‹ Manuel de l'armurier, du fourbisseur et de l'arquebusier, ou Traité complet et simplifié de ces arts formant une encyclopedie des sciences et des artsChapitre 21 sur 87 · II. ARMES DÉFENSIVES · texte numérisé non relu

II. ARMES DÉFENSIVES

118. Les armes défensives, dont on ne fait plus usage à la guerre sont le gorgeret ou gorgerin, la visière , les brassai ts, les cottes de maille, les cuissarls,

les genouillères, les jambières, les bottines , les gantelets, le bouclier. IN mis ne parlons point des casques et des ouiràsses encore nsités dans certains corps de cavalerie, mais qui ont subi des changemens tellement importans qu’ils n’ont plus aucrine ressemblance avec ceux dont on se servait jadis ; nous nous contenterons de jeter un coup -d’œil sur ce que furent ces armes chez les anciens et les chevaliers du moyen âge.

119. Les armes défensives du cheval étaient les chanfreins, les (lancois : l’ensemble de l’armure était comprise sous le nom de bardes. Ces armes du cheval ne furent pas d’abord imaginées et étaient à-peu-près inconnues du teins des Grecs et des Romains ; ce ne fut que vers les tems de la chevalerie qu’elles furent inventées pour garantir le cheval dont la perte entraînait souvent celle du cavalier.

1 20. Le casque, chez les anciens, était de forme et de matière différentes selon les nations, et chaque nation suivant les tems. C’était souvent un simple chaperon de peau ou de feutre, on le nommait alors gatea ou galcrus pour le distinguer des autres casques de métal qui avaient le nom de cassis : ces casques étaient sans visière et laissaient le visage à découvert; Us étaient retenus par des brides ou oreillères de mailles de fer ou de cuivre poli : ils étaient surmontés d’un cimier orné de plumes peintes ou de crins de cheval. Les

> généraux avaient des casques enrichis d’or et d’argent et ornés de ciselures. Les casques n’étaient guères en usage chez les Français du tems des rois de la ire racé : mais, sous la 2* et la 3e, cette arme reçut des perfection nemens qu’elle n’avait jamais atteints anté- * rieurement; en dessous du casque proprement dit on ''mettait un capuchon ou coiffe d,e mailles attenant à la cuirasse , et par - dessus ce capuchon était le heaume avec son gorgeret : ce heaume ou cime était composé de plusieurs lames de fer élevées en pointes couvrant la tête par derrière et sur les côtés, ainsi que lé. col et la partie supérieure de la poitrine et aes épaules. La vue ou visière était une pièce' mobile qui *e relevait sur le front et qui, parfois composée de deux pièces, se relevait par sa partie supérieure et de . l’autre se baissait sous la mentonnière . Ces elmes ou

DE i’aBMüHIER.

heaumes perfectionnés prirent le nom de boiirgutnoles , fcrladcs , salades, ou celâtes, armets , capelines , etc. Les casques étaient plus ingénieusement construits que ceux que portent les cuirassiers , les dragons et autres troupes de nos jours ; une calotte de tôle , sous laquelle on pouvait mettre une coiffe de laine, enveloppait le haut de la tête, et cette calotte était garantie par six ou huit lames de fer battu et élastique qui se réunissaient au-dessus de la tête de telle sorte

3ue , ne touchant pas à la calotte de tôle , elles céaient sous l’effort des coups violens et en amortissaient la pesanteur. Ces casques , dont quelques modèles sont conservés dans les musées et les cabinets d’antiquaires, sont très-légers et devaient garantir efficacement le combattant.

