‹ Manuel de l'antiquité slave (volume 2)Chapitre 55 sur 90 · ARTICLES D'IMPORTATION ET D'EXPORTATION · texte numérisé non relu

ARTICLES D'IMPORTATION ET D'EXPORTATION

quantité dans diverses fouilles faites en Russie 1. Le commerce en est, en outre, attesté par Ibrâhîm ibn Ja'kûb, Ibn Fadlân et par la Chronique de Kiev (à l'année 969) 2. Suivant Istakhrî, le principal marché d'exportation en était Trébizonde, mais il y avait assurément d'autres centres. Les Croates et les Slovènes, de leur côté, achetaient des tissus aux ateliers de l'Italie du Nord.

Nous sommes renseignés sur l'importation des épices, des parfums et des huiles, de manière directe, par Ibn Khordâdbeh et par une charte de Vsevolod de l'année 1 137 3, et, de manière indirecte, par Theophanes et par Priskos. La principale source d'exportation en était l'Inde. L'origine grecque de l'huile nous est attestée par le mot d'emprunt slave-commun olej, vieux-slave olëj, qui n'est autre que le grec SXatcv.

Le gros de l'importation était constitué par les bijoux de métal et de verre. Les ateliers byzantins en fournissaient beaucoup en or et en argent, mais la plupart de ceux qui étaient en argent, et notamment les boucles d'oreilles en filigrane granulé, les anneaux à suspension et les pendeloques, étaient fournis, aux IXe et Xe siècles, par l'Orient, principalement par Samarkand, par Boukhara et par la Perse, comme le montrent les innombrables trésors accompagnés de dirhems arabes et persans dont il a été question précédemment 4. Une quantité de vaisseaux d'argent venant de l'Iran étaient rassemblés par les marchands sur la Kama et la Vjatka et de là se répandait à travers l'Europe orientale 5. L'Orient fournissait aussi des coquillages de mer de l'espèce de ceux de Chypre (kauri) et de la verroterie, surtout de Syrie, sous forme soit de perles pour colliers (vieux-slave biserû, de l'arabe busra), soit de pendentifs, parmi lesquels le pendentif en forme de croissant était typique, soit enfin de petits vases et de bracelets. A la fin du XIe siècle, on fabriquait à Kiev des imitations de ces objets de verre, comme le prouve l'atelier découvert par V. Chvojka sous les ruines du vieux palais princier.

1 Voir plus haut, p. 63, et 2iv. star. Slov., I, pp. 41 1-416. Sur la vente des costumes aux Bulgares à Constantinople, voir plus loin, p. 251 : c'était là un monopole d'Etat.

2 Ibrâhîm, éd. Westberg, p. 53 ; Fadlân, dans Harkavi, CKa3anifl, pp. 87-97 ; Chronique, version Laurentine, 66. Le mot mithkâl, dans Ibrâhîm, signifie « étoffe précieuse » et « pièce d'or » (arabe miskâï).

3 Voir Westberg, Beitràge, p. 286 (Il3B^i'Tia de l'Académie de Saint-Pétersbourg, 1899, III, p. 331) ; Theophanes, éd. Boor, p. 278 ; Priskos,8.

4 Voir plus haut, p. 236, et Hg 81, 82, 93.

5 Voir la synthèse de ces objets dans le grand ouvrage de J. Smirnov, Bocrownoe cepeôpo, Cn6., 1909.

L'importation du vin et des fruits, attestée déjà par Démosthène et par Strabon, l'est à nouveau par la Chronique de Kiev, à l'année 969 \

Quelques animaux venaient également de l'Orient : l'âne et le chameau, les faucons de chasse et les éperviers, qui arrivaient du Turkestan '. Les bêtes à cornes étaient fournies par les Pétchénègues du Donec et du Don3.

Au premier rang des articles d'exportation figurent les fourrures et le miel. Les fourrures exportées étaient celles du castor, de l'hermine, de l'écureuil, de la martre, de la zibeline, du renard, de la loutre et de l'ours. Aussi bien est-ce par la voie de l'exportation que les noms mêmes de la martre et de l'écureuil avaient passé du slave au latin et au grec dès avant l'ère chrétienne : viverra, xauvâvw). Ce commerce est attesté par toute une série de témoignages orientaux des Xe et XIe siècles. Mas'ûdî regarde comme la plus précieuse des fourrures celle du renard noir de l'au-delà de la Volga, mais celles de l'hermine et du castor étaient aussi très appréciées 4. Nous avons déjà eu l'occasion de voir que les pays slaves abondaient en abeilles 5, et que le miel était non seulement un aliment et une boisson en grand honneur, mais aussi comme la monnaie principale qui servait à payer le tribut aux princes indigènes et étrangers 6, et qu'enfin la cire s exportait au loin. Dans l'antiquité déjà, c'est du pays des Alazones, sur le haut Dniester, que les Grecs relevaient leur meilleur miel. Plusieurs chroniqueurs arabes, d'accord avec la Chronique de Kiev et le Livre du préfet byzantin \ témoignent de la survivance de ce commerce au Xe siècle. L'exportation de la cire sur le Danube est en outre attestée par une charte de Louis IV, de 903-906 8.

Les céréales des Slaves, leurs poissons séchés, fumés et salés étaient, dans le Sud, des marchandises recherchées. Si la récolte avait été mauvaise chez les Slaves de Russie, les Bulgares, sur la moyenne Volga, fournissaient

1 Strabon, XI, 2, 3 ; Démosthène, Maptvpiat, 35 ; Chronique, version Laurentine, 66.

2 Voir plus haut, p. 205.

3 Constantin, De adm. imp., 2.

4Harkavi, GuasaHifl, pp. 49, 219, 221, 251, 263, 264, 276; Kardîzî, éd. Bartold, p. 124. Voir surtout Jacob, Handelsartikel, pp. 25-23, 40-46, et Waare, p. 7.

5 Hérodote, V, 10.

6 Voir plus haut, p. 203.

7 Jacob, Waare, p. 10; Handelsartikel, p. 58; Chronique, version Laurentine, à l'année 969. Quant au Livre du préfet byzantin du Xe siècle, voir l'article de J. Sakazov (pp. 198- 200) cité plus loin, p. 251.

8 Friedrich, Codex dipl. Boh., I, p. 35.

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