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Chapitre XI

La marche des Slaves occidentaux yers l'Elbe et la Saale.

Les premières données dont on dispose, de sources autorisées, sur les Slaves de l'Elbe ne datent que du VI^ et du VII^ siècles ^

Des savants ont admis et admettent encore que la présence des Slaves en Germanie peut être établie dès le début de l'ère chrétienne; les autres admettent même que cette présence est de toute antiquité et n'a été que temporairement effacée par la submersion du flot germanique. D'autres supposent qu'au moins une partie des tribus généralement considérées comme germaniques était en réalité slave. Il existe aussi des archéologues qui voient des cimetières slaves primitifs dans les champs d'urnes cinéraires de type lusacien^, dont les premiers datent, sur l'Elbe et l'Oder, de la fin du 11^ siècle avant J.-C. Mais toutes ces hypothèses ne forment qu'une partie de la théorie générale de l'autochtonisme des Slaves dans l'Europe centrale, sur laquelle je reviendrai à la fin de cet ouvrage ^ Elles sont, d'ailleurs, ou absolument fausses, ou, tout au moins, si exagérées qu'elles ne sauraient être acceptées sous cette forme. Sans doute peut-on, comme on le verra plus loiu, admettre la possibilité et même la probabilité de la présence des anciens Slaves dans la Germanie orientale, mais il est impossible d'en parler^ comme d'un fait attesté par des documents historiques^ avant le IV^ siècle.

J'ai, pour ma part, une idée assez différente de l'arrivée des Slaves en Germanie. Il me paraît qu'il faut avant tout distinguer deux questions : 1° les Slaves étaient-ils en Germanie, comme des autochtones,

' Voir plus loin, p. 131.

^ Voir ci-dessus, p. 12. Tels sont notamment les archéologues tchèques J. Wankel, J. Pic, J. Voldiich, Fr. Cerny, K. Maska, J. L. Cervinka et Ch. Buchtela. ^ Voir plus loin Appendice.

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avant l'arrivée des Germains? — 2» dans quelle mesure les peuples historiques que les sources mentionnent en Germanie, depuis le TI^ "siècle avant notre ère jusqu'au Y^ siècle de cette ère, sont-ils slaves? Ce" sont là deux aspects très différents du même problème.

En ce qui concerne la première question, celle de l'autochtonisme des Slaves en Germanie, nous pouvons, de nos connaissances actuelles, conclure ce qui suit.

Il est possible que les Slaves aient résidé dans la Germanie orientale avant l'arrivée des Germains, bien que la chose ne puisse ^être prouvée que de façon toute indirecte. Les Germains eux-mêmes n'ont peuplé la portion orientale qu'au cours du P'' millénaire avant Jésus- Christ, et cela, successivement, une région après l'autre. Or l'on sait aujourd'hui avec certitude qu'un autre peuple les j avait précédés, ce peuple qui a laissé les vastes champs d'urnes cinéraires du type dit «lusacien-silésien». Quel était ce peuple? L'hypothèse d'un archéologue de Berlin, M. G. Kossinna, suivant laquelle il s'agirait là des Thraces ou des Illyriensjvemis^du Sud, ne repose pas sur un fondement suffisant. Il ne saurait être question, en réalité, que de deux grands peuples indo-européens, dont les résidences primitives étaient précisément voisines; les Ceites^^ à l'Ouest, et les Slaves, à l'Est, dans le bassin de la Vistule. ^es jp^ejtiges de l'ancienne nomenclature celtique en Bohême, en Moravie et dans toute la Pologne semblent témoigner en faveur des Celtes; mais, d'autre, part, l'histoire aussi bien que l'archéologie ne confirment aucunement pareîire^ÏÏypothèse, sans parler, au reste, du celtisme douteux de plusieurs noms: ces toml3es ne sont pas de caractère celtique et ne ressemblent pas à celles du domaine celtique. La présence des Slaves dans la Germanie orientale reste donc a priori possible, sinon probable. Les Slaves s'y seraient trouvés, dans ces conditions, avant l'arrivée des Germains qui les auraient en partie expulsés et en partie soumis, de sorte qu'au début de l'ère chrétienne la Germanie pouvait être considérée par les Romains comme germanique. Il n'est pas possible, à mon avis, d'aller au delà de cette hypothèse ' ; il ne faut pas perdre de vue

' Voir plus haut, pp. 21, 118. En ce qui concerne les noms celtiques, il s'agit surtout des noms de rivières, que J. Rozwadowski et Al. Sachmatov considèrent comme celtiques, et des noms des stations commerciales conservés chez Ptolémée, dont plusieurs présentent un caractère celtique incontestable. Mais j'ai déjà indiqué que les théories philologiques de Rozwadowski et de Sachmatov se sont heurtées à une opposition considérable (voir ci-dessus, p. 25).

124 LES SLAVES DE l'OUEST

d'ailleurs que le caractère slave des cimetière en question n'est pas encore démontré.

