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Chapitre XIY, Les Sorabes, les Polabes et les Poinéraniens

A partir du IX^ siècle, où les Francs sont entrés en relations étroites, sur l'Elbe, avec les Slaves, il commence à apparaître, à côté du nom collectif de Sclavi, des appellations nouvelles désignant les grandes régions ethniques entre lesquelles se répartissaient les Slaves résidant au nord de la Bohême. C'étaient les régions suivantes:

1° la région sorahe, au nord de la Bohême;

2° la région ohodriie, sur l'Elbe inférieur;

3° la région luticienne ou vélète, s'étendant à l'est de la précédente, jusqu'à rOder;

4° la région poméranienne entre l'Oder, la Notecz et la Vistule.

Ces régions forment comme des ensembles composés d'un grand nombre de tribus qu'ont rapprochées la parenté ethnique et les intérêts politiques jusqu'à les réunir en une sorte de confédération. Les termes géographiques employés dans les documents historiques sont: terra, provincia, regio ; les termes politiques : natio, populus, gens, tribus et aussi, fréquemment, 2^09^5, ce dernier mot désignant une petite unité géographique et ethnique, c'est-à-dire^ un petit groupement slave qui résidait autour d'une place centrale fortifiée^. Cette place centrale

' Les historiens slaves traduisent parfois ce terme par le mot slave zu2)a «comitat». Mais les comitats, dans le sens géographique-ethnographique du mot, ne sont attestés que chez les Slaves du Sud, et les sources ne nous autorisent pas à les transporter dans le Nord ni à les identifier avec le pagus latin. Je ne veux pas nier, d'ailleurs, qu'il n'ait aussi existé originellement dans le Nord un comitat comportant une distinction locale, quoique les termes ziqyan et zupa («préfet» et «comitat») n'y soient attestés que plus tard et dans un autre sens, celui de «fonctionnaire» et de «service de ce fonctionnaire». Voir Slov. star., III, pp. lOi et 184-.

s'appelle dans les sources urbs^ cîvitas; une place secondaire, castrum, castellum; une colonie, un village non muni d'enceinte, oppidum, suburbium, villa. Hey évalue l'étendue normale d'un ancien pagus sorabe à 15-20 villages ^ Quant aux véritables villes, comme Jummeta ou Yolin, il n'en existait naturellement que peu, et cela surtout dans le Nord, à proximité de la mer.

Les Slaves, à leur arrivée dans l'Ouest, se divisaient encore en unités d'ordre inférieur, peuplades et tribus dirigées par des chefs. Mais bientôt il devait se former, autour des tribus puissantes et de leurs chefs, des alliances cimentées par les liens de parenté, par la similitude des parlers et le culte des dieux communs. Telle fut l'origine des nations (natio, gens, pojmlus) dont les chefs sont désignés généralement dans les sources par le titre de princeps, ou moins souvent de dux, regulus, rex, par opposition tant aux chefs des familles et des tribus, les primores, meliores, praestantiores, qu'au peuple appelé vulgus^i populus. Le titre slave de knez « prince » {kun§zî, dérivé du germanique kuning) est attesté chez les Obodrites dès l'année 828 [Ann. S. Canuti, 828: chnese). Les plus forts parmi ces princes, ceux qui avaient su en dominer d'autres plus faibles, devenaient de grands princes ou rois de groupes ethniques entiers. Mais ceux-là ne nous apparaissent que de temps à autre dans les groupes ci-dessus mentionnés: ainsi Miliduch chez les Sorabes « rex superbus qui regnabat in Siurbis » {Chwn. Mûiss., 806), ou Dragavit, en 789, chez les Yélètes, au sujet de qui Einhard écrit : « Dragavitus rex . . . ceteris Wiltzorum regulis et nobilitate generis et auctoritate senectutis longe proeminebat » ^.

Cependant les cinq grandes confédérations ethniques que nous avons indiquées n'ont pas dû seulement leur formation à des efforts dynastiques de cette sorte: il faut nécessairement supposer qu'elles ont été en même temps grandement favorisées par la parenté des familles, de la langue et de la civilisation. Il n'est que quelques moindres tribus^ installées à la bordure des régions principales, dont on ne sait exactement si elles ont appartenu originellement à tel ou tel groupe, si parfois même on n'est sûr (c'est le cas pour quelques-uns) qu'il leur est arrivé de changer d'appartenance.

' Hey, Slawische Siedélungen in Sachsen, p. 5. ^ Einhard, Ann., 789.

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Les Sorabes.

