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Les Bulgares turco-tatares et les Slaves

On a vu, par ce qui a été dit précédemment sur les campagnes des Slaves dans les Balkans, que ceux-ci avaient commencé à s'installer dans la partie orientale de la péninsule dès le VI® siècle. On n'a pas, il est vrai, de relation formelle et précise à cet égard, mais l'on ne saurait s'expliquer, sans admettre cette hypothèse, la véritable submersion qui se constate au VU® siècle. Il n'est pas jusqu'aux incursions en Grèce ^ du VI® siècle qui n'aient été accompagnées de l'installation de quelques éléments slaves sur le territoire grec.

Les campagnes des Slaves étaient dues à la participation de deux grands groupes de Slaves transdanubiens : celui des « Slaves » (ZKXaurivoî), qui, au témoignage de Jordanis, se tenaient à cette époque sur le Danube moyen et jusqu'à son embouchure, — et celui des Antes qui était établi derrière l'embouchure du Danube, sur la Mer Noire, depuis ^]e Dniester Jusqu'au Dnieper 2. Mais de ces deux groupes, seul, le premier se rattachait aux Slaves du Sud et demeura dans les Balkans. Les Antes, qui étaient des Slaves de l'Est, renouvelèrent souvent leurs attaques durant la première moitié du Vl^ siècle, mais sans rester, ni sans laisser des leurs dans la péninsule, à en juger du moins par l'absence de tout témoignage en ce sens, absence d'autant plus significative que les Byzantins connaissaient bien les Antes et les distinguaient parfaitement des autres Slaves. Les Antes ont dû vraisemblablement se retirer dans la Eussie méridionale sous la pression des Awars^.

' Voir plus haut, p. 63.

■■' Jordanis, Get., V, 3i-35 (voir le texte ci- dessus, p. 47). •' Voir ce qui a été dit sur les Antes, p. 47, et voir surtout ce qui les concerne, à propos des Slaves de l'Est, pp. 189 et suiv.

Il n'est pas douteux, dans ces conditions, qu'à Test comme au centre de la péninsule, ce sont des Slaves du ^oupe du Sud qui ont occupé le territoire; les "quelques éléments qui appartenaient à d'autres groupes n'étaient que de faible importance, et l'on peut supposer qu'ils ont bientôt été absorbés. Ces Slaves, descendus vers le sud-est, formaient une série de tribus et de familles parties de l'habitat primitif commun des Slaves du Sud derrière les Carpathes : ils étaient apparentés, par leur parler et leur civilisation, aux tribus Slovènes, croates et serbes, cette parenté n'excluant pas certaines différences qui devaient s'accentuer avec le temps. Ils ne constituaient pas d'ailleurs une unité au moment de leur venue dans les Balkans; ils ne se sentaient aucune union même vis-à-vis des Serbes, leurs voisins immédiats à l'ouest; ils n'étaient que répartis en groupes plus ou moins grands, n'ayant entre eux que des relations de voisinage, ainsi en 3Iésie. ainsi en Macédoine. L'état qui, de cette chaîne incohérente de tribus, était appelé à former une union politique et même culturelle et linguistique en face des Serbes de l'Ouest, n'a pris naissance que plus tard; mais même alors du reste, après la naissance de cet état, il devait subsister entre les deux unités une zone intermédiaire, allant du Timok, par Skoplje, à Ochrida, et qui oscillerait, non seulement au point de vue politique, mais même au point de vue ethnique et culturel, entre le monde serbe, à l'Ouest, et le monde bulgare, à l'Est, zone dont le caractère de transition n'est pas encore effacé même aujourd'hui après plusieurs siècles d'efforts. E ne saurait être question, cela va de soi, d'imaginer une union quelconque des éléments slaves de Test et du centre de la péninsule au YII^ siècle.

Sans doute, il eût pu apparaître, parmi ces éléments slaves de l'est de la péninsule, une tribu plus forte que les autres, et qui les aurait dominés, et qui en aurait formé un tout, comme il est advenu à l'ouest avec les Croates et avec les Serbes, — un tout d'origine purement slave. Mais cette évolution naturelle a été devancée par un événement qui l'a rendue inutile, car il a précisément réuni tous ces éléments de l'est en un tout politique et national, mais avec cette différence, par comparaison avec les Croates et les Serbes, que l'union n'a pas été l'œuvre d'une force indigène, mais d'une force étrangère. Cette œuvre a été accomplie par la tribu turco-tatare des Bulgares, à l'époque même où le mouvement de colonisation slave touchait à sa fin.