Il faut, par suite, admettre aussi qu'a priori il n'est pas sans fondement de chercher des Slaves parmi les tribus historiques dites germaniques. L'ancienne Germanie, entre le Y® siècle avant notre ère et le Y® siècle de notre ère, n'était pas un pays assez accessible à Rome pour que le monde antique en fût exactement informé. L'idée de la « Grermanie » est essentiellement une idée géographique, et la question se pose de savoir si le terme de « tribu germanique » désigne toujours une tribu de nationalité germanique, ou seulement une tribu d'une origine quelconque, résidant en Germanie. Nous savons, en effet, qu'il existait dans la Germanie de Tacite des peuples non germaniques (les Trévires gaulois, les Nerviens et les Cotins, les Aestes lituaniens). Tacite va même jusqu'à appeler une fois les Osions Germanorum natio^ tout en sachant qu'ils parlaient la langue pannonienne, et, à un autre endroit, il compte parmi les Germains les Calédoniens britanniques et les Yénèdes slaves ^ Dans ces conditions il n'est pas impossible que d'autres tribus anciennes, mentionnées en Germanie, ne fussent pas d'origine germanique et qu'il y eût aussi parmi elles des Slaves. Il ne s'agit que de le prouver, et c'est dans l'administration de cette preuve que les autochtonistes ont commis des erreurs rréquentes, travaillant sans méthode, faisant état de mentions douteuses, de documents mal fondés, sans valeur, ou même faux, cherchant à résoudre de délicates questions philologiques sans posséder les connaissances nécessaires.

Pour un savant qui sait éviter ces erreurs, l'existence d'éléments slaves parmi les tribus dites germaniques est assurément possible ; mais il y a loin de Là à déclarer pour Slaves, à l'exemple de A. Sembera, de Y. Ketrzyiiski et d'autres, les Gots, les Skires, les Hérules, les Suèves, les Lombards, les Thuringiens, les Marcomans, les Quades, les Rugiens, les Yandales et les Burgondes, toutes tribus de la Germanie orientale. Il y a loin de là à remettre en question l'origine germanique de ces tribus, laquelle est attestée par nombre de mentions historiques incontestables, par nombre de témoignages philologiques. Ce n'en est assez pour cela ni du fait qu'un chroniqueur médiéval, par ignorance, qualifie les Yandales d'ancêtres des Polonais ou les Gots d'ancêtres des Croates 2,

' Germania, 28, 43, 46; Agricola, 11.

* Voir Slov. star., I, 46, 50; II; III, 34.

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— ni du fait que le nom de Suei% en apparence si proche de celui de Slavi, a été employé par erreur par un géographe anonyme bavarois, au IX® siècle, là où il est en réalité question des Slaves ^ Le nom indigène de Slovène, au début de l'ère chrétienne, n'a pu donner naissance à celui de Slai% ni d'autant moins à celui de Suevi ou Suebi. Quelques noms seulement, parmi ceux des peuples de l'ancienne Germanie, méritent une attention spéciale à ce point de vue, bien qu'à vrai dire je n'y trouve pas, pour ma part, un indice sûr de slavisation. C'est d'abord le nom des Lugiens; puis c'est aussi la slavisation des noms des Varins, des Rugiens, des Silings, des Korkontes, des Rakates et des Baïms dont l'examen nous conduit, mais dans une direction différente, à des résultats intéressants. Les habitants de l'ancienne Lugie sont identifiés généralement par les autochtonistes, en raison de la confirmité des noms, de la coïncidence des lieux de résidence et de l'absence de documents suffisants sur leur départ de ces lieux, avec les Lusaciens slaves postérieurs ou Sorabes (habitant la Haute et la Basse-Lusace, au nord de la Bohême.) Les autochtonistes font dériver leur nom du slave lugû (slave commun Ipgû «bois»). Cette interprétation philologique même n'est pourtant pas fondée: si le nom des Lugiens était slave et dérivé du slave lugû, il aurait dû être prononcé anciennement Lungii ou Longii, parce qu'alors (et encore longtemps après, jusqu'au IX® siècle) son original slave contenait la nasale o^. Aucune source ne confirme d'autre part que les Lugiens soient restés en Germanie jusqu'à l'époque slave. On ne saurait cependant repousser catégoriquement l'hypothèse de leur caractère slave. Le slave commun offrait encore, à côté du mot Ipgù, le mot lugû, au sens de marécage, d'où ont pu être dérivés Lugi, Lugii; la forme latine même n'est pas sans formes analogues correspondantes (qu'on se rappelle les tribus slaves à noms latin; comme Varnavi, Hevelli, Polahi, Moravi). On ne saurait méconnaître non plus que deux noms au moins, parmi ceux des petites tribus des Lugiens ^, se rapprochent beaucoup des noms de tribus slaves postérieures, à savoir les Helvetones de Tacite, qui font songer aux Havolanes slaves ultérieurs, résidant dans la même région, sur la rivière Havola [Havela, en 789), — et les

' < Suevi non sunt nati sed seminati » (Bielowski, Monumenta Poloniae historica, I, 11).

* Le nom des Lusaciens figure pourtant encore au IXe siècle chez le Géographe bavarois sous la forme Lunsici.

' Voir ci-dessus, p. 120.

