‹ Manuel de l'antiquité slave (volume 2)Chapitre 49 sur 90 · LE VILLAGE · texte numérisé non relu

LE VILLAGE

des principaux articles d'exportation des pays slaves1. On se servait pour la chasse d'armes (épieux ou flèches) ou encore, et davantage, de divers engins, de grands filets, de pièges qui portent dans les vieux documents du XIe siècle les noms de sëtï, perevësù, teneto, prnglo, prugù, osilo, silo'.

Fig 73. — Filets slaves : 1 . Filet dit nevod dans la miniature de la légende de sainte Jadwiga (XIVe siècle) ; 2. Filet dit sak.

Les Slaves avaient aussi emprunté à l'Orient la chasse au faucon et à l'épervier. Dès le IXe siècle, le prince bulgare Boris faisait don aux fils du prince serbe Muntimir d'un couple de faucons, et le prince russe Monomaque, un peu plus tard, mentionne dans son Instruction à ses fils la chasse au faucon et à l'épervier3.

Le village.

A l'époque primitive où les Slaves changeaient fréquemment d habitat, leur résidence n'avait guère d'apparence ni de dimensions déterminées une fois pour toutes : elle variait suivant les besoins et la nature du terrain. Mais par la suite, après leur expansion, lorsqu'ils commencèrent à s installer d'une façon stable dans certaines régions, la forme de leurs agglomérations et de leurs champs cultivés devint plus constante et tendit à se

1 Voir le chapitre X, p. 240.

2 Voir Ziv. star. Slov., III, p. 171.

3 Constantin Porphyrogénète, De adm. imp., 32 ; Chronique, version Laurentine, 242, à l'année 1096.

fixer. La tradition d expériences séculaires portait là ses fruits. Il se développa un type fixe du village comme de la maison. Mais il était déjà trop tard pour que ce type fût unique pour tout le domaine slave. Les Slaves se trouvaient alors dans les conditions géographiques et économiques les plus diverses : leur existence domestique et, en particulier, la disposition de leurs agglomérations ne pouvaient pas être partout identiques. Les Slaves avaientils eu jadis, au temps lointain de leur unité, un type spécial de disposition de leurs agglomérations? Cela est possible, mais nous l'ignorons ; et le fait est qu'à l'époque historique ils ne possèdent pas ce type unique, mais des types divers.

L'histoire ne nous apprend rien sur l'aspect des villages slaves de la fin de l'époque païenne, et l'erchéologie ne nous a fourni jusqu'ici que fort peu d'indications, Nous sommes réduits aux résultats de l'ethnographie comparée et aussi de l'histoire de la propriété foncière qu'Aug. Meitzen a, le premier, étudiée de manière scientifique pour les Slaves, indiquant ainsi la voie à K. Inama-Sternegg, à Vh Levée, à J. Peisker et tout dernièrement à 0. Balzer \ Les travaux de ces savants font apparaître chez les Slaves, aujourd'hui comme à l'époque historique ancienne, trois types de village., à savoir : 1° un type « arrondi » (appelé okolica, ofaouhlice), suivant lequel les maisons sont groupées autour de la place du village en forme de cercle ou de fer à cheval ; — 2° le type en forme de rue, suivant lequel les maisons sont rangées sur les deux côtés de la route ; — 3° le type dispersé, suivant lequel les habitations sont à distances inégales l'une de 1 autre, chacune ayant autour d'elle ses propres champs. Le premier type se rencontrant dans l'Allemagne du centre, sur l'Elbe, partout où les Slaves étaient jadis établis, l'on a pensé qae ce type arrondi (ail. Runddorf) était le type, proprement slave, le type dispersé (Haufendorf) et le type postérieur en forme de rue (Strassendorf) étant allemands 2. Nous savons aujourd'hui que cette distinction n'est pas tout à fait exacte. Le village

1 A. Meitzen, « Urkunden schles. Dôrfer zur Geschichte der landl. Verhàltnisse » (Codex dipl. Silesiae, IV, Breslau, 1863), Siedelung uni Agrarwesen, etc., I, p. 26, II, pp. 437, 492, 669 ;0. Balzer, « Chronologia najstarszych ksztalt£w wsi slowiarïskiej i polskiej » (Kwartalnik historyczny, 1910, XXIV, p. 363). Pour le reste de la bibliographie, voir Ziv. star. Slov., III, p. 187, et K. Potkariski, Pisma posmiertne, I, Krakôw, 1922.

2 Cette théorie a été énoncée en Allemagne par V. Jacobi (1845, 1856), J. Landau (1854, 1862), et empruntée ensuite par A. Sembera (1868), Vocel (1866) et d'autres. Voir Ziv. star. Slov., III, p. 188. Mais c'est à tort aussi que dernièrement Mielke regarde ce type arrondi sur l'Elbe comme un type d'origine germanique que les Slaves auraient emprunté (« Die Herkunft des Runddorfs \ Zeitschrift fur Ethnol, 1921, pp. 273, 301).

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arrondi se trouve bien dans la vallée de l'Elbe, il est vrai, au milieu d'un pays originellement slave, et l'on peut le regarder là comme un type propre aux Slaves de cette région ; mais nous le trouvons aussi en pays allemand et dans des villages ayant des noms allemands anciens ; nous le trouvons encore parfois en Bohême, en Moravie et en Silésie. Mais chez les autres Slaves, Polonais et Russes, et aussi Slaves du Sud, on n'en a pas, jusqu'à

Fig. 75. — Village de Bilovice en Moravie (d'un type postérieur en forme de rue).

présent du moins, relevé la trace. C'est surtout le second type qui spparaît là-bas, et cela depuis longtemps. C'est pourquoi le village en forme de rue doit aussi être regardé comme représentant le type slave ancien, — sauf, bien entendu, le cas où nous voyons les champs allongés groupés derrière les maisons de façon si régulière que nous reconnaissons là l'effet d'une délimitation d'ensemble due au pouvoir civil ou ecclésiastique, à partir du XIIe siècle, sous l'influence des coutumes agraires de l'Allemagne. Quant au troisième type, celui du village dispersé, il s'est développé, lui aussi, tout spontanément chez les Slaves, et davantage là où les conditions topographiques l'exigeaient, en particulier dans les Balkans.

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