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Le territoire; les premiers voisins: Thraces et Iraniens

La première partie de cet ouvrage nous a montré comment les Slaves ont rayonné hors de leur premier habitat et comment leur masse, auparavant presque une, s'est partagée en trois grands groupes, celui du Sud, celui de l'Ouest et celui de l'Est. La deuxième et la troisième parties nous ont esquissé le développement ultérieur résultant des migrations et de la formation des peuples différents qui nous apparaissent à l'époque historique. Le premier habitat, ainsi qu'on l'a vu déjà, n'a retenu que les Polonais, quelques restes isolés des Croates et tout le groupe oriental.

Da point de vue philologique, ce groupe oriental se distinguait des autres par une série de traits phonétiques, grammaticaux et lexicaux, parmi lesquels les plus frappants sont : le traitement des anciens groupes tj et dj en c qï z\ le développement des groupes dissyllabiques oro, olo, ère, ele (phénomène appelé vocalisme plein) pour l'indo-européen or, ol, er, el (par exemple un groupe tel que tort, représenté en slave méridional par trat, en tchèque par trat, en polonais par trot, a pour correspondant, en russe, toi'ot; le groupe teti a de même pour

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correspondant ^e/Y/^ etc.); — Taboutissement respectif des anciennes voyelles i et û^ dites jers, h e et o. A ces trois faits capitaux ou en pourrait ajouter plusieurs autres de moindre importance ou de moindre netteté'.

Le pays des Slaves de l'Est s'étendait ainsi dans la portion orientale de l'habitat primitif des Slaves, comprenant le bassin du Pripet (le Polësje)^ le cours inférieur de la Berezina, de la Desna, du Teterev et, sans doute, toute la Volynie, oii les conditions de l'existence étaient beaucoup plus favorables. Au début de l'ère chrétienne, le territoire des Slaves de l'Est devait être assez vaste, car aux Yl^ et VU® siècles on les trouve déjà avancés vers le I^ord jusqu'au lac Ilmen et, vers l'Est, jusqu'au Don et aux côtes de la Mer d'Azov, et cela en masses importantes: «diaeipa eQvri», dit d'eux l'historien Prokopios, et «natio populosa (Venetharum) per immensa spatia consedit», ajoute en même temps Jordanis 2, décrivant les conquêtes du roi got ïïermanarich avant 375. On ne peut sérieusement chercher la patrie des Russes dans les montagnes des Carpathes, ainsi que l'avaient fait jadis N. Nadezdin et, à la fin du siècle passé, Ivan Fileviô dans son livre bien connu sur l'histoire ancienne de la Russie ^. Les Slaves orientaux ne s'y sont pas trouvés à l'origine. Ceux qui en étaient les plus proches étaient les Slaves du Sud (les ancêtres des Croates, Serbes et Bulgares); les Slaves orientaux n'ont poussé jusque là que plus tard, après le départ de ces derniers, dès le VI^ siècle et surtout au X® siècle, comme on le verra plus loin.

Me fondant également sur les arguments présentés dans les chapitres précédents, je ne tiens pour admissibles ni la thèse de èachmatov, selon laquelle cette grande nation n'aurait pris possession de l'habitat qui vient d'être défini qu'au III^ siècle, après le départ des Gots, ni la thèse de J. Pic, qui les amenait dans cet habitat au Y« ou au Vie siècle, séduit par de faux arguments archéologiques^. Les Slaves ont résidé là depuis les temps les plus anciens, longtemps avant notre ère.

On ne saurait, il est ^Tai, trouver une place mieux disposée pour les débuts d'un grand peuple que celle que leur destin avait donnée

' Cf. A. Meillet, dans Le monde slave, 1917, III-IV, p. 403.

'^ Prokopios, IV, 4; Jordanis, Get., V, 34.

^ Voir Iv. Filevic, IIcTopia ApesneH PycH, I, Bapiuasa, 1896 ; N. Nadezdin, OnbiTt iicTopiiHecKofi reorpatl^in . . . ., 1837 (Filevic, op. cit , p. 33).