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MouTÎXujveç, de Strabon, qui rappellent les Mogilans slaves (dérivé du slave mogijld) cités par Thietmar au X® siècle {pagus Mogelini, MogUina urhs, près de Meissen)^. Ces faits apportent sans doute un témoignage sérieux en faveur du caractère slave des Helvetons et des Mugilons, et aussi, par extension, des Lugiens, témoignage indépendant d'ailleurs de l'hypothèse archéologique relative aux champs d'urnes cinéraires des peuples slaves 2. Mais ils ne nous autorisent pas, à eux seuls, à tenir les Lugiens, de manière certaine, pour un grand peuple slave de la Germanie orientale 2.

De même les Baïms (Baî)Lioi), situés par Ptolémée en Moravie, restent un peuple de race inconnue, bien que l'on puisse admettre qu'ils n'étaient autres que des ancêtres slaves des Tchèques, la présence des Slaves en Moravie dès cette époque semblant par ailleurs admissible ^ Il existe, d'une part, une relation évidente entre le nom de Korkonts {KopKOVTOî), donné par Ptolémée aux montagnes de Bohême, et le nom slave de Krkonose; mais, d'autre part, on ne peut qu'en conclure que les Slaves auraient trouvé, à leur arrivée dans ces montagnes, soit une tribu dite des Korkonts, soit un nom de montagne dérivé de celui de cette tribut De même le nom de l'ancienne Vindohona^ malgré la ressemblance apparente avec la forme tchèque Videh « Tienne > et avec le nom de rivière Vëdînja ^, n'est pas un nom slave, mais gaulois [vindos-bona).

Tout cela ne prouve pas, comme on le voit, de façon suffisante ni que la Germanie orientale de Tacite ou de Ptolémée fût slave, ni que quelques-uns des divers grands peuples qui l'habitaient alors fussent slaves. Cependant de l'étude de l'histoire de ces peuples, de l'examen d'une série de noms géogi'aphiques anciens et des idées nouvelles relatives aux âges primitifs de l'Europe nous pouvons tirer, en cette matière, des conclusions plus sûres et plus exactes qu'on ne l'a fait jusqu'à présent.

* Pour les Havolaties slaves, voir plus loin; T^our les Mogelini, voir Thietmar lY, 5 (4), et V, 37 (22).

* Voir ci-dessus, pp. 122, 123.

^ Pour ce qui concerne le caractère slave des Lugiens, voir Slot\ star., m, p. 50. Ce caractère leur est catégoriquement refusé, ainsi qu'aux MouYÎXujveç, par Al. Briickner {Slavia, I, 1922, p. 383).

* Voir SIov. star., lU, p. 58.

5 Voir Slov. star., III, p. 57.

6 Ibid., III, p. 56.

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A passer en revue les hypothèses qui viennent d'être signalées, l'on constate qu'il est impossible d'affirmer avec certitude le caractère slave de telle ou telle tribu; mais l'on n'en est pas moins frappé, en même temps, par un fait important, celui de l'analogie ou même de l'identité absolue de certaines appellations d'une haute antiquité avec leurs correspondants slaves du Moyen Age. On ne saurait en induire que ces appellations s'appliquaient dès la période la plus ancienne à des Slaves, mais du moins paraît-il évident que les Slaves avaient trouvé, à leur arrivée en Grermanie, un grand nombre de tribus étrangères non encore parties. Ce n'est qu'ainsi que l'on peut expliquer l'analogie de certains noms slaves avec les noms de ces tribus : Slezy avec le germanique Siling^ Varnavi avec Varini^ Havolanes avec Helveones {Helvetones), Rujani avec Rugii; et, dans la nomenclature géographique: Krkonose (KopKOVToi), Jesenikij ('AcTKiPoûpTiov ôpoç), Lahe {Alhis), Sala (XdXaç), Vidava (Oùiaboua), Morava {Marus), Chuba {Kamp^ Kd|UTTOi), Kalië (KaXicria). On peut même, allant plus loin encore, supposer en toute vraisemblance que les Slaves ont dû résider assez longtemps parmi ces anciennes tribus, soit sur le même territoire, soit dans leur voisinage immédiat, car il n'eût pas suffi d'un contact éphémère et rapide, provoquant le départ d'anciennes tribus, pour déterminer l'adoption et le maintien de noms anciens dans la langue d'un peuple nouveau venu. On peut donc voir dans cette adoption et ce maintien comme une preuve positive des relations des Slaves avec les Yarins, avec les Rugiens, avec les Silings, aves les Havolanes, probablement longtemps avant que ces tribus n'eussent quitté la Germanie.

