‹ Manuel de l'antiquité slave (volume 2)Chapitre 57 sur 90 · LES ESCLAVES · texte numérisé non relu

LES ESCLAVES

Les principales régions sahfères étaient la côte baltique (avec Kolberg), puis la Galicie et la Hongrie du Nord qui approvisionnaient non seulement la Pologne, mais encore la Bohême et la Moravie l et même toute la Russie kiévienne, où le commerce de la mer Noire, auparavant si intense, avait cessé probablement en raison des dangers auxquels les convois étaient exposés à travers les steppes que dominaient au IXe siècle les Magyars et, durant le Xe siècle et les siècles suivants, les Pétchénègues, les Polovtses et les Tatars 2.

Les esclaves.

La traite des esclaves occupe une place à part dans le commerce slave. Les différentes tribus se vendaient les unes aux autres tant des esclaves de leur propre tribu que des esclaves étrangers, et, d'autre part, les marchands étrangers achetaient et vendaient des esclaves slaves sur les marchés indigènes et étrangers.

Les Slaves, dans leurs groupes communautaires, n'avaient pas, à l'origine, de membres privés de liberté. Il s'était bien formé, dans l'ancienne zadruga, une classe de gens plus opulents, mais tous participaient aux mêmes droits, et tous étaient libres 3. Il n'y eut d'esclaves indigènes qu'après le déclin du régime de la zadruga. Mais il y avait des esclaves d'origine étrangère dès l'époque la plus reculée. Ces esclaves provenaient surtout des restes des populations autochtones que les Slaves avaient rencontrées lors de leur expansion, et qu'ils avaient soumises, et aussi des ennemis faits prisonniers à la guerre, Romains, Germains, Pétchénègues ; ils comprenaient aussi des prisonniers slaves des différents peuples slaves, en lutte perpétuelle les uns avec les autres 4, et enfin des esclaves employés surtout aux travaux des

Pétersbourg, 1834 : Ibrâhîm ibn Ja'kûb (éd. Werstberg, p. 54) parle seulement d'une « saunerie de Juifs » sur la Saale. On trouvera les textes des chartes au chapitre X de mon ouvrage Ziv. star. Slov., III, pp. 392 et suiv.

1 Voir Ann. Fuld., à l'année 892 (éd. Kurze, p. 121) et une charte de Louis IV de 903- 906 (Friedrich, Cod. Boh., I, p. 35). Le sel arrivait aussi en Bohême par l'Elbe (voir une charte de Spytihnëv II de l'année 1057 dans Friedrich, Codex, I, p. 55). Pour les salines du nord de la Hongrie, voir la nouvelle étude de V. Chaloupecky, Dvë studie k dëjinâm Podkarpatska (Bratislava, 1925).

2 Sur l'extension du commerce du sel il existe une littérature importante dont il suffira d'indiquer ici, outre l'ouvrage de W. Hehn, Das Salz (Berlin, 2e éd., 1901), le travail le plus important pour les Slaves, celui de Stan. Ciszewski, Studja etnologiczne, I, Soi (Warszawa, 1922).

3 Voir plus haut, p. 1 70.

4 Voir, par exemple : sur les combats avec les Romains, Prokopios (B. G., III, 14, 29,

champs et au service de la maison, qui avaient été simplement achetés à des marchands étrangers, en particulier à des Juifs. Les témoignages ne manquent pas sur le trafic des esclaves sur les marchés de Prague, de Kertch, de Cherson, de Kiev ; ils sont nombreux surtout chez les chroniqueurs orientaux *, ce qui nous indique que la traite des esclaves slaves se faisait surtout dans la direction de l'Orient et de l'Europe méridionale. Il est fait mention d'esclaves slaves depuis l'Espagne, où la Vie de l'Abbé Jean relate l'existence de Sclavi cubicularii 2 , jusqu'en Egypte et à Bagdad où il y en avait en assez grand nombre, qui servaient d'interprètes, et jusqu'à Itil et en Bulgarie où il n'y en avait pas moins. Partout où ces esclaves arrivaient chez les Mahométans, ils étaient châtrés et employés comme eunuques. Toute cette traite des esclaves slaves, avec la castration qu'elle comportait fréquemment, était entre les mains des Juifs, comme nous le voyons par les documents où il en est question. Le Judeus mercator de la légende de saint Adalbert était un personnage typique des marchés slaves.

