ARCHITECTURE ET PEINTURE
moindre importance n'étaient pas, à cette époque, dépourvues de composition architecturale. Le toit posé sur des colonnes répondait à un type ancien et, dès le Xe siècle, dans la Chronique de Kiev, nous trouvons une antichambre qui avait la forme d'un balcon élevé l. Ce sont là des motifs qui contribuaient à enjoliver même une maison de type modeste.
Nous n'avons, par ailleurs, aucune donnée sur les constructions d'art chez les autres Slaves. En Bulgarie, à Aboba, près de Sumen, on a trouvé, il est vrai, un palais impérial d'un caractère architectural remarquable, mais c'est là moins une œuvre slave qu'un produit byzantin et oriental. Le professeur B. Filov y retrouve l'influence directe de l'architecture sassanide 2.
Les précisions que nous venons d'indiquer, encore qu'elles ne nous renseignent que de façon fort insuffisante, nous laissent apercevoir du moins que les architectes slaves n'étaient nullement terre à terre et qu'ils avaient le souci de donner à leur œuvre un certain caractère grandiose et imposant. Il va de soi, d'ailleurs, que dans les divers détails de la construction ils imitaient les modèles étrangers ; il n'est pas impossible non plus qu'ils empruntassent de même les motifs de leur décoration intérieure et extérieure. Nous savons aussi, par divers témoignages, que certains princes slaves engagèrent d'abord, aux IXe et Xe siècles, des architectes et des peintres étrangers pour la construction et pour la décoration de leurs palais et de leurs temples 3. Il n'est pas douteux que l'ouvrage de ces maîtres étrangers servait de modèle aux artisans du pays. Parfois aussi les maîtres indigènes avaient vu de ces modèles bien auparavant dans leur propre pays : au VIIe siècle déjà, en Hongrie, des architectes byzantins avaient bâti un palais pour le khakan des Awars *. Nous ne serions pas fondés cependant à ramener exclusivement à des modèles étrangers tous les efforts des Slaves en matière d'art. Nous ne le serions pas davantage non plus à prétendre trouver certain caractère indigène original dans leurs premières œuvres
1 Voir Zio. star. Slov., I, pp. 716, 725.
2 Voir le travail sur AOofia-Il. nicha, qui forme le XIe fascicule du Bulletin de l'Institut russe d'archéologie de Constantinople (Sofia, 1905). Je ne connais l'opinion de B. Filov que par un article du journal La Bulgarie, n° 6 du mois de décembre 1923.
3 C'est ainsi que le prince croate Ljudevit fait venir en 820 des maçons de Grado, qu'en 850 un prince pannonien Pribina en fait venir de Salzburg, qu'au début du XIe siècle des maçons viennent en Bohême de Ratisbonne ou de Salzburg, appelés par le prince Venceslas et, en 989, de Constantinople en Russie, appelés par Vladimir (Annales Einhardi, 820, 821 ; Conversio Bag. et Carant., 1 1 ; Légende Oportet, éd. Pekar, p. 403 ; Chronique, version Laurentine, p. 1 1 9).
4 Jean d'Ephèse, éd. Schônfeld, p. 254.
312 l'art, l'écriture et autres connaissances
d'architecture ou die peinture. Les premières miniatures chrétiennes d'artistes slaves seraient mieux à même de nous laisser apercevoir ce qu'elles peuvent avoir gardé d'une tradition indigène ancienne; mais elles n'ont pas été examinées jusqu'à ce jour de ce point de vue.
En ce qui concerne la peinture, nous ne pouvons que constater qu'elle était dotée de termes proprement slaves désignant toutes les principales couleurs : sinï « bleu clair », modrû « bleu foncé », crtvlenï « rouge », bëlû « blanc », bronû « blanchâtre », crûnû « noir », zlùtù « jaune », zelenï « vert » l. Il semble, d'une manière générale, que les Slaves aient eu depuis des temps fort anciens un sens particulier des couleurs et de l'harmonie des tons, avec le blanc comme couleur fondamentale et le rouge comme complément au vert de la nature. Ce goût du coloris les a accompagnés tout au long de leur histoire.
Sculpture.
Nous sommes un peu mieux documentés sur la sculpture, car nous possédons quelques statues que nous pouvons, avec une grande probabilité, considérer comme des œuvres slaves de la fin de l'époque païenne. Nous savons en outre, par divers témoignages, que la sculpture avait atteint chez les Slaves un certain développement. Outre quantité de statuettes de pénates taillées dans le bois ou modelées dans la terre glaise, qu'on trouvait en abondance, au dire de Helmold, dans les villes des Slaves de la Baltique et de l'Elbe 2, tous les temples de quelque importance possédaient des statues de leurs dieux sculptées dans le bois et garnies de pièces de métal, et qui produisaient sur les fidèles une puissante impression. Tel était le cas, par exemple à Rethra, à Arcona, à Stettin, à Gockov, à Korenica, à Volin, à Brandebourg et dans les autres sanctuaires 3. Les statues de pierre, sont rarement attestées ; encore n'en trouve-t-on qu'en Russie4.
Mais en dehors de ces témoignages, que l'on complète parfois par certaines traditions d'une antiquité douteuse, nous avons les œuvres mêmes qui nous ont été conservées. Toutes n'ont pas évidemment la même valeur ni une authenticité égale. Certaines, même les principales, ont provoqué des objections, et récemment encore Wl. Demetrykiewicz5 et Alex. Brùckner
1 Voir dans Miklosicb, Berneker et Sreznevskij les mots correspondants.
2 Helmold, 1, 52 « ydola quibus agri et oppida redundabant ».
3 Thietmar VI, 25 (18) : « Quot regiones sunt în his partibus, tôt templa habentur et simulacra deorum coluntur. »
1 Ziv. star. Slov., II, p. 198.
4 Wl. Demetrykiewicz, Bulletin de l'Académie de Cracovie, XV, 1910, n° 7 ; Al. Briick-