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CHAPITRE II

La vie physique des Slaves.

Nous venons de voir qu'on ne sait que peu de choses de la vie physique des Slaves. Il n'y a pas heu de nous en étonner, car, si l'on excepte la mort et aussi les funérailles qui en sont le complément, nous ne possédons sur ce sujet qu'un très petit nombre de données historiques, et l'archéologie, de son côté, ne nous apporte aucun témoignage. Nous en sommes réduits au seul folklore. Mais l'étude comparée et systématique des matériaux que celui-ci nous offre n'a pas encore fait des progrès suffisants pour nous permettre de distinguer les traits principaux, de sorte que nous ne pouvons déterminer ce qui, d'une part, remonte à l'époque païenne et ce qui, d'autre part, a été emprunté aux peuples voisins, à l'époque historique.

Le type physique.

Les sources anciennes nous dépeignent les Slaves comme un peuple sain, de constitution robuste et vigoureuse, endurci et capable de supporter les privations, la chaleur et le froid. Mais il n'y a pas lieu de prêter une importance particulière à cet éloge de leur constitution physique, car les qualités en question sont de celles que les classes amollies et délicates de la population grecque et romaine ont notées chez tous les Barbares qui descendaient du nord vers le sud de l'Europe. Tous enfants de la nature, Gaulois, Germains, Slaves arrivaient là, le corps aguerri contre les intempéries et le froid, et c'est leur résistance, à coup sûr, qui en imposait le plus aux populations civilisées du Midi.

Les Slaves, à cet égard, ne faisaient pas exception, parmi les Barbares, aux yeux des Grecs et des Romains non plus qu'à ceux des voyageurs d'Orient, originaires pour la plupart des chaudes régions de la Mésopotamie et de la Perse. Leur endurance, leur force corporelle, leur vaillance à supporter les températures extrêmes, la douleur et même la mort nous sont attestées par les sources grecques et romaines du VIe au VIIIe siècle, et aussi par les

Orientaux Kardîzî, Rosteh et Dimeskî \ et par le Germain Widukind qui caractérise ainsi les Slaves : « Genus hominum durum et laboris patiens, victu levissimo assuetum et quod nostris gravi, oneri esse solet, Slavi pro quadam voluptate ducunt 2. » Il faut ajouter leur vigueur remarquable, leur svelte et haute stature, que signalent à l'envi les expressions grecques £j[j.v;/.E'.ç, aAy.'.îj.c, [^éysôoç twv ?u)[ji.a?u)V, [xeyaXofieti; 3, et qui ont été vérifiées par la mensuration des squelettes trouvés dans les sépultures, encore que celle-ci n'ait pas été toujours faite avec assez de soin. Les squelettes d'hommes ont habituellement de 1 m. 60 à 1 m. 70 de hauteur 4. Quant aux femmes, la beauté des esclaves slaves des Balkans a été chantée, au XIe siècle, par le poète persan Nâsir-i-Khusrau 5.

En ce qui concerne les caractères somatologiques particuliers, les Slaves, de même que les Germains, les Gaulois et autres peuples du Nord, se distinguaient par la couleur claire de leur teint, de leurs yeux et de leurs cheveux, s opposant à la couleur foncée caractéristique des races de l'Europe méridionale. Si les anciens Slaves n'étaient peut-être pas blonds au même degré que les Germains noidiques, nous ne pouvons douter du moins qu'ils n'aient appartenu à une race blonde. Cette particularité physique a donné lieu à une controverse que j'ai déjà rappelée en exposant les diverses théories par lesquelles on s est efforcé d expliquer 1 origine des Slaves et leur ressemblance physique avec d'autres peuples 6. J'ai dit à cette occasion quelle transformation considérable une grande partie des Slaves a subie au cours du dernier millénaire. Nous ne saurions poser aujourd'hui que les Slaves sont caractérisés par des yeux clairs et des cheveux blonds : si les témoignages anciens les représentent tels, c'est que, de toute évidence, ils ont eu jadis un type physique différent à cet égard de celui qu'ils offrent aujourd'hui, et qui n'a commencé à se modifier qu'au cours de la période historique par croisement avec d'autres races de l'Europe centrale et orientale au teint

1 Prokopios, B. G., III, 22 ; Maurikios, Sirat., XI, 5 ; Léon, Tactica, XVIII ; Theophylaktos, VI, 8 (éd. Boor, 236) ; Kardîzî, éd. Bartold, p. 123 ; Dimeskî (Charmoy, Relation, p. 353). Voir la documentation dans Ziv. star. Slov., I, pp. 53-54.

2 Widukind, II, 20.

3 Prokopios, III, 14; Theophylaktos, VI, 2; Theophanes, éd. Boor, p. 268.

4 Voir les détails dans Ziv. star. Slov., I, p. 54. Au pays de Plock, en Pologne, on a signalé la présence de squelettes dépassant 1 m. 80 de hauteur. Jul. Taiko Hryncewicz a donné un aperçu général de la somatologie slave dans son Oni.rn. i]m:-{ii'ieri;on xapame-

pHCTHKH /ipPBHIIX/I. CjiaBflHTb, Cll6., 1909.

5 Jacob, Welche Handelsartikel bezogen die Araber des Miltelalters, Berlin, 1891, p. 11. b Manuel de l'antiquité slave, I, p. 8.

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