On comprend comment, en raison de cette diffusion des esclaves slaves à travers le monde, le nom même de « Slave » devait devenir synonyme d'esclave : ail. sklave, angl. slave, holl. slaef, fr. esclave, espag. sclavo, port. escravo, ital. schiavo. Ce n'est donc pas la dénomination ethnique qui serait venue, comme jadis on l'a cru parfois, d un mot signifiant l'esclavage. Cest, au contraire, la dénomination ethnique qui a fourni ce mot, comme dans l'ancienne Attique, les noms originairement ethniques de Aâc; et de Té-c^ç

IV, 25), Maurikios (Strat., XI, 5), Léon (Tact., XVIII, 104), Ménandre (63) ; — sur les luttes des Slaves baltiques, Helmold (I, 34, 63, II, 5, 13), Herbord (II, 2, 4, III, 2, 5) ; — sur les Polonais, Gallus (III, 24) ; — sur les Tchèques, Ann. Fuld., à l'année 869 (Mon. Germ., I, 380), une charte de l'année 800 (Erben, Regesta, I, 6) et Kosmas (I, 40, II, 7) ; — sur les Russes, la Chronique de Kiev aux années 912 et 945. Il faut encore ajouter à tout cela Kardîzî, éd. Bartold, pp. 120, 123.

1 Pour la Russie, entre autres documents, voir la Chronique de Kiev à l'année 969, Constantin Porphyrogénète (De adm. imp., 9) ; — pour la Bohême, la Vie de saint Adalbert de Canaparius (chap. XII), la légende slave de saint Venceslas (éd. Pastrnek, 60), les Vies des saints Cyrille et Méthode (Fontes rer. boh., I, pp. 31, 52, 90), Kosmas (III, 57) et une charte de Louis IV de 903 (Friedrich, Codex, I, pp. 35-36) ; — pour les Slaves du Sud la vie de saint Naum (éd. Lavrov, 4, 42) et les chartes croates (Racki, Documenta, VII, pp. 104, 127, 134) ; — pour les Polonais et les Polabes, Gallus (I, 19, II, 1, 35), Helmold (II, 5) et Thietmar (VI, 54, 36) et la Vie de saint Anskarius (XV), etc. Quant aux relations orientales, voir Jacob, Handelsartikel (pp. 4, 6-13, 46), Harkavi, CnasaHifl (pp. 48, 52, 126, 222, 234, 282), Marquart, Streifzùge (p. 467), Westberg, Ibrahim (p. 20). En Russie, au XIe siècle, les parents vendaient parfois leurs propres enfants en raison de leur misère (Charmoy, Relation, p. 342 ; voir Golubinskij, HcTopifl pyccKOÔ ijepKBH, I, 2, p. 545, 2e éd.).

-M. G., Scriptores, IV, p. 371.

étaient devenus des substantifs communs désignant les esclaves en général. Les termes indigènes désignant les esclaves étaient généralement : rabû ou robù, fém. raba (de robiti, rabiti « travailler •), ou encore otrokù, otrokpvica, originellement ( celui qui ne sait pas parler », par conséquent « l'enfant », et « l'ouvrier étranger » '. Ces mots sont anciens et attestés par les textes des Xe et XIe siècles '. Le mot indigène signifiant « eunuque » était probablement cholstù3.

Les routes commerciales et les marchés.

Le commerce s'exerçait librement. Les marchands allaient de l'avant, là où ils pensaient trouver un passage facile ou bien connaissaient un chemin battu ; ils se frayaient au besoin leur route à travers les broussailles, cherchaient des gués et lançaient des ponts par dessus les torrents. Ils se protégeaient contre les agressions en voyageant ensemble et bien armés.

C'est ainsi qu'avaient été créées et que s'étaient fixées les routes familières aux marchands. Elles suivaient, en général, les grands cours d'eau. La défiance et l'hostilité, qui régnaient à l'origine dans les premiers rapports entre l'indigène et la caravane étrangère, avaient fait place avec le temps à d'autres sentiments. Les marchands, pour pouvoir traverser en sécurité les différents pays, entraient en pourparlers avec les indigènes : ils faisaient aux chefs des cadeaux prélevés sur leurs marchandises, moyennant quoi on les laissait passer. Et c'est ainsi qu'avait fini par s'établir une situation juridique nouvelle : les marchands payaient en cadeaux bénévoles, ou bien en taxes fixées à l'avance et obligatoires, la sécurité qui leur était assurée sur des routes déterminées. La charte précitée de Louis IV (de 903-906) donne à ces routes le nom de strata légitima 4. C'est sur leur parcours que se trouvaient des marchés et des dépôts de marchandises, où l'on acquittait des droits de péage connus sous le nom de myto 5.