Les Bulgares sont des Huns d'origine ^ Ils étaient arrivés sur le Danube, venant de la Yolga et du Don, au Y^ siècle (car c'est en 482 que Zeno les appelait à l'aide contre les Gots, et c'est en 499 qu'est attestée leur première invasion des Balkans). Ds prirent part très souvent aux incursions qui se sont produites au cours du YI® siècle; ils étaient même à l'attaque de Çonstantinpple en 626. Mais ils n'en revenaient pas moins à chaque fois au nord du Danube. C'est là que, dans les années 635-641, ils réussissent à abattre le joug des Awars en même temps que, de leur côté, les Slaves l'abattaient à l'Ouest. Mais, au début des années 70 du YII^ siècle, ils se virent obligés, sans doute par une pression nouvelle des Khazars à l'Est, de gagner vers le Sud. Leur khakan était alors Asparuch (Isperich): il se mit en marche avec son peuple, s'arrêta tout d'abord sur le delta du Danube 2, puis, en 679, franchit le fleuve et occupa rapidement toute la vieille Mésie, entre le Danube et la contrée montagneuse du Balkan, concentrant ses sujets dans la Dobroudja actuelle.

Cette occupation et la soumission conjointe des tribus slaves installées dans cette région se firent dans le calme, sans soulever de résistance. Loin de là: les Slaves accueillirent les Bulgares comme des auxiliaires contre Bjzance, et ils conclurent avec Asparuch une convention sur la base de laquelle il organisa tout le territoire, répartit les tribus slaves dans des résidences nouvelles, soit pour leur faire défendre le Balkan menacé par l'empereur, soit pour garder

* Sur la question de savoir si les Bulgares sont d'origine turque, finnoise ou slave, question qui a été Fobjet de tant de discussions, voir surtout l'étude détaillée d'Iv. Sismanov (« KpiixiiHeHo np'Èr;ie3T> na Bonpoca sa npoiicxo;],a na npad-B.TrapiiT'fe », dans le CôopHiiK-L sa eap. yjiOTBop., XVI-XVII, Sofia, 1900), les Slov. star. (Il, pp. 527 et suiv.) et l'ouvrage récent de V. Zlatarski (IIcTopiiH na dt-TrapcKara ;;-bp>KaBa, I, Sofia, 1918, pp. 23 et suiv.). Le document essentiel est actuellement la généalogie des princes bulgares, découverte en 1866 par A. Popov dans deux manuscrits d'un Chronographe slave appelé le Chroniqueur hellène: il est rej^roduit dans l'étude précitée d'Iv. Sismanov {op. cit , p. 556). La doctrine de l'origine slave des Bulgares a été soutenue pour la première fois en 1829 par l. Venelin dans un travail publié à Moscou : /tpeBnie n HbiHÈmnie Bo.irape.

2 II s'arrêta dans la région que Theoplianes appelle "OykXoç, "Ott^oç, Nikephoros "Oy^oç et Anastasii::s Onglon. On a essayé avec Safafik, de reconnaître dans cette appellation le slave Çglii «angle», turc budzak, mais il me semble préférable d'y retrouver, -avec Zlatarski, le turc ogl «cour, enceinte fortifiée», sans doute le camp d' Asparuch. Voir Slov. star., II, p. 4f06, et Zlatarski, IIcTopim . . . , I. p. 126. Selon K. Skorpil, ce camp se trouv.ait près de Xicolicelu.

