‹ Manuel de l'antiquité slave (volume 2)Chapitre 48 sur 90 · L APICULTURE, LA PECHE ET LA CHASSE · texte numérisé non relu

L APICULTURE, LA PECHE ET LA CHASSE

transcarpathiques, renommés depuis les temps préhistoriques par leurs abeilles et leur miel. Hérodote en faisait déjà mention, et Pausanias assurait que le meilleur miel importé en Grèce venait du pays des Alazones sur le Dniester1. Il en était de même à l'époque historique, et les Slaves ont conservé cette réputation, pour une bonne part, jusqu'à nos jours. La population transcarpathique 2 élevait les abeilles soit en forêt, dans des arbres creux marqués par le propriétaire d'un signe spécial, soit encore au voisinage des fermes dans dés troncs creux débités en morceaux et qui portaient le nom d'u/y eu de bùrtï. La grande richesse en miel des Slaves de la Russie du Sud frappait Kardîzî qui rapporte qu une seule ruche fournissait cinquante, soixante et jusqu'à cent mens de miel. Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, que le miel et du même coup la cire fussent devenus

un des principaux articles d'exportation des pays slaves 3, ni qu'ils constituassent une partie des redevances en nature que les Slaves payaient aux seigneurs allemands4, ni encore que le miel, sous forme d'hydromel fermenté, fût la boisson principale, ainsi que nous l'avons vu précédemment5. A partir du XIe siècle, les chartes mentionnent, auprès des villages, des ruchers communs entourés d'une clôture, « horti apum, mellificia », et bientôt apparaissent aussi des apiculteurs experts dans l'élevage des mouches à miel (bortnilzûj .

La pêche, dans certaines régions riches en eau, était la première des industries. Le poisson était très abondant : on le péchait soit à l'aide d'un hameçon

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Fig. 71. — Tronc d'arbre servant de ruche en Polësje.

1 Hérodote, V, 10 ; Pausanias, I, 32, 1 .

2 Ziv. star. Slov., III, p. 165.

3 Voir plus loin, chapitre X, p. 240.

4 Parmi les redevances payées par les Slaves en Allemagne, en Bohême et en Pologne, la mention revient constamment de « patena mellis, urna mellis, situla mellis >', parfois aussi « lapis cerae ». Un riche Slave du ressort de l'abbaye de Nienburg se voit obligé de payer une redevance de cent vaisseaux de miel et deux chariots de poisson. Voir les textes dans Ziv. star. Slov., III, pp. 163-164.

5 Voir plus haut, pp. 37-38.

(si. oda, odica), de tout point semblable au nôtre, soit encore, au clair de lune, au moyen d'un harpon aigu (si. ostï) à une ou plusieurs dents, soit enfin avec des filets ou des nasses en osier qui, eux non plus, n'étaient pas 1res

différents de ceux dont on se sert aujourd'hui. L'archéologie ne nous en a pas conservé, mais nous savons par les textes qu'on avait également plusieurs sortes de filets dès les Xe et XIe siècles (nevodû, vlakû, mrëza, sëtï) ; de même, les nasses en osier sont très anciennes, et vrsa est un ancien terme lituano-slave1. De plus, on savait attirer et prendre le poisson dans des constructions spéciales en bois placées dans la rivière (slupù, odra), que les documents latins de la Bohême et du Brandebourg, au XIIe siècle, désignent par les noms de « pâli, tractus, tractiones, gurgusta seu piscaturae », et aussi « piscatoria, saepes, crates, piscina, clausura piscium »2.

Les poissons se vendaient soit frais, soit conservés ; nous savons, en effet, par la Chronique de Gallus (à l'année 1107) qu'on salait les poissons, par Ebbo qu'on les séchait pour l'hiver ; et il est vraisemblable que déjà l'on pratiquait aussi le boucanage. Nous ne connaissons pas, par ailleurs, les méthodes employées pour la conservation du poisson, mais elles ne différaient pas probablement de celles qui sont encore employées dans ces régions 3.

Il est inutile de s'étendre sur la chasse. On chassait tout ce qui pouvait fournir un aliment ou une bonne fourrure, les peaux étant également un

Fig. 72. — Harpons anciens et modernes provenant : 1, 2) du gouvernement de Pétersbourg ; 3) du gouvernement de Viadimir, 4) de Ljucin ; 5) des Carpathes de Gahcie.

1 Ziv. star. Slov., III, pp. 178-181.

2 Ibid., III, pp. 182-183. A partir du XIIe siècle, il existe une quantité de témoignages concernant l'existence de pêcheurs de profession.

3 Gallus (Bielowski, Mon. Polon. h.ist., I, p. 447) ; Ebbo, III, 4. Voir aussi ce qu'écrit Hérodote (IV, 53) sur la région du Dnieper {Zio. star. Slov., III, p. 185).

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