Ce n'est pas, et loin de là, reconnaître Tautochtonisme des Slaves en Germanie; ce n'est que corriger l'opinion des savants allemands qui, avec Zeuss, Mûllenhoff et Kossinna, plaçant, presque tous, l'arrivée des Slaves par la Vistule vers l'Oder et l'Elbe au Y^ siècle, ou au YI^ et même au YII% préfèrent laisser vide pendant un long temps la Germanie orientale plutôt que d'y admettre la présence d'éléments slaves dès cette époque ^ Les Silings, les Yarins, les Rugiens, ainsi qu'il à été dit plus haut, étaient partis dès le III^ siècle ou, plus tard, au lY^ siècle. Au moment de cette mise en route, des Slaves devaient se trouver parmi eux depuis longtemps, soit comme nouveaux venus, soit comme

^ Récemment G. Kossinna fixe l'arrivée des Slaves dans la Germanie orientale vide aux VlIe-VIIIe siècles après J.-C. {Dus Wekhselland, eni uraJter Heimatboden der Gennanen, Danzig, 1919, p. 24).

restes du grand peuple des Lugiens. L'analogie des noms ci-dessus mentionnés indique de manière évidente que les Slaves ne sont pas arrivés dans la Germanie orientale seulement au VI® ou au VU® siècle, mais qu'ils j étaient déjà au moins au II® ou au III® siècle. On ne saurait non plus ne pas tenir compte du passage de Julius Capitolinus expliquant pourquoi, sous le règne de l'empereur ^larc Aurèle, il s'est produit un vaste mouvement parmi les peuples de la Germanie orientale et pourquoi les Yandales, les Astings, les Lacringes, les Yictuals, les Alains, les Roxolans et les Bastarnes ont commencé à attaquer Tempire romain : leurs tribus se trouvaient: « pulsae ab superioribus barbaris>, écrit le chroniqueur ^ C'était sans doute la pression slave qui commençait à agir. Cette déduction, tirée d'arguments philologiques et historiques, est indépendante de la question de savoir si les Slaves étaient autochtones en Germanie et si les Lugiens étaient des Slaves. Les travaux archéologiques les plus récents tendent aussi à établir, de plus en plus clairement, que les Slaves sont venus de bonne heure en Germanie. On constate en effet, à partir du lY® siècle, dans les civilisations archéologiques de l'Allemagne orientale, une interruption totale de l'évolution ancienne que les meilleurs archéologues Scandinaves, Montelius, Almgren et Salin expliquent précisément par l'influence de l'invasion slave 2. Il nous faut donc, même du point de vue archéologique, placer l'invasion slave avant le lY® siècle, non pas comme un mouvement subit, mais comme unemigration à étapes successives, continue et lente. Ce n'est qu'ainsi que l'on peut comprendre pourquoi certains Slaves ont adopté la céramique provinciale romaine. Si, d'autre part, l'on pouvait admettre, avec Alexandre Sobolevskij, que les Slaves ont dû adopter dès la période du slave commun l'appellation Sasîi, Sasinû * Saxon > (avec chute du k\ on disposerait d'une preuve philologique de plus en faveur de la venue des Slaves sur l'Elbe inférieur au moins au début de l'ère chrétienne ^.

Cette représentation de l'expansion des Slaves dans l'ancienne Germanie est en somme assez sensiblement différente de celle qui est communément acceptée jusqu'à ce jour. Si l'on tient pour acquis que le premier habitat des Germains se trouvait dans les pays Scandinaves

1 Vita Marci, 14.

« Voir Slov. Star., III, p. 62.

* }K. M. H. n., 1904, p. 464. Cette preuve est récusée par Al. Bruckner [Slavia, I, p. 386) et par J. Mikkola {Revue des Études slaves, I, 1921, p. 199).

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et celui des Slaves au delà de la "Slstule, il semble possible a 'priori que les Slaves se soient répandus au début du premier millénaire hors de leur patrie transvistulienne jusque dans la Germanie orientale, aussitôt après l'évacution de celle-ci par les autres peuples aryens primitifs, qui j vivaient peut-être 1000 ans avant notre ère. Cette hypothèse est soutenue non seulement par l'archéologie, mais aussi par la pureté relative de la nomenclature topographique entre l'Oder et la Yistule, ainsi que par l'emprunt fait aux Slaves par les Germains du nom de la Yistule'. Ce n'est seulement que dans cette mesure qu'on pourrait donc parler sérieusement de l'autochtonisme des Slaves en Germanie, à savoir en supposant que les Slaves s'y trouvaient ou, du moins, ont pu s'y trouver avant les Germains.

Mais les Germains ayant occupé par degrés, au cours du premier millénaire, la Germanie toute entière et, par conséquent, la Germanie orientale également, les Slaves se trouvèrent ou expulsés, ou absorbés, et la Germanie devint germanique. Cette marche des Germains ne s'est pas arrêtée aux frontières de la Germanie orientale; elle s'est poursuivie plus loin. Déjà, entre le Y® et le III^ siècles, les Bastarnes et les Skires se dirigeaient vers l'Est; au II® siècle, les Cimbres vers le Sud ; et quand, au début de notre ère, et surtout à partir du II® siècle, les invasions germaniques se déchaînèrent de toutes parts, la Germanie orientale entière, à l'exception de Fancienne Lugie, se vida au cours des II® et III® siècles et peut être aussi en partie au lY® siècle. Il semble évident que les Slaves qui demeuraient au delà de la Yistule n'ont pas dû, durant cette période d'évacuation, demeurer inactifs. C'est à eux vraisemblablement que se rapporte la mention précitée relative aux Barbares du Xord^, qui exerçaient leur pression sur les tribus germaniques. Au départ des Germains, les anciens îlots slaves, s'il y en avait, se ranimèrent d'une vie nouvelle et, surtout, le flot slave, partant de la Yistule, déborda dans toutes les régions évacuées par les Germains. On sait, par l'adoption des noms ethnographiques et géographiques cités cidessus 3, que les Slaves avaient là depuis longtemps divers points de contact

* Le nom de la Yistule a un grand nombre de parallèles dans la nomenclature des rivières slaves {Visia, Vislica, Vislok, Visîoka, Vislanovka, Vislava, Svisloc) : voir Slov. star., III, p. 64. C'est pourquoi il m'est ditBcile de donner raison à ceux qui voient dans le nom de la Vistule un nom celtique.