* èachmatov, Bulletm de l'Acad. imp. de3 se. de S^-Pétersbourg, 1911, p. 723 ; J. Pic, Starozttnosti, II, pp. 219, 275.

aux Slaves sur le Dnieper moyen. C'est peut-être la région la plus favorable de toute la plaine russe: elle est dépourvue de montagnes à l'intérieur, mais en revanche couverte d'immenses bois et d'un réseau serré d'eaux navigables. Ce réseau assure la liaison entre les points les plus éloignés de cette plaine; il joint même l'une à l'autre les trois mers qui l'entourent : la Mer Baltique, la Mer Noire et la Mer Caspienne. Bien que le pays ait été déboisé et qu'on l'ait sensiblement aménagé, les eaux y abondent encore aujourd'hui; elles étaient infiniment plus abondantes il y a mille ans et plus. Partout des bateaux, soit de commerce, soit de guerre, pénétraient vers l'intérieur au moment des inondations priutanières, ou même en toute saison de l'année grâce aux voloks ^ : ils circulaient d'un fleuve et d'un bassin à l'autre, et par les voies fluviales d'une mer à l'autre. La vieille Russie avait ainsi d'innombrables communications, toutes pareilles, dans toutes les directions et de tous les côtés. Mais de toutes les routes fluviales la plus fameuse et la plus importante était toujours celle du Dnieper: elle joignait la Mer Noire et Constantinople à la Baltique et à la Scandinavie; elle unissait l'un à l'autre les deux domaines de civilisation d'alors, le monde grec et le monde germanique.

C'est par cette route que les chalands, chargés de marchandises ou de guerriers, entraient dans l'embouchure du Dnieper, remontaient le cours du fleuve jusqu'aux barrages rocheux qu'entre Alexandrovsk et Ekaterinoslav ils devaient, suivant le volume d'eau, ou passer ou contourner. Ensuite la navigation s'ouvrait, libre et sans obstacles, jusqu'à la ville de Smolensk. Avant d'atteindre à cette station, les chalands pouvaient se diriger dans les petits affluents du Dnieper, traverser la Dvina et les voloks, entrer dans la Lovât', par laquelle ils se rendaient dans le lac Ilmen et de là, par le Volchov, dans le lac Ladoga, d'oii un chemin très court les conduisait jusqu'au golfe de Finlande.

Mais, au lieu de prendre cette voie directe, les bateaux pouvaient s'engager dans des directions différentes: ainsi, vers l'Ouest, dans le Pripet qui les menait par ses affluents jusqu'au Niémen, ou bien dans

' On appelait bo.tok-b un étroit banc de terre ferme entre deux rivières, sur lequel on pouvait facilement traîner les chalands, même chargés de marchandises, pour les faire passer d'un bassin à l'autre. Par extension on désignait aussi par ce mot le pays même où se trouvaient les voloks, en particulier la région des sources du Dnieper, de la Dvina et de la Volga. A cette région s'opposait celle du SaBO.iOHbe, c'est-à-dire du « pays d'au delà des voloks ».

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la Dvina, par où ils gagnaient le golfe de Riga, ou enfin, vers l'Est, dans la Desna et son affluent le Sejm, par où l'on joignait soit le Don, soit, par les petites rivières de Bolva, de Snezet et de Zizdra, rUgra, rOka et la Volga. Il y avait en outre, pour déboucher dans cette grande artère, des communications avantageuses partant du pays du Dnieper, au-dessus de Sraolensk, par les voloks et la Vazuza, le Yosma, l'Ugra et l'Oka, affluents de la Yolga. Le Don était relié à ce grand fleuve par un volok fameux entre Caricjn et Kalac.

On saisit sans peine l'importance de cette situation des Slaves de l'Est sur le Dnieper moyen. Ils se trouvaient au milieu de la grande voie que suivaient les courants divers de la culture et de la colonisation ; ils dominaient le nœud le plus important des routes qui se croisaient là. Un peuple vigoureux, aussi heureusement placé et apte à mettre à profit les avantages de la nature, avait devant lui de grandes perspectives : un vaste champ était ouvert à sa civilisation, à sa colonisation, à son impérialisme. Les Slaves de l'Est devaient être précisément ce peuple. Ils devaient avoir la force nécessaire pour entreprendre loin devant eux une conquête efficace, sans abandonner ni affaiblir leur patrie première. C'est ce qu'il ont tenté de faire, et ils y ont réussi.

