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Chapitre II

Le premier habitat des Slaves.

La question du premier habitat du peuple slave, c'est-à-dire de la région où ce peuple s'est formé et oii il est demeuré jusqu'à sa dissociation et jusqu'à la dispersion dans de nouvelles patries de ses éléments ainsi dissociés, est étroitement liée à la question que nous venons d'examiner: celle de l'origine des Slaves. Les autres nations indo-européennes voisines ont pu déterminer leur premier habitat de façon irrécusable. Les Germains, on le sait, sont originaires du sud de la Scandinavie et du Danemark, y comprises les îles et la côte adjacente entre l'Elbe et l'Oder, et leurs tribus n'ont peuplé la Germanie proprement dite qu'au cours du premier millénaire avant Jésus-Christ. ^ Les Lituaniens ont, de toute certitude, conservé presque exactement leur habitat initial situé sur le rivage de la Baltique. Il n'est pas jusqu'aux anciens Thraces eux-mêmes de qui l'on n'estime avec vraisemblance qu'ils ont dû jadis demeurer beaucoup plus vers le Nord, sur les deux pentes des Carpathes, dont le nom, suivant J. Eozwadowski, est un nom notoirement thrace (en albanais kavpe «rocher») et où des tribus thraces subsistaient encore à l'époque historique.

Quant aux Slaves, il est évident qu'ils ont vécu depuis fort longtemps quelque part au voisinage de ces divers peuples. Nous en avons la preuve dans leur appartenance à la famille linguistique indo-européenne de satem (voir ci-dessus p. 6), dans leur proximité des Thraces surtout de ceux du Nord (les Daces, que l'on a fréquemment confondus avec eux) et enfin dans leur union étroite avec les Lituaniens au temps de l'unité «slavo-lituanienne». Mais dans quelle région, dans quels

* C'est en vain que M. G. Kossinna, professeur à l'Université de Berlin, s'est efforcé, ces derniers temps, d'établir que la Pologne et l'Ukraine étaient peuplées par des Germains dès l#fin de l'époque néolithique [Das Weichselland, ein uraïter Heimatboden der Germanen, Danzig, lî^l9).

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bassins fluviaux s'est trouvé leur premier habitat et quelles ont été leurs frontières^ ce sont là autant de questions qui intéressent enti'e toutes l'historien de l'antiquité slave et ont d'autant plus d'importance pour lui que de leur solution dépendent et sa conception des débuts mêmes des Slaves dans l'histoire et sa représentation de leur culture primitive. Or ce premier habitat est situé de façon assez variable suivant les divers savants, et cela sans que l'accord se fasse même entre les plus éminents.

Tandis que M. Peisker, historien sociologue, place ce premier habitat dans les marais de Rokytno (dans le bassin du Pripet). auxquels M. Rostafinski ajoute encore une zone assez large et fertile au sud et à l'est, l'historien russe Y. Kljucevskij le cherche sur le Danube, et l'archéologue tchèque M. Pîc, qui, d'abord, le plaçait aussi sur le Danube et Hongrie, le fixe, d'après ses derniers travaux, dans l'Allemagne orientale, enti'e l'Elbe et la Vistule, et enfin deux linguistes slaves éminents, MM. Rozwadowski et èachmatov le trouvent plus loin vers le nord, dans le bassin de la Dvina, jusqu'au lac d'Ilaien ^ Encore ne fais-je pas mention ici des différentes théories dites «autochtonistes », qui cherchent les Protoslaves dans toute l'Europe centrale, à l'est du Rhône et du Rhin: elles manquent complètement de fondements scientifiques, mais ne s'en sont pas moins maintenues jusqu'à ces dernières années.

Laissons au reste de côté ces théories, que j'ai suffisamment exposées dans les chapitres spéciaux de mes Antiquités slaves^, et dont il n'y a pas lieu de s'encombrer ici, car leur manque de valeur ressortira de lui-même. La première question qui se pose est celle de savoir si le premier habitat des Slaves se trouvait jadis au nord ou au sud des Carpathes. Deux opinions à cet égard se sont longtemps opposées l'une à l'autre: la première le plaçait au nord, dans l'ancienne Sarmatie (d'oii la dénomination de théorie « sarmatique »); la seconde le situait sur le Danube moyen et inférieur (d'oii la dénomination de théorie « danubienne >). La théorie danubienne a perdu son ancienne valeur,

' Voir mon article sur « les nouvelles théories sur la patrie primitive des Slaves», dans la revue historique tchèque Cesky casopis Mstoricky, 1915, fasc. 1.

