INDUSTRIE DART
ces objets comme des produits de i industrie slave, ou encore jusqu'à quel point, du moins, les artisans slaves ont-ils participé à cette industrie pour autant que nous puissions lui donner le nom d'industrie d'art?
Il n'est pas possible, à vrai dire, de donner à cette question une réponse définitive, parce qu'il n'a pas été identifié jusqu'à ce jour de tombes slaves de 1 époque ancienne. Il me semble cependant que, à quelques exceptions près dont je traiterai plus loin, on ne saurait parler d'une industrie d'art slave avant le IXe siècle, et que les objets que nous trouvons dans les sépultures et les trésors slaves jusqu'au début du XIe siècle sont en grande majorité d origine étrangère. Ce sont précisément ces articles d'importation, dont les pays slaves furent inondés du IXe au XIe siècle, qui provoquèrent une révolution dans l'industrie domestique indigène et déterminèrent chez les artisans slaves une création autonome, soumise d'ailleurs aux impulsions de l'extérieur. L'industrie slave commença alors à se développer. C'est seulement alors, c'est-à-dire à partir de la fin même de l'époque païenne, que nous pouvons parler d'une industrie d'art slave indigène, se trouvant dans les mains d'artisans slaves, et en particulier d'ouvriers en or et en argent 1 ; les potiers, eux aussi, essayaient à ce moment de se distinguer par leurs productions, et l'on voyait apparaître les premiers verriers et émailleurs.
Nous avons vu cependant plus haut z que la plupart des produits des menus arts, qu'il s'agisse de bijoux, de vases de métal ou de verre, ou encore d'armes précieuses, sont d'origine étrangère, surtout byzantine et orientale d'abord, puis germanique et finnoise. Les dimensions de ce livre ne me permettent ici ni d'étudier en détail la question de savoir en quoi ces importations orientales, byzantines, germaniques et finnoises (de l'Oural) se distinguent les unes des autres, m d'énumérer tous les objets apportés par le commerce en pays slave. Le lecteur pourra, sur ces points, se renseigner ailleurs 3. Il nous suffira d'un aperçu général. Nous constaterons d'abord que, dans la période qui va du Ier au Ve siècle de 1ère chrétienne, les influences gothique et romaine, quoique relativement fortes, n'ont pas eu d'action efficace sur l'industrie des Slaves. Les produits romains et gothiques arrivaient en assez grand nombre, les premiers du Danube et les seconds de la Mer Noire, mais sans animer pour cela d'une vie nouvelle
1 Sur la première mention que nous ayons des orfèvres dans les documents historiques,
2 Voir plus haut, PP. 85, 94, 216, 219.
3 Voir Ziv. star. Slov., III, pp. 671 et suiv.
l'art, l'écriture et autres connaissances
l'industrie indigène. Du moins ne l'avons-nous pas constaté jusqu ici. La même remarque s'applique également à la période suivante, du VIe au VIIIe siècle, pour les Balkans et la vallée du Danube où nous voyons, il est vrai, dans les tombes bon nombre d'objets d'origine et de style byzantins, mais qui, encore une fois, n'ont pas laissé de traces dans 1 industrie indigène. Ce n'est que l'invasion plus débordante d'articles d'importation étrangers, au IXe siècle et au Xe, qui a modifié la situation. C'étaient des
Fig. 133. — Boucles d'oreilles trouvées dans un trésor byzantin, à Tokay, en Hongrie
(d'après Hampel).
objets apportés de l'Orient par des marchands juifs et arabes 1 ; en même temps d'autres produits, venant du Nord, s'introduisaient de Scandinavie, apportés par les expéditions des Russes normands 2 ; et enfin, à partir du Xe siècle et surtout du XIe, l'influence de l'industrie byzantine s'affirmait dans tout son épanouissement. Les artisans indigènes se contentèrent d'abord d'imiter, puis bientôt, obéissant à l'impulsion reçue du dehors, ils créèrent eux-mêmes des œuvres nouvelles et indépendantes.
Un objet au moins nous prouve à lui seul que, dès avant le Xe siècle, la
1 Voir plus haut, p. 236.
- Voir plus haut, p. 235. Cette influence nordique provoqua des imitations grossières de bijoux qu'on trouve en assez grand nombre dans les kurgany de la Russie du Nord,