Le grand succès de l'expansion des Slaves de TEst n'a pas dépendu seulement, il est vrai, de la position avantageuse de leur territoire. Il a tenu aussi à l'absence, autour de la plus grande partie de ce territoire, de tout peuple capable de leur offrir une forte résistance, ou moins encore de prononcer une contre-offensive forte et tenace. Cette passivité relative de leurs voisins a été pour eux du plus grand avantage. Seuls, à l'Ouest, les Polonais se sont révélés un peuple robuste et n'acceptant pas le joug: ils leur ont résisté et même plus tard, dès le XVIe siècle, se sont efforcés de poloniser les territoires russe et lituanien. C'est de leur côté que l'ancienne frontière russe a pu le moins être avancée et, de fait, elle est encore aujourd'hui à peu près là même où elle se trouvait, il y a un millier d'années, près du Bug et du San.

Examinons quels sont les premiers voisins qui, successivement, ont laissé le champ libre aux Slaves de l'Est, à savoir les Thraces et les Iraniens.

Les Thraces et les Iraniens se trouvaient dès l'époque la plus reculée dans un contact étroit avec les Protoslaves, ainsi qu'en témoigne l'appartenance du vieux slave, du thrace et de l'iranien au groupe dit

de satem (par opposition an groupe dit de centum ^. D'autres raisons d'ailleurs nous obligent à chercher l'habitat primitif des Thraces bien au nord de leur résidence historique, à savoir sur la rive gauche du Danube, dans le large entonnoir qu'entourent les Carpathes et sur les Carpathes mêmes, dont les chaînes et les sommets n'ont pas en général des noms slaves (Carpathes, Beskides, Fatra, Matra, Tatra, Magura), et où il habitait encore du temps des Romains une population appelée les Daces qui a été la voisine préhistorique des Slaves. Ce voisinage ressort de quelques concordances frappantes dans les langues des deux peuples, comme, par exemple, la terminaison -ava, commune aux noms des fleuves tant en territoire slave qu'en territoire dacien^.

Il n'est donc pas douteux que les anciens voisins des Slaves sur leur frontière méridionale ont été les Thrace&i, et cela même sur les pentes septentrionales des Carpathes, et ce n'est qu'assez tard que quelques tribus gauloises venant de l'Ouest sont arrivées là et, après elles, entre les V® et III® siècles, les premières avant-gardes germaniques, les Bastarnes et Peucines, si toutefois c'étaient bien là des Germains. Après eux seulement les Slaves sont venus. Leur présence semble attestée déjà par quelques noms de la carte de Ptolémée, comme ceux des Soulanes (ZoùXaveç), des Zabokes (ZapôKoi), des Piengites (TTievYÎTai), et aussi par l'appellation grecque des Carpathes: OùevtbiKà ôpr].

Au delà des Carpathes c'étaient encore les Thraces qui voisinaient avec les Slaves vers l'Est, entre les montagnes et le Dnieper. Je tiens au moins pour thrace le mystérieux peuple des Kimmériens (Kimnépioi), qui avait habité ces vastes territoires avant l'arrivée des Scythes. Les attaques des Scythes l'ont repoussé d'abord dans les montagnes (Hérodote décrit une tribu évidemment de la même souche, les Agathyrses), puis en Crimée (les Tauriens?) et enfin jusqu'en Asie Mineure, où, au temps des conquêtes, apparaît un peuple nommé Gimmirai en assyrien (Tpfipeç dans les sources grecques) ; il est très probable que ces Gimmirai n'étaient autres que des partis de Kimmériens chassés en Asie par les Scythes ^.

Le second voisin des Slaves sur leur frontière méridionale, c'étaient les Iraniens, dont la présence ancienne est confirmée par les concordances

* Voir plus haut, p. 6,

'■' C'est d'après ces concordances qu'il a été forgé des théories bien connues sur le caractère slave des Daces, théories outrées et fausses. Les Daces étaient des Thraces.

^ Voir les détails dans Slov. star., I, p. 217.