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le Timok, à l'ouest, des attaques des Awars. Il s'établit de la sorte entre Slaves et Bulgares une vie commune paisible ; J^ancienne . organisation slave subsista; les princes slaves se trouvèrent seulement sous la suprématie du khakan bulgare. L'assimilation des deux éléments ainsi associés ne tarda pas à se produire. Ce ne furent pas les Slaves qui la subirent, mais les Bulgares. Les souverains bulgares prirent "bientôt des noms slaves et abandonnèrent leur langue maternelle pour la slave; leurs boïars, leur peuple firent de même. Si, dans les légendes de Sâint-Dimitii et dans les relations byzantines du Vlîle siècle, la distinction se fait encore entre les Bulgares et les Slaves, dès les IX^ eîX^ siècles, par contre, l'identification des deux termes est accomplie, et tous deux s'emploient couramment l'un pour l'autre; on lit ainsi; «ZGXoPevûjv ïévoç eïr' ouv BouXYâpoiv », ou «esLmn ciOBencKie ce peKme BjLrape », etc. ^ N'étaient d'ailleurs les nouveaux éléments turcotatars qui sqnt venus ultérieurement dans les Balkans, Péchénègues, Folovtses, Ouzes, et qui ont renforcé et soutenu en Dobroudja et dans les régions environnantes ^ l'établissement des Turco-Tatars, il ne serait "demeuré probablement aucun vestige des anciens Bulgares d'Asparuch. Aussi bien les descendants qu'ont laii^sés ceux-ci, ou que du moins certains croient trouver (K. Skorpil, Zanetov) dans les Gadjals de Deli- Orman ou dans les Gagaouz, sont-ils des descendants fort douteux'.

C'est ainsi que se constitua dans l'ancienne Mésie un nouvel état, dirigé par les Bulgares turco-tatarSj mais ethniquement slave, et cela dès Torigine, de par la majorité de ses sujets. Le caractère slave s'en affermissait et s'approfondissait à mesure que cet état s'accroissait et s'attachait de nouvelles tribus slaves. Le mouvement de croissance s'orienta d'abord vers le centre de la péninsule; sous le règne de Krum (de 803 à 814), le pays trausdanubien est annexé; sous les règnes de Presiam et de Boris, la Macédoine du nord jusqu'à Ochrida et jusqu'à

' Voir Slov. star., IL, p. 411.

* C'est là qu'était le premier centre des Bulgares proprement dits, à Pliska (TTXioKâ, TTXîoKoPa), sur remplacement de l'actuel Aboba, entre Sumen et Jenipazar, où, grâce aux travaux des archéologues russes, tchèques et bulgares, les fondations de tout un château ont été mises à jour (voir l'ouvrage Adoda-n.iiiCKa, Sofia 1905). En 822 le centre des Bulgares a été transféré sous Omortag à Prëslav sur la Tyca. Voir Slov. star., II, p. 408, et Skorpil, IIp'Èc.iaBi. (Varna, 1910).

' Voir Slov. star., II, p. 413.

ribar est absorbée, et, à la fin du IX^ siècle, sous le ro/^ne du tsar Siméon (893-927), la domination bulgare s'étend depuis le littoral albanais, par l'Épire et la Macédoine, jusqu'en Thessalie, au Sud, et, au Nord, jusqu'au Srèm et jusqu'à l'intérieur de la Hongrie. ^

Cependant les Slaves établis dans ces régions en tribus éparses prenaient conscience peu à peu de leur communauté et de leur unité, et ils le manifestèrent en acceptant la dénomination commune de Bulgares. C'est de la sorte que les éléments qui composent la nation bulgare se sont rapprochés et fondus, tout d'abord sur le terrain politique, mais bientôt aussi dans le domaine linguistique et culturel. On ne saurait donc parler d'une dénationalisation, par turquisation, de ces Slaves de l'est de la péninsule ; la part de sang étranger qui s'est mêlée à leur sang slave, et cela seulement dans la Mésie orientale, est trop faible pour les avoir profondément transformés 2. Les Bulgares sont demeurés des Slaves dans la même mesure que leurs voisins serbes ou que les Russes. Si quelque action ethnique a influencé dans une plus grande mesure le type originel purement slave, ce ne peut être que celle des anciens habitants des Balkans, et cela tant à l'est qu'à l'ouest de la péninsule, mais non pas celle des gens d'Asparuch.

Le territoire occupé par les Slaves qui ont contribué, au cours de l'époque historique postérieure, à constituer la peuple bulgare s'étendait dans la presqu'île balkanique depuis la Mer Noire et la Mer Egée ;[usqu'à l'Adriatique, au sud de la Bojanâ^' et Jusqu'à la Morava. Plus tard il s'étendit en outre largement au Nord, depuis la Hongrie moyenne jusqu'au Seret, et vers le Sud atteignit jusqu'à des parties de la Grèce et jusqu'à l'Archipel. ^C'était le territoire slave le plus avancé au Sud, mais la population slave, à vrai dire, 7 était d'une densité très inégale, et il y restait d'importantes surfaces dépeuplées ou peuplées des restes de la population ancienne. C'est pourquoi, et peut-être aussi parce que

' Pour étudier les débuts de l'histoire de l'état bulgare, il suffit actuellement de recourir à l'ouvrage récent du professeur Zlatarski (ouvrage précité à la p. 100); consulter en particulier le tome I, pp. 84 et suiv.