* Voir les détails dans mes Sloii. star., Il, p. 71, III, p. 32, et dans l'appendice du présent ouvrage.

mais elle a été pourtant soutenue au cours du siècle dernier par des savants tels que A. Bielowski, M. Pogodin, Fr. Racki, M. Drinov, Iv. Filevic, J. Pic, Dm. Samokvasov et V. Kljucevskij ; elle trouve encore aujourd'hui des partisans et en gardera dans Tavenir, et c'est pourquoi il nous faut jeter un coup d'oeil sur les arguments principaux dont elle s'autorise, afin de les comparer avec ceux qui militent en faveur de l'habitat septentrional.

L'argument principal a toujours été fourni par le témoignage de l'ancienne Chronique de Kiev, qu'on peut appeler comme l'acte de naissance de la nation slave. On le trouve au commencement de la Chronique dans un chapitre intitulé «Ici sont les légendes des temps anciens ; comment s'est formé la territoire russe et qui régna le premier à Kiev», chapitre écrit au XI^ siècle, en partie même au X^^, par un moine du monastère de la Pecerskaja Lavra, d'après les anciennes annales religieuses et les chroniqueurs byzantins 2. Le texte est le suivant:

« Après bien des années ^, les Slaves s'établirent sur le Danube, là où est aujourd'hui le pays des Hongrois et des Bulgares. C'est de là que les Slaves se sont répandus sur la terre, et ils ont pris des noms particuliers à mesure qu'ils se sont établis dans différents pays: ainsi ils allèrent s'établir sur une rivière appelée Morava et s'appelèrent Moraves, et d'autres s'appelèrent Tchèques. Sont encore slaves les Croates Blancs, les Serbes, les Khoroutanes. Les Ylakhs étant venus chez les Slaves du Danube, s'étant établis au milieu d'eux et les ayant opprimés, ces Slaves allèrent s'établir sur la Yistule et s'appelèrent Lekhs, et parmi ceux-ci les uns s'appelèrent Polianes, d'autres Loutitches, d'autres Mazoviens, d'autres Pomoriens. — Et ces Slaves, s'étant fixés près du Dnieper, s'appelèrent aussi Polianes et d'autres Drévlianes, parce qu'ils habitaient au milieu des bois: d'autres s'établirent entre la Pripet et la Dvina et s'appelèrent Drégovitches, d'autres s'établirent sur la Dvina et s'appelèrent Polotchanes, du nom d'une petite rivière appelée Polota qui se jette dans la Dvina. Les Slaves qui s'établirent autour du lac Ilmen gardèrent leur nom, bâtirent une ville et l'appelèrent Novgorod, et d'autres, s'étant établis sur la Desna, sur la Sem et sur la Sula,

' La rédaction de la Chronique qui nous est parvenue date du commencement du Xlle siècle.

* Voir plus haut, p. 2.

^ A dater de la dispersion des peuples de la tour de Babel.

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s'appelèrent Sêvériens: c'est ainsi que s'est répandue la race slave, et son écriture s'appelle slave » ^

On voit par là que, suivant l'auteur, les Slaves ont jadis habité les contrées voisines du Danube moyen, et que c'est de là, qu'ils ont émigré et se sont dispersés en Bohême, en Moravie, en Allemagne, en Pologne et en Russie. Cette idée est encore confirmée par deux fois. Il est rapporté en effet dans le même récit que les Slaves furent chassés de leur première résidence en Hongrie par les Vlakhs [Volochove), et plus loin, dans le passage relatif à l'apôtre Paul, il est ajouté que: «là est l'Illyrie, où est venu l'apôtre Saint Paul, et là se trouvaient les Slaves avant que Saint Paul n'y vînt 'K

Ces trois textes de la plus ancienne chronique slave, qui est la source incontestablement la plus importante pour l'étude des origines, attestent la conception que les Slaves avaient de leur provenance durant les X^, XI® et XII® siècles: ils croyaient que la diffusion et les migrations des divers groupes slaves avaient débuté au voisinage du Danube inférieur et du Danube moyen, dans les contrées qui, en ce temps là, étaient dénommées « terres des Bulgares et des Hongrois ». Cette représentation a ensuite prédominé chez la plupart des historiens et des chroniqueurs slaves, notamment chez Kadiubek, Boguphaî et Dîugosz, en Pologne, jusqu'à la fin du XIX® siècle, et l'on ne rencontre chez eux que de menues différences de détail quant à la délimitation de ce premier habitat. On a souvent désigné la Pannonie comme «mater et origo omnium sclavonicarum nationum » ou « prima et vêtus Slavorum sedes parens et alumna » ^ Des traditions particulières rapportent comment les ancêtres des Tchèques, des Polonais et des Russes auraient émigré de la Croatie ou de la Serbie, conduits par les frères Cech, Lech et Rus. S'il est établi depuis un certain temps que toutes ces traditions ne sont que de pures fictions créées dans les monastères tchéco-polonais aux XII® et XIII® siècles \ — la relation du chroniqueur russe, par contre, a continué a être tenue par les savants même les plus éminents comme une base positive de la théorie danubienne. On la considérait

' Voir Chronique dite de Nestor, traduction Louis Léger (Paris, 1881), p. 4.