C'est le groupe sorabe qui a manifesté le moins de vigoureuse: aptitude à la formation d'une unité politique solide. En 806, Miliduch / est mentionné comme prince suprême des Sorabes, par conséquent comme maître réunissant d'autres princes sous son sceptre. Mais son règne n'a pas donné de résultats évidents ni durables. Les sources ne parlent jamais d'une unité sorabe, mais seulement d'nn grand nombrede tribus sorabes dont les habitats communs et l'épithète commune (« sorabe ») et surtout l'histoire postérieure attestent qu'elles faisaient toutes partie d'une seule nation sorabe. C'est en ce sens qu'il nous est permis de parler, même pour l'époque ancienne, d'un peuple sorabe, bien que les parties constituant celui-ci n'aient jamais formé une unité durable. L'appellation de Sorabes, qui s'est conservée jusqu'à nos jours, ne désigne que les seuls éléments qui aient survécu de ce peuple, et cela bien que l'histoire ne les ait jamais, à l'époque ancienne, qualifiés de Sorabes, mais seulement de Lusaciens et de Miltchanes.

Le centre du territoire sorabe était sur la Saale, là oii, entre la Saale et la Mulda (Mulde), se trouvait situé l'habitat de la tribu dite des Sorabes, mais autour de ce centre s'étendait toute une région de populations parentes, à l'Est jusqu'à la Bobra, et, à l'Ouest, jusqu'à la Werra, la Fulda et le Main, plus loin même encore, au delà du Main; il ne me semble pas douteux, en effet, que ce sont les Sorabes de la Saale et du Main qui ont dû prendre la part principale à la marche des Slaves vers la Bavière \ tandis que les tribus tchèques n'y ont participé que dans une mesure fort restreinte 2. Le tracé le plus précis des frontières du territoire sorabe a été établi, d'après les données historiques et l'observation linguistique de la nomenclature toponvmique,, par E. Muka, le meilleur connaisseur de la langue et de l'ethnographie sorabes^.

La barrière du Sud était formée par les montagnes de Bohême^ où les Sorabes n'avaient pénétré que par le saillant compris entre l'Elbe, Ceskâ Lïpa, Jestëd et Jablonec [ijagus Zagozd). Puis, à partir des monts

» Voir p. 135.

2 Voir, pour les détails, Slov. star., III, pp. 112 et 191. ^ Voir E. Muka, « Die Grenzen des serb. Sprachgebietes in aller Zeit >^ [Ârchiv fiir slav. Phil., XXVI, p. 543).

de la Jjzera (Tafelfichte), la frontière s'étendait le long de la Gvizda (Queiss) et de la Bobra jusqu'au confluent de celle-ci avec l'Oder, près de Krosno; elle suivait l'Oder jusqu'à Yurica (Aurith), près de Francfort sur rOder, d'où elle tournait vers l'Ouest par Pfibor (Fûrstenwalde), Kopjenik (Kôppenik), Sosny (Zossen) jusqu'à la Dubna (Dahme) et jusqu'au confluent de la Saale et de l'Elbe, Ensuite elle se prolongeait par la Eobla (Kalbe), Ascherslebeu, Xordhausen vers le cours supérieur de r Unstruta, le cours supérieur de la Fulda et, par Kissiugen, Gorica sur la Saale franconienne, Windsheiin, Cholmberg, Windshofen, jusqu'à la Vranica et à son confluent avec le Danube. De là, elle atteignait, d'après le tracé de E. Muka, jusqu'à la rivière Rezen (Regen), puis redescendait jusqu'aux Monts des Sudètes.

C'était la tribu des Sorabes (que les sources dénomment généralement Surbi^ Siurhi^ Sorahi^ Surabi), établie originellement sur la Mulda, mais à laquelle s'étaient jointes, dès 782, toutes les tribus de la Saale à l'Elbe, qui formait le novau de tout cet ensemble du territoire sorabe ^

Ce territoire même, cependant ne figure pas dans les documents historiques comme un tout, mais il s'y montre divisé en un grand nombre de tribus. Ainsi les Dalemins, d'abord, pendant longtemps et jusqu'à la fin du IX® siècle, s'y distinguent comme une tribu indépendante. Le centre du pays se trouvait dans la région dite Serbiste (en latin Cervisti^ voir Cervetii chez Yibius Sequester, p. 131), laquelle s'étendait sur la rive droite de l'Elbe aux environs de l'actuel Zerbst en Anhalt (en sorabe Serbiste). On ajoute parfois à cette région celle de Ploni mais on ne sait exactement si les habitants en étaient proprement des Sorabes ou des Luticiens. Au delà de l'Elbe, entre la Saale et le cours inférieur de la Mulda, c'était la région dite des Zirmunti^^ à côté de laquelle ou dans laquelle résidaient les Koledici et les Zitici\ au sud des Zirmunti, se trouvaient les Neletici et les Niidicii avec la place de Vitin (Wetin) sur la Saale; au nord des Neletici, les SijsU {Siitsli) ; entre le cours inférieur de la Mulda et l'Elster Noire, les Nizici\ entre la Saale moyenne et la Mulda, jusqu'à la Kamenica

^ « Sorabi Sclavi qui campos inter Albim et Salam interiacentes incolunt » (Einhard, Ann., 782). Le pays est appelé dans les sources d'abord d'une façon corrompue provincia Sa7-ove, Zribia, Zurba pagus, Swurbelant, puis plus tard généralement Sorabia.