^ Michel le Syrien a évalué la suite d'Asparuch à 10 000 hommes (Marquart, Osteur. Streifzuge, p. 484); Zlatarski, récemment, à 20 000 ou 25 000 hommes au plus, en considération du fait que le premier camp d'Asparuch tout entier avait pu être logé dans l'île de Saint-Georges (llepiioA. CnncaHiie, Co(|)Hfl, 1902, pp. '62b, 330). Ce ne sont là sans doute que des hypothèses incertaines, mais la réalité, à coup sûr, ne les dépasse guère: les Bulgares ne s'étaient établis que dans la région du Deli-Orman.

les données dont nous disposons sur les diverses parties de cet ensemble sont pareillement fort inégales, la population slave nous apparaît comme formant un certain nombre de groupes séparés les uns des autres, à savoir : 1°) le groupe du nord ou mésien, dans l'ancienne Mésie ; 2°) le groupe macédonien; 3°) le groupe grec; 4°) le groupe transdanubien. Ce n'est qu'à l'égard de ces groupes que l'on dispose de quelques données, tant quant aux circonstances de leur établissement que quant à la différenciation des diverses tribus les composant. Il serait passé de la Dacie dans les Balkans, suivant la géographie de Moïse de Khorène (du Vn^ siècle), 25 tribus slaves: information peu précise à vrai dire, et que nous tenons pour peu digne de foi ; mais nous ne croyons pas qu'il y eût moins de tribus slaves dans l'Est balkanique ^

Installés entre le Bas-Danube et l'Heemus et soumis, les premiers, par les Bulgares, ce sont les Slaves de Mésie qui ont formé avec ces nouveaux venus le noyau de l'état et de la nation bulgares. L'histoire nous enseigne qu'ils étaient répartis en sept tribus slaves qui, suivant la relation de Theophanes, se sont rangées de bon gré sous la domination d'Asparuch 2. Parmi ces tribus figurait la tribu des Sêvériens (les lépepeiç de Theophanes, les Sévères d'Anastasius), qui, à ce qu'il semble, lors de l'arrivée d'Asparuch, était établie sur le Danube, vers le Deli-Orman, puis fut transférée plus tard vers le Sud sur les cols orientaux des Balkans (de Galykavak à Gulic). On sait qu'Asparuch transféra d'autres tribus encore à la frontière occidentale pour y faire face aux Awars; or, des sources d'une époque très proche de celle de ce transfert mentionnent sur cette frontière la tribu des Moraviens (Mujpd^oi, Mujpap(a), sur la Morava^, et celle des Timotchanes, sur

' Voir Patkanov, }K. M. H. H., 1883, t. 226, p. 25. et Sîov. star., IL p. 415.

- Theophanes, éd. Boor, p. 359: cZKXauiviXiv éGvOùv xàç Xefo.uévaç ë-rrra Yevéaç, toOç uèv Zé^epeiç . . . >. Peut-être faut-il voir, dans la tribu énigmatiqne des Eptaradici (« habent civitates CCCLXIII >) du Géographe bavarois, un écho de cette notion qu'avaient les Byzantins de sept tribus slaves en Mésie. Il est possible que l'auteur latin, comprenant mal le grec, ait transformé ëTixa ^dbiKCç en Eptaradici ; le nom de Sebirozzi qui. chez le même auteur, figure à côté de celui des Ouglitches, paraît n'être autre que celui des Zégepeiç -= les Sêvériens--.

^ L'archevêque des Moraviens était présent au concile de Photios en 879 {Assemanni Kalend., III, 133). Constantin nomjne un - archonte de ]\Ioravie [De

le Timok ^ : il est très probable que ces deux tribus, elles aussi, appartenaient aux sept tribus des Slaves « mésiens » ou, comme les nomment certains auteurs, « danubiens » 2. On voit par là que la zone des Slaves bulgares s'étendait déjà, aux VIII® et IX® siècles, jusqu'aux confins orientaux de la Serbie actuelle.