1 Voir plus haut le chapitre sur le droit, pp. I 70, 1 76.

2 Le mot sluga est également ancien ; mais il est emprunté au celtique.

3 Voir plus haut, p. 23.

4 Friedrich, Codex dipl. Boh., I, p. 35.

5 Le mot vieux slave trùgû « marché » est slave commun et ancien ; l'étymologie en est obscure. Le mot myto est également ancien et passe pour un emprunt au germanique (plus probablement au gothique mota, slave commun *muto, myto). On trouvera des détails sur les péages russes dans Aristov (npoMbim.icHiiocTb, pp. 221 et suiv.). L'emploi de plombs et de cachets apposés sur les marchandises se constate déjà au début du VIIIe siècle dans le commerce bulgaro-byzantin (Theophanes, 497). L'ancienneté des trouvailles de plombs

Il y avait aussi là des auberges où les marchands, qu'on appelait gosti (sing. gostï), pouvaient prendre du repos \ Ces centres commerciaux avaient, par ailleurs, une grande importance dans la vie de la population indigène : ils servaient de centres à toute la vie de la tribu. C'est là qu'habitait le prince, que se réunissait le peuple pour le culte des dieux et les fêtes, qu'avaient lieu les assemblées et qu'arrivèrent aussi plus tard les missionnaires chrétiens pour annoncer la foi nouvelle et baptiser les païens.

C'est parce que les routes du commerce s'étaient établies ainsi qu'elles sont généralement restées les mêmes depuis l'antiquité jusqu'au début de la période historique. On suivait toujours les chemins connus et surveillés, de telle sorte que ceux qu'avaient pratiqués les voyageurs antiques continuaient à servir d'artères principales de la circulation au IXe et au Xe siècles de notre ère. Ce furent toujours les mêmes voies qui, du Sud, amenèrent les marchands jusqu'au Danube, leur première étape, puis du Danube aux principaux autres cours d'eau coulant vers la mer Baltique, à savoir, pour les pays slaves, à l'Oder et à la Vistule. Ce furent toujours les mêmes voies qui les conduisirent de la mer Noire, par le Bug, le Dniester et le Dnieper, au Pripet, à la Bérézina, au Niémen. Il y a là un système constant d'itinéraires que J. N. Sadowski avait bien discerné, malgré la pauvreté des matériaux dont il disposait 2 ; aussi bien, aujourd'hui encore, sommesnous réduits à des conjectures.

Lorsque le domaine slave s'étendait à l'Ouest jusqu'à l'Elbe, à la Saale et au Main, il offrait déjà plusieurs routes venant de l'Allemagne occidentale. Nous les entrevoyons grâce aux centres commerciaux que Charlemagne établit en 805 sur la frontière germano-slave, pour servir de marchés aux deux peuples3. Les principales de ces routes étaient les suivantes : l'une

faites près de Drogicin et de Borki et en d autres endroits est cependant douteuse. D'après le témoignage de la Chronique de Kiev, à l'année 945 (version Laurentine, 47), les marchands russes se servaient de sceaux en argent.

1 Le terme panslave gostï au sens de « marchand étranger » est très ancien et s'identifie avec le latin hostis (originellement employé avec le sens de « peregrinus »), goth. gasts, vieil ail. gast et peut-être avec le grec £évo? (Bernelcer, Etym. Wôrterbuch, I, p. 337). Dans les textes gostï et ses dérivés gostïba « commerce », gostinïnica, pogostû, gostinnoj dvorû « auberge » apparaissent dès le Xe siècle. Outre le mot gostï, les Slaves avaient encore celui de kupïcï de kupitù mais ils l'avaient emprunté aux Germains, plus probablement aux Gots (cf. got. foupon, ail. kiujen), qui l'avaient emprunté eux-mêmes au latin caupo « aubergiste » (Berneker, op. cit., I, p. 647).

2 J. N. Sadowski, Drogi handlovûe greckie i rzymskie, Krakôw, 1877, et, en allemand, Die Handelstrassen der Griechen und Rômer, Jena, 1 877.