^ Pour les anciennes transcriptions latines de ce nom et des autres noms sorabes, pour la plupart sensiblement corrompues, voir Slov. star., III, pp. 115 et suiv.

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(affluent de la ]\Iulda), les Chudici ou les Skudici^, avec le bourg de Zimikotca (Zwenkau) sur l'Elster. Dans le coin s'allongeant entre le cours supérieur de la Saale, la Mulda et les Monts Sudètes, on cite plusieurs moindres agglomérations: Weta, Tuchurini, Ponzowa, avec le bourg de Zic (Zeitz), Strupenica, Géra, Brinsingowe, Plisna sur la rivière Plisna (Pleisse), Zwiko"we, Dobna, Xacgowe, Orla, toutes menues unités appartenant à l'ensemble du pays sorabe: pivv. Sarove (801), pac/us Zurba (1040), ^jrov. Swwlelant (1136).

La grande tribu à l'est de la Mulda était celle des Dalemins {Daleminci}^ appelés aussi dans les sources des X^ et XI^ siècles Glomaci: ils étaient établis à l'est de la Mulda et de la Kamenica, jusqu'à Strela (Strehla) sur l'Elbe, et au delà de l'Elbe jusqu'à la rivière Polznica (Pulsnitz), Les Nichanes [Xisane, Nizane) se trouvaient sur les deux rives de l'Elbe, entre la tribu précédente et les montagnes: c'est à eux ou aux MUtchanes qu'appartenait aussi la région sorabe de Zagozd qui s'étendait jusqu'à la Bohême septentrionale ^. Parmi les bourgs des Dalemins figurait l'ancienne Misen (Misna), de même que Vurhs Mogilina, Mogelini (aujourd'hui Mûgeln) 3, La substitution du nom de Glomaci à celui de Daleminci est assez énigmatique: il paraît vraisemblable que la tribu des Glomaci, ayant pris par la suite la prépondérance dans le pays des anciens Dalemins, aurait substitué son propre nom au leur; M. Briickner identifie les deux noms, car il ne voit dans le premier qu'une simple dénomination allemande.

Le reste du territoire sorabe, entre l'Elbe et la Bobra, n'était peuplé que de deux grandes tribus: les Lusaciens et les MUtchanes. Les derniers habitaient à l'ouest de la Gwizda jusqu'à Meissen sur l'Elbe et, au nord, jusqu'à la Limite actuelle de la Haute et de la Basse Lusace. ■* A partir du XI^ siècle, on rencontre l'appellation de pagus Budesin, terra, provincia Budesinensis, laquelle est dérivée du nom de la place de Budysîn (l'actuel Bautzen); il y avait d'ailleurs dans cette

* Nom incertain. Les documents donnent une fois Chutîci et une autre fois Seudici iSlov. star., III, p. 118).

* Voir p. 143.

" Voir plus haut, p. 126.

* Cette ligne séparant, d'après le dialecte, la Basse-Lusace de la Haute- Lusace et, à l'époque ancienne, la Lusace proprement dite du territoire des Miltchanes va, d'après Muka [article cité, p. 558), de Zahan par Muzakov iMushau), Grodk (Spremberg). Rolany [Ruhland) jusqu'à Bëlgora [Belgern] sur l'Elbe.

région une autre place appelé Zgorelec. Les Lusaciens {Lusici. originellement avec la nasale Lunsici] plus tard, à partir du XII® siècle, Lusatia pagus) n'étaient originellement que les habitants de la Lusace, entre la Polznica, l'Elster Noir et le cours inférieur de la Bobra jusqu'à Zahan. Nous avons déjà déterminé la limite de leur territoire et de celui des Luticiens ^ C'est à la Lusace que se rattachaient peut-être aussi les Trébovanes (aux environs de Kozburg?) et, au confluent de la Gwizda et de la Bobra, les Jarovanes, dans les environs de Zarov (Sohrau)^ et les Sloublianes sur la rivière Sluba, entre la Spreva (Spree) et l'Oder. La situation et l'appartenance de la tribu mentionnée par le Géographe bavarois du IX® siècle sous le nom de Liqnglaa restent énigmatiques.

Les Obodrites, les Luticiens et les Poméraniens.

Le pays slave qui s'étendait au nord du territoire sorabe formait une région, sinon participant à la même unité, tout au moins étroitement apparentée aussi bien avec le domaine sorabe qu'avec le domaine polonais. L'état présent des études de philologie slave ne nous permet pourtant pas encore de pouvoir distinguer, à l'intérieur de cette région, les divers éléments linguistiques et ethniques qui s'y trouvaient compris, à l'exception de l'élément poméranien. L'histoire nous renseigne mieux. C'est elle qui nous laisse apercevoir, sur tout ce territoire, un grand nombre de tribus slaves toutes apparentées et réunies, de temps à autre, par des alliances ou des groupements politiques plus vastes, comme celui des Obodrites, des Luticiens et des Poméraniens ; ces groupements, d'ailleurs, n'avaient pas de limites permanentes, car telle moindre tribu, située à la bordure d'un groupement, se trouve mentionné tantôt comme s'y rattachant, tantôt comme se rattachant à un autre groupement, tantôt même comme .en dehors de tout groupement: aussi les vues des historiens à cet égard sont-elles bien divergentes. Il n'en est pas moins certain que le groupement des Obodrites, qui existait déjà depuis la fin du Vni® siècle, comprenait, outre les Obodrites proprement dits, les Yagriens et les Polabes ; — tandis que le groupement des Luticiens comprenait les Khyzines {Chyzini), les Tchrezpêuanes [Crezimmne)^ les Dolens {Dolenci) et les Ratars {Batari)\ — et qu'enfin le groupement

' Voir plus haut, p. 144.

