‹ Manuel de l'antiquité slave (volume 2)Chapitre 50 sur 90 · LE VILLAGE · texte numérisé non relu

LE VILLAGE

On voit par tout cela que le village slave n'a pas de type spécifique. Toutes les formes en existaient chez les Slaves, et elles se sont développées suivant les nécessités imposées par le terrain, et suivant que la commune procédait de l'épanouissement d'une seule famille, ou qu'elle avait été fondée tout d'un coup comme un ensemble. On ne peut dire non plus que tel ou tel type constitue nécessairement et toujours l'étape ancienne au prix de laquelle les autres types marqueraient des étapes ultérieures. Nous pouvons seulement supposer que le système des habitations isolées a été le plus ancien \ et que la présence de ces habitations a provoqué, dans les endroits avantageux, le développement progressif d'agglomérations soit arrondies, soit en forme de rue. Quant au rapport chronologique entre le type arrondi et le type en forme de rue, il est intéressant d'observer que les recherches archéologiques opérées dans l'Allemagne centrale, et dont les auteurs, ces dernières années seulement, ont porté leur attention sur les vestiges et la forme des villages slaves entre le VIIe siècle et le XIe, n'ont généralement permis de constater jusqu'à présent que la forme arrondie2; mais il serait prématuré d'en conclure que, toujours et partout, cette forme a précédé le type en forme de rue 3.

L'aspect d'ensemble du village slave était donc varié. C'étaient soit des habitations éparpillées et éloignées les unes des autres, dont les dépendances et tous les champs étaient toujours groupés autour de la maison, soit un ensemble de maisons formant cercle ou rangées le long d'une route, ayant derrière elles leurs dépendances, cependant que, d'autre part, le sol arable, disposé autour du village, était divisé en une série de grandes zones d après la qualité, et de telle sorte que, dans chacune de ces zones {campus, dans les sources latines), tout membre de la commune reçût sa part, son champ (ager) . Ces campi et agri étaient tout d'abord irrégulièrement situés, d'apparence et de dimension variées, le plus souvent quadrangulaires, si bien que la répartition du sol produisait l'effet d'un damier, et cela d'autant plus que le sol, suivant la coutume primitive, était labouré en long et en large *.

1 Voir comment Prokopios (III, 14) caractérisait les Slaves qui descendaient vers les Balkans : « o'./.oOffi lï èv xaA-Joai; o'.xTpaï; 8ieaTMivY)fiivot tcoa),ù (iîv hit' àXVrjXcov ».

2 Ce sont en particulier les recherches de Kiekebusch que j'ai en vue. Voir Ziv. star. Slov., III, p. 189.

Dm. Samokvasov a défendu jadis la théorie suivant laquelle, en Russie, les villes fortifiées auraient été la forme première des établissements des Slaves (GÊBPpflHCKafl aeMJlfl, M., 1908, pp. 46, 57, et /],peBHie ropoja Poccîh, M., 1873). Cette théorie ne peut avoir une valeur générale, même pour la Russie. 4 Voir plus haut, p. 1 94.

Le type des champs en longues bandes est dû, nous le savons, au nouvel arpentage en mansi, d'après les procédés allemands, que l'on constate à partir du XIIe siècle et surtout du XIIIe \

Entre ses champs, chaque village possédait, comme nous le voyons par des chartes du Xe siècle et des siècles suivants, des pâturages communaux (pascua) , des chemins (viae) , la chasse dans la forêt (venatio cum saepibus, clausurae) , la pêche (piscatio, piscatura) , des ruchers (hortus apum, mellificium) et des moulins (molendinum, mola) . Tout cela est compris dans les chartes de cette époque sous les mots « villa cum appendiciis, pertinentes suis, cum omnibus ad eam pertinentibus, cum omnibus utilitatibus », et autres expressions semblables 2.

La résidence du prince se distinguait du village en ce que tout y était concentré autour d'une ou de plusieurs cours, et que tout le travail des champs était partagé entre les serfs attachés au château. En conséquence, le château avait ses laboureurs, ses moissonneurs, ses vignerons, ses bergers pour les différentes sortes d'animaux domestiques, ses apiculteurs, ses pêcheurs, chasseurs, boulangers, meuniers et brasseurs, auxquels se joignait une foule d'artisans 3.

En ce qui concerne les noms des vieilles agglomérations slaves, on a longtemps pensé que les plus anciens étaient ceux qui, offrant une dénomination patronymique, désignaient les descendants d'un même ancêtre au moyen d'une finale -ici, -ici, -ice, par exemple Stadice (anciennement Stadici) « les descendants de Stad », Drslavice « les descendants de Drslav ». On regardait comme plus récents les noms possessifs formés sur le nom du possesseur du village à l'aide de la finale -ov, -ova, -ovo (pour un possesseur masculin) et "in, -ina, -ino (pour un possesseur féminin), ou par la mouillure d'une désinence de nom propre (Holes-ov, Radot-in, Budec), ainsi que les noms caractérisant la situation géographique du village et d autres encore \

S'il est vrai cependant que la plupart des noms offrant une dénomination patronymique soient vraiment anciens, il y a à côté d eux des noms tout aussi anciens qui expriment la caractéristique géographique d'une locahté. Seuls, la plupart des possessifs sont d'origine plus récente (mais non pas tous), et, il faut le reconnaître, une partie des patronymiques aussi ne remonte qu'aux XIIe et XIIIe siècles.

1 Voir plus haut, p. 1 94.

2 Voir 2iv. star. Slov., III, p. 199.

3 Voir plus loin, p. 211.

* Voit Ziv. star. Slov., III, p. 201.

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