On ne sait au juste où résidaient ni à qui se rattachaient les Abodrites, appelés aussi Praedenecenti et signalés quelque part sur le Danube au commencement du IX® sièle. Les Annales franques les mentionnent, à propos de leurs relations avec l'empire des Francs, en 822 et en 823 ; à la première de ces dates, dans la relation concernant les délégués slaves à la diète de Francfort (822), on ne peut déterminer, étant donné le contexte, s'il ne s'agit pas des Abodrites de la Baltique ; en 823, par contre, le texte est net: « Abodriti, qui vulgo Praedenecenti vocantur et contermini Bulgaris Daciam Danubio adjacentem incolunt ». L'explication de ces deux noms, Ahodriti et Praedenecenti, est également obscure. Peut-être le premier contient-il le nom d'une rivière de la Hongrie méridionale, le Bodrog^ affluent de la Tisa inférieure. Quand au second, il est ordinairement rattaché au nom de la ville de Branicevo, sur la Mlava (byz. BpavWopa, BpâviiZia, latin Brandiz, Brandiez, serbe Branicevo), mais c'est là une explication douteuse, et l'on ne sait pas davantage où ces Slaves étaient situés, ni s'ils étaient plus proches des Bulgares ou des Serbes 3.

m. Les Slaves de Macédoine.

La Macédoine, au YP et au VII® siècles, était si remplie de Slaves, venus du Nord vers la mer, qu'elle avait reçu, à partir du

cerem., II, 48) ; le texte slave d'une légende salonicienne mentionne « le prince Desimir de Moravie > parmi d'autres princes bulgares (Jordan Ivanov, CiiBepHa MaKeAOHiifl, p. 64). On ne peut décider, par contre, si les Annales franques (année 822) et le Géographe bavarois ont en vue ces Moraviens du Sud, ou les Moraves du Nord (voir Slov. star., II, p. 417).

» Ann. regni Franc, années 818-819: « Timociani qui nuper a Bulgarorum societate desciverant et ad nostros fines se contulerant >,

* Ainsi chez le Pseudo-Cesarios de Nazianze : Aavoûpioi {Dialogi, 110), et dans la traduction vieux slave : Dunavene ; de même dans la Chronique de Kiev : /tyHaîiu,!!.

' Pour les détails, voir Slov. star., II, pp. 418 et suiv. Les Osterabtrezi du Géographe bavarois ne sont autres apparemment que les Abodrites, comme les Braniââbîn de Mas'ûdî sont les Branicevci, si l'on admet que la leçon adoptée par Marquart est exacte.

milieu du TII® siècle, l'appellation de«^ays des Slaves 5 : f] iKXauivîa^ aï iKXauivîai ^ Cette Sklavinia a été d'abord indépendante des Bulgares, et c'est chez elle que le nom de < Slaves», tout court est demeuré le plus longtemps comme appellation ethnique couramment employée par les Balkaniques : les Albanais voisins nommaient encore il y a quelques années les Bulgares de Macédoine tout simplement Skjeji^ c'est-à-dire « Slaves » (en italien Schiavo). La cause première de ce débordement des Slaves dans la vieille Macédoine est, à coup sûr, toute géographique: les Barbares, qui du Nord roulaient vers le Sud, devaient nécessairement aboutir, de vallée en vallée, jusque sur la route du Yardar. Puis Salonique elle-même, comme Constantinople à l'Est, attirait les conquérants par la légende de ses richesses.

C'est ainsi que les alentours de Salonique surtout, dans toutes les directions, se peuplèrent de Slaves, sur qui les légendes de Saint-Démétrius nous ont conservé des relations assez détaillées et intéressantes. Salonique, d'ailleurs, n'est pas restée sans subir elle-même l'influence slave. Dès 597, une grande foule de transfuges, qui venaient de chez «les Slaves», était arrivée dans la ville et s'y était installée; et l'on peut juger à quel point l'élément slave s'était multiplié jusqu'au IX^ siècle par les paroles adressées par l'empereur ]\[ichel à Constantin, Tévangélisateur des Slaves, alors qu'il l'envoyait, environ vers 862, en Moravie: «Ya! Yous êtes Saloniciens, et les Saloniciens, tous, parlent purement le slave » 2. C'est d'ailleurs là précisément, à Salonique, que, d'après les résultats présents de la philologie slave, se trouve la patrie de la langue dite « vieuxslave», qu'ont employée les évangélisateurs Constantin -Cyrille et Méthode, et dans laquelle ont été traduits, dans les pays slaves, tous les plus anciens textes religieux. La vieille théorie de Kopitar et de Miklosich, admettant une zone ^ vieux slave > en Pannonie, dont la langue aurait servi à la traduction des livres saints, n'est plus aujourd'hui soutenable. Le vieux slave n'est qu'un parler vieux-bulgare des environs de Salonique ^.