* Traduction de Louis Léger {op. cit., p. 21).

^ Chronique de Boguphaî {Monumenta Poloniae historica, II, p. 468) et Chronique de Dlugosz (Historia poîonica, I, initia) .

* C'est à l'évêque Boguphaï, de Cracovie, que remontent ces récits {loc. cit.).

comme une tradition vraie, comme un souvenir réel des lieux habités par les ancêtres, emprunté par le chroniqueur à des récits populaires. Il n'est pas jusqu'à âafarîk lui-même qui n'ait consacré tout un chapitre de ses Antiquités à démontrer la véracité de cette tradition.

Le témoignage de la Chronique n'est malheureusement ni authentique ni réel. Il est qu'un spécimen de plus du tissu d'imaginations agencées par le chroniqueur sur le départ des Slaves de la tour de Babel, sur les routes qu'ils ont suivies à travers l'Asie Mineure jusqu'à la presqu'île balkanique, devenue leur première résidence, leur première patrie en Europe. De là l'identification des anciens Illyriens et des Slaves que nous trouvons dans la même chronique; de là aussi l'idée de leur premier habitat sur le Danube moyen, où se trouvait au XII^ siècle la terre des Bulgares et des Hongrois.

Et les assertions du chroniqueur russe ne sont même pas fondées sur la tradition populaire: ce ne sont que des fictions qu'il a arrangées, s'il ne les a lui-même créées, ou bien reçues d'un autre, qui en aurait été le créateur. C'est ce qui ressort — non pas seulement de la conception générale du chroniqueur, de son point de départ tout biblique et de certaines autres relations auxquelles nous devons de savoir que le clergé yougoslave avait imaginé différentes légendes démontrant l'antiquité des Slaves dans le royaume de Croatie ^ mais encore de tout ce que l'on sait de positif sur l'histoire ancienne des pays danubiens et balkaniques.

Cette histoire nous apprend que les Illyriens, les Thraces, les Pannoniens, les Sarmates, les Gaulois et les autres peuples qui ont jadis habité ces régions n'ont rien de commun avec les Slaves, que les langues en étaient tout à fait différentes de la leur et qu'avant l'ère chrétienne on ne trouve aucune trace des Slaves dans ces contrées. Au contraire tout ce que l'on sait de positif nous force à chercher le premier habitat des Slaves vers la région d'où sont parties leurs migrations, c'est-à-dire au nord des Carpathes, loin du Danube

* Par exemjrfe, la légende suivant laquelle les apôtres et en particulier Saint Paul auraient prêché dans les pays slaves et suivant laquelle Saint Jérôme^ mort en 420, aurait inventé l'ancienne écriture slave (la glagoUca). Voir la Chronique de Kiev {loc. cit.), la lettre du pape Jean X, en 914-928 (* quis enim ambigit Sclavinorum régna in primitiae {sic) Apostolorum esse commemorata>), et la lettre du pape Innocent IV, de Tannée 1248: «in Sclavonia est litterata specialis quarn illius terrae clerici se habere a beato leronimo asserentes»-

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et des Balkans. C'est à cette conclusion que nous sommes nécessairement conduits par tout ce que nous savons.

L'histoire, comme il a été dit, ne trouve pas la moindre trace des Slaves sur le Danube moyen ou inférieur avant l'ère chrétienne. Les noms des lieux, des rivières et des montagnes, ainsi que l'onomastique des peuples et leurs inscriptions, ne nous montrent que des idiomes étrangers dont aucun n'est plus proche du slave que les autres langues indo-européennes. Or, à cette époque où l'on cherche en vain les Slaves sur le Danube, les premiers rapports sont déjà parvenus à Rome, qui constatent la présence d'un grand peuple habitant au delà de la Germanie de l'autre côté de la Vistule, et qu'on appelle les Venedi «les Vénèdes». Que ces Vénèdes ne sont autres que les Slaves, c'est ce que je démontrerai avant peu ^ Qu'il nous suffise quant à présent d'admettre qu'un peuple slave se trouve au nord des Carpathes: c'est de là que peu après nous verrons les Slaves avancer, de manière continue, dans la direction du Sud, vers le Danube, et finir par traverser le fleuve, sans que l'histoire enregistre de migrations slaves dans la direction opposée, c'est-à-dire du Sud au Nord.

