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Chapitre XIII

Formation des divers peuples slaves de l'Ouest : Sorabes, Folabes, Poméraniens, Tchéco-Slovaques et Polonais.

Le tribus réunies dans une même région et ayant 9es intérêts communs, qu'elles fussent ou non apparentées, devaient constituer peu à peu, dans la masse des Slaves occidentaux, une série de peuples ayant chacun leur individualité propre. Ces peuple? différaient les uns des autres dans une mesure inégale et sous plusieurs rapports: leur lieu de résidence, leurs intérêts politiques et dynastiques, leur degré de parenté, les particularités de leur civilisation et, enfin, leur langue qui, depuis l'ère chrétienne, commençait à offrir à coup sûr des différences régionales de plus en plus notables. Ce sont d'ailleurs ces différences dialectales, assez fortement accusées déjà au XII® siècle, qui nous permettent d'entrevoir le procès de la différenciation qui est intervenue à date ancienne dans le groupe des Slaves de l'Ouest.

Dans les limites mêmes de l'habitat primitif, ceux des Slaves qui en occupaient la portion occidentale, et notamment la vallée de la Vistule que Ton peut considérer comme le pays d'origine des Slaves de l'Ouest, avaient un parler qui, peu à peu, était devenu de plus en plus différent des parlers propres à ceux des Slaves qui occupaient la zone orientale et la zone méridionale; et, dans ce pai'ler d'une population qui tendait depuis longtemps à déborder vers l'Occident, de nouveaux centres dialectaux ne devaient pas tarder à apparaître, probablement déjà dans le même ordre et dans les mêmes rapports réciproques que les groupements géographiques des Slaves de l'Ouest que l'on constate à l'époque historique. Le centre primitif de l'élément polonais était resté dans la vallée de la Yistule; à côté de lui, vers le sud-ouest se trouvait le centre primitif de l'élément tchèque avec le centre primitif de l'élément sorabe, et, vers le nord-ouest et le

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nord, le centre des éléments polabe et poméranien^. La force d'expansion de tous ces centres tendait vers l'Elbe et même, au moins par la suite, au delà de l'Elbe.

Les caractères distinctifs des langues de ces divers groupes se laissent aisément définir.

La langue tchèque ou tchéco-slovaque s'est développée dans les régions de l'Oder et de l'Elbe supérieurs, fixant l'accent sur la première syllabe, perdant les nasales, conservant / et r voyelles, opposant des voyelles longues à des brèves et répondant par trat, tlat, trêt, tlêt au slave commun tort, toit, tert, teît. Les divergences qu'offrent les parlers slovaques par rapport aux parlers tchèques sont certainement d'origine très ancienne ^ : elles ont été favorisées, dans un sens conservateur, par l'isolement relatif et les conditions de développement particulières des Slovaques dans la Hongrie septentrionale et, dans un sens relativement novateur, par le voisinage avec les parlers slaves du Sud et avec le hongrois. Il ne saurait être question, en tous cas, de rattacher ces parlers, comme l'a préconisé Czambel (ou, récemment, B, Conev) ^^ au groupe des langues slaves du Sud.

La langue sorabe s'est développée à proximité immédiate de la langue tchèque, et, par suite, apparaît comme en liaison étroite avec elle. L'accent s'y est pareillement fixé sur la première syllabe; elle a aussi perdu de bonne heure les nasales; elle répond par contre, comme le polonais, par trot, tlot, trêt, tlêt, au slave commun tort, toit, etc., et elle offre certaines modifications de r devant les voyelles molles et parfois aussi devant les dures. Son unité originelle a été scindée à date ancienne en deux dialectes fort divergents, celui du sud ou hautsorabe (qui fait comme la transition avec le tchèque) et celui du nord ou bas-sorabe (qui fait comme la transition avec le polonais).

Les parlers des Polabes (c'est-à-dire des Slaves de l'Elbe) et des Poméraniens se sont développés entre Hambourg, Brunsvv^ick (Braun-

' Le groupe des parlers tchèques et sorabes s'est détaché d'abord de celui des parlers polabes, poméraniens, polonais, soit de la langue dite des Liakhs, et dont le trait caractéristique était la conservation des nasales primitives slaves Q et e. Les vues des philologues sont assez vagues et divergentes sur le point de savoir comment ces deux grands groupes se sont sous-divisés en groupes polonais, poméranien, tchèque et sorabe (voir Slov. star., III, p. 95).

^ Ces divergences sont attestées dès les IXe et Xe siècles.

^ Voir ci-dessus, pp. 84-85, et l'article de J. Polivka dans Slavia, I, 1922, pp. 120-127.

schweig) et le cours inférieur de la Vistule. Ces parlers ont conservé les nasales, formé les groupes tlât, tort, trit, tret, transformé le o accentué en u et normalisé généralement l'accent sur la dernière syllabe. En ce qui concerne les parlers poméraniens, toutefois, la question se pose toujours de savoir s'il convient de les rattacher plutôt à la langue polonaise, comme formant un dialecte polonais, ou s'il faut les en séparer comme un groupe indépendant. Les derniers représentants de ces parlers, les Xachoubes et les Slovinces, qui se trouvent dans les environs du lac Leba, près de Gdansk (Danzig), s'unissent, sur le terrain politique, aux Polonais, et la plupart des philologues polonais les incorporent dans l'unité linguistique polonaise. Mais des autorités non moins sérieuses se prononcent soit pour leur rattachement aux anciens Polabes, soit pour leur indépendance absolue.

La langue polonaise s'est développée dans le bassin de la Vistule. Les traits originaux en sont: le maintien des nasales,' les groupes trot, tlot, tret, tlet, la perte de la quantité et la fixation de l'accent sur la pénultième. Telle elle nous apparaît dès le XII^ siècle, aussi formée que la langue tchèque à la même époque, mais dès alors laissant apercevoir la variété des parlers dont l'œuvre récente de Kaz, Kitsch nous fournit, pour l'époque actuelle, un aperçu aussi précis que claire

De l'évolution linguistique qui vient d'être esquissée cinq ou, tout au moins, quatre grands groupements nationaux se dégagent visiblement: les Tchéco- Slovaques, les Sorabes ou Serbes de Lnsace, les Polabes, les Poméraniens, les Polonais. Tous ces peuples se présentent, au début de leur histoire, comme non unis, divisés en un grand nombre de tribus diverses. L'histoire a toujours ignoré notamment, en tant que peuple, les Polabes, dans l'ensemble de toutes les tribus de même origine résidant entve les Sorabes et les Poméraniens. Pour désigner tous ces peuples et leurs différentes tribus, les anciens historiens emploient le plus souvent le titre collectif Sclavi {Sclavoni, Sdavini, Sclaveni\ par opposition aux Allemands ; ils les qualifient plus rarement Windi {Winidi, Wenedi, Winedi, Winadi, en allemand Wenden, Winden). Ils appellent de même le territoire slave soit Sclavia, Sclavonia, soit Vindland, Vinland, etc.

' Kaz. Nitsch, Moica Indu polskiego, Krakôw, 1911, et plusieurs travaux spéciaux dont il suffit de citer Proba ugrupoicania gwar polskich (dans les Bozpraivy de l'Académie de Cracovie. XLVI, 1910).

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