' Par exemple dans Theophanes, éd. Boor, pp. 3i7, 36i, 430; Barhebraeus II, 118; Nikephoros, Brev., éd. Boor, 218, etc. Voir Slov. star., U, p. 421.

* Légende slave de Méthode, cap. V (éd. Pastrnek: Dëjiny slovanslcych apoStolû Cyrilla a Jilethoda, v Praze, 1902).

' Voir plus haut. p. 84. On trouvera l'étude la plus approfondie de cette question dans l'ouvrage de V. Jagic: EntstehungsgeschicJite der kirchenslavischen Sprache, 2e éd., Berlin, 1913.

Les tribus slaves qui, d'après les sources, tenaient les environs de Salonique, cette ville même n'ayant plus gardé en sa possession propre qu'une zone d'une vingtaine de kilomètres de largeur, étaient les suivantes'.

A l'Ouest se trouvaient les Sagoudates (ZaToubdiai, des Leg. Dem.; ou ZaYoubdoi, d'Anna Komnena; ou ZaYoubaToi, de Joan. Kameniates), de qui le nom est d'origine inconnue, et, à côté d'eux, les Rynchiniens ('PuTXivoi, ou ZkXuPîvoi ùttô toû 'Putxîvou, dans les Leg. Demetr., et ailleurs 'Ptixîvoi), sur la rivière Rynchinos, que l'on n'a pas encore réussi à identifier 2. Ces deux tribus, d'après les documents anciens, occupaient même une partie de la Chalcidique, et en particulier la montagne de l'Athos', A l'ouest de Salonique encore, entre Salonique et Yerria sur la Bystrica, se trouvaient les Dragouvitches ou Drougouvitches (Apou-foupÎTai, des Leg. Dem. et de Joan. Kameniates), là où il est mentionné plus tard un évêque qualifié èîTicrKOTroç Tfiç Apouyou- PiTÎaç*.

De l'autre côté de la ville, à l'est, sur la Basse et la Moyenne Struma, étaient établis les Strumiens (ZKXapîvoi oî dirô toO ZtpujuiIjvoç, dans Leg. Dem., Zipu^ovÎTci chez Joan. Kamen.): ils atteignaient jusqu'au lac de Langaza. Puis venaient, sur la Moyenne et sur la Haute Mesta, les Smoliens (ZjuoXéavoi, Corjms inscr. graec, lY, p. 318; Z^oXévoi, Nik. Akom.), qui s'étendaient jusqu'à l'Arda supérieure, comme en témoigne le nom actuel de Smiljan (en turc Ismilan).

La partie centrale de la Macédoine était tenue par les Berzites (BepZ:fiTai, Leg. Dem.\ dont l'habitat, que Telerig chercha à envahir en 773, était probablement la zone même où le nom de Brsjaci s'est maintenu jusqu'à nos jours pour désigner les gens des régions d'Ochrida, de Bitolja (Monastir), de Prilep, de Kicevo, de Krusevo et de Vêles.

' La limite de celte zone urbaine, en 904', comme on l'a va par la découverte de certaines bornes-frontières, passait par le village de Vardarovce et par Nares, au nord de Salonique.

* Cette rivière serait-elle le Galik ou le Bas Vardar? En tous cas elle paraît se confondre avec la rivière du 'Pr)XioÇ> mentionnée par Prokopios (De aedif., IV, 3).

3 Voir Slov. star., II, p. 426.

* Ce titre est pareillement celui des métropolites de Philippopoli : ëEapxoç GpdKriç Apa-foPiTÎaç. Il n'est pas impossible, dans ces conditions, qu'il y ait eu deux tribus de Drougouvitches dans les Balkans, l'une près de Salonique et l'autre dans la région des Rhodopes. Voir Slov. star., Il, p. 425.

C'est là qu'était aussi, suivant toute vraisemblance, la Beplma de Theophanes, de Kedrenos et de Léon ^.

