‹ Manuel de l'antiquité slave (volume 2)Chapitre 60 sur 90 · ORGANISATION DU SERVICE MILITAIRE · texte numérisé non relu

ORGANISATION DU SERVICE MILITAIRE

Telle était la base de l'organisation militaire. Quant à lage requis et aux modalités de la conscription, nous les ignorons, faute de disposer d'aucun témoignage ancien les concernant. Nous n'avons de témoignages que de la fin de l'époque païenne et du début du christianisme slave, c'està-dire d'une époque où la vieille organisation de la famille avait subi déjà bien des changements. Nous voyons dès lors une armée en partie permanente, en partie mercenaire, et les indigènes commencent à s'enrôler et à s'équiper suivant leur situation de fortune ; les armes diverses apparaissent également, cavalerie, infanterie et, dans cette dernière, des catégories spéciales de fantassins.

Les princes avaient auprès d'eux un détachement permanent : ce fut d'abord la druzina « suite, cortège, compagnie » (du slave commun drugù « ami, membre de la druzina »). Il est certain que les germes de cette druzina s'étaient développés indépendamment, et depuis longtemps, dans l'entourage des princes slaves. Il a toujours été naturel que le chef d'une peuplade ou dune tribu s'entourât d'une troupe d'hommes de confiance formant sa suite, lorsqu'il paraissait en public dans une assemblée ou pendant une cérémonie religieuse, et lui servant d'armée lorsqu'il entrait en guerre. Mais les grandes druziny que nous rencontrons chez les princes slaves des Xe et XIe siècles ne sont pas seulement le produit d une évolution autonome de cette « suite » primitive : elles se sont formées sous l'influence du Gefolge germanique bien connu (chez Tacite, Germ., 13-14 : « comitatus »). Nous n'en avons pas, il est vrai, de preuves directes, mais, si l'on songe aux relations étroites qu'avaient les Slaves de l'Ouest avec les Germains, et si l'on considère la quantité des emprunts qu'ils ont faits, dans le domaine militaire en particulier, aux Gots des IIIe et IVe siècles, on peut tenir pour vraisemblable que les troupes permanentes1, que nous voyons auprès de certains princes slaves de cette époque et que les sources appellent primates, viri meliores, avaient été constituées sous l'influence germanique. Les princes russes de la famille de Rurik avaient amené avec eux chez les Slaves de l'Est leur propre druzina, d'origine Scandinave. La Chronique nous en dépeint la vie en maint passage : les gens qui la composaient menaient une vie joyeuse, aimaient boire et manger et se livrer aux réjouissances dans la grande salle du palais du prince, mais ils servaient en même temps leur maître avec fidélité2. La druzina formait le noyau de toutes

1 Le roi des Antes, Booz, avait déjà, au IVe siècle, une semblable druzina composée de 70 primates (Jordanis, Get., 246) ; voir Manuel de l'antiquité slave, I, p. 190.

2 Chronique, version Laurentine, passim. Le récit de Fadlân contient aussi des données intéressantes (Harkavi, CnasaniH, p. 101).

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les expéditions princières, et les princes lui adjoignaient constamment au Xe siècle, quand elle s'était déjà slavisée, des éléments mercenaires varègues .

Le prince polonais Mieszko avait une druzina permanente de 3.000 hommes ceints d'une cuirasse (« loricati »), mais nous n'en savons que peu de chose1. C'étaient probablement des gens à sa solde, pareillement aux 3.900 « cuirassiers » que Gallus2 signale comme occupant les châteaux de Boleslav le Hardi. C'est d'eux que sortit plus tard la chevalerie polonaise. Il est encore question de druziny de moindre importance chez les Slaves de la Baltique ; en Poméranie, même les petits chefs avaient leur druzina, qui comprenait jusqu'à trente cavaliers3. La druzina est également attestée chez les Slaves du Sud, au XIe siècle, dans la guerre du prince Ludevit avec Borna4.

La druzina était en grande partie montée mais, en dehors d elle, les Slaves, nous devons l'admettre, avaient encore dans leurs troupes des détachements de cavalerie parfois nombreux, suivant que le pays était plus ou moins riche en chevaux. Ainsi la Russie du Nord manquait, de chevaux, d'où plusieurs témoignages sur l'absence de cavalerie chez les Russes5. Mais la Russie du Sud, qui confinait aux steppes avec leurs innombrables troupeaux de chevaux sauvages, était toujours fournie de montures, et c'est pourquoi les troupes des princes de Kiev comprenaient régulièrement d'importants détachements de cavalerie6. Les Slaves du Sud n'en étaient pas non plus dépourvus, et Constantin parle même de 60.000 cavaliers et de 100.000 fantassins chez les Croates du Xe siècle7.

1 Ibrâhîm îbn Ja'kûb, éd. Westberg, pp. 55, 92.

2 Gallus, I, 8, Ils portaient au cou des insignes de leur emploi : « torques in signum militiae » (Gallus, I, 16). Ce torques n'était autre que le fiavsâxYjc ou navcaxtov byzantin qui avait passé aux Slaves. Les Byzantins mêmes l'avaient pris aux Perses. C est pourquoi Joannes Lydus appelle les soldats byzantirs iopxo'jciTo\ cTpeTiToçôpo; , ot tov; (xavtâxa; (popoOvxeç (De maghtr., éd. Bonn, 157). Voir les détails chez Kondakov, K.iaai.i, P- 160, ^pPBHocTii, V, po. 130, 151, et 2iv. star. SIov., III, p. 480.

3 Saxo, éd. Holder, p. 276; Helmold, I, 87; Herbord, II, 23, 24. Herbord (II, 21) mentionne un certain « Vratizlaus dux cum suo comitatu ».

4 Voir Annales Einhardi, à l'année 819.

s Voir Ibn Rosteh (Harkavi, Ciea3aHiH, p. 266) et Kardîzî, éd. Bartold, p. 23.

15 Voir par exemple Chronique, version Hypatienne, p. 235 (année 1146), version Laurentine, p. 242 (année 1096).

7 Constantin, De adm. imp., 31. Dès le VIe siècle, les Slaves du Sud avaient des détachements de cavalerie et entraient aussi au service de Byzance (Prokopios, I, 27 ; Michel le Syrien, XI, 5 ; Jean d'Ephèse, VI, 25).

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