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Chapitre I

Origine du peuple slaTe.

La science a été hors d'état jusqu'à la fin du XYIII^ siècle de donner une réponse satisfaisante à la question de l'origine des Slaves, quelque intérêt que cette question éveillât dès alors, et bien qu'on la trouve déjà posée dans les premières esquisses de l'histoire des Slaves tentées à cette époque. Toutes les assertions arbitraires, rattachant les Slaves à des peuples anciens, tels que les Sarmates, les Gètes, les Alains, les Illyriens, les Thraces, les Vandales, etc., assertions figurant dans diverses chroniques à partir du VI^ siècle, ne procèdent que d'inventions artificielles, faites avec le concours de l'Écriture Sainte ou des livres des Pères, et fondées soit sur la simple succession des peuples qui ont occupé jadis le même territoire que les Slaves, soit sur la ressemblance purement extérieure de certaines dénominations ethniques.

Cette situation s'est prolongée jusqu'au début du XIX^ siècle; rares ont été jusqu'alors les historiens qui se sont élevés au dessus de ce niveau peu scientifique et stérile. Elle ne s'est modifiée que dans la première moitié du XIX^ siècle, et sous l'influence de deux disciplines nouvelles, celle de la linguistique comparée et celle de l'anthropologie qui, l'une et l'autre, apportaient des faits nouveaux et positifs.

L'histoire même est muette. Il n'est ni un fait historique, ni une tradition solidement garantie, ni même une généalogie mythologique qui nous fassent connaître l'origine du peuple slave. Ce peuple apparaît dans l'histoire, de façon soudaine, comme une nation grande et accomplie,

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sans que l'on sache ni d'où il vient, ni quelles sont ses attaches. Un seul témoignage éclaire, en apparence, ces ténèbres: c'est le passage bien connu de la Chronique dite de Nestor, écrite au XII^ siècle sous la forme conservée à Ejev; ce passage peut être considéré comme une sorte d'acte de baptême de la nation slave.

Au commencement de cette chronique, dont la première partie, précédée de la rubrique «Ici sont les légendes des temps anciens», date au moins du siècle antérieur, on trouve une relation légendaire assez détaillée de la dispersion des peuples qui avaient tenté jadis de construire la Tour de Babel au pays de Sennaar^. Cette relation est empruntée aux chroniques byzantines des YI^-IX^ siècles (Chronique dite < Paschale », Chroniques de Malalas et d'Hamartolos) ; mais, dans les passages correspondants, aucune mention n'y est faite des Slaves. Cette lacune a visiblement touché le chroniqueur slave, vénérable moine du Monastère de la « Laure des grottes > {PecersJcaja Lavra). Il a voulu la combler en classant sa nation parmi celles qui, selon la tradition, ont peuplé l'Europe, et c'est pourquoi il a, sous forme de note explicative, ajouté le nom de Slave à celui d'Illyriens: Iljurik-Slovéne^. Par cette adjonction il a fait apparaître les Slaves dans l'histoire sans altérer le nombre traditionnel des 72 peuples. C'est dans ce passage que, pour la première fois, les Illyriens sont déclarés parents des Slaves; et, dès lors, cette assertion restera, pour longtemps, comme à la base de leur histoire : les Slaves ont immigré du pays de Sennaar en Europe et ont occupé d'abord la presqu'île balkanique. C'est là, dans le pays des Illyriens, des Thraces et dans la Pannonie, sur les rives du Danube, qu'il faut chercher leur berceau, leur patrie première en Europe. C'est de là que, plus t{*rd, les diverses tribus slaves dont ^l'ancienne unité s'était dissoute, sont parties pour gagner leurs habitats de l'époque historique, entre le Danube, la mer Baltique et le Dnieper.

C'est cette théorie qui a d'abord été adoptée par toute l'historiographie slave, et surtout par les anciennes écoles polonaise et tchèque (Kadîubek, Boguphai, Mierzwa, Chronica Polonorum, Chrotiica principum

^ Voir la traduction de la Chronique dite ^e Nestor publiée par Louis Léger (Paris, 1884). Les manuscrits les plus anciens sont ceux du moine Laurent, de Suzdal' (XIV^ s.), et du monastère de Saint-Hypatios à Kostroma (cités: Lavr., Hyp.): la version < laurentine > et la version < hypatienne ».

* Lavr. (3e éd., Petrograd, 1897). On lit aussi en un autre endroit : < Narci jeze sutï Slovène », c'est-à-dire : « les Noriciens, qui sont des Slaves > {ibidem, p. 5).

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