ORIGINE DE LA NATION SLAVE
Poloniae, Dlugosz, etc. ; — Dalimil, Jean Marignola, Pfibîk Pulkava, Hâjek de Libocanj, B. Paprocky); elle a d'ailleurs été enrichie encore d'autres fictions ^
Une théorie nouvelle est cependant survenue. Xous ne savons pas exactement où elle a pris naissance, mais ce doit avoir été hors des écoles ci-nommées, car nous la trouvons pour la première fois dans Tme chronique bavaroise du XUI® siècle, et par la suite surtout chez les savants allemands et italiens (Flav. Blondus, A. Coccius Sabellicus, F. Irenicus, B. Rhenanus, A. Krantz, etc.). C'est à ceux-ci que l'ont reprise les historiens slaves tels que B. Wapowski, M. Cromer, S. Dubravius, T. Pesina de Cechorod, J. Beckovsky, J. Mathias de Sudetis, et plusieurs autres. Selon cette deuxième théorie, les Slaves auraient émigré vers le Nord en suivant la côte de la Mer Xoire, et ils se seraient établis d'abord dans la Eussie méridionale, oii l'histoire connaît surtout les anciens Scythes et les Sarmates et, plus tard, les Alains, les Roxolans, etc. De là l'idée de la parenté de ces tribus avec les Slaves; de là la substitution des Sarmates aux peuples balkaniques, comme ancêtres de tous les Slaves. Ceux-ci, s'acheminant plus loin vers l'Occident, se seraient divisés en deux branches principales; les Slaves méridionaux, au sud des Carpathes, et les Slaves septentrionaux, au nord des Carpathes.
Ainsi sont apparues la théorie balkanique et la théorie sarmatique, avec l'idée de la bipartition originelle du peuple slave, et toutes deux ont eu leurs chaleureux partisans; toutes deux ont subsisté jusqu'à nos jours, et l'on voit encore trop souvent paraîti^e des livres oii l'histoire ancienne des Slaves est fondée sur leur identification avec les Sarmates ou les Thraces, Daces et Illyriens. Néanmoins, dès la fin du XVm^ siècle, certains savants avaient reconnu que de semblables théories, qui ne reposaient que sur de prétendues analogies entre divers peuples et les Slaves, n'avaient aucune valeur. Le slaviste tchèque Jos. Dobrovsk}^ écrivait en 1810 à son ami Kopitar «Mich freuen solche Untersuchungen. Nur mâche ich einen ganz anderen Schluss. Mir beweist ailes dies, dass die Slawen keine Dacier, Geten, Thracier, Illjrier, Pannonier sind . . . Slawen sind Slawen und haben nâchste Verwandt-
* A cette théorie est liée la légende des < lettres » d'Alexandre le Grand et d'un privilège signé à Alexandrie en faveur des Slaves pour les remercier des excellents services rendus au conquérant. L'origine de ces inventions remonte au XlIIe siècle. Elles ont leur source dans les relations anciennes sur les négociations entre Alexandre et les Scythes (Arrian, Anabasis, IV, 15).
4 l'unité protoslavb
schaft mit den Lithaaern. Also muss man sie hinter diesen suchen, am oder hinter dem Dneper».'
Quelques historiens, même avant Dobrovsky, avaient déjà adopté la même manière de voir. Après lui, ce fut Safafik qui renversa toutes les idées admises antérieurement en publiant, en tchèque, ses Antiquités slaves. Lui même, il est vrai, dans ses premiers travaux était resté sous l'influence des anciennes théories.^ Mais dans les Antiquités, parues en 1837, il les rejetait, à quelques exceptions près, comme fausses; et il fondait son œuvre sur une prudente analyse des faits historiques. Cette œuvre, à ce titre, reste toujours l'œuvre fondamentale et indispensable, et cela bien que la question de l'origine des Slaves n'y soit pas élucidée: la tâche dépassait ce que pouvait l'analyse historique la plus stricte.
D'autres, cependant, s'étaient adressés à une science nouvelle, la linguistique comparée, pour y chercher les réponses que l'histoire n'était pas à même de leur fournir. Sans doute, dès le début du XII^ siècle, la parenté mutuelle des diverses langues slaves était-elle admise (voir la Chronique de Kiev), mais on n'en devait pas moins demeurer longtemps dans l'ignorance du degré exact des relations existant entre le slave et les autres langues de l'Europe. Les premiers essais faits aux XVIIe et XVnie siècles (J. W. Leibniz, P. Ch. Levesque, Fréret, Court de Gebelin, J. Dankowsky, K. G. Anton, J. Chr. Adelung, Iv. Levanda, B. Siestrzencewicz et d'autres) n'avaient que le tort d'être ou trop timides, ou bien simplement extravagants; et quand W.Jones établit, en 1786, l'origine commune du sanscrit, du gaulois, du grec, du latin, de l'allemand et du vieux perse, il ne marquait pas encore la place du slave dans la famille de ses langues.
Ce ne fut que dans le tome II de sa célèbre Vergleichende Grammatik (1833) que F. Bopp établit et démontra les liens du slave avec les autres langues indo-européennes ; il donna ainsi la première réponse scientifique à cette question de l'origine des Slaves que les historiens
* B. HniHt, IlHCbMa /]|odpoBCKaro ii Koniirapa, Cn6., 1885, p. 119.
* Voir spécialement son livre Ueber die Abkunft der Slaicen nach Lorenz Surowiecki (Ofen, 1828). Les Antiquités parurent en 1833 - 1837 à Prague, en tchèque, en deux volumes; on en peut consulter la traduction allemande de Mosig von Aehrenfeld (1844;), voir ci-dessus, p. VI, note 2.