L HABITAT ET LA CIVILISATION
La seconde moitié du Ier millénaire ne fut pas non plus sans apporter aux Slaves d'autres contacts. Les Huns et les Awars arrivèrent d'Asie, et ils avancèrent jusqu'au cœur même des pays slaves avec leurs institutions originales, leurs coutumes et des produits nouveaux. A partir du VIIIe siècle, ce furent l'empire des Francs et les conquêtes de Charlemagne et de ses successeurs qui commencèrent à exercer une action intense sur toute l'Europe centrale et orientale, déterminant par l'extension du christianisme un changement radical dans la vie et dans les usages domestiques.
Vers la mîme époque, à l'Est, les Scandinaves descendirent avec la civilisation toute nouvelle qui leur était propre jusque parmi les populations slaves du Dnieper ; ils s'y trouvèrent en concurrence avec les fortes influences asiatiques qu'apportaient aux tribus méridionales des Slaves de Russie les marchands d'Orient, remontant la Volga ou traversant la Mer Noire et le Don.
Le genre de vie des Slaves devait être modifié de manière décisive par ces relations multiples et intenses avec les civilisations étrangères. Nous y trouvons, en effet, des mœurs et des coutumes romaines et des industries également romaines ou plutôt rcmano-geimamques (c'est-à-dire d'origine romaine, mais reçues par l'intermédiaire des Germains) ; nous y voyons aussi des usages et des institutions nettement geimaniques ; nous y constatons des innovations dans le travail agricole et une activité maritime avancée ; nous y relevons une imitation de l'art germanique et de l'art byzantin ; nous apercevons comment les Slaves du Sud et de l'Est ont participé de bonne heure à l'âme orientale, et nous entrevoyons comment les idées chrétiennes se sont peu à peu introduites jusque dans la vie religieuse demeurée encore païenne.
Tout cela contribue à élever les Slaves qui, dès lors, prennent place parmi les peuples civilisés. Leur civilisation, du même coup, se dénationalise : elle tend à perdre son originalité, assez maigre sans doute, mais qui lui donnait son caractère proprement slave. Elle ne la perd pas tout entière, à vrai dire : elle en garde encore assez pour donner sa marque jusqu'aux emprunts mêmes qu'elle fait à l'étranger. Mais il n'en reste pas moins que, vers la fin des temps païens, elle est déjà tout autre qu'à l'époque primitive de l'unité slave : elle est plus riche et plus haute, tout en n'atteignant pas à la richesse ni au degré de développement des civilisations voisines, 1 orientale, la romano -byzantine, et même la germanique qui avait le bénéfice de s'assimiler plus tôt les progrès de la culture romaine. « Mu < .'.imd.ne npocTa Tia4L », c'est-à-dire : « Nous autres, Slaves, nous sommes gens simples », dit, au IXe siècle, le prince Rastislav pour caractériser son peuple,