INDUSTRIE DART
slaves des saints inscrits sur une croix en émail, un médaillon ou même un calice l. Par ailleurs, ce sont à nouveau en grande partie des bijoux : croix, médaillons, boucles d'oreilles, bracelets, bagues et diadèmes, tous ornés de filigrane en gros grain, de nielle ou encore d'émail. Les Russes avaient appris ces techniques difficiles avec un succès remarquable. Un archéologue expérimenté distingue, il est vrai, ces imitations septentrionales des superbes produits byzantins purs des X° et XIe siècles, mais il ne peut leur dénier des qualités remarquables.
Dans le domaine slave, à côté des anneaux avec un bout en forme de S, il est une catégorie de bijoux qui mérite encore une mention spéciale, car elle est aussi caractéristique pour les Slaves de l'Est que le sont les temporaux en S pour ceux de 1 Ouest. Cette catégorie ne représente pas une simple imitation des modèles étrangers, mais une création indépendante de l'industrie slave : ce sont les Biico'iHbm KCMbija des \urgantj russes du Xe au XIIe siècle (voir plus haut, p. 92). On les mettait dans les cheveux des deux côtés de la tête, et ils y restaient accrochés comme les temporaux en S des Slaves de l'Ouest. Cependant les temporaux de l'Ouest devaient garder partout une forme déterminée ; tout au plus y suspendait-on quelque menu objet ; au contraire, les temporaux de l'Est, les bhco'IHHJï KO.iLija, dans certaines régions, en particulier chez les tribus des Sêvériens, des Radimitches, des Viatitches et des Krivitches, développèrent des formes nouvelles2 dont certaines offrent un type et une décoration d'une assez grande richesse, par exemple les anneaux de la vallée de l'Oka et de la Moskva (fig. 32). Ce beau spécimen de l'industrie slave indigène des Xe, XIe et XIIe siècles doit vraisemblablement son origine à une influence orientale : c'est du moins ce qu'indique la position géographique des tribus chez lesquelles il apparaît, tribus qui ont été longtemps sous la domination des Khazars.
La plupart des ateliers où se fabriquaient ces objets se trouvaient d'abord à Kiev et aux environs. On a trouvé là des restes d'ateliers d'orfèvrerie et d'émaillerie près du palais du prince, et V. Chvojka a relevé des restes identiques sur l'emplacement de l'enceinte fortifiée de Sargorod, près de Vasil'kov 3. Mais bientôt des ateliers apparurent également ailleurs, ainsi en Volhynie, à Novgorod, et surtout, ce qui est intéressant à noter, dans le
1 Voir fig. 83, 136, et Ziv. star. Slov.,l, p. 645; III, p. 242. Voir aussi les llniîl.nmi Bij.irap. Apx. oOui., VII, p. 114,
2 Voir sur la figure 31, les numéros 7-14.
3 Chvojka, JJpeBHie o6ht., 71 ; Ibiis. Apx. i;om., II, IlpHJiOJkeHie, p. 30.
322 l'art, l'écriture et autres connaissances
Nord-Est, dans le bassin de la Volga et de l'Oka : à Vladimir, à Suzdal', à Rostov, à Jaroslav et à Jurjev. Les ateliers de Vladimir et de Suzdal', en particulier, se rendirent célèbres au XIIe siècle par la production de toutes sortes d'oeuvres d'art. Mais cette époque et les produits qui la distinguèrent dépassent les cadres de cet ouvrage, comme aussi le développement de l'industrie slave en Occident au cours du XIe siècle.
Les Slaves du Sud ont eu Antioche comme centre d'apprentissage pour leur jeune industrie. Thomas de Salona nous apprend en effet que l'évêque Laurent, vers 1060, avait envoyé à Antioche un homme qui y devait apprendre à travailler l'or et l'argent, et que cet artisan une fois rentré « omnia perfecit opère sculptorio artis ingenio antiochenae »*.
Chant et musique.