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du groupe des langues de safem et par une série de mots anciens empruntés par les Slaves à un idiome iranien K ^Mais les sources historiques ne les connaissent pas avant le TlIIe siècle, et c'est vers cette époque ou quelque peu antérieurement qu'il faut placer la nouvelle apparition des Iraniens dans les steppes pontiques, que, jusqu'à la venue des Huns, ils devaient tenir en leur pouvoir sous les noms de Scythes et de Sarmates. Une première vague venue de l'Iran avait submergé l'Europe orientale au YIII^ et au YII^ siècles (ou peut-être plus tôt même encore): c'était celle des Scythes. L'habitat des Scythes au V^ siècle et leur mode d'existence nous ont été décrits d'une façon détaillée par Hérodote, au IV® livre de son histoire. Hérodote a vécu, comme on sait, de 484 à 425, et il a voyagé sur la côte septentrionale de la Mer Noire. La Scythie était limitée^ suivant la représentation qu'en avait Hérodote: à l'Ouest par l'Ister (le Danube); — à l'Est par le Don, au delà duquel, vers l'Est, habitaient les Sarmates ; — au Xord enfin, par une ligne se dirigeant de la source du Dniester et de celle du Bug, à tiavei-s les cataractes du Dnieper, vers le Don 2. C'est à l'intérieur de ce domaine ainsi délimité que se trouvaient les Scythes royaux proprement dits, sans résidence fixe (iKÛGai PaaiXrjioi) dans la région du Don, puis les Scythes nomades (lKÛ6ai oi vo|idbeç) entre le Dnieper et Samara, et, à l'ouest du Dnieper, les Scythes laboureurs (iKÛSai YtuupTOi, dpoTfjpeç), à côté d'autres petites tribus dont la plus importante semble avoir été celle des Alazones ('AXalôveç), entre le Bug moyen et le Dniester. L'origine iranienne de ces Alazones et aussi des Scythes laboureurs, dont la vie se distinguait fortement de celle des Scythes nomades, semble douteuse; et il n'est pas impossible que ces noms recouvrent en réalité des avant-gardes que les Slaves auraient poussées, par le Dnieper et par le Bug, dans la direction du Sud. Je l'admettrais surtout pour les Scythes paysans, en raison du caractère agricole et sédentaire de leur mode d'existence ^. Il est visible d'ailleurs qu'Hérodote lui-même ^ emploie le nom de Scythe avec deux sens différents, tantôt pour désigner seulement les Scythes proprement dits, tantôt pour désigner en général les tribus résidant en Scythie, de telle sorte que,

^ Je me borne à citer les mots bogû < dieu >, vatra «feu», socha «espèce de charrue», kurû «coq» et «poule», sekera «hache», toporû «hache, marteau», etc. ^ Hérodote, IV, ICO, 101.

3 Hérodote, IV, 2, 19, 46, 59, 120.

* Hérodote, IV, 81.

dans le tableau qu'il donne, tous les Scythes ne doivent pas être tenus pour des Scythes proprement dits, c'est-à-dire pour des Scythes iraniens.

C'est par Hérodote aussi, et son témoignage à cet égard est d'une importance plus grande encore pour les Slaves, que nous connaissons la ceinture des peuples voisins qui habitaient sur les frontières mêmes de la Scythie. Parmi ces voisins figurent à l'Ouest les Agathyrses, en Transylvanie, tribu incontestablement thrace S et plus loin, au delà des sources du Dniester et du Bug, la grande tribu des Neuriens (Ntupoî), mentionnée pour la première fois dans l'histoire à l'occasion de l'expédition de Darius, en 512 2. Il n'est pas douteux qu'ils se trouvaient dans la région que nous considérons comme l'habitat primitif des Slaves, et plus exactement dans la partie orientale de cet habitat: nous pouvons donc, avec la plus grande vraisemblance, les considérer comme Slaves. Aussi bien le nom de Neupoi figure-t-il très souvent dans la nomenclature slave de cette région (les rivières Nura, Nurec, Nurca, les villages de Nury et de Xnr, qu'on peut rapprocher de la dénomination historique ziemia nurska «la terre neurienne»).

Il me paraît donc, dans ces conditions, que les Neuriens n'étaient autres que des Slaves de FEst établis dans les régions qui constituent actuellement la Volynie, le pays de Kiev et le bassin du Pripet. On ne peut fixer, par contre, à quel peuple de l'histoire se rattachent les autres tribus citées par Hérodote au nord de la Scythie, à l'est du Dnieper: les Androphages ('AvbpocpciYoi : les Mordvines?) et les Mélanchlains (MeXuTX^ctivoi). On est dans une pareille incertitude quant à l'habitat et à Torigine de la grande tribu des Boudinés (Boubîvoi): cependant l'analyse scrupuleuse de tous les renseignements dont nous disposons nous engage à placer leur habitat dans la région de la Desna et à voir en eux une tribu slave plutôt qu'une tribu finnoise; le nom même de Boubîvoi peut être rattaché à la racine slave hûd-, et la terminaison -inû est une terminaison slave caractéristique de noms ethniques (par exemple Nëmcin, Srhin, Turcin, Rusin, etc.).