^ Julius Capitolinus, Vita Marci, 14. Voir ci-dessus, p. 128.

^ Voir ci-dessus, p. 127.

avec la population germanique. Il devait leur être facile de s'étendre dans la Germanie orientale dès le UI® et le lY® siècles, sinon même durant le II® ; et Ton n'aperçoit point, dans ces conditions, sur quoi pourrait se fonder l'opinion des historiens allemands, qui croient devoir reporter cette extension après l'évacuation complète de la Germanie, et encore longtemps après celle-ci, au V® ou au VI® siècle, quelquefois même aux VII® et Vin® siècles. Ceux des Slaves qui étaient passés en Silésie adoptèrent le nom des Silings aux II®-!!!® siècles; ceux qui avaient pris la direction du ISTord, vers le pays des Varins et des Rugiens, adoptèrent en même temps les noms de ces tribus: Vaniavi, Rugiani. Si les noms KaXicrîa, 'ACKauKaXiç, cités par Ptolémée, sont slaves, ainsi que l'admet M. Briickner, ils autoriseraient à supposer que les Slaves ont franchi la Vistule avant la moitié du II® siècle ^

Les Slaves ont donc atteint l'Elbe et l'Oder dès une période comprenant au moins les III® et IV® siècles, bien que l'histoire, il est vrai, ne les mentionne pour la première fois avec certitude qu'en 512, chez Prokopios^. Ils se sont forgé, pour désigner tous les Germains, l'appellation collective de Némec (en vieux slave Némîci, au pluriel Némci)^; cette appellation n'est pas née, comme certains l'ont supposé, de la transformation du nom de la tiibu germanique des Kémètes sur le Rhin, car ces derniers n'ont jamais été en contact avec la masse des Slaves: elle est dérivée simplement du mot némû «muet», c'est-à-dire « étranger, parlant une langue étrangère », inintelligible pour un Slave.

» Voir Slavia, I, 1922, p. 399.

* Prokopios, B. G., U, 15. Voir Slov. star., III, p. G6.

^ Ce mot apparaît pour la première fois chez Thietmar (Nemzi, VIII, 59), puis dans la légende de Saint-Clément (13, NeiaiTZiol) et chez Constantin Porphyrogénète {De cerem., II, 398, NeiaéTÛoi).

Chapitee XIT.

La marche des Slayes Ters la Germanie occidentale.

La première mention historique relative à la présence des Slaves sur l'Elbe figure dans l'ouvrage de Yibius Sequester De fluminibus (du YI^ siècle), où il est dit de l'Elbe: «Albis Suevos a Cervetiis dividit», car il est pour moi hors de doute que le nom de Cervetii désigne un pagus sorabe de la rive droite de l'Elbe, entre Magdebourg et la Lusace, lequel est appelé plus tard, dans les chartes d'Otto I, d'Otto II et de Henri II, Cienisti, Zerlidi^ Kirvisti, et aujourd'hui Zerbst. Le caractère sorabe de ce pagus est d'ailleurs confirmé et par une indication de Fredegar relative à l'existence d'un duché sorabe sur la Saale en 623-631, et par les autres mentions qu"on trouve chez cet historien des invasions des Slaves en Thuringe en 631 et 632, d'où il ressort sans conteste qu'à cette époque les Sorabes et les Tchèques se trouvaient les uns et les autres au voisinage de la Thuringe '. Au YIIP siècle, Einhard écrit: «Sala fluvius Thuringos et Sorabos dividit» 2, et^ à partir de la fin du Vin^ siècle, les documents historiques commencent à parler des Slaves de plus en plus fréquemment et de manière plus détaillée.

•C'est alors, en 782, que les Allemands entreprirent une grande offensive contre les Slaves qui, traversant l'Elbe, commençaient à menacer l'empire de Charlemagne. Ce fut Charlemagne qui, pour établir un certain ordre du côté de l'Est, détermina en 805 le limes sorabicus, destiné à servir de frontière pour les relations économiques (commerciales) entre les Germains et les Slaves 3; la ligne en allait de l'em-

« Fredegar, Chron., IV, 68, 74, 75, 77, 87. * Vita Caroli, 15.