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poméranien embrassait les Poméraniens proprement dits, entre le cours inférieur de la Yistule et TOder, et les tribus résidant dans les îles et sur la rive gauche de TOder inférieur ^

Les Obodrites apparaissent dès le règne de Charlemagne et de Louis, gouvernés par un seul prince et formant d'abord une unité composée de familles étroitement parentes ; mais un peu plus tard leur groupement se dissout, et d'autres tribus indépendantes apparaissent autour du peuple fondateur de cette unité, jusqu'à ce qu'au milieu du XI^ siècle l'ensemble soit à nouveau reconstitué, avec sa force première, sous les princes Gotscbalk, Krut et Henri. Les tribus comprises dans cet ensemble étaient les suivantes.

. D'abord, les Obodrites proprement dits, dénommés ordinairement

I (^ dans les documents anciens Abotriti, Obotriti {Obodriti): ils occupaient la côte depuis le golfe de Liibeck et le lac de Eatibor jusqu'au cours inférieur de la Yarnava; au Sud, ils n'cillaient pas au delà de FElde. Leurs principales places étaient Viligard (?), dans les documents Miklinbnrg, Wurle sur la Yarnava, Zvërin et Yismar (Wissemir). Quelques-uns d'entre eux étaient appelés du nom de leur place de Eerig, située non loin de Yismar, les Beregi. Le nom d'Obodrites est d'origine obscure, et l'explication en soulève plusieurs difficultés; il s'agit probablement d'un nom patronymique dérivé d'Obodr: «les descendants d'Obodr ».

Les Yarniens [Varnavi, Varnabi) avaient leur tribu à l'est de celle des Obodrites, sur la Yarnava; ils n'atteignaient pas au Sud, eux non plus, au delà de l'Elde et des lacs Plauer-See et ]\Iiiritzer-See.

A l'ouest des Obrodites résidaient les Yagriens et les Polabes. Les Yagriens {Wagri, Wagiri) occupaient une grande partie du Holstein, car leur territoire s'étendait depuis la mer et la Travna jusqu'à Edgora, Neumiinster et Segeberg; ils n'avaient, au delà, que des colonies isolées ^, mais cela jusqu'à la ligne Rendsburg-Elmshorn ; l'île de Fehmarn était occupée aussi par les Yagriens, et, au XII^ siècle encore

* Pour l'histoire de ces groupements voir les travaux anciens de L. Giesebrecht, Wendische Geschîchfen ans den Jaliren 780-1182; de W. Bogusîawski, Dzieje Stotcianszczyzny pôfnocno-zachodniej do potoivy XII ivieku (Poznan, 1887-1900); et aussi le beau volume de Kaz. Wachowski, Stoicianszczyzna zachodnia (Warszawa, 1903), et rétude de B. Schmeidler, Hamburg-Bremen nnd Xord-Ost-Europa von dem IX bis XI Jahrh., Leipzig, 1918. Voir aussi SIov. star., 111, p. 155.

^ Voir Slov. star., 111, p. 126.

^ Voir plus haut, p. 133.

il est mentionné comme leur appartenant une série de pagi dont Suselci (Susle) et le 'pagus Plun avec la place de Plun (actuellement Pion). La place principale des Yagriens était Stargard-Aldenburg (actuelle- ,ment Oldenburg).

sj Les Polabes {Polahï) résidaient le long de l'Elbe, d'où leur nom

{po Lahë « le long de l'Elbe »). Ils comprenaient, à ce qu'il semble, plusieurs petites tribus dont les Smeldingi (SmoUnci?) à l'embouchure de l'Elde, les Vétnici ou Betetïci^ et le pagus Mintga, à côté des Linanes^.

On ne sait s'il faut rattacher aux Obodrites ou aux Luticiens la grande tribu slave des Drévanes qui occupait la rive gauche de l'Elbe, jusqu'à la ligne Hambourg-Zelle-Brunswick-Helmstedt-Magdebourg. L'artère centrale du pays des Drévanes était la rivière Jesna (aujourd'hui Jetzel), et c'est là que des restes des Slaves se sont maintenus le plus longtemps, jusqu'à la moitié du XYin^ siècle ^ ; le nom ancien de Dravaina s'est même conservé jusqu'à nos jours {Draivehn) pour désigner la région comprise entre Luchow et Uelzen (Olsina?). Les documents historiques ne mentionnent qu'une seule fois cette grande famille des Drévanes, à savoir dans une charte de Henri II de l'année 1004 [Drevani).

