicarum, II, p. 216 ; Chronique, version Laurentine, 242, à l'année 1096, etc.
5 Voir Prokopios, B. G., I, 27; Michel le Syrien, Chronica, XI, 15. Voir plus loin, chap. XI, p. 263, note 7.
6 Ibrâhîm III, I, 4 (éd. Westberg, 53).
7 Claudius Aelianus, (lut ![6u>v, V, 27 ; XVI, 33 ; Maurikios, XI, 5.