D'autres tribus slaves encore s'étaient installées en Macédoine, mais tous renseignements précis à leur sujet nous font défaut 2. Nous savons seulement, par les vieilles légendes des IX^ et X^ siècles, qu'il y avait des Slaves sur la Bregalnica (affluent du Yardar) et aux alentours de la place de Ravno, puis dans la Eutmicivica (KouT|uiTZ[ipiTZ;a), la région à laquelle appartenaient Ochrida, le Devol et la Glavinica, enfin dans le pays de Apeu^hla {Drénovica?) et dans celui de BeXiiZia (soit sur la Velika, affluent du Yardar, soit sur la Yelika qui est près d'Ochrida). Nous savons aussi que l'Albanie actuelle était remplie de Slaves, et cela de manière si dense qu'elle fourmille encore aujourd'hui de noms de lieux slaves, même là où il n'y a plus trace de population slave 3. Mais nous ignorons à quelle époque doit être rapporté cet établissement des Slaves en Albanie, au premier temps de l'occupation slave des Balkans ou bien à une époque ultérieure, à savoir lorsqu'en 861 et 920 la domination bulgare s'étendit jusqu'à Drac (Durazzo).

A l'est de la Macédoine, comme à l'ouest, les Slaves étaient assez nombreux, mais nous n'avons pas à leur sujet de relations détaillées remontant à une époque ancienne, et nous ne savons pas non plus quand ils s'étaient établis là. On les mentionne, du XIII^ siècle jusqu'au XY^, dans tout le pays des Ehodopes, aux alentours de Fere, de Xantia, d'Enos, de Cavalla (par contre les villages proches de Constantinople sont des colonies de date plus récente). La contrée slave de ZctTopa, Zayôpia, au sud du Balkan, est signalée déjà dans la géographie de Moïse d'Arménie au YII^ siècle.* Il y avait aussi des Slaves, à la même époque, au nord de la province d'Astika, à côté de la ville de Bizye {Leg.Demetr.).

' Hopf ridentiOait aussi avec le pays qu'on appelle Be\lr\Tia, mais ce dernier paraît être la terre des Vélégésitches en Thessalie.

" Tout au plus pourrait-on retrouver le nom de la tribu bulgare des Pijanci dans le nom du pays de TTidviTla, TTîavTZoç, qui figure déjà dans la liste de la première bulle d'or de Basile.

' Nous n'avons pas encore d'analyse détaillée et précise de la nomenclature topographique de l'Albanie. Les matériaux les plus nombreux ont été recueillis par V. Makusev dans le travail intitulé IIcTopiiHecKia pasbiCKania 0 C.iaBHHaxi. b;. A.idaHiii, BapmaBa, 1871). Novakovic a relevé, sur 72 villages de l'éparchie de Korca (Koritsa), une bonne moitié de noms slaves. Voir aussi Hahn, Albanesische Studien (1854), I, pp. 310, 334.

* Voir Slov. star., II, p. 432.

Ces divers Slaves ont été assez rapidement soumis à la domination bulgare et par là même, en une certaine mesure, se sont trouvés unifiés non seulement au point de vue politique, mais aussi au point de vue national. L'acceptation du nom des Bulgares est comme l'indice visible d'une certaine conscience nationale et surtout de la commuaautô d'intérêts. Ils ont aussi de bonne heure, à n'en pas douter, témoigné d'une tendance à se rapprocher liuguistiquement et, du même coup, à se détacher du domaine linguistique serbe, bien que les par.lers macédoniens formassent et continuent encore à former comme une zone de transition entre le serbe pur et le bulgare oriental. Les Macédoniens, il est vrai, n'ont nettement affirmé leur appartenance à la nation bulgare qu'après leur renaissance nationale et durant les guerres de libération du XIX« siècle. Je ne puis, quant à moi, me rallier à l'opinion ni de ceux qui tiennent nonobstant pour Serbes la majorité des Slaves de la Macédoine ancienne et moderne, ni de ceux qui ont voulu faire de ceux-ci une nation particulière, distincte des Serbes comme des Bulgares orientaux ^ On ne saurait nier, d'ailleurs, que des éléments serbes se soient introduits parmi les Slaves de Macédoine, de même qu'en Grèce au cours de la grande migration vers le Sud. Cette pénétration est attestée et par le village serbe de ZépPia sur la Bjstrica^ et par certains vestiges linguistiques conservés dans d'anciens noms de lieux ^

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