Les Yélètes étaient une forte tribu qu'on trouve déjà probablement au II® siècle, chez Ptolémée, sous le nom de Oùé\Tai*. Ds figurent sur sa carte bien plus loin vers l'Est, quelque part sur la côte prussienne, au delà de la Yistule, soit que Ptolémée ait été mal informé sur la région de la Yistule, soit — et cela semble plus probable — que les Yélètes, à une époque antérieure à celle de Ptolémée, aient résidé encore plus à l'Est et n'aient pris possession de leur habitat historique sur l'Elbe que plus tard, alors que le mouvement général des Slaves était dirigé vers l'Occident et que les Allemands avaient évacué, au III® et au lY® siècles, la Germanie orientale.

Du IX® au XI® siècle le nom de Yélètes [Velti^ Veleti^ Veletahi) était appliqué surtout au groupe des quatre tribus installées entre les

* Le nom est généralement très corrompu dans les sources : voir Slov. star.,

* Voir p. 151.

^ Voir plus haut, p. 133.

* Ptolémée, III, 5, 10.

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Obodrites et l'Oder, à savoir les Khvzines, les Tchrezpênanes, les Dolens et les Ratars, dont la vie en groupement est principalement attestée par leurs temples et leurs dieux communs dans l'ancienne Eetra. Il existe peut-être une connexion entre le nom de Velti et la racine slave vel- qui signifie « grand » (voir en russe voJotû), mais tels savants aussi considèrent ce nom comme donné à cette tribu par des étrangers. On trouve d'ailleurs en outre, appliqués à cette même tribu, deux surnoms qui ont valeur de synonyme^. C'est, d'une part, le surnom de Vilci^ c'est-à-dire «les Loups» (en vieux slave vlûktï «loup», en polonais witk, au pluriel ivitci); c'est, d'autre part, le surnom de Lutici, c'est-à-dire « descendants de Lut », d'après le vieux slave Ijutû «cruel». Le caractère national des Yélètes, pour autant que l'histoire rous le laisse apercevoir, s'accorde assez bien avec ces deux épithètes: lis sont, en effet, généralement désignés comme le peuple le plus fort et le plus sauvage parmi les Slaves 2, — et cela en raison de leur âpre résistance, du YIII^ siècle au XII^, à la puissance allemande et à l'évaugélisation chrétienne. C'est à leurs luttes que les Vélètes doivent d'être si fréquemment mentionnés et aussi d'avoir pénétré jusque dans les légendes Scandinaves et russes, où la tradition populaire a conservé leur nom au sens de «homme grand, géant 3».

A considérer le rôle joué par ces tribus slaves, au XI^ et au Xn^ siècles, jusque sur la Baltique, on ne tiendra pas pour impossible qu'elles aient détaché des colonies jusqu'à des pays relativement lointains, comme par exemple la Hollande, où Beda cite-^ un oppidum Wiltoriim près d'Utrecht. Cependant la similitude, des noms, seule, ne saurait se suffire à .^lle-meme, à défaut de documents en confirmant l'indice: tel est notamment le cas du nom des Yiltes en Bretagne 5.

Parmi les quatre tribus principales constituant le groupement des Yélètes figurent, en premier lieu, les Ratars ou Eétranes (dont le nom varie sensiblement suivant les sources) : leur prince était le grand

» Ann. Saxo, 952; Adam, II, 19; Helmold, I, 2. 21, Ann. Qiiedl.. 789.

* « Fortitudine célèbres » (Adam, III, 21), « gens bellicosa » (Einhard, 789), < durissina gens luticensis » (Cosmas, I, 15), « ferocissima natio Seleucia » (Gallus proemium). M. Brûckner explique Vilci par la palatalisation de Velt {Slavia, I, 1922, p. 386).

'■^ Pour les Voîoti. russes, voir SIov. star., III, pp. 134-135.

* Hist. Eccl, Y, 12.

6 Slov. star., III, p. 135.

prince de tous les Luticiens. Ils résidaient autour de leur place principale dite d'abord RiedigosV^ plus tard Retra'^. avec le célèbre temple de Svarozic-Radogost et avec un oracle recherché par les Slaves de toute provenance : « civitas vulgatissima, sedes ydoloiatriae », comme l'appelle une fois Adam, et « metropolis Sclavorum », comme le même auteur la nomme une autre fois ^. Retra fut renversée en 1121 par Lothaire. Il a été jusqu'ici impossible, malgré les efforts persévérants des archéologues allemands, d'en identifier exactement l'emplacement; mais on la situe généralement aux environs de Neu-Strelitz ou des lacs Mûritzersee-Tollensee*. C'est là, dans cette région marécageuse, que résidait jadis la tribu des Rétranes.

