‹ Manuel de l'antiquité slaveChapitre 9 sur 46 · ORIGINE DE LA XATION SLAVE U · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA XATION SLAVE U

Huxley, Sayce, Rendall). En France, par contre, l'opinion s'est divisée. Certains ont donné leur adhésion à la théorie allemande (Lapouge) ; mais les autres, et ce fut la majorité, ont considéré la deuxième race, la race brune et brachycéphale, souvent dite eelto-slave, comme la race primitive qui aurait transmis les idiomes indo-européens aux étrangers blonds du nord de l'Europe. Et ces caractères principaux, brachycéphalie et couleur foncée des cheveux et des yeux, rapprochant cette race des peuplades de l'Asie centrale à caractères identiques, on en est même venu à parler de sa parenté avec les Finnois, les Mongols, les Touraniens. La place assignée aux anciens Slaves suivant cette théorie se devine aisément: c'est du centre de l'Asie que seraient venus les Protoslaves, peuple à la tête relativement courte, aux cheveux et aux yeux foncés. Ce peuple aurait occupé le centre de l'Europe, surtout en ses régions montagneuses, et il se serait mêlé là soit aux voisins dolichocéphales blonds du nord, soit aux peuples plus anciens, dolichocéphales et bruns, de la Méditerranée. En se mêlant aux premiers, le peuple protoslave, suivant les uns, leur aurait apporté sa langue; suivant les autres, au contraire, il aurait lui-même adopté la leur. Mais cette théorie de l'origine touranienne des Slaves, avec toutes les conséquences qu'elle entraîne, était fondée sur une hypothèse fausse ou, tout au moins, insuffisante. Elle procédait de l'observation de deux groupes de matériaux que séparait une grande différence chronologique: le type originel allemand était établi d'après des matériaux anciens tirés des documents et des tombeaux du Te au Tin^ siècles : le type slave primitif, par contre, était fixé d'après des matériaux relativement récents, car on n'en connaissait alors que fort peu d'anciens. On comparaît ainsi l'état présent d'un peuple à l'état passé d'un autre. Aussi cette théorie devait-elle soulever tout d'un coup nombre de difficultés. le jour où les anciens cimetières slaves seraient mis au jour et com- V menceraient à révéler tout ce qu'ils renferment d'éléments nouveaux pour la crâniologie, en même temps que l'étude plus approfondie de l'ethnographie présenterait, elle aussi, des faits jusque là inconnus. C'est alors qu'on remarqua avec surprise que les crânes des tombeaux slaves des IX^ au XIT^ siècles étaient, pour la plupart, aussi allongés que les crânes allemands anciens et très semblables à ceux-ci; on nota aussi que les relations historiques dépeignent les anciens Slaves comme un peuple blond, aux yeux clairs ou bleus, aux joues roses: et l'on constata que parmi les Slaves du Xord (du moins en leur grande

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majorité) quelques-uns de ces caractères physiques dominent jusqu'à maintenant. ^

Les tombeaux des anciens Yougorusses (Russes du Sud) renferment 80-90 •'/o de formes dolichocéphales et mésocéphales; ceux des Sêvériens, sur le Psiol, 98 ^^/o; ceux des Dréylianes, en Volynie, 99<^/o; ceux des Polianes, dans la région de Kiev, 90 "/o ^ ; les tombeaux des anciens Polonais, dans le gouvernement de Plock 97,5 %, à Slaboszewo 97<>/o; les tombeaux des anciens Polabes, dans le Mecklembourg, Sl^/o; ceux des Sorabes à Leubingen, en Saxe, 85°/o; à Burglengenfeld, en Bavière, 930/0 ^. Les anthropologues tchèques ont obtenu, pour l'ancienne Bohême, un nombre de formes allongées ou mésocéphales beaucoup plus élevé que pour Tépoque actuelle. J. ïïellich a constaté, en 1899, 28*^/0 de dolichocéphales et 38,5''/o de mésocéphales, et ces proportions ont augmenté depuis lors^.

Là où nous trouvons aujourd'hui une prédominance de brachycéphales, les habitants anciens, du YIII® au XIP siècle, nous apparaissent comme des mésocéphales, ou, plus encore, comme des dolichocéphales. C'est là une constatation confirmée chaque année par de nouvelles découvertes.

Le premier texte où il soit fait mention des Slaves du VI® siècle habitant les bords du Danube porte qu'ils n'étaient ni noirs ni blancs, mais blond foncé: «là be ffub.uaTa Kai lâç KÔjuaç orne XeuKoi èç dyav, r\ 5av9oi eicTiv, oure nr\ èç tô )aé\av aÙToîç TravTeXÛJç TéTpamai, àW uTrépuGpoi eîcTiv uTTavieç^ ». Les anciens témoins arabes, du YII« au X^ siècle, les caractérisent constamment comme à l'ordinaire « blonds-roux » (ashab) ; et, seul, un voyageur juif du X^ siècle, Ibrahim ibn Ja'kùb, note qu'«il est intéressant que les habitants de la Bohême soient bruns». Ce mot «intéressant» laisse paraître d'ailleurs sa surprise de trouver les Tchèques bruns, d'où l'on peut conclure que les autres Slaves du nord n'étaient

' Voir les articles sur les Blancs-Russes et les Grands-Russes dans la Revue anthropologique russe, 1900, 1905, et aussi sur les Polonais, ibidem, 1901.

* Talko Hryncewicz (J.), « Przyczynek do poznania swiata kurganowego Ukrainy» [Materyaty, 1899, IV).

^ Voir la revue Swiatowit, III, p. 50; VIII, p. 106; IX, p. 104, et la bibliographie donnée dans mes Slovanské sfarozitnosti, I, pp. 93 et suiv.

* Hellich (J.), Praehistorické lebhy v Cechdch, v Praze, 1899, p. 18.

^ Prokopios, B. G., III, 14. Anonymi Strategicon, éd. Millier, les appelle êevri Edv9à.

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