3 Voir plus haut, p. 235. Ces marchés se trouvaient dans les villes de Bardowik, Schezla, Magdebourg, Erfurt, Halastat, Forchheim, Pfreimt, Ratisbonne et Lorch, près de Linz.

conduisait par Magdebourg chez les Sorabes et les Luticiens ; une autre, par Erfurt, conduisait chez les mêmes peuples et, en outre, chez les Tchèques, à Prague ; une troisième route, très importante, allait de Ratisbonne, en suivant le Danube, jusqu'en Hongrie, jusqu'à l'embouchure de la Save. Toutes ces routes, en pays slave, bifurquaient dans des directions différentes que je ne puis suivre ici l, mais par où l'on aboutissait toujours à des points de concentration du commerce ; ainsi, au Nord, les grandes villes maritimes des Obodntes, des Luticiens et des Poméramens dont certaines, comme Lùbeck (Lubica) ou Volin, étaient remplies de marchands étrangers, — et, à l'Ouest, Prague et Cracovie, où de grands marchés nous sont attestés par les relations arabes du Xe siècle 2. De la vallée du Danube, qui semble avoir été la route du commerce la plus importante, les vieilles voies romaines bifurquaient au Sud vers les Alpes et la Save, et au Nord, à travers quelques passages des Carpathes, ceux surtout de Dukla, d'Uzok, de Verecky et de Jablanica 3, vers la Pologne et la Galicie russe. Là, elles rejoignaient, près du San et de la Vistule, d'une part, les routes du Nord et de l'Occident et, d'autre part, celle de la Mer Noire par la vallée du Dniester. C'était principalement le commerce du sel qui maintenait les routes commerciales en usage permanent, car toute la Russie kiévienne s'approvisionnait en sel aux dépôts de Peremysl 4.

La liaison entre les Slaves de Poméranie et de Pologne et ceux de Russie était assurée de plusieurs manières : le plus communément on allait, à tra-

1 C'est Szelagowski qui a donné le plus vaste aperçu de ces routes dans son ouvrage : Najstarsze drogi z Polski na wschdd w ofaesie bizant. arabskim, Krakiw, 1909 ; voir aussi St. Lewicki : Drogi handlowe w Polsce w wiekach srednich, Krakôw, 1906. Pour la Bohême, voir Novotny, Ceské dëjiny, I, p. 547.

2 Sur Lùbeck, voir Helmold, I, 48, 71 , 76 ; sur Volin, Adam, II, 19 ; sur Prague, Ibrâhîm ibn Ja'kûb, éd. Westberg, p. 53 ; sur Cracovie Rosteh et Kardîzî (Marquart, Streifzùge, p. 468). Ibrâhîm écrit de Prague : « La ville de Frâga est bâtie en pierre et en chaux, et c'est une des villes les plus riches par son commerce. Les Russes et les Slaves y viennent de Cracovie avec des marchandises, et du pays des Turcs les Musulmans et les Juifs, et également les Turcs viennent aussi avec des marchandises et des mithkâls byzantins, et ils exportent de la farine, de l'étain et différentes fourrures. Leur pays est le meilleur des pays du Nord et le plus riche en moyens d'existence. On achète chez eux tant de farine pour un kn$âr que cela suffit à un homme pour un mois, et on achète avec un kjntâr quarante jours d avoine pour un cheval. On vend aussi dix poulets pour un kn$âr. En outre, on fabrique dans la ville de Prague des selles, des brides et des boucliers dont on se sert dans ces pays ».

3 Ces passages étaient déjà fréquentés à l'époque préhistorique, comme en témoignent les découvertes faites en ces endroits. La vallée de l'Hernad s'appelait encore au XIIIe siècle la « porte de la Russie ».

4 Voir plus haut, p. 243.

vers la Mazovie, vers Lublin, Chetm et Vladimir de Volhynie, puis, par le Haut Pripet, vers Brest d'où un volok conduisait aux sources de la Pina. C'est par là que les troupes passaient sur des barques \ Cette liaison était pourtant assez faible, comme le note, au XIe siècle, le chroniqueur polonais Gallus : (( Regio Polonorum ab itineribus est remota et nisi transeuntibus in Russiam pro mercimonio paucis nota »2.