Les Slaves n'aimaient rien tant pour se distraire que les chansons, la danse et la musique. Aujourd'hui encore ils chantent dans la peine comme dans la joie, au travail comme au repos. Il y a dix siècles, on chantait sans cesse, ou tout au moins beaucoup plus encore que de nos jours : lors des mariages, des funérailles, des fêtes publiques et à la maison 2. A la chanson étaient indissolublement liées la danse et la musique instrumentale. Le Sclavus saltans était évidemment une silhouette bien connue au IXe ou au Xe siècle 3.
C'est ce qu'attestent d'ailleurs plusieurs témoignages précis. Les divers sermons et avertissements ecclésiastiques, dont j'ai dit plus haut4 le prix pour l'étude du paganisme slave à son déclin, en particulier les sermons russes qui nous sont conservés en grand nombre, présentent sans cesse des lamentations sur la coutume qu'a le peuple russe, à certains jours de la semaine (les samedis) et lors de diverses solennités, de se réunir sur la place du village ou derrière le village pour prendre part à des amusements désordonnés où l'on boit et l'on festoie copieusement, et où florissent les superstitions, les sacrifices au rozanicy, aux vily et autres démons, mais surtout les chants, les danses et la musique. L'Eglise faisait de vains efforts pour déraciner ces danses et ces chants « diaboliques » ou « sataniques » 5.
1 Thomas, Hist. SaloniU, XVI.
a Une instruction de Vladimir Monomaque, de 1096, fait mention d'une chanson de noces (Chronique, version Laurentine, p. 244). 3 Ermenricus Augiensis (M. G., II, p. 101). 1 Voir plus haut, pp. 21, 128.
5 Les textes slaves ont pour « chanter » le vieux terme usuel de pëti (pënije, pësni « chan-
Mais c'était en vain. Le peuple s'attachait d'un amour toujours plus fort à ces divertissements, et la musique sauvage qu'on y faisait entendre lui était cent fois plus agréable que le chant monotone des églises. En 1068, l'auteur de la Chronique de Kiev se plaint amèrement que les divertissements rassemblent une foule de gens, alors que les églises sont presque vides l.
Par ailleurs, nous ne savons rien du caractère de ces chants. On n'a pas réussi jusqu'à présent à tirer des chansons slaves de nos jours le secret de la musique ancienne 2. Nous ignorons quels étaient ses formes, ses modes et ses cadences, mais il est vraisemblable que l'harmonie des tons et les modes mineurs en étaient déjà les vertus antiques. Les chants s exécutaient pour la plupart en chœur ; les premières chansons d'amour, en solo, commençaient aussi à apparaître.
Les Slaves connaissaient-ils en ces temps reculés les chants épiques ou chansons de geste célébrant des princes ou des héros, et en avaient-ils à eux? Nous n'en avons pas de preuve certaine. Mais il est probable que, lors des fêtes, et notamment lors des banquets qui avaient lieu à la cour des princes, des chanteurs de profession chantaient des chansons pour glorifier les héros. C'est parmi ces sortes de bardes que figurait sans doute, à la fin du XIe siècle ou au début du XIIe, le mythique Bojan dont le nom revient à plusieurs reprises dans le Dit de la compagnie d'Igor, et qui chantait la gloire et la défaite du pays russe dans ses luttes avec les Polovtses en promenant ses doigts sur un luth''. Par ailleurs les bylines russes et les chansons de geste slaves du Sud ne sont attestées qu'à une époque tardive.
Si nous ne pouvons rien dire sur la chanson et la danse, nous avons par contre quelques précisions sur les instruments de musique dont les Slaves se servaient au Xe et au XIe siècles, ou que du moins ils connaissaient. Lors des divertissements du samedi et des jours de fêtes, lors des funérailles et des noces, on voit apparaître habituellement un orchestre composé de
son ») ; ils désignent par le mot plçsati la danse accompagnée de chants, et il est intéressant de constater, pour se rendre compte de l'ardeur que le peuple slave apportait à cet exercice que le mot plçsati est un des rares termes empruntés par les Germains aux Slaves (cf. goth. plinsjan « opxeîffôat », dans la Bible de Wulfila).
