LA DISTRIBUTION DU TEMPS
rojiiua indiquaient le temps en général, notamment le temps d'une fête ' Outre les quatre saisons, les Slaves connaissaient aussi les mois (sing. mësçcï), qu'ils avaient établis en observant les changements de la lune dans le ciel, d'une pleine lune à une autre 2, ce qui leur servait certainement d'unité principale de mesure pour calculer le temps. De plus ils avaient conscience que les quatre saisons de l'année coïncidaient approximativement avec les douze mois, mais ils n'étaient pas arrivés à concilier les différences entre l'année lunaire et l'année solaire. Par ailleurs, le compte et la répartition des mois étaient loin d'être rigoureux, comme le montre bien le flottement de l'ancienne nomenclature des mois3. Les anciens noms slaves de l'époque préchrétienne et du calendrier romain ne sont consignés nulle part, mais il nous est possible de les reconstituer à l'aide des noms qui se sont conservés jusqu'à présent chez tous les Slaves et de ceux qui apparaissent déjà dans les textes des IXe et Xe siècles. Voici ces noms : secenû, suchyj, grudenû, prosinïcï, studenû, brëzïnû, travenû, izokû, crïvenï, zarevù, srûpînû, Vrësenû, rjujinû, listopadû, duben, leden, luty, favëten, rozen, kosenU sënokps, lipenï, et d'autres encore. Ii est difficile de les mettre dans l'ordre qu'ils avaient à l'époque qui précéda l'adoption du christianisme, car leur classement est hésitant, et leur place varie chez les différents peuples slaves. Nous pouvons en conclure que, lors de l'unité slave primitive, il n'y avait pas encore de distinction ferme des mois, ni de noms rigoureusement appropriés, mais qu'en hiver, par exemple, on se servait de diverses dénominations pour le temps des frimas, au printemps pour le temps où fleurissaient les bouleaux et où l'herbe commençait à pousser, en été pour le temps où l'on moissonnait les céréales, en automne enfin pour le temps où le cerf entrait en rut et où tombaient les feuilles. C'est ainsi que se créa toute une série de noms qui, dans la suite, lorsque les Slaves se furent séparés et se trouvèrent dans des pays de climats différents, furent diversement répartis, de telle sorte que, dès le Xe siècle, il n'existait plus de nomenclature uniforme et que, lorsque vint le calendrier romain avec ses douze mois, des mois portant des noms slaves différents se trouvèrent baptisés d'un seul et même nom latin.
1 Janko, Pravëk, pp. 125-126.
2 Sur la nomenclature slave des mois, voir surtout l'étude de Fr. Miklosich « Die slavischen Monatsnamen » (Denkschrif tende l'Académie de Vienne, XVII, 1868). On y trouvera également la bibliographie antérieure. Un important travail sur la manière de calculer le temps chez les anciens Russes est dû à Dm. Prozorovskij : « 0 CJiaBflHO-pycCKOMT. aoxpiicT. ciHc.it'HiH BpeMeHM (Tpy^bi VIII Apx. cKËssa, III, p. 200).
3 A côté du terme mësçcï, les Slaves avaient encore pour désigner le mois le mot luna-
334 l'art, l'écriture et autres connaissances
En adoptant le christianisme, les Slaves reçurent en même temps des noms latins pour désigner les mois, une nouvelle division de l'année plus précise, la répartition du mois en quatre semaines et de la semaine en sept jours \ La division de la semaine en sept jours avec des noms appropriés n'a pu avoir heu en effet qu'à ce moment : le nom du dimanche nedëlja « le jour du repos » et celui du samedi sobota, sobota trahissent visiblement une origine chrétienne. Le nom du « dimanche » en vint aussi chez tous les Slaves à désigner « la semaine»2 ; les Slaves de l'Ouest, seulement, se fabriquèrent à côté de ce terme un mot composé du pronom iû et du nom du jour dïnï (tchèque ty-den)3.
Les Slaves divisaient le jour lui-même d'après la marche du soleil en matin (utro, jutro) , midi (poldïnï), soir (vecerû) et nuit (nostï), celle-ci étant elle-même coupée par les trois chants du coq. Les heures étaient inconnues : elles ne vinrent que plus tard d'Allemagne et de Constantinople. Le mot dïnï signifiait d'abord la partie claire du jour ; par ailleurs on comptait, suivant l'ancienne manière indo-européenne, non par jours, mais par nuits.
L'école.
Il n'y avait pas d'enseignement systématique donné à la jeunesse du calcul, de la lecture ni de l'écriture. Le père faisait bénéficier son fils de ses propres expériences dès qu'il était en âge de comprendre la leçon, comme le sorcier à l'égard de son apprenti, comme le prêtre vis-à-vis du jeune candidat au service du temple. Si certains textes concernant la Bohême et la Russie semblent indiquer qu'au Xe siècle il existait des écoles dans ces pays, il ne s'agissait en général que d'écoles ecclésiastiques créées après l'adoption du christianisme et destinées à la formation du clergé indigène. Les enfants des familles distinguées y recevaient naturellement aussi l'éducation. C'est une école de ce genre qu'avait fondée Spytihnëv, vers l'an 900, dans la for-
1 Herbord (II, 17) nous dit que l'évêque de Bamberg Otto, lorsqu'il baptisait à Stettin, enseignait au peuple ce qu'étaient le dimanche, le samedi et lui parlait de la répartition en mois et de la composition de toute l'année chrétienne.
2 A l'époque païenne on ne connaissait ni la division de la semaine en sept jours ni le dimanche comme jour de repos ; nous le voyons par la remarque d'Herbord que les Slaves poméraniens ne pouvaient comprendre pourquoi on ne devait pas travailler le dimanche (Herbord, III, 29).
3 Voir l'intéressante étude publiée, en dernier lieu, par Petar Skok, « La semaine slava », dans la Revue des Etudes slaves, V (1925), pp. 14-23, et la notule complémentaire de N. Dumovo, ibid., VI (1926), pp. 107-108.
l'école
teresse de Budec, et c est là que fut élevé le jeune prince qui devait être saint Venceslas1 ; ce sont aussi des écoles analogues qu'avait organisées Vladimir le Grand à Kiev, suivant le témoignage de la Chronique2.
1 Selon les vieilles légendes qui ont pour objet saint Venceslas (Fontes rer. boh., I, pp. 128, 149, 183) et la légende de Christian, éd. Pekar, p. 178.
2 Chronique, version Laurentine, p. 116 (année 988). Voir A. Wanc^ura, Charakter pierwszej szkoly kijovoskiej Wlodzimierza Wielkiego, Lwcvv, 1913.
Fig. 144. — Boucles d'oreilles provenant du trésor oriental trouvé à Kretki (Pologne).