‹ Manuel de l'antiquité slave (volume 2)Chapitre 56 sur 90 · ARTICLES D'IMPORTATION ET D 'EXPORTATION · texte numérisé non relu

ARTICLES D'IMPORTATION ET D 'EXPORTATION

le blé qui manquait l. Le commerce du poisson des livières russes remontait à une très haute antiquité. Des confins de la mer Baltique aussi on exportait des harengs dès l'époque païenne 2.

L'exportation des métaux semble avoit été insignifiante, car les Slaves n'exploitaient pas leurs mines sur une grande échelle avant le XIe siècle 3. Par contre, le vieil ambre baltique était resté un article d'exportation recherché, bien qu'à l'époque du commerce slave sa vieille renommée eût déjà passé4. On a découvert parfois de l'ambre dans les tombes slaves, mêlé à des colliers. Il est évident que le commerce dont il faisait l'objet passait toujours, en se dirigeant vers l'Orient, à travers le domaine slave. Il faut cependant rappeler que l'on a trouvé de l'ambre à l'intérieur même de ce domaine, sur la Narew et le Dnieper, près de Kiev et de Borislav : on ne sait si ces gisements peuvent être identifiés avec ceux que connaissait déjà Pline en Scythie 5.

Le sel était un article important, tantôt d'exportation, tantôt d'importation, suivant les divers pays slaves. Certaines régions en étaient dépourvues ; d'autres en possédaient en abondance : les premières devaient importer le minerai qui leur faisait défaut ; les secondes en faisaient naturellement le commerce et l'exportation.

Les Indo-européens connaissaient déjà le sel pour lequel ils avaient un terme commun 6. Il n'est donc pas douteux que les Slaves le connaissaient aussi et s'en servaient dès l'époque préhistorique. Nous ne savons d'ailleurs, faute de disposer d'aucun témoignage sur ce point, comment ils se le procuraient : peut-être, comme d'autres peuples du Nord, versaient-ils de l'eau salée sur du bois brûlant, pour recueillir ensuite le sel mêlé à la cendre7. Les premières mentions que l'on ait sur l'utilisation par les Slaves du sel

1 Hérodote, IV, 53 ; Anon. periplus, 88 ; Démosthène, Discours contre Lacrite, 31 ; Athenaios, AstTCvoffoyïffxai, VI, 109; VII, 21 ; et enfin Chronique de Kiev, à l'année

2 Saxo, éd. Holder, 869, 870; Helmold, II, 12 ; Arnold, III, 5 ; Herbord, II, 41. Voir ZtV. star. Slov., III, p. 185.

3 C'est seulement de Bohême qu'on exportait déjà l'étain et l'argent (Ibrâhîm, éd. Westberg, 20, 53 ; Chronique de Kiev, à l'année 969) et de Raguse en Italie l'argent et le plomb de Bosnie et d'Herzégovine (Jirecek, Handelstrassen, pp. 47, 58, 69).

4 Sur l'état présent de« études concernant l'ambre antique, voir l'article de Wl. Antoniewicz dans la revue polonaise Wiadomosci archeologiczne, VI, 1921, p. 199.

5 Pline, XXXVII, 33, 40.

6 Comparer grec aX;, lat. sal, got. sait, ir. salann, si. solï, vieux prussien sal, lett. sais, arm. al.

7 Pline, XXXI, 82 ; Varro, De re rustica, I, 7, 8.

comme assaisonnement et comme objet de commerce sont seulement du IXe siècle après J.-C. Les procédés d'extraction, à cette époque, étaient déjà multiples et variaient suivant la matière première dont en disposait dans chaque région. Ainsi, sur l'Adriatique, la mer Egée et la mer Noire, on avait adopté le système des anciennes salines, où l'eau s'évaporait au soleil. Ailleurs, et cela dans tout le domaine slave, on faisait évaporer dans de

Fig. 94. — Saunière ancienne à Tuzla en Bosnie.

grandes écuelles de fer l'eau de sources salées ou provenant de stratifications salines ; l'écuelle était appelée sartago en latin et crënû, cerenû en slave. C'est de cette manière que l'on obtient encore le sel, par exemple, en Bosnie et en Galicie où l'on tire la matière saline d'une fosse dite bana et auparavant aussi zupa 1. On retirait de l'écuelle des morceaux de sel de la forme d'une miche de pain, que l'on divisait ensuite en morceaux plus petits dont quelques vieux noms ont été conservés : rcMBaîKHH, hrmzy gruda. Ce procédé est attesté chez les Slaves par Kazwînî et par une série de chartes des XIe, XIIe et XIIIe siècles 2.

1 Voir les détails dans le livre cité plus loin de Ciszewski, pp. 16 et suiv.

2 Kazwînî, dans Charmoy, Relation de Mas'ûdî, Mémoires de l'Académie de Saint-

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