De plus, si l'on ne peut s'appuyer, pour fixer le premier habitat des Slaves au sud des Carpathes, que sur la tradition de Kiev, qui apparaît comme complètement invraisemblable, il est par contre possible d'emprunter à l'histoire deux autres témoignages, qui, plus réels, plus authentiques et plus importants, parlent nettement en faveur de l'habitat septentrional. L'un, d'abord, est celui du Cosmographe anonyme de Ravenne (I, 12): ^ Sexta ut hora noctis Scytharum est patria unde Sclavinorum exorta est prosapia^^ Il s'agit d'une description de la Scythie, au nord-est de l'Europe. L'époque à laquelle a vécu cet auteur n'est pas exactement connue, mais il n'est assurément pas postérieur au YII** siècle ; il est donc assez proche, plus proche que l'auteur russe du XII® siècle, du temps où les Slaves ont commencé à se disperser hors de leur habitat initial. L'autre témoignage est contenu dans une courte description des peuples slaves, également faite par un anonyme, probablement par un moine slave d'un monastère bavarois, au IX® siècle. L'Anonyme bavarois [Anonymus Bavariis), suivant l'appellation qui lui a été donnée, indique parmi les peuples au nord du Danube (et cette localisation est

* Voir le chapitre suivant, p. 32.

confirmée par le titre même) im peuple nommé « Zeruiani, quod tantum est regnum ut ex eo cunctae gentes Sclauorum exortae sint et originen sicut a'fflrmant ducant » ^ Nous ne savons pas au juste, il est vrai, quel peuple l'Anonyme bavarois entendait désigner ^rt Zeruiani, ni si ce nom est une corruption de Sarmates ou de Serbes, ou du nom des Sêvériens de la Russie postérieure, mais, en tout cas, il s'agit d'un peuple qui se trouvait au nord du Danube et des Carpathes, quelque part au fond de l'ancienne Sarmatie. Tel est le lieu d'origine de toutes les nations slaves désigné au IX® siècle par une tradition indigène, mais celle-là réelle et non pas inventée, puisque c'est le peuple même 2ui la transmet («sicut affirmant»).

A ces deux témoignages on peut en ajouter un troisième: le sentiment même des historiens du VI^ siècle, pour qui les Slaves, dont ils commencent à noter les résidences et les migrations, avaient eu leur premier habitat quelque part au nord du Danube. Il n'est pas une seule relation dont on puisse conclure le contraire. Il paraît de toute évidence qu'au temps où les Slaves ont commencé à être connus en Europe, tout le monde les considérait comme une nation d'origine septentrionale.

Les raisons que les partisans de la théorie danubienne empruntent parfois à la linguistique pour défendre leur point de vue n'ont aucune valeur décisive. On les voit en appeler à l'extension du nom du Danube 2 dans les chansons et dans la nomenclature toponymique des nations slaves, voire de celles qui sont demeurées loin de ce fleuve pendant toute leur histoire; mais, si l'on songe aux relations que les Polonais et les Russes eux-mêmes ont toujours dû avoir avec le Danube (les Tchéco-Slovaques, eux, en ont toujours été très proches), on ne peut tenir cet argument en faveur d'un premier habitat danubien pour juste et décisif. Par contre, à considérer l'ensemble des langues indo-européennes et les rapports mutuels qu'elles accusent, nous ne saurions chercher les Slaves ailleurs que vers le nord des Carpathes.

* Cf. Safafik, Slov. star., II, 711. Le titre de la relation est: Descriptio civitatum et regionum ad septentrionalem plagam Danubii. Le manuscrit découvert par J. Hormayer se trouve à la Bibliothèque de Munich.

* Le nom du Danube est d'origine étrangère et non slave. On suppose que les Slaves ont adopté un nom celtique (cf. lat. Danuvius, Danubius, AcivouPiç, etc.), lequel leur aurait été transmis par les Germains (got. Donavis, Donavia). L'ancienne forme slave est Dunavû et, postérieurement, Dunaj.

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Le vieux slave a été, en effet, en relations étroites avec le thrace (dacien), l'iranien et le germanique, d'un côté, avec le lituanien et le finnois, de l'autre; et l'on ne peut mieux situer la région où ont pu se développer ces diverses relations que quelque part au delà des Carpathes. La nature même de cette région répond aussi mieux que toute autre au vocabulaire de l'ancien slave, quant aux termes concernant la flore et la faune ^ Que l'on se rappelle tant les résultats auxquels l'anthropologie nous a conduits à propos du type physique originel des Slaves (voir p. 11), que les conclusions, un peu vagues à vrai dire, que l'archéologie s'efforce de tirer des matériaux dont elle dispose, et l'opinion à laquelle je m'arrête n'en paraîtra que mieux confirmée. Telles sont les raisons qui, à mon sens, nous autorisent à situer au nord des Carpathes le premier habitat des Slaves. Il ne nous reste qu'à en déterminer de façon plus précise l'étendue et à en tracer, pour autant qu'il sera possible, les limites dernières. Il a été déjà indiqué (voir plus haut, p. 14) que les partisans de l'habitat septentrional situent celui-ci de façon très variable, tantôt à l'est, tantôt à l'ouest de la Yistule, et même sur le cours inférieur du Mémen et de la Dvina jusqu'aux bords du lac Bmen. C'est que la solution du problème, de fait, est difficile.

