‹ Manuel de l'antiquité slave (volume 2)Chapitre 61 sur 90 · ORGANISATION DU SERVICE MILITAIRE · texte numérisé non relu

ORGANISATION DU SERVICE MILITAIRE

Chez les Slaves de l'Ouest, il y avait moins de cavalerie, mais la Silésie polonaise fournissait cependant assez de chevaux et la Poméranie davantage encore, car on y évaluait généralement la valeur d'une propriété d'après le nombre des chevaux, et les petits chefs eux-mêmes avaient, comme on l'a vu plus haut, leurs druziny montées'. Bien plus, là, dans le Nord, la cavalerie slave apparaît même dans les combats navals : les grands bateaux contenaient parfois, outre l'équipage, quelques cavaliers avec leurs chevaux destinés à entrer les premiers en action quand le bateau avait touché la rive ennemie2.

La charte du cloître de Lautenberg, datée de 1181 et citée plus haut3, signale dans la tribu sorabe des Dalemins. plusieurs classes sociales parmi lesquelles l'une est appelée withasii, transcription correspondant au polabe vicaz, au tchèque vitëz, au polonais wyciçzca, au russe Bi/iTHSh, au vieux slave vitçzï, tous mots venus du slave commun *vitengû : c'était une classe de soldats servant à cheval, car le texte porte explicitement « in equis servientes, id est withasii ». L'explication du mot vitçzï a soulevé beaucoup de difficultés, et aujourd'hui encore on ne peut dire avec certitude ni si l'on doit y voir la transformation d'un nom de tribu germanique {Vitung ou nordique VikingY, ni comment il a bien pu devenir chez les Sorabes le nom d'une classe de la population5. Mais il n'est pas impossible que viting ait servi à désigner les guerriers qui se présentaient pour la guerre tout armés, appelés qu'ils étaient par la couronne de tille symbolique qu'on appelait vitï6.

1 Voir plus haut, pp. 200. 268. Il est signalé de la cavalerie en Bohême par exemple pv les Annales de Fulda (à l'année 871), par Lambert (en 1075 : Mon. Germ., V, p. 227), par Kosmas (II, 35), en Pologne par Gallus (II, 28, III, 1), par Thietmar (VII, 12 [VIII, 18], VII, 15 [VIII, 23J). Pour les Slaves baltiques et polabes, voir Widukind, 1,36; Helmold, I, 36. II, 4 ; Ebbo, III, 5 ; Herbord, III, 2 ; Saxo, éd. Holder, pp. 477, 564; Thietmar, III, 18 (11); Ann. Corv., année 1114.

2 Saxo, éd. Holder, pp. 444, 477, 501, 608-609; Snorro, Hist. (Mon. Germ., XXIX, p. 345) ; Knytlingasaga (ibidem, p. 306).

3 Voir ci-dessus, p. 172.

4 Voir Adam de Brème, IV, 6 : « piratae quos illi wichingos (withingos) appellant ».

' Voir les détails sur ce sujet dans Ziv. star. Slov., III, p. 486 : Withung (voir aussi Zeuss, Deutschen, p. 312), suivant Safarîk et Miklosich ; Vifaing suivant Uhlenbeck et Janko. J. Peisker voit en eux les restes des Vikmgs slavisés par des Sorabes (Beziehungen, pp. 302, 320). Voir en dernier lieu, dans la Zeitschrifl fur slavische Philologie, II, pp. 104- 1 1 6, l'article de E. Schwarz.

6 Voir plus loin, p. 270, et Schwerin, Reallex. germ. Alt., I, p. 1 40, et Zeitschr. fur deutsche Kulturgesch., III, p. 621.

270 l'art militaire

Le service dans la cavalerie occasionnant de grandes dépenses et exigeant un équipement considérable, les gens riches, seuls, y étaient généralement obligés, et c'est pourquoi l'évolution de la cavalerie se trouve liée ordinairement avec le développement de la chevalerie à l'époque historique.

Les troupes à pied étaient en nombre beaucoup plus considérable, mais leur équipement, comme" nous le verrons plus loin, était plus léger. Une seule fois, en 623, les Slaves firent une attaque contre Constantinople en deux colonnes, la première armée légèrement, la seconde munie de cuirasses : il ne s agissait pas là, cependant, d une armée slave normale, mais d'une armée équipée et conduite par les Awars1.

Comment se faisait la mobilisation? Nous l'ignorons. Ce n'est qu'à partir du XIe siècle (chez les Polonais à partir du XIIIe) que nous apprenons par certains textes que le signe en était une couronne de tille que le prince envoyait dans les villages. C'était là vraisemblablement une coutume ancienne : la couronne était appelée vitï, en polonais wic, et c'est de ce nom qu'Alexandre Brûckner fait dériver l'énigmatique vicaz dont nous avons déjà parlé2. Mais cette explication est, elle aussi, sujette à caution, surtout si l'on considère que dans un pays voisin, le Danemark, la viti était aussi un symbole de convocation des hommes à la guerre, encore qu'elle eût un autre caractère3.

Les Slaves donnaient au simple combattant les noms de ratnù\û (de ratï « combat ») ou de voj, vojinû et vojnikù. Celui qui commandait la troupe s'appelait vojevoda, d'où le grec byzantin 3oiêo3oç (chez Constantin Porphyrogénète, De adm. imp., 38), le roumain vojevod et le hongrois vajvoda, vajda. C'esl seulement là où s'était exercée 1 influence de Rome ou de Byzance qu'apparaissent, dès les Xe et XIe siècles, des termes désignant des fonctions subalternes, telles que celles de desçtnikû <( décunon » (de desçtï « dix »), sotnikù (< centurion » (de sûto « cent »), et d'autres encore par la suite4.

La tactique.

Les documents anciens attribuent aux Slaves, dès le début de l'époque historique, une méthode de combat particulière : ne pas entrer en lutte

1 Chronicon paschale, année 623.

2 Voir Brûckner, Rozprawy de l'Académie de Cracovie, XXXV, 1908, p. 308.

3 Voir plus haut, p. 269, note 6.

4 Chronique, version Laurentine, à l'année 996, et diverses chartes croates (Racki, Documenta, VII, pp. 81 , 82, 128, 144, etc.) ; Jirecek, Staat, I, p. 76.

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