2 Le limes sorabicus a été fixé dans le Capitulaire publié en 805 à Thionville Mon. Germ. Leg., Sectio II, I, 122, n» 44).

bouchure de i'Enze, près de Lorch (l'ancien Lauriacum), le long du Danube, jusqu'à Regensbourg; de là, par Pfreimd (près de Nuremberg) et par Forchheim à Bamberg; ensuite, par Halasztat (non identifié) et par la Forêt franconienne, à Erfurt, vers la Saale et l'Elbe, à proximité de Magdebourg; enfin vers le Brunswick, au lieu dénommé Schezla (non identifié) ^, jusqu'à Bardowik sur l'Elbe. Au delà de Bardowik commençait la frontière déterminée plus tard, en 808 : le limes Saxoniae, allant de la Delvenava (Delvenau) jusqu'aux sources de la Bilena (Bille) et, le long de la Travna (Trave), du lac de Pluu (Plônersee) jusqu'à l'embouchure de la Sventina (Schwentine), dans le golfe de KieP.

Sans doute ne saurait-on tenir cette ligne pour une frontière ethnographique précise des domaines slave et allemand, mais on peut y voir du moins une frontière approximative entre les deux nations. Cette limite nous permet de constater jusqu'oii les Slaves avaient atteint au début du IX^ siècle, dans leur marche vers l'Elbe et au delà de l'Elbe. Il est certain qu'au IX® siècle tout ce qui se trouvait à l'est de ces deux lignes-frontières {limes sorahicus et limes Saxoniae) était slave. Mais les Slaves ne devaient pas être arrêtés par ces lignes, et cela malgré les attaques allemandes qui commençaient à se multiplier. De fait la frontière slavo-allemande réelle a certainement subi maintes modifications au cours des luttes qui se poursuivirent du IX® siècle au XIP. On ne peut prétendre, en cherchant à déterminer jusqu'oii les Slaves sont parvenus durant ces luttes, fixer exactement une frontière à une date précise ; il n'est possible que d'indiquer les points extrêmes jusqu'où les Slaves ont atteint à différentes époques.

Ces points ne sauraient d'ailleurs être considérés comme indiquant la frontière de deux régions foncièrement distinctes, l'une réellement allemande et l'autre réellement slave, régions où les deux peuples, résidant de part et d'autre en masses compactes, se seraient trouvés opposés nettement l'un à l'autre. Cette frontière des masses compactes a toujours été sensiblement plus à l'Est, et il n'y a jamais eu, au delà, dans la direction de l'Ouest, que des groupes slaves temporaires, quelquefois peu importants, sur un territoire par ailleurs allemand. Le caractère slave même de ces groupes ne peut être d'ailleurs que rarement établi par une mention historique directe ; il faut à l'ordinaire

' Soit près du Schessel actuel : sur la rivière Wûmme, ou plutôt sur l'Isa (Ise), au confluent de l'AUera (Aller). Voir Slov. star., III, p. 71.

2 Adam Brem., II, 15. Voir, pour les détails, Slov. star., III, p. 71.

LA MAECHE VEES LA GEKMAXIE OCCIDENT.ILE 133

se borner à constater l'aspect slave d'un nom de lieu ou la disposition arrondie d'un hameau (en tchèque okrouMice, en allemand Riindclorf), où l'on reconnaît à juste titre un trait normal des anciens habitats slaves ^ Cependant ces deux indices sont sonvent douteux, et l'on ne saurait reconnaître, d'une façon certaine, d'anciens habitats slaves que là où le caractère linguistiqueraent slave des noms et le type slave de construction des villages jont attestés .^simultanément et dans une assez large mesure. Aussi la frontiore occidentale qui va être proposée ici n'est-elle qu'approximative, et les résultats de nouvelles recherches peuvent assurément la modifier dans le détail.

Au 2s"ord, entre l'Elbe et la Mer Baltique, les Slaves atteignaient, à l'origine, jusqu'aux rivières Sventina (Schwentine), Travna (Trave), Delvenava (Delvenau) -, et ils s'y maintinrent longtemps en élément assez compact. Mais la nomenclature géographique témoigne que. surtout dans la seconde moitié du XI^ siècle, ils ont pénétré encore plus loin, jusqu'à Eider et jusqu'aux environs de Rendsburg ^, peuplant le pays des Sturmars jusqu'à Hambourg et à l'Alster, — par conséquent, sans doute, jusqu'à la ligne Kiel, Xeumùnster, Alster, Hambourg. Cette dernière ville est appelée par Prudence de Troy < civitas Sclavorum > ■^.

Au delà de Hambourg, les Slaves ont passé sur la rive gauche de l'Elbe, à Lùneburg, où leur tribu des Drévanes s'est concentrée sur les bords de la Jesna (Jetzel) et de la Jilmova (Ilmenau); il est demeuré là des restes de cette tribu jusqu'au XV HP siècle ^; et. de nos jours même, la région de la Jetzel garde encore leur souvenir dans les noms de Drawehn (en vieux slave Dravaina) et Wendland^ bien que

* Ces questions ont été étudiées, dès le milieu du XIXe siècle, par V. Jacobi et J. Landau. Le travail le plus considérable a été accompli plus tard par A. Meitzen {Siedelung ttnd Agraricesen der Westgermanen und Ostgeiinancfi, Berlin, 1895). Voir SIov. star., IIL p. 73. Quant à l'importance des okrouhlice slaves, voir Zivot starych Slovanû, III, p. 187.

* Adam Brem. op. cit. (cUmes Saxoniae»).

^ Voir Visio Godeschaici et Helmold, II, 14.