A tenter cette délimitation de la région qu'ont habitée les Slaves avant leur dispersion, c'est-à-dire aux alentours du début de l'ère chrétienne, on constate d'abord, comme un fait certain, que les Slaves n'ont pas antérieurement traversé en masse la chaîne des Carpathes. Je ne veux pas nier que quelques éléments en aient pu passer par les principaux défilés, notamment par celui de Jablunkov ou par celui d'Uzok, jusque dans la Slovaquie actuelle, mais l'ensemble de la nation est toujours resté au nord des montagnes et naturellement aussi au nord de la zone des forêts galiciennes qui les couronnent. Il nous faut rappeler que et toute l'ancienne toponymie des Carpathes et les dénominations historiques des principales chaînes (Carpathes, Tatra, Fatra, Matra, Magura, Beskid) sont étrangères au slave. Mais la Podolie et la Volynie devaient déjà être slaves au temps d'Hérodote, à en juger par

' Voir les travaux de Sulek (« Pogled iz biljarstva u praviek Slavenah », Rad, XXXIX, 1887), et de J. Rostafiûski (« 0 pierwotnych siedzibach i gospodarstwie SZowian, dans le Bulletin de l' Académie de Cracovie, Sprawozdania, II, 1908, lU).

les relations sur les habitants de ces contrées qu'il nomme Neupoî (IV, 100 — 118), et dont le caractère slave est assez évidente

A l'Ouest, on est embarrassé pour décider si la frontière doit être fixée sur l'Elbe ou sur la Yistule. Cela dépend des résultats auxquels l'archéologie aboutira quant à l'appartenance des champs d'urnes du type lusacien-silésien, dont nous avons déjà parlé plus haut (voir p. 12). Si ces cimetières se révèlent slaves, l'ancienne frontière avancera à partir de la fin du 11^ millénaire jusqu'à l'Elbe et à la Saale; sinon, elle devra être placée dans la zone de la Vistule. C'est le point de vue que j'adopte aujourd'hui. Une raison linguistique le confirme. Les Slaves n'ont pas à Torigine connu le hêtre (fagus sUvatica), car ils se rattachaient, dans l'ensemble des Indo-Européens, au vaste groupe qui se trouvait au delà de la frontière orientale de la région du hêtre, c'est-à-dire à l'est de la ligne approximative Kônigsberg-Kremenec- Odessa 2. Mais ils avaient pourtant déjà appris à connaître cet arbre, alors que leur unité subsistait encore, car ils avaient adopté le mot germanique (Bûche, si. buk\ d'où on peut conclure qu'ils avaient atteint la Yistule dès avant l'ère chrétienne. Quant à savoir s'ils avaient été jusqu'à traverser en même temps ce fleuve et à pousser jusqu'à l'Elbe, c'est à l'archéologie, comme on l'a vu, d^'en décider.

Une observation, toutefois, s'impose à cet égard. Si l'on réussissait à démontrer le caractère slave des champs d'urnes, qui appartiennent dans l'ensemble au premier millénaire avant Jésus-Christ, on devrait supposer que les Slaves, avant poussé jusqu'au delà de l'Elbe, auraient été, dans la seconde moitié de ce millénaire, comprimés par les Gaulois venus de l'Ouest, puis par les Germains venus du Nord, et cela de teUe sorte que la Vistule fût redevenue leur frontière occidentale pour le rester jusqu'au moment où ils ont commencé leur grandes migrations. Tous les écrivains anciens, en effet, à partir du I^^^ siècle, sont d'accord pour désigner la Vistule comme la limite de la Germanie et de la

* Voir les notes relatives à ce sujet dans mes Slov. star., I, pp. 266 et suiv.

* Suivant M. Al. Brûckner, l'éminent philologue polonais, la dénomination slave primitive et commune du fagus eia.it g rabû, g rabrû {Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung, XLVI, 193). Il n'y aurait pas lieu, dans ces conditions, d'éloigner les Slaves de la Vistule; mais je crois l'explication un peu forcée. Le premier habitat des Slaves excluait aussi l'if, ttsû (taxus vaccata), qui est un végétal correspondant seulement à l'ouest de la région que nous venons de délimiter.

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Sarmatie^, et l'on n'a nulle raison de supposer que leur témoignage à cet égard soit dénué d'un fondement réel.