Cette tribu avait pour voisins les Dolens {Dolenci ou Dolencane, Tolensani, de la région de Dolenz), atteignant au Nord jusqu'à la Pëna et au Sud jusqu'à la forêt vierge s'étendant entre le lac de Dolenz et la rivière Ukra, — puis les Tchrezpênanes (Cirzijjani), dénommés ainsi en raison de la situation de leur habitat au delà de la Pëna ou Peene [tchrez-, en vieux slave crêsii «au delà de»), comme l'ont noté, avec juste raison, Adam et Helmold. Séparés des Dolens et des Ratars par la Pëna, ils atteignaient au Nord jusqu'à la place de "Wurle sur la Varnava. Leurs principales places étaient: Dimin (Demmin), Yeligost (Wolgast) et Gockov (Giitzkov). Plus tard, la Circipanie comprit aussi la province dite Trihucensis, sur la rivière Trebel, et Barta vis-à-vis de la Rujana. Entre les Tchrezpênanes, les Obodrites et les Yarniens, auprès de la mer, se trouvait l'habitat d'une quatrième

* Thietmar, VI, 17.

•- Adam, II, 18, III, 50; Helmold I, 2.

^ Al. Briickner récuse les deux noms de Railogost, celui du dieu principal, et de Retra, celui de la ville: il n'y voit que de simples erreurs d'Adam et de Helmold (voir Vëstnik nârodopisny, 1917, p. 319, et Slavia, I, 1922, p. 387), J'hésite pour ma part à me rallier à une opinion aussi négative : il me paraît difficile d'admettre en particulier l'erreur commune de deux auteurs qui ont vécu non loin de Retra à l'époque de la plus grande renommée de cette ville.

* Voir le récent volume de B. Schmeidler, Hamburg-Bremen tend Nord-Ost- Europa von IX bis XI Jahrh., Leipzig, 1918. Cependant, tout récemment, le directeur du Musée préhistorique de Berlin, Ch. Schuchardt, estime avoir découvert les restes de la véritable Retra sur le Schlossberg, près de Feldberg (Mecklenbourg): voir sa première communication à l'Académie des sciences de Berlin {Sitzungsherichte, 1921, p. 756); ce même savant a trouvé aussi les fondations du temple de Svantovit à Arcona (ibid).

SOEABES, POLABES ET POMERANIENS 151

tribu, celle des Khyzines {Ktjcini ou Cliyzini\ dont le nom est sans doute dérivé du slave chyzï «cabane de pêcheur», qui a passé en allemand sous la forme Kietz, Kietzin '.

Mais, en dehors de ces quatre principales tribus des Luticiens, les sources citent encore dans le voisinage toute une série d'autres tribus dont la parenté et l'appartenance demeurent inconnues. Ce n'est qu'à en juger d'après leur position géographique, par rapport aux limites du domaine sorabe telles que les a déterminées Muka, qu'on peut les considérer comme se rattachant aux Luticiens ou du moins aux tribus les plus proches de ceux-ci. Tel est le cas des Moritchanes {Morizi), les uns entre le lac de Miiritz et celui de Dolenz {Mûritzer- See, Tollen-S(e), les autres (Morezini) sur l'Elbe, vis-à-vis de Magdebourg, à côté de Serbiste et de Pîony; — puis, sur la rivière Havola (Havel), de deux fortes tribus, les Brijanes {Brizani\ dans la région dite aujourd'hui Priegnitz avec la place de Havelberg, et les Stodoranes {Stoderani) dits aussi Havolanes [Hevelli, Heveldi), avec la place de Brandebourg (Brennaburg) et Potsdam (Po(/s^^/pm), mentionné dès 993 2. Le petit pagus Nieletici^ entre la Stepenica (Stepenitz) et la Dossa (Dosse), semble avoir aussi appartenu aux Brijanes, ainsi que peut-être la tribu des Linaues ou Glinanes (les formes latines sont corrompues: Linones, Lim\ Liuni, Lingones, Linoges, etc.) qui résidaient sur la rive droite de l'Elbe, au delà du pays des Polabes, à côté des Yarniens, jusqu'à la Stepeuica. Les autres petites unités nommées dans les actes impériaux et dans ceux des papes sont encore les suivantes : Lisici sur l'Elbe ; les Sémcicij sur le Strumen ; Mintga, à proximité des Linanes ; Dassia ou Doxani, près du bourg de Yisoka {Witfstock); les Loubouchanes, près de Luhus sur l'Oder; les Sprevani^ sur la Sprée moyenne; et les Ploni (Piong) aux environs de Belzig. Toutes ces familles étaient plus proches des Luticiens que des Sorabes.

Par contre, on ne sait si les tribus résidant entre le cours inférieur de l'Oder, la Pêna et la Dolenca (Tollense), dans la région traversée par l'Ukra (Ucker), étaient du groupement des Luticiens ou bien déjà poméraniennes. Adam et Helmold limitent le pays des

' Dans le Chronicon gotticicense on lit : « Ketzin vicum piscatorium dénotât a voca venedica Kitze vel Kytze, casa piscatoria». Comp. la ville de Kessin près de Rostock.

