‹ Manuel de l'antiquité slave (volume 2)Chapitre 8 sur 90 · LE TYPE PHYSIQUE · texte numérisé non relu

LE TYPE PHYSIQUE

foncé ; c'est qu'ils ont perdu progressivement la coloration claire qu'ils devaient sans doute, comme leurs voisins germains ou lituaniens, à une origine commune dans un milieu septentrional.

Prokopios, pour préciser le type blond des Slaves, emploie l'expression oicépuOpci eîfftv à-avis; \ qui doit indiquer la couleur désignée en slave par le mot rusû (c'est-à-dire « blond-roux »). L'auteur inconnu d'un traité de stratégie du VIe siècle compte les Slaves et les Antes au nombre des çr/Oa Hh^ \ Les relations arabes à partir du VIIe siècle confirment ce signalement. Le poète Al-Akhtâl leur donne le nom de roux (« ashâb »). Jakût les appelle un peuple au teint vermeil et aux cheveux roux, Mas'ûdî de même, et Kazvînî écrit à leur sujet : « Les Slaves ont les cheveux roux, le teint vermeil et sont doués d'une grande vigueur. » Abd-er-Rahmân ibn Habîb était appelé « le Slave » à cause de sa taille svelte, de ses cheveux blonds et de ses yeux bleus et, d'après Jakût et le dictionnaire dit Kâmûs, on donnait généralement aux gens qui avaient le teint clair le nom de Siklâb ou Saklâb 3. Il y a plus : au XIe siècle, Kardîzî explique, par un croisement avec les Slaves, la complexion claire que l'on constate parfois chez les Kirghiz 4.

La seule voix discordante dans ce concert de témoignages est celle de Ibrâhîm-îbn-Ja'kûb, et encore ne s'agit-il là que des Tchèques pour qui cet auteur fait observer qu'ils sont châtains à l 'encontre des autres Slaves 5. Il n'est pas douteux que, dès le Xe siècle, les Tchèques étaient déjà beaucoup plus portés que les autres Slaves à se mêler à des éléments ethniques au teint foncé. C'est à ces éléments qu'appartiennent les restes de cheveux châtains que l'on trouve parfois dans les vieilles sépultures tant des Tchèques que des Russes. Il faut bien dire, du reste, que les Slaves, en général, n'ont jamais constitué une race pure et que, dès l'origine ils ont dû participer quelque peu, et plus ou moins suivant les tribus, au type foncé. Cette dernière race, douée d'une grande vitalité, a absorbé de plus en plus, au cours des siècles, les éléments de l'ancienne race blonde qui était autrefois beaucoup plus largement représentée, et c'est ainsi que les Slaves ont aujourd'hui un type différent de celui qu'ils offraient à l'époque où Prokopios, scrupuleux observateur, notait à leur sujet : « Ils sont tous blond-roux. »

1 Prokopios, III, 14 : xà 8k ato^ara xa\ xà; x6(j.aî oute ).euxo\ et ayav ï| ÇavOoi siuiv, ofrre Tir, è; xb jxéXav aOxot; navxeXâx; xéxpa7ixac, a),), {rnspuSpoi statv à-rcavxî;.

2 Éd. Mûller, p. 125.

3 Voir Slov. star., I, p. 98, et 2iv. star. Slov., I, p. 56.

4 Éd. Bartold, p. 109.

5 Éd. Westberg, p. 54.

La naissance et l'enfance.

Chez les Slaves, comme chez tous les peuples se trouvant au même stade de civilisation, la naissance d'un enfant était accompagnée dune série de pratiques ayant un caractère soit purement hygiénique (prophylaxie, diète), soit superstitieux. Mais quelles étaient ces pratiques, nous ne le savons pas exactement, au moins pour l'époque la plus ancienne. Nous n'avons, en effet, que quelques allusions et peu claires, d'une part, dans des livres religieux de tour didactique, et, d'autre part, dans les traditions concernant les êtres présidant à l'enfantement, à savoir le Rod et les Rozanicy dont nous traiterons dans le chapitre VII. Ce qui nous renseigne le mieux, ce qui nous permet de juger de l'époque païenne elle-même, ce sont aujourd'hui encore les rites qui continuent à être observés dans un grand nombre de régions slaves à l'occasion de la naissance et des relevailles. Cependant, comme jusqu'en 191 1 il n'existait pas d'ouvrage où ces rites fussent groupés et étudiés avec critique, je n'avais pas osé alors formuler des conclusions sur le cérémonial païen ancien, et je m'étais borné à une brève remarque dans l'édition tchèque de « La vie des anciens Slaves » 1. Mais depuis ce temps, M. Jan Bystrofï a publié un travail important consacré surtout aux usages slaves se rattachant à la naissance et aux relevailles 2. Il ressort de ce travail, avec beaucoup de vraisemblance, que la plupart des pratiques usitées, qu elles s'expliquent par des motifs de sociologie, ou de démonologie, ou d'hygiène, sont très anciennes. Le christianisme n'a pu leur donner naissance. La seule question que l'on pourrait se poser est de savoir si les Slaves n'en auraient pas emprunté au moins quelques-unes à leurs voisins. Mais 1 extension générale des usages en question dans toute la vieille Europe et leur essence même, sociologique et religieuse, prouve avec une très grande vraisemblance qu'ils étaient familiers aux Slaves dès les temps les plus reculés. Il y a là un ensemble comprenant toutes les notions et tous les actes qui, d'une part, visent à isoler la femme impure et à la protéger 3, puis à la purifier après l'enfantement, et, d'autre part, tendent

1 Ziv. star. Slov., I, p. 59.

2 Jan Bystrori, Slowianskie obrzçdy rodzinne, Krakôw, 1916. A côté de cette étude, deux travaux plus anciens, de Sreznevskij, méritent encore l'attention, l'un sur les relevailles chez les Slaves (Moscou, 1866), l'autre sur les Rozanicy (ApxiiBb KaaaqeBa, II, M., 1855). Signalons encore la Kuvûada de Stan. Ciszewski (Krakôw, 1905) et le travail de Zenon Kuzelja, ^htmiui b 3BH>ia>ixi, h BipyBaHHHXt yi;p. napo.ia (Marcp. no yrcp. eTHO- .lorin, VIII-IX, 1906-1907).

Ainsi : les prescriptions concernant l'isolement de la femme pendant la menstruation,

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