La frontière à l'Est est pareillement incertaine. On sait que le bassin de la Yolga a été jadis finnois et que les Finnois se sont étendus autrefois plus loin vers l'Ouest, occupant la totalité des bassins de rOugra, de l'Oka et peut être même du Don. Il n'y a que la région du Dnieper qu'on puisse considérer comme appartenant à la patrie première des Slaves. Le nom de ce fleuve est évidemment d'origine étrangère 2, et l'ancienne appellation Borysfhenes ne peut aussi s'expliquer que difficilement par le protoslave berstû, russe herestû^. Mais d'autres raisons nous déterminent à ranger le Dnieper moyen parmi les fleuves slaves. Si l'on considère qu'au YI^ siècle après Jésus-Christ le territoire situé au nord de la mer d'Azov, ou plus exactement le bassin du Don, était déjà comme un véritable réservoir de Slaves (Prokopios, IV, 4, parle de «peuples immenses»: ë6vri à\x^xpa tôjv AvtOùv), il n'est pas douteux qu'on a le droit d'ajouter, à partir de l'ère chrétienne, le cours moyen du Dnieper à leur territoire initial, en y faisant rentrer le cours inférieur de ses affluents, la Bérézina et la Desna^, dont les noms sont incontestablement slaves. Je crois en outre possible de considérer avec vraisemblance les Boudinés d'Hérodote (Boubîvoi, lY, 21, 102, 108) comme des Slaves: leur siège se trouvait quelque part sur la Desna

* M. Vips. Agrippa, le premier (Plin., IV, 81, 97, Dimens. prov., 19); puis Pomp. Mêla, III, 1, 82; III, 3, 25; Ptolem., II; 11, 1, 4, 8, lÔ; III, 1, 8; Marc, II, 31, 36-38. Le nom de la Vistule a été tenu soit pour slave (Dobrovsky, Krek, Hanusz, Kawczynski, Al. Pogodin), soit pour slavo-germanique (Fierlinger, Schrader), soit pour germanique (Fôrstermann, Budilovic), soit enfin pour gaulois, et ce dernier avis est partagé par d'éminentslinjiuistes modernes (Rozwadowski, Sachmatov,Vasmer, Buga, Bremer). Mais il faut ne pas perdre de vue que des noms identiques ou très proches sont assez répandus dans la toponymie des régions slaves. Ainsi l'on trouve non seulement Visîoka, Vislok (affluents de la Vistule) en Galicie, mais aussi Vislica, IsJoc, Vi-^Joc, Vislanovka en Pologne, Vislava (Viszlô) en Hongrie. J'ajouterai que le savant philologue russe A. Sobolevskij reporte même les relations entre les Slaves et les Saxons à l'époque de l'unité slave.

* On le suppose d'origine scytho-sarmate (ossète dan « l'eau »), cf. L. Niederle, Starovéké zprdvy o zem. vych. Evropy, v Piaze 1899, p. 58, et Sobolevskij, Archiv fiir slavïsr.he Philologie, 1905, p 240.

^ SI. berstû « orme > (Starovéké zprâvy . . . etc., pp. 70, 84); cf. l'analogie du nom de son affluent, la Rérézina, dérivé de bereza «bouleau».

* Voir Vasmer, Rorznik slawistyczny, VI, p. 164; V, p. I;i8; VI, p. 177.

et sur la partie voisine du Doni. Les Scythes agriculteurs, qui vivaient entre le Bug et le Dnieper (Hérodote IV, 17, 18, 53, 54), au-dessus des rapides, d'une manière complètement différente de celle des vrais Scythes nomades, ne peuvent avoir été que les ancêtres des Slaves orientaux. Les Slaves, dans ce temps-là, n'ont accédé à la Mer Noire qu'en commerçants. Ainsi s'explique par exemple le mot vieux slave korabli, emprunté au grec Kapdpiov «bateau», et introduit chez les Slaves dès avant l'ère chrétienne.

Vers le Nord, les bassins du Niémen et de la Dvina ont été d'abord lituaniens ; la zone des innombrables lacs, étangs et marais, qui s'étendent entre la Prusse et la Mazovie, puis entre les affluents du Narew et du Pripet, constituait une frontière naturelle que les Slaves n'ont franchie que plus tard et partiellement ^. Le territoire lituanien avançait même autrefois plus vers le Nord-Est, sur le cours supérieur du Dnieper, où il séparait les Slaves des Finnois occidentaux et orientaux.