Nous sommes mieux renseignés sur les principales routes de l'Europe orientale dans l'antiquité, celles-là mêmes que suivaient encore les Slaves au IXe siècle et au Xe. Deux grandes voies commerciales sont à distinguer, qui dépassaient de beaucoup les autres en importance : celle de la Volga et celle du Dnieper. Toutes deux avaient un rôle européen. La première reliait l'Orient avec les marchés Scandinaves de Birka et de Gotland et 1 Europe occidentale ; la seconde mettait en communication l'Europe septentrionale avec Constantinople et l'Asie Mineure. La première route était plus ancienne : les trouvailles archéologiques témoignent que le transport des marchandises d'Orient avait lieu par la Volga dès le IIe siècle après J.-C, la pratique de cet itinéraire étant d'ailleurs certainement plus ancienne encore. La deuxième route était en partie connue aussi dès la moitié du premier millénaire de 1ère chrétienne, mais ce n'est qu'au IXe siècle qu'elle fut couramment utilisée et concourut à l'épanouissement du commerce.

Les deux routes avaient leur point de départ soit à l'embouchure de la Neva, dans la mer de Finlande, soit mieux encore sur la rive méridionale du lac Ladoga (le vieux Nevo), où, dès le VIIIe siècle, les Scandinaves avaient une base commerciale fortifiée qui est aujourd'hui Staraja Ladoga (}'Aldagen des vieilles sagas Scandinaves). De là les marchands gagnaient en bateau Novgorod (en nordique Holmgard), par la Lovât', puis atteignaient, par des voloky, les affluents supérieurs de la Volga et la Volga elle-même qu ils suivaient jusqu'à la mer Caspienne3.

La Chronique de Kiev appelle cette route « nyTb BT» BcarapH il B'b XBa^HCbl »4. Les principaux marchés situés sur cette route étaient ceux de Buïgâr, près de la Kazan' actuelle, d'Itil, chez les Khazars, près d'Astrakhan, et d'Abeskun, sur la mer Caspienne. Les marchés de Bulgâr, où se réunissaient non seulement les marchands russes et slaves, mais ceux de

1 Chronique, version Laurentine, 150. à l'année 1041 . De Pinsk à Vladimir il y avait aussi un chemin en terre ferme.

2 Mon. Pol. hist., I, p. 394.

3 Voir les détails dans Arne, La Suède et l'Orient, 15. Voir aussi Manuel de V antiquité slave, I, p. 203.

4 Chronique, version Laurentine, 6.

toute l'Asie centrale1, étaient, en même temps, les principaux marchés de la région qu'on appelait la Biarmie (Biarmaland, dans les sagas Scandinaves) : cette région, célèbre par son commerce de fourrures et de métaux précieux (surtout l'argent), s'étendait sur un vaste réseau de cours d'eau comprenant la Vytchedga, la Pétchora, la Kama et la Vjatka ; elle avait son centre sur la Kama. On aperçoit là, même à l'âge de bronze, un foyer de civilisation important en relation, d'une part, avec le centre de l'Europe orientale et l'Occident et, d'autre part, avec l'Oural et la Sibérie centrale2. D'Itil les marchands continuaient leur route en traversant la mer Caspienne ou en suivant le littoral, et ils se rendaient, par le passage de Derbent, aux foires de l'Arménie, de la Perse, du Turkestan et jusqu'à Trébizonde3.

L'autre grande route qui unissait le golfe de Finlande à Constantinople passait par Staraja Ladoga et Novgorod, la Lovât , l'Usvjat et la Kaspla pour aboutir par un volok au Dnieper que les marchands descendaient alors jusqu'à son embouchure dans la Mer Noire, traversant ou contournant, suivant l'état des eaux, les rapides entre Alexandrovsk et Ekaterinoslav4. Les principales bases commerciales placées sur ce parcours, outre Novgorod et Staraja Ladoga déjà citées, étaient Smolensk (Gnëzdovo), Ljubec, Kiev, Vysgorod, Viticev et l'île de Chortica près d 'Alexandrovsk 5. C'est à Kiev, évidemment, que se trouvait le plus grand marché, et cette ville même était réputée au loin pour sa richesse dès la fin du Xe siècle6. Elle comptait, suivant Thietmar, quatre cents églises et huit marchés.