121. Le gorgeret était composé de lames de fer arrondies qui enveloppaient le col : cette partie de l’armure passait tantôt dessus , plus souvent dessous le haut de la cuirasse : dans le principe elle ne montait pas plus haut que le col ; mais ensuite elle prit la forme du menton, enfin, vers les derniers tepis, elle était tout-à-fait adhérente au casque*

122. Les brassards couvraient l’avant-bras, ils étaient composés de bandes longitudinales en fer poli qui tenaient par des brisures après les gantelets, et par trois ou plusieurs pièces de coude après les bandes transversales qui couvraient les bras et qui faisaient partie de Ta cuirasse.

i 23. La cuirasse ; chez les Romains , les personnages riches portaient la samiula qui était.faite de mailles ou de chaînons, et assez souvent d’écailles<et de laines de fer: alors, dans la partie supérieure , les bandes étaient transversales, elles étaient verticales par le bas ; mais les centurions et les soldats portaient simplement sur la poitrine et le ventre des lames d’airain de douze doigts de largeur. Les cuirasses, suivant les rangs, étaient enriclùes de ciselures, de reliefs et de clous d’or ou d’argent ; c’est pourquoi , hors les jours de cérémonie ou de combat, on les portait recouvertes d’étoffes qui les garantissaient des variations de l’air. Chez les peuples qui suivirent les Romains, les Gaulois, les Germains et les Francs, la cuirasse n’é-

gO. MASÜEI.

tait guère en usage 5 elle ne s'introduisit que peuà-peu dans leurs armées : les rois et les généraux s’eu revêtirent d’abord ; mais ce n’était plus la cuirasse grecque ou romaine, c’étaient des cottes de ^mailles qui couvraient le corps depuis le col jusqu aux je-, noux ; les bras et les jambes restaient libres; mais dans la suite on fit des manches à ces cottes de mailles et on en recouvrit de même les jambes; on nomma cette dernière partie grèves , chausse d armes. Après ces cottes de mailles, ou puur mieux dire, avec ces cottes de mailles qui prirent le nom de auber ou hauber , on mit, dans des tems plus rapprochés de noils, des cuirasses qui n’étaient autres que des bandes de fer poli posées transversalement sur la poitrine, lies simples soldats n’étaient recouverts que d une cotte de mailles moins complète qu’on nommait jacque ; les jambes et les bras étaient délendus au moyen de laisclws , chaînes ou mailles.

1 24- Les cuissots ou cuissarts , les chausses d’armes ou jambières ou devant de grève, les bottines garnies de leurs éperons étaient des parties de l’annure de l’homme de cheval: c’étaient des bandes de fer ou de cuivre articulés, elles n’intéressent plus l’armurier .que sous le rapport de l’historique de son art. L?ensemble de toutes ces pièces composait l’armure des chevaliers, elle était tellement compliquée que les hommes ainsi armés étaient , pour ainsi dire, invulnérables. Dans les batailles ils faisaient un grand carnage des paysans qui n’étaient revêtus que de feutres et dont les meilleurs casques étaient de cuir bouilli. Pour les vaincre, il fallait tuerou couper les jarrets du cheval ; alors on cherchait à délasser le gorgeret pour trancher la tête , ou à trouver le défaut de la cuirasse pour y'plonger l’épée ou le poignard. Aussi les blessures des chevaliers qui avaient le bonheur de n’etre pas démontés se bornaient-elles à des contusions ou des ébranlemens et quelquefois à des blessures au visage par la visière. Dans les tournois et les exercices, on s’appliquait particulièrement à diriger la lance au visage, et les anciens acquéraient à cette manœuvre une adresse que nous n’avons plus de nos jours. Cette manière de s’armer fut suivie en France jusqu’au

DE l’aRIIURIKR. gj

lems de Louis XIII; mais bientôt après, et peu-a-

Îjeu , la lance n’étant plus l’aune ordinaire et les îonunes s’approchant moins dans la mêlée, on abandonna ces armures pesantes qu’on ne pouvait porter que lorsqu’on y avait été habitué d 'enfance.