A quelle époque les Slaves ont-ils pénétré jusqu'au Niémen et jusqu'au Dnieper supérieur? Nous savons qu'au IX^ siècle après Jésus- Christ ils étaient fermement établis sur les bords du lac Ilmen et même aux bords de la Neva et du lac Ladoga, mais c'est là une époque bien éloignée de celle où l'on peut encore parler de l'unité slave et d'un premier habitat commun. Un excellent philologue russe, Al. Sobolevskij, prétend, se fondant sur les formes slaves anciennes des noms Némûnû, lit. Nemunas, et'Seregérû, Seliéani (nom d'un petit lac près d'Ostaskovo), que cette pénétration se serait produite de très bonne heure, avant même la dissolution de l'unité linguistique; mais ses conclusions se sont- heurtées à des objections ^. La question reste pendante, et je tendrais à la résoudre plutôt négativement: on ne peut guère, à mon sens, chercher la frontière ancienne des Slaves, dans la direction du Nord, au delà de la ville de Smolensk.

Il ressort de tout ce qui précède que le territoire occupé par les Slaves avant leur émigration s'étendait entre l'Elbe et le bassin du Dnieper moyen (avec la Desna, le Pripet et la Bérézina), mais qu'il convient de le réduire de la partie occidentale située entre l'Elbe et la Vistule, en attendant que le caractère slave des anciens champs d'urnes de

* Voir plus loin, pp. 27 et 174.

* Kocubinskij, < Teppiixopia ;^0HCT0pII4ecK0ii JIiitbh », /K. M. H. II., 1897, I. ' A. Sobolevskij, dans les .liiHrBiicT. h apxeo.ior. HaSaro^eHia, 1, 5 (BapiuaBa, 1910);

contre ses conclusions voir Al. Pogodin, IIsb. ot^. pyccK. as. h c.iob., 1905 (X, 3, p. 11).

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cette région ait été démontré, s'il doit jamais l'être. Ce sont donc en somme la Pologne orientale actuelle, le sud de la Russie blanche (avec le cours moyen de la Bérézina, le cours de la Soz et celui de l'Iput'), le nord de la Petite Rassie (Podolie, Volynie et pays de Kiev, avec la Desna) que les Slaves ont occupés lors de leur unité nationale et linguistique ^ C'est là que se laissent le mieux localiser les relations anciennes concernant l'habitat commun de toutes les nations slaves (Anonyme de Ravenne, Anonyme bavarois), ainsi que les premières mentions relatives à la grande nation des Yénèdes du I^^ au IV^ siècle de l'ère chrétienne. C'est là aussi que nous conduit l'étude des rapports de l'ancien slave avec l'ancien iranien, avec le lituanien et avec le finnois occidental. C'est là enfin que nous trouvons une nature dont la flore et la faune correspondent à ce que le vocabulaire vieux-slave nous laisse entrevoir de celles de la contrée primitivement habitée par les Slaves. A cet égard, je suis en plein accord avec les idées de M. Rostafinski. Mais je ne saurais, avec M. Peisker, limiter l'aire de cette contrée aux seuls marais du bassin du Pripet 2.

Une question encore suscite quelque difficulté: celle des noms des cours d'eau. On s'attendrait normalement à une nomenclature entièrement slave dans une région oii les Slaves ont dû jadis habiter. Au contraire, des philologues des plus éminents affirment constamment que les noms des cours d'eau de l'ancienne Pologne sont en majorité étrangers, par exemple: Vistule, Wiar, Nida, Raba, Ropa, San, Mien, Mroga, Brda, Odra, Osoblaha, Labunka, Wda, Sola, Orava, Morava, Yidava, etc. ... Ce sont surtout deux savants slaves, Jan Rozwadowski, de Craco\àe, et Alex, èachmatov, de Petrograd, qui ont défendu ce point de vue et expliqué la plupart de ces noms comme gaulois. C'est aussi pourquoi ils ont fait remonter les Protoslaves jusqu'en arrière du bassin du Niémen inférieur, sur la Dvina et sur les bords du lac Ilmen, où malheureusement ils n'ont pas trouvé non plus une ancienne nomenclature slave. Sachmatov, lui, plaçait les Finnois sur le Pripet et la Dvina et faisait occuper aux Gaulois -Vénèdes la partie orientale du

* L'unité de civilisation, seule, n'existait pas. Le bassin de la Vistule a toujours été sous l'influence de civilisations autres que le bassin du Dnieper, et la civilisation des Slaves occidentaux a toujours été différente de celle des Slaves orientaux.

* Ce savant lui-même admet par ailleurs que l'expansion des Slaves autour de ce bassin a été déjà antérieure à l'époque historique.

bassin de la Vistule ^, où les Slaves ne se sont installés qu'au Ille siècle après J.-C.