* Ann. Bertiniani, année 845. Voir aussi l'acte du pape Nicolas I, de 864. ^ Quant aux détails concernant le sort de ces Drévanes et aux nouveaux

essais tentés pour découvrir leurs restes, voir les travaux de A. Muka sur les Slaves dans le duché de Liineburg {SIov. Pfehled, W. 103) et sur le parler polabe des Vendes du Liineburg {Mat. i prace kom. jez, Krakôw. I, 1903). Voir Slov. star., III, pp. 76. 177.

le dernier paysan sachant dire le pater slave (il s'appelait Yarac) soit mort il y a plus d'un siècle, en 1798.

La frontière de cette région slave, d'après les recherches de Muka, allait de l'embouchure de l'Ilmenau, par l'Aller inférieur, par Burgdorf (au sud de Zelle), par la Peine (à l'ouest de Brunswick), par Selmstedt, jusqu'à l'embouchure de l'Ohre (ancienne Ura?), au sud de laquelle les noms slaves disparaissent sensiblement ^

Peut-être la YieiUe Marche (Altmark) a-t-elle été jadis slave; mais, à partir de 822, l'on n'y trouve que des noms de villages allemands, et bientôt après il eu est de même dans le bassin de l'Ura (Ohre). La Thuringe voisine, entre l'Elbe, l'Ura, la Bode et la Saale n'a toujours été, elle aussi, que peu peuplée de Slaves.

A l'est de la Saale, tout était slave; à l'ouest, les Slaves ont dépassé la rivière, par groupes de colons dispersés dans une région par ailleurs allemande. Les colonies slaves entre Erfurt et la Saale se trouvent mentionnées dans l'acte de Dagobert ni de 706 ^ ; d'autres documents datent de 937 et 973; d'autres se trouvent dans l'inventaire des biens d'un couvent à la Fulda et au Hersfeld au VHP siècle 3. Dans la Yie de Saint-Sturm par Eigilius, il est fait mention de Slaves sur la Fulda '^, et l'on trouve en effet dans toute cette région une assez abondante nomenclature slave. Le territoire compris entre l'Unstruta (Unsti'ut) et la Yipra (Wipper) est désigné au X^ siècle comme «pagus Winidon» et, au XP siècle, les environs de Saalfeld comme «regio Sclavorum^. En 1055 on rencontre des Slaves jusqu'aux environs de Gottingen^. La frontière slave longeait probablement la Saale, mais eUe formait saillie le long de l'Unstruta et de la Yipra, contournait Gotha vers la "Werra moyenne, la Haute-Fulda, d'où elle revenait par

^ P. Rost [Die Sprachreste cler Dravcino-Polaben im Hantioverschen, Leipzig, 1907, p. 849) ne s'associe pas en général à ces conclusions de Muka {Slov. Pfehled, VI, p. 103) et de Kuhnel, fondées sur le caractère slave de la nomenclature. R. Andrée a mené la frontière de Warenholz sur Tlse jusqu'à l'Aller et, en contournant Fallersleben et Kônigslutter, jusqu'à Helmstedt {Braimschweiger Volkskunde, Rr., 1901, p. 501).

* Mon. Germ. dipl., I, 83 (l'acte est un apocryphe du Xe ou du Xle siècle). ^ Slov. star., Ml, p. 79, et Ketrzynski, 0 Stoivianach miedzy Renem, Labq i

czeskq granicq, publication de l'Académie de Cracovie, 1899, pp. 35, 39.

* Eigilis, Vita S.-Sturmi (M. G., Scriptores, II, 369).

" Acte d'Otto II de 979, Lambert de Hersfeld {Mon. Germ., V, p. 238).

^ Acte de l'archevêque de Mayence Luipold de 1055 (Ketrzynski, op. cit., 42).

LA ilAECHB VERS LA GERMANIE OCCIDENTALE 135

Kissingen et Windsheim sur l'Aisch vers Ansbach et Regensburg. D ne s'agissait sur cette ligne que de colonies slaves dans un domaine allemand ^ Les masses compactes de Slaves en Bavière se trouvaient bien plus loin à l'Est, c'est-à-dire sur le Main supérieur et ses affluents, la Radnica (Rednitz), la Pegnica (Pegnitz), la Badnica (Badnitz) et le Rezat. Cette région est aussi appelée dans les chartes du YIII'^ et du IX^ siècles terra Sdavorum^ regio Sclavorurn et les Slaves y résidant Moinwinidi et Ratanzninidi 2 ; c'est pour sa population slave qu'aux IX^ siècle il fut construit 14 églises et qu'en 1007 un évêché spécial */ fut institué à Bamberg: «ut paganismus Sclavorurn destrueretur et christiani nominis memoria perpetualiter inibi celebris haberetur » ^. La majorité de la population de ce diocèse était slave *. Au Sud, on peut trouver des lieux habités par des Slaves jusqu'à la rivière Naba (Nab), aux environs de Regensburg; de même la région tchèque qu'on appelle Tuhost' s'étendait jusqu'à la rivière bavaroise du Chamb (en slave Chuha\ sur laquelle, au XIP siècle, est mentionnée la colonie de Boem-villiugen ^.

