SCULPTURE
quelques autres monuments moins authentiques, qu'à dessein je laisse ici de côté1.
Nous pouvons diviser les monuments énumérés en deux groupes : les polycéphales et les autres. Je considère les premiers, du fait même de leur polycéphalie, comme des représentations de dieux slaves, que ce soit un artiste slave ou un étranger qui les ait sculptés. Ils se distinguent encore notablement dans l'ensemble des fameuses baby de pierre aussi bien par leur style que par leurs attributs. Les concordances invoquées contre cette constatation ne sont qu'insignifiantes et facilement explicables : la coupe
Fig. 131. — Tête d'une statue trouvée à Jankowo (Pologne) et petites statuettes en argile de Veski et de Gnëzdovo (Russie).
que certains dieux ont dans la main est le symbole, si commun par ailleurs, de l'acte d'adoration, et, quant au sabre, nous savons que les Slaves connaissaient cette arme dès le Xe siècle.
Il est plus difficile de prouver le caractère slave des autres monuments (non polycéphales), dont certains, comme les pierres trouvées en Prusse, présentent dans leur ensemble une assez grande ressemblance avec le type si primitif des baby de pierre. Néanmoins, là encore, je penche pour l'hypothèse d'une origine slave. J'en vois la confirmation, pour les stèles de Bamberg et celle de Rujana, dans les lieux mêmes où elles ont été découvertes. Il est difficile, d'autre part, en ce qui concerne les pierres provenant de la Prusse, d'admettre un séjour proprement dit des nomades dans ce pays :
1 Voir ici même, fig. 131, et Ziv. star. Slov., III, pp. 663 et suiv,
L ART, L ECRITURE ET AUTRES CONNAISSANCES
tout au plus pourrait-on songer ici à une imitation de modèles turco-tatars. Quant au style de ces monuments, la colonne du Zbruc (ng. 48, 49) trahit une imitation évidente d'un monument taillé dans un tronc d'arbre ; de même aussi la colonne de Holzgerlingen. Il faut signaler comme particulièrement intéressant le motif antique d'Atlas fléchissant le genou et soulevant la colonne de sa tête. Les figures qui se trouvent au-dessus de lui indiquent vraisemblablement une ronde dansée lors des solennités en l'honneur du dieu. Le cheval de guerre avec son harnachement est un motif indigène. De plus on est frappé, en examinant la colonne du Zbruc, tant par l'heureuse solution donnée au problème de la polycéphalie (je v°is là aussi une influence antique : Janus, Hécate et Borée) que par les bonnes proportions ; on a là un ensemble qui ne manque pas d'élégance. L'auteur est vraisemblablement un artiste qui s'était familiarisé, sur les bords de la Mer Noire, avec les monuments de l'antiquité.
Industrie d'art.
Les découvertes faites dans les habitats slaves ont mis au jour une quantité appréciable de produits de l'industrie, en particulier de bijoux, qui remontent au IXe siècle et même, dans certaines régions de l'Ouest (ainsi
Fig. 132. — Ornements de ceintures (travail byzantin) trouvés dans des tombeaux slaves, à^Krungl et à Hohenberg, en Styrie.
dans les pays alpins, en Hongrie, en Croatie), au Vil0 siècle. Nous pouvons
considérer ces objets comme des produits de l'art de l'orfèvrerie, car leur
forme et leur décoration suffisent à témoigner de leur caractère artistique.
Mais une question importante se pose d'abord : pouvons-nous regarder