‹ Manuel de l'antiquité slaveChapitre 10 sur 46 · ORIGINE DE LA NATION SLAVE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA NATION SLAVE

pas, en général, de cette couleur ^. L'état actuel montre d'ailleurs chez les Slaves du Nord une tendance au tjpe blond et non un type brun.

C'est en partant de ces données que certains savants, adoptant un point de vue nouveau dans la question de l'origine des Slaves, ont rattaché les ancêtres de ceux-ci à la race blonde et dolichocéphale dite germanique, fixée dans le nord de l'Europe. C'aurait été seulement au cours des siècles que le type primitif se serait modifié soqs Vinfluence du milieu et du croisement des races voisines. R. Virchow, J. KoUmann, Th.Poesche, K. Penka, parmi les Allemands, et P. Bogdanov, Dm. Anucin, K. Ikov, M. Zograf, parmi les Russes, étaient de cette opinion, et, dans mes premiers travaux, je my étais moi-même rallié.

Mais le problème apparaît comme plus compliqué qu'on ne le jugeait auparavant : il ne saurait être résolu de façon aussi simple ni aussi facile. Il a été trouvé aussi en plusieurs endroits, dans les anciens tombeaux slaves, des crânes brachjcéphales, des restes de cheveux bruns ou noirs, et, d'autre part, l'état somatologique moderne, très compliqué, il faut bien le dire, montre pourtant au total une prédominance marquée du type brun et brachycéphale dont l'origine est difficile à expliquer. On ne peut dire que cette prédominance ait été déterminée par le milieu; on ne peut non plus l'expliquer de manière satisfaisante par des croisements ultérieurs. Soucieux de tenir compte de toutes les données, aussi bien anciennes que modernes, je suis arrivé à la conviction que la constitution et le développement de la nation slave ont été plus complexes qu'on ne le pense, et je tiens aujourd'hui pour la plus vraisemblable et la plus admissible l'hypothèse qui s'inspire avant tout de cette complexité.

Le protoaryen ne représentait pas un type pur, d'une race pure. Au temps de l'unité indo-européenne, et alors que les différences linguistiques intérieures commençaient à s'accentuer, des races diverses participaient déjà à cette évolution, notamment celle des dolichocéphales blonds du nord et celle des brachycéphales bruns du centre de l'Europe. Les nations particulières qui se constituèrent de la sorte pendant le Ille et le II® millénaires avant Jésus-Christ n'étaient donc déjà plus de race pure au point de vue somatologique; tel était, parmi elles, le cas des Protoslaves. Il n'est pas douteux, en effet, qu'ayant leur premier

' Slov. star., I, p. 97. Les divers témoignages sont rapportés in extenso dans Êivot >starych Slovanû, I, p. ô-i.

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habitat aux confins des deux grandes races mentionnées, ils avaient subi l'immixtion de Tune et de l'autre et, de ce fait, n'étaient ni purs ni uns au point de vue somatologique ; les premières relations historiques, comme les tombeaux anciens, témoignent également de ce défaut d'unité. Par là s'explique aussi le grand changement qui s'est produit pendant le dernier millénaire. Sans doute les détails du problème sont-ils encore à déterminer, mais la solution, j'en suis sûr, ne s'en trouve pas tant dans l'influence du milieu que dans le croisement et dans le sfruggle for life des principaux éléments en présence, c'est-à-dire de la race blonde dolichocéphale du nord et de la race brune brachvcéphale du centre de l'Europe. C'est la première qui, il y a 1000 ans, prédominait chez les Slaves; aujourd'hui, elle se trouve déjà en majeure partie absorbée par l'autre qui est douée d'une plus grande vitalité.

Quant à l'archéologie, elle n'est pas aujourd'hui en état de résoudre la question de l'origine des Slaves. On ne peut, en effet, suivre la culture slave depuis l'époque historique jusqu'aux temps reculés où la nation s'est constituée. Avant le Y® siècle après Jésus-Christ, le désarroi des archéologues est complet, et toutes leurs tentatives, tant pour établir le caractère slave des champs d'urnes cinéraires, dits lusaciens et silésiens, de l'Allemagne de l'Est, que pour en tirer les conclusions que ce caractère eût comporté, n'ont abouti qu'à un échec. Leur caractère slave n'a pas pu être démontré, car la connexion de ces champs avec les tombeaux historiques indubitablement slaves ne se laisse pas saisir jusqu'à ce jour, et l'on ne saurait, dans ces conditions, qu'admettre tout au plus la possibilité de cette théorie '.

Quelques archéologues allemands croient pouvoir avancer que la culture des Protoslaves faisait partie de la grande culture néolithique, dite « indo-européene», ou mieux «danubienne et transcarpathique», avec sa céramique variée et pour une part coloriée : cela est également possible, mais nous ne savons rien de positif à ce sujet -. La liaison avec les temps historiques nous fait complètement défaut.

* Voir mes articles sur «Le premier habitat des Slaves et l'archéologie» (dans le Zbornik u slavu Vatroslava Jagica, Berlin, 1908) et « Du prétendu caractère slave des champs d'urnes cinéraires » (dans la revue Pamdtky archeologické, 1914, p. 181).

* C'est la nouvelle théorie de G. Kossinna, de Berlin, et de P. Wilke (Kossinna,. DûW Weichselland, Danzig, 1919, p. 10; Wilke, Mannus, IX, p. 52).

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