Partout où il s'est trouvé des éléments slaves, on dispose, en plus du témoignage de documents historiques, d'importants restes d'une nomenclature slave, noms dérivés de noms slaves ou noms aux suffixes slaves -Hz, -za, -ivind, -winden (bien qu'à vrai dire y' tels de ces suffixes ne soient pas toujours d'origine slave), ou bien composés, tout à fait sûrs ceux-là, avec l'adjectif -windisch. Ces vestiges, quand bien même on ne puisse accepter les yeux fermés le nombre

* On ne saurait naturellement exclure a priori la présence de colonies slaves plus loin encore vers TOuest, sur le Rhin et sur le lac de Constance. Mais les documents recueillis sur la nomenclature slave de ces régions ne sont pas suffisants: voir notamment le travail ci-dessus mentionné de V. Ketrzynski, 0 Stowianach ..., l'article <Slady po Wendach w dzis. Niemcach» {Swiatowit, VIII, 35) de Ed. Bogusîawski, les Bheinische Ortsnamen (Aachen, 1884^) de H. Marjan et les Starozitni Stoicianie na ziemiach dzis. Gej-manii, de ]\Iajewski (Warszawa. 1899). Voir Slov. star., III, p. 81 a.

* Voir les actes du pape Zacharius, de 751 ; du roi Louis, de 846 ; d'Arnulf, de 889; de Henri I, de 923; d'Otto III, de 993; voir aussi la Vita Sancti Bonifacii (Vni), par Wilibald, et les inscriptions du monastère de Fulda (Dronke, Trad. et ant. fuld., 1844. cap. IV, pp. 129-130, 133, etc.). Voir enfin Slov. star., IIL p. 83.

3 Jaffé, Bibl. rer. gsrm., V, 27; Mon. boica, XXVIII, 40, 95.

* JafTé, op. cit., 497.

s Friedrich, Cod. dipl. Bohem., I, 94, Mon. boica, XXVII, 39.

de 567 prétendus noms slaves recueillis par Er. Majewski en Franconie^, sont incontestablement très nombreux; mais, jusqu'à ce jour, aucun philologue expérimenté n'a encore fait le départ entre les noms réellement slaves et les noms qui ne le sont qu'apparemment. Les villages disposés circulairement, suivant le plan slave, sont pareillement assez nombreux à l'est de la ligne Bamberg-Heide-Xaba. De même les trouvailles archéologiques des sépultures et des camps fortifiés confirment en abondance la présence ancienne des Slaves dans cette région, en particulier les débris de céramique slave et les anneaux de cheveux aux extrémités en forme de s, qui sont répandus partout jusqu'à Erfurt, Gotha, Burglengenfeld sur la Naba, Ansbach sur le Rezat et AltmiihP.

Au sud du Danube, les colons slaves venus du nord (Tchèques et Sorabes) se rencontraient déjà avec les colons Slovènes venant des pays alpestres ^. En Autriche, la frontière des masses compactes de population slave partait du Dachstein, contournait Hallstatt, puis elle allait, entre le Mondsee et TAttersee, par la Travna (Traun), vers Wels, Krems, Saint-Florian et Linz, et, sur l'autre rive du Danube, suivait la Miihl. Entre la Travna et llnn il n'y avait que des colonies slaves dispersées, mais il se trouvait en outre, quelque part dans la Bavière méridionale, un «palus magnum Winidovra dictum» (peut-être le lac de Wûrmsee ?) *.

On dispose donc, comme on vient de le voir, de nombre de témoignages établissant la présence des Slaves dans la Germanie occidentale. Mais tous ces témoignages ne sont pas antérieurs au VIII^ et au IX^ siècles, et la relation en semble évidente avec la marche des Slaves vers l'Ouest que nous avons déjà constatée dans la Germanie orientale aux III^ et IV^ siècles. Ces témoignages ne peuvent donc se rapporter qu'aux colonies slaves apparues après que la vague slave eût déferlé, aux V^ et VI® siècles, jusqu'à l'Elbe, jusqu'à la Saale

^ Voir l'article de Majewski dans Swiatoivit, II, p. 63 («Slady Wendôw we Franconii»).

^ Voir les documents dans Slov. star., III, p. 86, et les articles de Reinecke et Toldt dans le Correspondemhlatt der deutschen cmthropologischen Gesellschaft, 1901 et 1911.

^ Voir plus haut, p. 81.

^ Chron. Benedictoburanum (Pertz, Scriptores, IX, p. 214), dans le récit de la fondation d'un couvent, en 740, sur la rivière Liubasa. Sur la pénétration des Slaves en Suisse, voir Ketrzynski (0 StoivianacJi . . ., p. 45).

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et jusqu'à la èumava (c'est-à-dire jusqu'à la partie méridionale des Monts de Bohême, du Bôhmer-Wald). Encore une fois, ils ne confirment pas, et ils ne peuvent au3unement confirmer la présence de toute antiquité ou, en d'autres termes, Fautochtonisme des Slaves dans la Germanie occidentale, quelque foi qu'ajoutent encore à cet autochtonisme un certain nombre d'historiens slaves, parmi lesquels je me borne à citer Ketrzyriski, Majewski, Bogusîa"wski.

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