‹ Manuel de l'antiquité slave (volume 2)Chapitre 70 sur 90 · INDUSTRIE D ART · texte numérisé non relu

INDUSTRIE D ART

fabrication slave était parvenue à produire de petits bijoux métalliques. C'est le fameux temporal, dont l'origine est obscure, mais qui a été créé vraisemblablement quelque part dans le Sud-Ouest, d'après des modèles romainj, et qui est devenu avec le temps un ornement si typique de la coiffure slave qu'aux Xe et XIe siècles on le trouve partout à l'intérieur des tombes slaves, dans les Balkans, dans les Alpes, sur l'Elbe et la Vistule et dans le vaste bassin du Dnieper. Nous devons considérer ce bijou comme un produit originellement étranger qui s'est peu à peu propagé, à partir du Vil0 siècle, de l'Occident vers le Nord et vers l'Est, et que la fabrication slave avait déjà adopté dès le VIIIe ou le IXe siècle. Nous ne savons pas où se trouvaient les ateliers d'où il sortait. Mais nous avons là,

Fig. 134. — Imitations slaves grossières d'une pendeloque et d'une boucle d'oreille trouvées à Pilin et à Varadin, en Hongrie.

sans doute aucun, avec l'imitation de la céramique romaine des provinces1, la première manifestation d'une industrie d'art slave, manifestation d'abord modeste, sans grande apparence, mais, dès le Xe siècle, offrant déjà des formes plus variées et une ornementation à la fois plus soignée (fig. 29, 30) et plus perfectionnée, car nous rencontrons souvent à cette époque, des temporaux plaqués d'or et d'argent z.

Lorsque les objets d'art byzantins et orientaux commencèrent à affluer chez les Slaves, leur industrie indigène y trouva plus encore de stimulants à l'imitation.

On imita en particulier les bijoux orientaux en argent crné de fin filigrane granulé 3 ; on les imita avec plus ou moins de perfection soit en

1 Voir plus haut, p. 228.

2 Voir les autres détails dans Ziv. star. SIoV., I, pp. 592 et suiv., et dans le présent volume, pp. 89 et suiv.

3 La faveur dont jouissait ce filigrane est attestée par l'existence de trésors arabes contenant de l'argent ainsi travaillé dans tout le domaine slave du Nord jusqu'à l'Oder (voir plus haut, fig. 33, 81, 82, 93, et plus loin, fig. 144).

L ART, L ECRITURE ET AUTRES CONNAISSANCES

argent, soit, de manière assez grossière, en métal blanc fondu ; on imita aussi les colliers en argent tressé, bracelets, bagues, cornes, et aussi certaines armes précieuses (fig. 89, 108). Mais on copia davantage encore les modèles byzantins à dater de la fin du Xe siècle, sans doute parce que les artistes byzantins venaient eux-mêmes dans les principaux centres russes, y fondaient des ateliers, les dirigeaient et enseignaient aux ouvriers du pays les techniques récentes et les formes nouvelles. Les moines des monastères russes allaient aussi à Constantinople pour y apprendre les diverses sciences

135. — Médaillon (travail russe) à l'effigie de saint Bons (trésor de Rjazan ).

Fig. 136. — Calice (travail russe)

provenant du trésor du monastère

de Saint-Michel, à Kiev.

et arts 1. Il s'agit donc ici d'une véritable école d'art byzantin transplantée en Russie et appelée à y évoluer, et nous voyons en effet, dans les trésors des XIe, XIIe et XIIIe siècles réunis et publiés par N. P. Kondakov, beaucoup d'objets qui ne procèdent déjà plus du pur travail byzantin, mais sont des imitations slavo-russes 2. Parfois nous en avons une confirmation directe dans les inscriptions slaves qui y sont gravées ou encore dans les noms

1 Chronique, version Laurentine, années 988, 989 ; Kieuoiii"iepcKiu IlaTopiiii-L, IV, 13 ; Réau, L'art russe, p. 198.

- N. Kondakov, Pyccnic i;.ia;u.i, GiiG., 1896, I, et PyccKhi jpeBiiorTii, V, pp. 6, 10, 101 et suiv.

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