De cette route comme de la précédente il s'en détachait plusieurs autres, tant dans la direction de la mer Baltique (la Dvina et le Niémen) que vers l'Orient, dans la direction de la haute Volga, du Donec et du Don. Partout les volofay1 jouaient un grand rôle, assurant la communication entre les divers bassins et par là même la jonction des différentes mers. Un groupe de ces routes secondaires conduisait du moyen Dnieper en

1 Fadlân, à l'année 922, fait la description d'un marché où venaient les Russes (Harkavi, CuaaairiH, p. 93).

2 Voir Slov. star., IV, 220, 221.

3 Chronique, version Laurentine, 6.

4 Sur ces rapides, voir Manuel de l'antiquité slave, I, p. 206, et également Slov. star.. IV, p. 107.

5 Constantin Porphyr., De adm. imp., 9.

6 Voir Thietmar, Chron., VIII, 16 (IX, 32), et Adam, II, 19.

; Les voloky (rus. sing. BOJIOKTb) étaient des bandes de terre étroites et basses destinées au transport des barques d'un cours d'eau à l'autre.

Crimée, où Cherson (russe KopcyHfc) était alors le marché le plus important, puis à la mer d'Azov, à Kertch et à Tmutorokan'-Tamatarcha et à l'embouchure du Don1. Il y avait là une route grecque, la route du sel, (cOAhUhûi) et un chemin appelé 3a.l03HL.iH nyTL (le nom n'est pas clair), indiqué par la Chronique à l'année 11702. De même Khordadbeh signale des routes qui traversaient le Don pour aller à Itil et à Tmutorokan'8.

Les Slaves de la Péninsule balkanique avaient en général continué à utiliser pour leur commerce les vieilles voies romaines bien connues, notamment les trois suivantes, dans trois directions différentes : 1° celle qui conduisait de la région de Viminacium (Kostolac) sur le Danube, par Nis, Srëdec, Philippopoli et Andrinople, à Constantinople ; 2° celle qui à Nis bifurquait vers le Sud par Skoplje et suivait ensuite la vallée du Vardar pour aboutir à Salonique ; 3° celle que l'on appelait via Egnatia, conduisant de Salonique, par Edesse (Vodena), Lichnidus (Ochrid), Scampa (Elbassan), à Epidamnus (Drac, Durazzo). Entre ces routes s'étendait un réseau de chemins secondaires. Partout, dans ces contrées, le commerce byzantin avait droit de cité avec ses marchandises byzantines et orientales. C'est seulement sur l'Adriatique que 'Italie possédait deux centres commerciaux considérables : Venise et Raguse. Surtout le littoral entre Raguse et Durazzo était la région d'élection des relations commerciales des Slaves avec l'Italie : de là partaient les routes les plus importantes vers les pays de l'intérieur. Elles traversaient le Monténégro et l'Albanie septentrionale dans la direction de Pec (Ipek) et de Prizren et continuaient sur Lipljan, Nis et Srëdec4.

Parmi les marchés bulgares, la Chronique de Kiev, à l'année 969, célèbre celui de Prëslavec sur le Danube. Le prince de Kiev Svjatoslav y dit : « Je ne me plais pas à Kiev, je veux habiter Prëslavec sur le Danube, car c'est le centre de ma terre et toutes les richesses y affluent »5. Salonique aussi, cela va de soi, avait un rôle important, et c'est là que, du temps de Siméon,

1 Voir Manuel de l'antiquité slave, I, p. 209.

2 Chronique, version Hypatienne, 368. Voir aussi dans le même ouvrage, pp. 192, 429, à propos d'un chemin qui allait de Kiev au Don par Sula, Chorol, Psjol et la Vorskla.

3 Harkavi, CKasaHia, p. 49; voir aussi loc. cit. p. 251.

4 Sur ces routes, voir en particulier l'étude de Constantin Jirecek, « Handelstrassen und Bergwerke Serbiens und Bosniens wâhrend des Mittelalters » (Prag, 1879, Abhandl. der Ges. der Wiss.), et Staat, II, pp. 46 et suiv. Voir encore A. Erdeljanovic, TproB. iieHTp» h iiyTeBH nocpncKoj 3eMJM (Beorpaj, 1899), et K. Kostic, TproB. ijeHTpii h apyMOBH cpn. 3eMJin (Beorpaa, 1900), Grapa cpn. Tpromma (Beorpax 1904).

5 Chronique, version Laurentine, 66. La situation exacte de ce Prëslavec n est pas certaine : ou Tulca, ou Cerna voda, ou enfin Nicolicelu?

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