1 Chronique, version Laurentine, p. 166.
2 L. Ritter de Rittersberg l'a essayé jadis (« Myslénky o slov. zpëvu », Liter. priloha k Vend, Praha, 1843 ; « Pravlast slov. zpëvu », Cas. Ces. Musea, 1846), mais sans avoir les matériaux suffisants. Voir J. Horâk, Nârodopisny Vëstnik, XV, p. 143.
3 Slovo, éd. Erben, pp. 1 et suiv. D'autres sources (voir Ilo.iii. eoGp. pycOKHXl jrfeTonuceiî, II, pp. 180, 187) font également des allusions à ces chansons lors des festins princiers. On trouvera des détails sur ce sujet dans Jagic, « Gradja za slov. nar. poeziju »
Rad, XXXVII. p. 77), et dans Anickov, fl3bmecTBO, pp. 184, 192, 205 et suiv.
L ART, L ECRITURE ET AUTRES CONNAISSANCES
quatre instruments qui forment comme la base de la musique instrumentale slave :1e cor, le fifre, le tambourin, le violon. C'était là la musique (sl.ry,],b6a, ry^eHLe) dans le sens propre du mot. La littérature slave des XIe et XIIe siècles nous fournit sur ce caractère typique de la musique slave toute une série de témoignages que j'ai réunis ailleurs1. Les quatre instruments principaux mentionnés ci-dessus s'y trouvent constamment nommés 2.
Fig. 137. — Troupe da mjsicians byzantins (fresque de l'escalier de Sainte-Sophie, à Kiev).
Mais nous avons d'intéressantes données encore plus anciennes : 1 anecdote, que rapporte Theopbylaktos Simokattes, des trois Slaves qui, cithare en main, sont amenés à l'empereur Maurice en 591 3, et quelques textes
1 On trouvera la bibliographie concernant les instruments de musique réunie dans mon article « Pocâtky slovanské hudby », paru dans le Nârodopisny Vëstnik (Praha, 1914, p. 49, note 41), bibliographie reproduite dans Ziv. star. Slov., III, p. 707.
2 II y avait évidemment déjà à cette époque, à la cour des princes, davantage de musiciens et plus d'instruments de musique variés venus de l'étranger. On aura une idée assez claire d'un pareil ensemble de musiciens en regardant la fresque due à des artistes byzantins qui décore l'escalier de Sainte-Sophie à Kiev (fig. 137). Nous y voyons, à côté de deux saltimbanques, des musiciens avec flûte, fifre, cithare, psaltérion et tympanon.
3 Theophylaktos. VI, 2.
arabes des IXe et Xe siècles où l'on trouve mentionnés chez les Slaves des luths à cordes de diverses sortes, des tambourins, des pipeaux ou plutôt de grands chalumeaux d'un genre particulier qui étaient longs de deux coudées 1.
Il ne nous a été conservé aucun de ces instruments, sauf quelques petits chalumeaux dont le caractère slave est douteux, mais des dessins un peu postérieurs, du XIIe au XIVe siècle, et la comparaison des formes qui se sont conservées en pays slave et dans les pays voisins, tels que la Lituanie et la Finlande, nous permettent de nous faire une idée suffisante de ces instruments.
Le cor (vieux-slave troba), la corne (rogù) et le chalumeau (vieux-russe niima.4L, eBiiprk/it>,conr£aB, cbhctoicb) avaient la forme ordinaire de ces instruments, telle quelle s'est maintenue jusqu'à nos jours chez les bergers slaves. Ceux-ci portaient avec eux un chalumeau ou un cor dès les Xe et XIe siècles : c'est ce que nous apprennent les plus anciennes représentations (fig. 138), ainsi que l'épitbète de « joueur de chalumeau » dans l'expression « naCTbipie CBupfiiome », qui est des plus anciennes dans la littérature slave, puisque nous la trouvons deux fois dans la Vie de saint Naum qui date du Xe siècle 2. Nous sommes moins bien renseignés sur l'ancien tambourin (vieux slave bobïnù) dont nous n'avons pas de représentations certaines. Le mot traduit le latin tympanum et le grec TÔ[xitavov, et on connaît cet instrument que les Slaves avaient adopté dès le Xe siècle ; mais les miniatures tchèques des XIIIe et XIVe siècles nous représentent déjà le bobïnù comme une caisse cylindrique assez élevée, couverte d'une peau tendue sur laquelle on frappait avec des baguettes3. Je ne sais pas de quoi
Fig. I38. — Bergers avec leur cor (fresque de la chapelle de Znojmo).