12.5. Le bouclier, large , rondelle bu rondachc , parois, t a lieras , était arme défensive lorsqu’il n’avait à résister qu’à l’atteinte des traits et des flèches; il parait aussi les coups d’épée et de lance. 11 devint inutile lors de l’introduction des armes à feu; il aurait été trop lourd si on l’avait voulu mettre à l’épreuve de la balle lancée par un fusil, et d’ailleurs occupant un bras , il aurait été un obstacle à la manœuvre du l’usil, qui exige l’emploi des deux mains. Le bouclier a donc été l’une des parties de l’ancienne armure qui ont d’abord disparu. Il serait difficile de remonter au teins où les guerriers commencèrent à l’adopter; tous les héros d’iloinère en étaient pourvus, et l’on peut voir, par les descriptions des boucliers d’Achille et des autres rois grecs, que déjà on les ornait de ce que les arts produisaient de mieux. L’imagination du poète a sans doute chargé le tableau ; car, dans ce que nous voyons dans l’histoire des teins postérieurs , il ne se rencontre rien qui approche de cette magnificence, et , d’ailleurs, le bras de l’homme, quelque vigoureux fût-il, ne pourrait supporter d’aussi pesantes masses. 11 est impossible, non-seulement de décrire, mais même de rapporter toutes les formes différentes qu’il affecta. Chaque nation avait sa forme particulière : chez les Romains, on portait plusieurs sortes de boucliers , scutum était un bouclier ovale, elypeus , un bouclier rond. La largeur du bouclier était de deux pieds et demi ; sa longueur de près de quatre pieds , de façon qu’un homme, en se courbant, pouvait se mettre à l’abri derrière. 11 était quelquefois fait en forme de tuile creuse, et prenait alors le nom d’tmùricala. Les grands boucliers étant garuis de fer par le bas , on y mettait quelquefois deux pointes longues de quatre à cinq pouces, au moyen desquelles on les fixait en terre pour combattre à l’abri. On mettait aussi une pointe de fer au milieu des boucliers ronds; cette pointe servait dans les chocs qui avaient lieu

Dit

•1 MANDE t, .

entre les combatlans. Quant à la matière dont ils étaient construits , elle dépendait de la force de celui qui portait l’arme ; c’étaieut des cuirs de bœuf recouverts de tôle, de cuir bouilli ; le plus ordinairement ils étaient faits avec un bois léger et souple ^recouvert de peau ou de toile peinte, et l’on prétend que c est de celte coutume de peindre diversement les boucliers, que sont venues les armoiries. On porta encore des boucliers jusqu’à l’an i525, depuis lors on n’en rencontre plus ae mention historique. Une ordonnance de Jean V , duc de Bretagne , publiée en cette année , porte ce qui suit « Voulons et ordonnons que

' .des gens du commun de notre pays et duché, en outre les nobles, se mettent en appareil promptement et sans délai , savoir : de chaque paroisse, trois ou quatre, cinq ou six au plus , selon le grand ou qualité de la paroisse ;-lesquels, ainsi choisis et élus, soient garnis

d’armes et habillemens qui en suivent Ceux qui

sauraient tirer de l’arc, qu’ils aient arc, trouve , capeline, coustille, hache ou mail de plomb, et soient armés de forts jaques garnis de laisches , chaîues ou mailles pour couvrir le bras..,, avec ce ayant panier de tremble, ou autre bois plus convenable qü ils pourraien t trouver, et soient les paniers assez longs pour couvrir haut et bas» Or, ces paniers de tremble étaient les boucliers des piétons. On les appelait paniers, parce qu’en dedans ils étaient creux et laits d osier ; 1 osier était couvert de bois de tremble ou de peuplier noir , qui est un bois blanc et fort léger ; ils étaient assez longs pour couvrir tout le corps du piéton.