Ces vues étant celles de philologues d'une pareille valeur, la solution du problème apparaît comme difficile. Elle doit cependant être trouvée. Il est impossible et d'admettre le caractère celtique ou finnois de la contrée en question, comme èachmatov le fait, et d'en éliminer simplement les Slaves. On en arriverait à la conclusion absurde qu'il n'existe nulle part en Europe une région où puisse être localisée la patrie des Slaves 2, parce qu'il n'existe pas de région à nomenclature géographique purement slave. Il faudrait exclure les Slaves de l'ancienne Europe et ne les j faire venir que quelques siècles après Jésus-Christ, ce qui serait impossible du point de vue historique. Si le caractère celtique de la nomenclature vistulienne était démontré, — j'ajoute que les conclusions de Sachmatov se sont heurtés à la résistance acharnée de quelques philologues slaves autorisés ^ — , il faudrait songer à une occupation ancienne du territoire en question par les Protoceltes ou par d'autres Indo-Europoens pendant la première période de leur développement^ avant l'installation des Protoslaves. Mais cela n'empêcherait pas que ce soient les Slaves qui, après la dislocation de l'unité indo-européenne, aient occupé le pays et s'y soient établis au cours des II® et I^'^' millénaires avant J.-C. Or, c'est précisément l'habitat des Slaves à la fin de leur période unitaire que nous cherchons à déterminer, et non pas la place de leur premier noyau sur l'ancien territoire indo-européen. La théorie de Sachmatov, si elle était justifiée, prouverait seulement

* Al. Sachmatov, Msb. ot/i,. pyccK. as. h cjiob., 1911, p. 707 ; Archiv fur slavische Philologie, 1911, p. 51; J. Rozwadowski, Bulletin de l'Académie de Cracovie, 1901, XI, 1906, III, Almae matri Jagiellonicae (Lwôw, 1900), p. 107. Dans un article plus récent M. Rozwadowski s'exprime très prudemment et abandonne la théorie du celtisme des Vénèdes [Eocznik slawistyczny, VI, pp. 39, 269), mais il maintient qu'avant l'ère chrétienne il n'y avait pas de place pour les Slaves dans la contrée située entre la Vistule et le Dnieper et que ceux-ci devaient se trouver au nord de Niémen.

* Voir mon article sur «les nouvelles théories sur le premier habitat des slaves», Cesky casopis historicky, 1915, 3.

^ Voir les critiques de K. Buga et M. Vasmer {Eocznik slawistyczny, VI, pp. 1-28, 179) : ces auteurs ont nié formellement le caractère gaulois des noms en question (sauf celui de Vistula), les trouvant simplement indo-européens, mais non gaulois. Au reste, Alex. Sachmatov lui-même, peu avant sa mort, reconnaissait-il «la faiblesse et l'insuffisance» de ses malheureuses hypothèses celtiques (d'après A. Meillet, Bévue des Études slaves, I, 1921, p. 190, note 1).

26 l'unité protoslavb

que cette contrée aurait été habitée aussi par des Celtes pendant une période limitée, mais non pas qu'il faille renoncer à y chercher l'ancienne patrie des Slaves, que tant d'autres raisons nous obligent à y situer. Qu'il suffise seulement de rappeler, par exemple, comme quelques siècles ont réussi à modifier, en la slavisant, la toponymie de la Grermanie orientale.

Le caractère du territoire considéré est bien connu des géographes. C'est un pays dont la partie centrale, constituée par le bassin da Pripet, est encore aujourd'hui couverte d'innombrables eaux stagnantes et courantes, d'immenses forêts de pins, de hêtres, de bouleaux, d'aunes, de saules, avec un climat rude sous lequel il ne peut vivre que des chasseurs ou des pêcheurs. Et encore ces conditions, aujourd'hui fort améliorées ^, étaient-elles plus défavorables il y a deux ou trois mille ans. Les territoires plus fertiles oii l'on pouvait exercer l'agriculture ne se trouvaient qu'à la périphérie, surtout à l'est et au sud-est.

Le peuple qui vivait dans ce pays était contraint à un rude labeur pour transformer les marais et les forêts en terres labourables. Ces conditions même ont amené un développement des formes sociales fondé sur la coopération des grandes familles et sur l'égalité sociale; elles ont déterminé un développement de l'état démocratique défavorable à toute concentration économique et politique. Une chose reste encore à remarquer. Le peuple est, de ce fait, pendant une longue série de siècles, demeuré dans une paix relative, en dehors des orages qui ont menacé ou troublé le monde ancien, mais aussi en dehors du domaine des grandes civilisations d'autrefois. Le pays slave a toujours été très mal connu des Grecs et des Romains. Son peuple a vécu longtemps «chez soi» et «pour soi», à l'abri des influences étrangères, et c'est pourquoi il a pu croître en une grande nation (« juéYicTTov ë9voç », dit déjà Ptolémée) sans que l'attention se fût portée sur lui.

Tel a été le premier habitat des Slaves, telles ont été les conditions •premières de leur existence.

' Jusqu'à l'anné 1900 il a été asséché pour l'agriculture 7.832.000 hectares ; 328.000 heciares ont élé transformés en prairies ; il ne restait plus à cette date que 2.644.000 hectares de marais.

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