‹ Manuel de l'antiquité slave (volume 2)Chapitre 65 sur 90 · ARCHITECTURE ET PEINTURE · texte numérisé non relu

ARCHITECTURE ET PEINTURE

pas, par exemple, jusqu'à quel point nous serions fondés à leu*- imputer les sépultures à incinération contenant des produits de l'industrie romaine du Ier au IVe siècle, ou bien les tombes de Volbynie contenant des objets scythosarmates de l'époque préchrétienne, et nous ignorons si les divers articles barbares de l'industrie d'art que renferment ces tombes ne proviennent pas cependant des mains d'ouvriers slaves. Mais, à peine les premières impulsions extérieures se font-elles sentir, venues de Byzance, de l'Orient et de la Germanie, que nous constatons dans les imitations slaves une adaptation si rapide et plus tard une faculté de création si indépendante qu'il ne nous est pas possible, même pour l'époque ancienne, de mettre en doute les qualités et les tendances artistiques de ces nouveaux adeptes de la civilisation.

Les cadres de cet ouvrage ne me permettent pas de suivre cette évolution rapide, car elle appartient déjà à la période proprement historique. Il ne peut être question ici que des débuts seulement de cette évolution, pour autant qu'ils se manifestent précisément dans le passage de la vieille culture païenne à la nouvelle civilisation chrétienne, et, en particulier, à l'art chrétien nouveau.

Nos connaissances sont des plus réduites sur l'ancienne architecture des Slaves. J'ai tenté une description détaillée de la maison slave ; j'y ai dit ce que nous savons des palais des princes des Xe et XIe siècles1 et quel aspect offraient les sanctuaires russes et poméraniens 2. Si nous examinons maintenant à nouveau les matériaux présentés précédemment, mais cette fois du point de vue artistique, nous devrons constater de façon irrécusable que les Slaves de cette époque édifiaient des pièces d'architecture qui dépassaient déjà l'habitation rudimentaire du paysan telle que chaque chef de famille pouvait en élever une avec l'aide des siens et de ses gens. La construction des temples ou des palais princiers de Sie!:tin,de Kiev, de Rethra et d'Arcona atteste l'expérience et la formation techniques des gens de métier qui y ont pris part, charpentiers, maçons et aussi peintres et sculpteurs ; elle atteste également, chez ceux qui ont dirigé le travail, des idées et des combinaisons architecturales. Qu'il suffise de rappeler, par exemple, les quelques tours à étage (Tepe.M l) du château de Kiev, datant du Xe siècle 3, dont le soubassement était en pierre et les étages supérieurs en bois et en briques, — et la vaste salle centrale du palais appelée

1 Voir plus haut, chapitre V, pp. 1 1 1 et suiv.

2 Voir plus haut, chapitre VI, pp. 155 et sui'\

3 Chronique, version Laurentine, années 945, 980.

310 l'art, l'écriture et autres connaissances

rpH4BHiiu;a\ où le prince festoyait avec sa druzina et qui était fort bien disposée avec un plafond posé sur des colonnes, — et encore les divers corridors et balcons qui réunissaient alors déjà, à ce qu'il semble, les divers appartements du palais du prince. Le palais de Stettin, lui aussi, avec ses grandes pièces, salle à manger et salle du conseil, que les textes appellent stupa et pirale 2, était une œuvre supérieure d'architecture. Et l'on peut en dire autant, à plus forte raison, des temples polabes et poméraniens dans lesquels nous voyons, aux XIe et XIIe siècles, nombre d'éléments artistiques 3. Ces temples, bien que construits avec des poutres, avaient autour d'eux un ambitus (à Arcona par exemple) et des vestibules. Le sanctuaire proprement dit, qui se trouvait à l'intérieur de l'édifice assez simplement construit, s'élevait sur des colonnes auxquelles étaient suspendues des tentures (Arcona, Korenica), et toutes les surfaces de quelque étendue, à l'extérieur comme à l'intérieur, étaient couvertes de peintures de diverses couleurs et de motifs sculptés, travaux parfois grossiers, mais parfois aussi assez fins : « opus elegantissimum », écrit Saxo à propos de l'ornementation du temple d'Arcona 4. A cette décoration en surface s'ajoutaient parfois des statues, sur lesquelles l'architecte comptait certainement pour compléter sa composition d'ensemble tant à l'extérieur qu'à l'intérieur du temple. C'est ainsi, par exemple, que le temple de Rethra était orné intérieurement d'une rangée de statues ; de même aussi le temple de Triglav à Stettin 5. Il est inutile de s'étendre sur la décoration des murs, à l'aide d'étoffes précieuses et d'étendards bariolés 6. C'était là partout le complément nécessaire de cette impression supérieure de richesse et d'art que le temple devait produire sur ceux qui venaient, avec crainte et humilité, s'incliner devant le dieu et solliciter de lui aide et conseil. « Fana magni decoris et miri artificii », dit un contemporain des temples de Gockov, — et il ajoute à propos de ceux de Korenica : « Fanorum aedificia ingenuae artis nitore visenda 7 ». A Stettin, on avait construit et orné une belle confina comme temple en l'honneur de Triglav8. Au reste, même les constructions de

1 Voir plus haut, p. 111.

2 Herbord, II, 24. Voir plus haut, p. 112.

Sur ces éléments, voir plus haut, pp. 154-160.

4 Saxo, éd. Holder, p. 564. Voir le texte dans Ziv. star. Slov., II, p. 289.

5 Thietmar, VI, 23 ; Herbord, II, 32.

6 Voir Ziv. star. Slov., II, pp. 193 et suiv.

7 Ebbo, III, 9 : Saxo, éd. Holder, p. 577.

8 Herbord, II, 32 : « Mirabili cultu et artihcio constructa fuit ». Sur la confina, voir plus haut, p. 111.

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