1 Ibn Rosteh (Harkavi, CKa3., p. 265); Kardîzî, éd. Bartold, p. 123; le Géographe persan anonyme, éd. Tumanskij, p. 121 ; Al-Bekrî, éd. Rozen, p. 55; Fadlân (Harkavi, CitaaaHifl, p. 98).
2 Éd. Lavrov, pp. 9, 32.
3 Zibrt, Dëjiny tance (Praha, 1895), pp. 36. 38.
l'art, l'écriture et autres connaissances
se rapprochait le tambourin russe des Xe et XIe siècles. Dans la Vie des Pères de Rome (manuscrit slave du Xe siècle), nous lisons ôyÔHt KVM6a.lL- CKbiiï « tambour cymbalique », pour traduire le grec •rçyoç-cwy KU{x6aXa>v *. L'instrument le plus intéressant était la vieille cithare (ryc.iH, du verbe gçsti), dont la forme différait fort de celle des violons modernes. Les indications qu'on trouve dans les anciens textes montrent de façon indiscutable que l'on en jouait sans archet, avec les doigts ou bien avec des baguettes. Le mot gusli traduit dans les textes bilingues le grec/-.6ipa, Xiipa, opyavov, etc. Il
Fig. 139. — Violon karélien {kantele) du gouvernement d'Olonec.
Fig. 140. — Ancien violon russe (XVIIIe siècle).
ressort de là que cet instrument avait probablement la forme que nous lui voyons dans certaines miniatures des Xle-XIIIe siècles, et qu'ont encore le kanklas lituanien et la kantele {kannel) finnoise ou carélienne, et qu'il avait encore en Russie au XVIIIe siècle (fig. 140). C'était une planche plate et allongée de forme ovale ou angulaire (carrée), en travers de laquelle étaient tendues au moins trois cordes, et que le musicien tenait de la main droite, quand il était debout, et posait sur ses genoux quand il était assis 2. C'est seulement par la suite que le nom de gusli passa à un instrument dont on ne frappait pas les cordes, mais dont on tirait des sons à l'aide d'un archet.
1 Éd. Sobolevskij (Kiev, 1904), p. 8.
2 On trouvera tous les détails sur ces instruments et les suivants dans mon article précité et dans 2iv. star. Slov., III, p. 726.
Nous ne connaissons ni le lieu ni le degré d'antiquité de cet instrument, non plus que le pays d'où l'ont reçu les Slaves. Le violon avec archet (CMUML'K'I.) n'est pas attesté chez les Slaves avant le XIIIe siècle ; l'évolution en a été ensuite très variée.
Ceci étant, je ne puis partager l'opinion de ceux qui tiennent le violon à archet, et spécialement le violon serbe à une ou deux cordes, comme un produit slave très ancien et imaginent que les Arabes mêmes auraient emprunté aux Slaves leurs instruments de musiques analogues l.
Outre ces quatre instruments principaux, les Slaves en connaissaient encore quelques autres. Parmi les instruments à vent, il faut citer la c.min,- HHUa et la caMàpa, attestées dès le XIe siècle, l'Hsyr'"' ou opyava (vieuxslave opraHt, apraHl!) d'où Bapram.i), attestés dans des textes slaves du
Fig. 141. — Dés des environs du Xe siècle, trouvés à Kiev, Gnëzdovo et Teterov.