Au cours du lY^ et du III® siècles, les Scythes furent remplacés par les Sarmates. Au temps d'Hérodote, les Sarmates résidaient encore au delà du Don, mais, dès l'époque de Milbridate Eupator, ils peuplaient

■ Voir p. 172.

« Hérodote, IV, 17, 51, 100, 102, 105, 112.

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toute la région de la Mer Noire. Les Scythes laissaient pourtant des éléments aux environs d'Olbia, en Crimée et sur le Danube; ils franchissaient ce fleuve pour passer en Dobroudja, où les a connus Ovide. D'autres éléments scythes ont même été poussés, durant les IV^ et in^ siècles, sinon même plus tôt, jusque dans l'intérieur de la Hongrie, ainsi qu'en témoignent nombre de découvertes archéologiques.

Parmi les tribus sarmates, à côté des Thisamates et des lazamates (laxamates), la première était celle des lazygs, à l'ouest de la Sarmatie, qui, dans les années 20-50 de notre ère, a passé en Hongrie; puis venaient les Eoxolans, d'abord entre le Dnieper et le Don, puis plus tard installés en Hongrie avec les lazygs. La troisième grande tribu était celle des Alains, qui, après avoir résidé à l'origine sur le Don, a pénétré en partie, elle aussi, en Hongrie, puis de là a gagné le Rhin, l'Espagne et l'Afrique oii elle a disparu; des éléments nombreux en sont pourtant demeurés entre le Don et le Caucase, où les citent les chroniques russes du XTT^ ou XIV^ siècles sous le nom de Jasy (Hcbi). De là, quelques-uns de ces éléments ont été de nouveau entraînés, au Xin^ siècle, par les Koumanes en Moldavie et en Hongrie, où ils sont demeurés dans la comitat de Szoluok, sous le nom de Jdsz, au pluriel Jdszok (dans le district de Jasz-Nagy-Kun-Szolnok).

Les Sarmates étaient, sans conteste, d'origine iranienne; j'estime, pour ma part, que les Scythes proprement dits étaient, eux aussi, de la même origine. H a été récemment affirmé à plusieurs reprises que les Scythes n'étaient que des Mongols iranisés, et M. Peisker a surtout appuyé cette thèse sur la représentation qu'il a de l'existence des Slaves durant les premiers âges ^ : c'est pourquoi il insiste sur la fameuse description d'Hippocrate 2, qui s'applique de la façon la plus parfaite aux Kirghiz et aux Kalmouks de notre époque. Mais il n'est pas d'autre témoignage que l'on puisse invoquer en faveur du mongolisme des Scythes : tout ce que nous possédons par ailleurs de données historiques et anthropologiques s'oppose à cette unique témoignage et les quelques images de Scythes trouvées dans des Uimiili de la région de la Mer Noire, et se rapportant au VP, Ye et au IH^ siècles, nous montrent des^

* On a vu que M. Peisker, se fondant sur de prétendus mots turco-tatars adoptés dès avant notre ère par les Slaves, imagine une servitude cruelle, de longue date, sous le joug turco-tatar. Il considère les Scythes comme ayant imposé celte servitude à partir du Ville siècle avant J.-C. (voir p. 29 et la page suivante).

'^ TTepi àépujv, 26.

silhouettes et des visages qui n'ont aucun caractère mongol. Les Scythes proprement dits n'étaient donc pas des Mongols. Mais ce n'étaient pas non plus des Slaves, contrairement à une théorie courante dans l'historiographie russe, et qui n'a pas encore disparu '. On ne pourrait qu'admettre,* ainsi qu'il a été dit plus haut, que quelques tribus, ne portant le nom de Scythes que parce qu'elles habitaient la Scythie, comme, par exemple, les Scythes laboureurs d'entre le Dniester et le Bug, pouvaient être en réalité des tribus slaves; mais il ne s'agirait là en tous cas que d'une possibilité à indiquer, et rien de plus.

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