* Voir Slov. star., III, p. 143.

Luticiens par le cours de TOder, et c'est pour cela que je les mentionne dans leur groupement. Ces tribus sont celles des Ukranes [Vcrmii, TJcri), le long del'Ukra, et, en outre, les petites agglomérations ou pagi des Rétchanes {Riezani), de Ploth, de Chorice, de Mezirecje (Mezirech), de Grozvin, de Wanzlo, à^Ostrog {Wostrozé), toutes situées entre le cours inférieur de l'Oder, le cours supérieur de la Havola et la Pénal.

Les tribus des îles du golfe de l'Oder, d'Uznoim, de Volin et de Rtigen formaient, elles aussi, un groupe indépendant et de première importance du point de vue historique, mais dont il est impossible de décider s'il se rattachait aux Luticiens ou bien aux Poméraniens.

La principale de ces tribus était celle des habitants de Tîle de Eiigen ou Rana (Ruiana), dénommés Rugiani « Rugiens » (en slave Ruiani) et plus tard de manière générale Rani. A l'époque ancienne, il n'en est que peu question ; mais à partir de la moitié du XI° siècle ils figurent à la place principale. Adam les appelle « gens fortissima Sclavorum», et Helmold ajoute: « Sunt autem Rani populi crudeles, ydololatriae supra modum dediti, primatum preferentes in omni Slavorum natione^». Cette puissance et cette réputation étaient dues surtout au temple d'Arcona consacré à Svantovit, le premier des dieux slaves, avec un oracle recueillant des trésors de tous les pays slaves; elles étaient dues aussi aux nombreuses expéditions de pirates dont le butin était rassemblé dans la place des Rugiens qu'on appelait Arcona. Mais quand, à la suite de luttes nombreuses, les Danois finirent, en 1168, par renverser Arcona, la force et la gloire de l'île de Rïigen s'écroulèrent avec cette place, et il ne reste plus aujourd'hui que des restes de robustes remparts indiquant, à l'extrémité septentrionale de l'île, â côté de la colonie de Puttgarten, l'emplacement ancien d'Arcona et du temple célèbre de Svantovit 3.

Les habitants d'Uznoim, eux, ne se sont jamais fait particulièrement valoir. Ceux de Yolin n'ont pas non plus atteint la puissance et la réputation des Rugiens, bien que leur place principale, que les sources appellent Volin (Winetha, en allemand) ou Julin, Jiimme,

* Voir Slov. star.^ p. 146, et la carte qui s'y trouve jointe. ^ Adam, IV, 18; Helmold, I, 36.

^ Sur la découverte des fondations de ce temple, en 1921, voir ci-dessus, p, 150, note 4.

SOKABES, POLABES ET POMERANIENS 153

Jumneta^ soit signalée par Adami comme la plus grande des villesslaves, comme une cité pleine de richesses et habitée par im grand nombre d'étrangers 2.

Les Poméraniens.

Les Poméraniens, comme il a été dit plus haut, appartenaient au même groupe linguistique que les Polonais, le groupe des Liakhs, mais les raisons ne manquent pas qui nous autorisent à les considérer comme un tout indépendant, différent des Luticiens et de.^ Obodrites aussi bien que des Polonais 3, entre lesquels ils apparaissent comme une sorte d'élément de transition. Les Poméraniens (en slave Pomorjane) doivent leur nom à leur proximité de la mer (po-morje «la côte de la mer»)^ comme Herbord l'a noté avec raison^, et ce nom leur est resté, sous sa forme allemande Pommern^ jusqu'à nos jours.

Le nom de Poméraniens désignait d'abord les Slaves résidant à l'est de l'Oder jusqu'à la limite de la région prussienne qui se trouvait, au X® siècle, entre les rivières Dzierzgona (Sorge) et Pasarge, et que les Prussiens n'ont franchie qu'au XII^ et au XIII^ siècles, occupant la Pomézanie entre la Vistule et la Drvenca. Au sud, la Yarta et la Notecz formaient la frontière des régions poméranienne et polonaise, mais de nom seulement, la frontière réelle étant constituée là par une vaste forêt vierge impénétrable^. Ce n'est que sur le cours inférieur de la Yistule que les Polonais tendaient à pénétrer dans les régions de Kociewie et de Cheîm et bientôt même jusqu'à la mer. A l'Ouest, l'Oder marquait d'abord la frontière ; . mais plus tard, après la dissolution du groupement des Luticiens, une partie du territoire situé sur la rive gauche de l'Oder passa aussi sous la domination des Poméraniens.

Bien que les Poméraniens n'aient certainement pas formé un tout uni, l'histoire de l'Europe ne mentionne dans leur pa3'S ni d'autres

* Adam, II, 19. — Les noms différents de cette place ont donné lieu à de nombreuses discussions sur le point de savoir s'ils désignent tous une ville ou des villes différentes. Pour les détails voir Slov. star., UI, p. 150.