126. Telles furent à-peu-près les armes défensives dont l’usage a passé ; quant aux armures dont on recouvrait les chevaux , elles consistaient , ainsi que nous l’avons dit , dans le chanfrein et les flancois. JS os lecteurs ne seront pas fâchés de trouver ici 1 extrait de vieilles chroniques, qui leur donnera une idée superficielle , mais suffisante , de ces armes maintenant inusitées. Les chevaux lurent d’abord couverts de cuir et quelquefois d’une housse de mailles ; dans la suite , fin mit seulement du fer pour garantir la tète, et l’on revêtit les flancs de cuir bouilli. On voit de ces ohe- ▼aux bardés dans les anciennes tapisseries et dans

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quelques bas-reliefs de vieux monumens. Cesinard dit qu’en l’an 1298 les chevaux de bataille étaient revêtus de couvertures faites , comme les haubers, en' mailles de fer, mais cela n’était pas général. Par une lettre de Philippe le Bel, du 20 janvier i5o3, au bailli d?Oriéans, il est ordonné que ceux qui avaient 5oo livres de revenu en terres aideraient d’un gentilhomme bien armé et bien monté d’un cheval de 5o livres tournois et couvert de couvertures de fer ou couvertures de pourpoint. Et le Roi Jean, dans ses lettres d’août i353, écrit aux bourgeois et aux habitant» de Nevers, de Chaumont en Bassigny et autres villes , qu’ils eussent à envoyer à Compïègne, à la qninzaine de Pâques, le plus grand nombre d’hommes et de chevaux couverts de mailles , qu’ils pourraient, pour marcher contre le roi d’Angleterre. 11 est fait mention de cette ajmure dans une ordonnance de Henri II : «Ledit homme d’armes sera tenu de porter arme petit et grand, garde-bras, cuirasse, cuissots, devant de grèves, avec une grosse et forte lance ; il entretiendra quatre chevaux et les deux de service pour la guerre , dont l’un aura le devant garni de bardes avec le chanfrein et les flancoist et , si bon lui semble, aura un pistolet à l’arçon de la selle. Les seigneurs ornaient souvent ces flancois , qui étaient de cuir bouilli , de leurs écussons. Les rois les semaient de fleurs de lis ou d’armoiries de pays conquis.

127. Le chanfrein était de métal ou de cuir bouilli ; il couvrait la tête du cheval par devant; c’était comme une espèce de masque qu’on y ajustait. Sur le milieu d’un chanfrein , conservé dans le musée d’artillerie à Paris, et qui est de cuir bouilli, se trouve un fer rond et large et qui se termine en pointe assez longue ; c’était pour percer tout ce qui se rencontrerait ]et tout ce que la tête du cheval choquerait. L’usage de cette armure du cheval était contre la lance, et, depuis, contre le pistolet. Les seigneurs français se piquaient fort de magnificence sur cet article. Il est rapporté, dans l’histoire de Charles VII, que le comte de S’-Pol, au siège de Harlleur, l’an i449j avait un chanfrein à son cheval de bataille estimé trente mille écus ; il fallait qu’il fût non -seulement d’or, mais encore mer-

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veilleusemcnt travaillé. 11 est -encore marqué, dans % lliistoire du même roi, qu’après la prise de Bayonne par l’armée de ce prince, le comte de Foix, en entrant dans la place, était monté sur un cheval dont la tète était couverte d’un chanfrein d’acier, garni d’or et de pierreries que l’on prisait quinze mille écus d’or; mais communément ces chanfreins n’étaient que de cuivre doré ponr la plupart , ou de cuir bouilli , ainsi qu’on le voit par un compte de i3i6 à la chambre des comptes de Paris, où il est dit, entre autres choses , •étant deux chanfreins dores et un de cuir. On trouve , dans le traité de la cavalerie française de M. de Montgommeri, qu’on les donnait encore de son tems , c’est-à-dire, du tems de Henri IV. La principale raison de cette armure des chevaux n’était pas seulement de les conserver et d’épargner la dépense d’en acheter d’autres , mais c’est qu’il y allait souvent de la vie eide la liberté du gendarme même ; car, comme ces gendarmes étaient très-pesamment armés, s’ils tombaient sous leur cheval tué ou blessé, ils étaient eux-mêmes tués ou pris , parce qu’il leur était presqu’impossible de se tirer de dessous le cheval. Cette àrmure du cheval a cessé d’être en usage lorsque la .lance dont elle était destinée à parer les atteintes a été elle-même abandonnée.

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