Xe siècle ; parmi les instruments à percussion, la cymbale (i;i,iMnn.rL.) les iiaicpLi. Il faut ranger dans les instruments à corde la u/DBHima, la TtpiiHH, la np^ry^BHima (du XIe siècle), le luth et le tanbûr des sources arabes, de plus le psaltérion (iica.i'bTLipb), fait d'un carré ou d'un triangle sur lequel étaient tendues plusieurs cordes (il est attesté à partir du x° siècle). Il est d'autres instruments encore qui ne sont pas attestés de si bonne heure. La kpbza, instrument tchèque à cordes, devait aussi être ancienne2. Mais presque tous ces derniers instruments étaient plus ou moins étrangers aux Slaves, et ceux-ci ne les employaient qu'exceptionnellement. Le vieil orchestre slave typique se composait d'un fifre, d'un joueur de tambourin et d'un violoniste. Il fallait, pour en faire partie, avoir acquis une habileté suffisante. Aussi est-il naturel que peu à peu des musiciens se soient formés dans les villes et dans les villages, et qu avec le temps ces musiciens amateurs soient devenus des professionnels qui exerçaient leur art moyennant rétribution. Nous trouvons déjà mention de cette catégorie d'artistes
1 Kuhac, Rad, XXXVIII, pp. 41, 53 ; Trojanovic, My3HK. HHCTpyM., p. 9.
2 Voir une documentation plus détaillée dans Nârodopisny Vëstnik, article cité, pp. 61, 64, 70-72.
328 l'art, l'écriture et autres connaissances
dans les textes des XIe et XIIe siècles ; nous savons qu'elle donna naissance en Russie à une classe vagabonde, les CKOMopoxH, CKOMpaxn, nrpoKH, ryce.ibHHKii, qui n'étaient évidemment pas seulement des musiciens ambulants, mais encore des jongleurs et des acrobates, et aussi des danseurs et des sorciers, avec toutes les qualités et les vices qu'impliquaient ces emplois. Les vices l'emportèrent de plus en plus, de sorte que finalement, au XVIIe siècle, le gouvernement dut employer la force pour les supprimer 1.
L'écriture.
Les Slaves devaient, bien avant l'adoption du christianisme, avoir quelque notion de l'écriture. Ils se rendaient sur les marchés grecs de la Mer Noire, et, après l'an 106 de notre ère, ils avaient vu dans leur pays comme une invasion des marchands romains venant de Dacie ; enfin, lorsque aux VIe et VIIe siècles ils étaient arrivés dans les Balkans, ils y avaient trouvé souvent l'occasion de voir des écrits anciens et de les comprendre. Aussi n'est-il pas impossible que certains d'eux, entre les plus cultivés, aient tenté, bien avant le Xe siècle, d'écrire leur propre langue. Nous n'en avons cependant aucune preuve, et il est tout à fait improbable que le peuple slave ait connu et employé une écriture spéciale avant l'adoption du christianisme..
Tout ce que l'on a allégué jusqu'ici en faveur d'une plus haute antiquité de l'écriture slave, notamment toutes les théories sur l'existence de caractères slaves runiques, semblables aux runes germaniques, sont des inventions que les monuments ne justifient pas, sinon même parfois des duperies patriotiques. Il est vrai que les runes germaniques, qui étaient en usage dans le Nord dès la fin du IIIe siècle, ne pouvaient être inconnues aux Slaves en raison des relations fréquentes qu'ils avaient, notamment ceux de la Baltique avec la Scandinavie. Il n'est pas non plus impossible qu'ils aient pu les employer pour écrire le slave. Les noms des dieux inscrits sur les statues du temple de Svarozic à Rethra, au XIe siècle 2, pouvaient être gravés aussi bien en runes nordiques qu'en lettres latines ; les runes avaient été apportées en Russie par les Russes nordiques3. Mais, en dépit de tout
1 A. Famincyn a donné leur histoire dans ses CKo.Mopoxn na Pycn (Cnfi., 1889). Voir aussi Veselovskij, PanbiŒaniîi, ch. VII. On aperçoit déjà des jongleurs byzantins sur la fresque de Sainte-Sophie de Kiev dont nous avons parlé plus haut (fig. 137).
2Thietmar, VI, 23(17).
3 Voir le texte de la Chronique sur les traités conclus par OIeg et Igor avec les Grecs {Chronique, version Laurentine, pp. 36, 45). Quant à l'Evangéliaire et au Psautier écrits en lettres russes que Constantin aurait trouvés à Cherson avant 863, voir Pastrnek, Dëjiny