* Il y avait surtout des Grecs et des Danois, les derniers à peu de distance de la ville, dans la forteresse dite lomshurg, dont le nom est probablement en connexion avec celui de Jumne, Jiimneta donné à Volin lui-même [Slov. star., UI, p. 150).

^ Voir Slov. star., III, p. 151.

* Herbord, II, 1.

^ Slov. star., III, p. 152.

tribus, ni d'autres familles; Herbord, seul, écrit (I, 2): <^varii Pomeranorum populi^». Leurs descendants, qui résident jusqu'à aujourd'hui à l'ouest du delta de la Vistule, présentent aussi deux familles assez divergentes: d'une part, les Kachoubes, dans la région comprise entre l'embouchure de la Vistule, jusqu'au lac de Zarnov, et la ligne Bytôw, Lçborg, Miastko (Starsen), Ferstnowo, Kamieû; — et, d'autre part, les Slovinces {Stovinc, en polonais Stowieiiec) aux environs du lac Leba. Leur nombre total, de nos jours, ne dépasse pas 200.000 individus. L'existence des Kachoubes au X® siècle est attestée par une note du géographe arabe MasTidî: la mention d'une tribu slave dite Khsâbîn ne peut, en effet, se rapporter qu'à eux ; mais il n'y a pas d'autre tribu poméranienne citée à date ancienne.

Parmi quantité de places connues par la relation de la mission d'Otton, évêque de Bamberg, qui a évangélisé le pays en 1124-1128, la ville de Stetin {Stetina) constituait la métropole poméranienne. La place était entourée d'eau et inaccessible : « civitas antiquissima et nobilissima in terra Pomeranorum, materque civitatum », écrit Herbord -.

A l'exception et de quelques descendants des Pomérauiens (les Kachoubes et les Slovinces) et des Sorabes (les Lusaciens), le vaste groupe des Slaves occidentaux de l'Elbe et de la Baltique a disparu dans la lutte que les Allemands ont menée contre lui depuis l'époque de Charlemague jusqu'au XII« siècle, lutte qui a duré près de 400 ans. Les Luticiens ont été totalement exterminés, ainsi que les Obodrites ; les derniers survivants des Drévanes se sont éteints ati XYIII^ siècle, et les Lusaciens, les Kachoubes et les Slovinces apparaissent aujourd'hui comme trop peu nombreux pour pouvoir maintenir longtemps leur nationalité sans un secours extérieur s.

Les Slaves ont succombé, malgré toute leur force et leur bravoure, parce qu'entre eux et les Allemands la lutte était trop inégale. Au grand empire germanique fortement uni et soutenu par tout le poids

* Voir l'étude de F. Lorentz sur l'existence de petites familles poméraniennes dans les IIsb. ota- pyccK. as. h cjiob., 1906, I, p. 55. Les mentions relatives à de petits princes sous la souveraineté d'un duc poméranien confirment cette existence.

'' Herbord, II, 5, 25, 32, 40; III, 13.

^ Cela est vrai surtout des 150.000 Sorabes de la Lusace; les Kachoubes et les Slovinces seront sauvés pour le monde slave par leur rattachement à l'empire polonais restauré, mais ils seront polonisés.

SOEABES, POLABES ET POilEEAXIENS 155

de l'Église romaine, ils n'ont pu opposer que des unités divisées ellesmêmes en un grand nombre de petites tribus, qui non seulement n'ont jamais su former un seul bloc contre les Allemands, mais parfois même se sont alliées aux Allemands pour se combattre les unes les autres: c'est ainsi que les Obodrites ont jadis combattu des Luticiens, contre qui ils nourrissaient une vieille hostilité; c'est ainsi que les Tchèques eux-mêmes ont parfois prêté aide aux Allemands. Ce n'ont été que des succès vains, — si grands, si glorieux et même si efficaces qu'ils aient paru au premier moment, — que. par exemple, celui du soulèvement des Obodrites et des Luticiens en 983, ou celui de la bataille de la Havola en 1056. Ce n'ont été que de vaines tentatives que celles de former de grands empires slaves, comme l'ont tenté le Polonais Boleslav le Taillant (992-1025), puis Gotschalk l'Obodrite (1043-1066), puis Krut le Ranien (1066-1105), et enfin le fils de Gotschalk, Henri (mort en 1119). En 1068 c'est la chute de la célèbre Eetra; en 1168, celle d'Arcona, plus célèbre encore; en 1177, Yolin est incendié, et, à partir de la seconde moitié du XII^ siècle, tous les Slaves, j compris les Poméraniens (depuis 1167), se ti'ouvent sous le joug allemand; et ce joug ne comportait pas seulement pour eux la perte de la liberté politique, de leur ancienne foi et de leur culture propre, mais aussi celle de leur nationalité, car ceux qui n'étaient pas exterminés devaient subir désormais l'effort d'une germanisation assidue, que soutenait la reprise de la colonisation allemande dans des régions que les Germains avaient jadis habitées au début de l'ère chrétienne. L'histoire de cette colonisation ne rentre pas, d'ailleurs, dans les cadres de cet ouvrage.

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