CHAPITRE XI
L'art militaire.
Les Slaves, dans leur habitat primitif, alors qu'ils se trouvaient à un niveau de civilisation encore inférieur, n'avaient développé ni leur science militaire ni même leur armement, et ceux-ci étaient restés rudimentaires. Mais, une fois dispersés dans les régions qui devaient devenir à l'époque historique leurs habitats respectifs, ils s'étaient trouvés en contact avec d'autres peuples plus avancés qu'eux, avec le monde grec, et avec le monde romain et germanique, et avec l'Orient. Ils étaient arrivés rapidement à s'adapter à la civilisation qui leur était révélée, et notamment à perfectionner leur organisation militaire et tout ce qui s'y rapportait. Jean d'Ephèse, en 584, constate que les Slaves nouvellement venus dans les Balkans ont déjà appris à faire la guerre mieux que les Romains1.
Leur science militaire est donc, aux Xe et XIe siècles, singulièrement plus grande qu'avant la dislocation de l'unité primitive. Ils ne sont restés en arrière de leurs voisins ni pour le courage individuel, ni pour les connaissances techniques.
Organisation du service militaire.
L'organisation du service militaire reposait à l'origine sur la grande famille. Celle-ci, et avec elle chaque peuplade ou district, fournissait, en cas de besoin, tous les hommes capables de porter les armes 2. La troupe des guerriers d'une famille devait ainsi naturellement former la plus petite unité constitutive, et son chef était le chef militaire de cette unité. Dans les états de la Baltique, où la flotte constituait une force de combat, la grande famille devait fournir une barque dûment équipée.
1 Jean d'Ephèse, VI, 25. Voir Slov. Star., II, p. 207.
2 Dans des cas exceptionnels, les femmes mêmes combattaient, comme le prouvent les textes sur la bataille de Constantinople de 626 et les luttes tchéco-allemandes de 872 (voir Manuel de l 'antiquité slave, I, p. 65, et Ann. Fuld., 872, Mon.Germ., Scr., I, p. 384).