CHAPITRE XII
L'art, l'écriture et autres connaissances.
Architecture et peinture.
Ce que nous savons des Slaves de l'époque païenne ne témoigne nullement d'un niveau supérieur de création artistique ; nous ne pouvons cependant leur refuser tout effort ni toute aptitude créatrice, comme le font volontiers les archéologues allemands. Dès avant l'époque où le christianisme les atteignit et leur apporta les impulsions, nouvelles pour eux, de l'art classique tardif, de l'art byzantin et de l'art germanique, certains d'entre eux avaient dépassé le stade de la civilisation primitive et savaient s'élever au-dessus d'une existence toute matérielle grâce à leurs rapports continus avec l'étranger. Les Slaves russes des Xe et XIe siècles et les Poméraniens et les Polabes des XIe et XIIe siècles, encore en plein paganisme, créaient des œuvres marquant, par la couleur et par la forme, un effort artistique indéniable. Nous voyons dans les palais et les temples une architecture avancée, une application fréquente de la sculpture et de la peinture pour embellir 1 intérieur et l'extérieur de ces édifices, de nombreuses productions sculpturales, les débuts d'une industrie des métaux, et il n'est pas douteux non plus que les aspirations artistiques trouvaient aussi leur place dans les produits de l'industrie domestique, c'est-à-dire dans le mobilier, les tissus et les vêtements. L'antiquité et l'originalité de la broderie morave et slovaque attestent en faveur de celle-ci une longue tradition que nous pourrions faire remonter jusqu'à l'époque du paganisme, même à défaut de tout témoignage direct remontant aussi haut 1.
Il est vrai que, avant que des influences étrangères aient commencé à s exercer, nous n'avons jusqu ici aucune preuve de l'existence d un art slave indigène et autonome. Même les petites industries ne nous présentent rien à cet égard. Nous ne connaissons pas de trouvailles antérieures au Ve siècle de 1ère chrétienne, ou, pour mieux dire, nous ne savons pas exactement ce que nous sommes en droit d'attribuer aux Slaves. Nous ne savons
1 Voir plus haut, p. 83.