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LE CALCUL

suie balkanique. Elle a été remplacée partout par une écriture plus facile appelée cyrillique, laquelle est dérivée de l'onciale grecque usitée en Bulgarie au début du Xe siècle \

Le fait d'écrire était désigné par le verbe pïsati (pisïmo, pisïma « littera ») qui signifiait à l'origine « peindre », comme il est naturel pour la technique primitive de l'écriture. L'autre terme signifiant «lettre » était buky, bukpa2. Le terme kuniga « livre » est bien, lui aussi, slave commun et ancien, mais d'origine étrangère, et même assyrienne, suivant les dernières étymologies proposées 3. Nous ne pouvons pas cependant saisir comment il est passé chez les Slaves.

Le calcul.

Le fait qu'en indo-européen on comptait d'après le système décimal et qu'on avait ainsi créé des nombres jusqu'à mille nous permet de penser que les Slaves savaient, eux aussi, compter jusqu'à mille et cela à l'aide du système décimal4. Le mot sùto « cent » est, soit dit en passant, un mot important, parce qu'il fournit la preuve de l'appartenance des Slaves au groupe indo-européen oriental dit de satem (sanscr. satâm, iran. satem). Cependant, à côté du système décimal, les Slaves ont connu également le système duodécimal, bien qu'ils n'aient pas de différences dans leurs séries numérales, comme les autres Indo-Européens, suivant qu'elles sont audessous ou au-dessus de 60. Mais les Slaves comptaient aussi fréquemment, et depuis longtemps, par douzaines, et nous devons voir là une influence des anciennes civilisations babyloniennes, sans situer pour autant dans le voisinage de la Babylonie l'habitat indo-européen primitif, comme le faisait Joh. Schmidt5. Nous ne savons comment cette manière de compter a pénétré chez les Slaves. Il est permis de supposer que ce sont les

1 On n'est pas d'accord sur l'origine de l'écriture glagolitique. Suivant Jagic, elle a pour base une cursive grecque de trente-huit lettres ; elle est très ingénieuse st permet d'enregistrer les moindres nuances des sons slaves. La plus ancienne inscription cyrillique est l'inscription du tsar Samuel qui date de 993 (Archiv fur slav. Phii, XXI, p. 543).

2 Sreznevskij, MaTep., I, col. 192.

sVoir Berneker, Etymologisches Wôrterbuch, I, p. 664 (assyr. kunukku a sceau »). J. Mikkola a repris la question récemment dans les Mémoires de la Société finno-ougrienne, 1924, LU, p. 187.

4 On remarquera la concordance des termes exprimant l'idée de « mille » dans goth. thusundi, slave commun tysçsta, vieux prussien tûsimtons, lit. iû^slantis (Schrader, Reallex., p. 967).

5 Voir Ziv. star. Slov., III, p. 742 ; Janko, Pravék, p. 123 ; J. Schmidt, Die Urheimat der Indogermanen und das curop. Zahlsystem, Berlin, 1890.

332 l'art, l'écriture et autres connaissances

marchands anciens qui la leur ont apportée, ainsi que les poids et mesures iraniens, à l'époque de ce grand épanouissement du commerce oriental que nous avons constaté en Russie et dans l'Europe centrale au IXe siècle et au Xe \

Dans le système décimal, et en particulier dans l'enseignement de ce système aux enfants, les dix doigts de la main jouaient le rôle principal. De même que, faute d'écriture, on recourait à diverses encoches ou incisions, ainsi les nombres, dès avant l'adoption du christianisme, étaient figurés par divers signes destinés à aider la mémoire. Ces signes étaient probablement identiques à ceux dont se servent encore les bergers des montagnes de Moravie ou des Balkans2. Le mot cislo « nombre » (de *cït-slo) est attesté par de nombreux documents du XIe siècle3.

La distribution du temps.

Les Indo-Européens distinguaient déjà l'hiver, l'été et le printemps et, d'après l'observation de la lune, ils avaient su diviser l'année en dix périodes lunaires et le mois en deux moitiés et compter les jours d'après les nuits, lorsque la lune était visible. Mais ils n'étaient parvenus à une division plus rigoureuse des années et des jours que plus tard, et cela grâce à l'influence de civilisations supérieures, surtout grâce à l'astronomie babylonienne. Il s'agit de la division de l'année en quatre parties et en douze mois, ainsi que des noms donnés à ces mois et à ces saisons, du nombre de trente jours attribué à chaque mois, des trois cent soixante jours qui composaient l'année, des doubles heures et de la création d'une semaine de sept jours dont le septième était un jour de repos4.

Les Slaves distinguaient dans l'année quatre périodes : l'hiver, zima, le printemps, vesna, l'été, lëto, et l'automne, osenï. Et, comme la notion d'année n'était pas encore suffisamment claire, ils comptaient surtout par étés ou par hivers. Nous ne savons pas quand commençaient les diverses saisons ni par conséquent l'année ; l'idée même de l'année n'était pas arrivée chez eux à maturité. Le vieux mot indo-européen vetos qui signifiait l'été et l'hiver passés, s'est conservé chez les Slaves dans l'adjectif *vetû, vetùhù au sens de « très vieux, antique », et le rO^Tb du russe comme le bulgaro-serbe

1 Voir plus haut, p. 235.

2 Jagic, HnijiiiMdUi'Aiji CJiaBflHCKOfl <|>n.i< ». i< >ri il , III, p. 29.

3 Sreznevskij, MaTepiaJiu, III, p. 1522.

4'Schrader, Reallexicon, pp. 389, 394, 547, 841, 844, 976 et suiv.

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