‹ Manuel de l'armurier, du fourbisseur et de l'arquebusier, ou Traité complet et simplifié de ces arts formant une encyclopedie des sciences et des artsChapitre 24 sur 87 · J 10 MARCEL · texte numérisé non relu

J 10 MARCEL

i®. Les pièces en fer et en cuivre n’auront ni soufflures, ni gerçures, ni travers, nuisibles à leur solidité ;

•°. Les montures et garnitures seront limées et ’ polies convenablement , ainsi que les fourreaux en tôle ; ...

3°. Les battes des cuvettes des sabres de cavalerie feront bien ressort pour qu’elles retiennent convenablement les lames dans les fourreaux sans endommager ces lames ;

4®. Les rivets de la poignée du sabre d’artillerie fieront bien ajustés , et ils entreront exactement et même de force dans les troos de la soie : les logemen» de ces rivets dans la poignée seront légèrement fraisés à l’intérieur, afin que le métal ne soit pas endommagé. La rivure de la soie ne sera faite qu’après celle des rivets ; la lame du sabre sera bien retenue dans son fourreau au moyen de la pièce en buffle qui est adaptée intérieurement dans la chape.

5°. Les fourreaux en cuir seront solidement cousus,' les bouts et les chapes bien ajustés , collés et épinglés ;

6°. La distance entre les bracelets des sabres de cavalerie sera exactement déterminée pour que la position de ces sabres ne' soit point gênante ;

7°. Les coquilles porteront bien sur les épaulemens, les talons des lames, et les cuvettes s’ajusteront bien fiur les fourreaux.

8°. Le trou carré de la soie sur la coquille aura les mêmes dimensions que la soie près du talon : s'il était plus large ou plus long, on serait obligé de mettre des éclisses pour que rien ne puisse balotter dans la monture , il en résulterait moins de solidité.

•9°. Les soies seront rivées sur les boutons des pommeaux, ou calottes, de façon que leurs extrémités soient rabattues en forme de goutte de suif pour retenir solidement sur elles toutes les pièces qu’elles enfilent.

io°. Enfin toutes les pièces auront la solidité et le» proportions des modèles.

Il ne nous reste plus à parler que des changçmens survenus dans les dimensions données«dans le tableau ci-dessus (>36) en y ajoutant quelques mots sur le»

PB l’a RMLHfEH. 111

C nignées , les fourreaux , les baudriers et ceinturons.

es armuriers doivent avoir une connaissance générale de cette matière , encore bien qu’elle soit plus directement l’objet de l’étude du ceinturounier et du gainier.

Sabres des officiers d’infanterie .

Lames dites à la Montmorency , mais n’ayant que o uièt. 7580 ( 28 pouces de longueur.) et o met. oao3 ( 9 lignes ) de flèche : fourreau en cuir garni d’une chape et d’un bout en cuivre doré , garde et calotte en cuivre doré et ciselé. Cette garde est formée d’une petite coquille , d’une branche principale et d une autre branche s’ajustant sur la première. vers le milieu de la longueur de celle-ci. Poignée en bois recouverte de peau de veau chagrinée et garnie d’un filigrane d’argent doré. Le poids total du sabre est un kilogr* ( a liv. 6 gros ) et son prix d’environ 3 1 fr.

Sabres des officiers de cavalerie.

Les lames sont les mêmes que celles des sabres dé troupes : elles sont seulement plus légères- et d’un poli plus brillant. Les montures sont en cuivre ciseléet doré ; leur forme est la même que pour les soldats, sauf les ornemens qui les embellissent : les poignées sont en bois , recouvertes comme celles des sabres des officiers d’infanterie ; les fourreaux sont en tôle d’acier, leur garniture en fer, à l’exception des battes do cuvettes qui sont en acier. Le sabre de cavalerie de ligne coûte 5o fr. : il pèse 4 livres 7 onces , sa longueur totale est de 1 met. 1 865 (43 pouces 10 lignes).

Le sabre d’oflicier de cavalerie légère coûte 60 fr. % pèse 1 kilog. 5ioi (3 livres 11 onces 7 gros) : sa longueur est de 1 met. io53 (4o pouces 10 lignes ).

Sabres do troupes. Infanterie de ligne, infanterie légère » vétérans. *

Infanterie. — modèlb 1816. — Lame cintrée de y lîg. de flèche, nonevidée* longueur 22 pouces, fourreau en cuir garni en cuivre laminé, garde et poignée eoulées d’uue seule pièce : il coûtait en 1820 8 fr. et

113 M ANCKIi

posait i kil. 34o (2 livres 11 onces 6 gros) ; longueur totale avec le fourreau mesuré en ligne droite o mètre j6o ( 28 pouces 5 lignes ).

Il se porte au moyen d’un baudrier en buffle. A l’extrémité de la bande qui passe derrièie le corps est enté , au moyen d’une couture, le coulant du sabre formé d’un morceau de buffle ployé, chair contre cbair. I/’extrémité inférieure du coulant est taillée en sifflet, la partie la plus longue est opposée à la couture.

A la partie supérieure du dessus du passant est pratiquée une enchapure pour retenir une grande boucle de cuivre à deux ardillons mobiles destinée à fixer le bout de la bande qui passe devant le corps. Sur le dessus du coulant, à i5 lignes et demi du bord de l’ouverture, est placée une petite boucle en cuivre avec ardillon, elle est fixée au moyen d’une enchapure en buffle : cette enchapure porte un passant en buffle ; cette boucle et ce passant sont destinés à recevoir le^ contre-sanglon de la chape du fourreau de sabre.

Sabres d' artillerie , du génie et du train.

Lame à deux tranchans , soie plate, longueur 18. pouces, fourreau en cuir fort, garni en cuivre laminé ; monture composée d’une croisée et d’une poignée en cuivre coulées ensemble ; pommeau symétrique des deux côtés de manière à pouvoir s’en servir avec une égale commodité dans le sens des deux tranchans. Prix 10 fr. 65 cent. ; il pèse 2 livres 11 onces 1 gros j longueur totale o,65o ( 2 pieds ),

Baudrier de même que celui ci-dessus; mais le sabre du train se porte au moyen d’un ceinturon de buffle composé de cinq pièces : la grande bande , a° le

passant du sabre, 3° la bande d’entie-deux , 4° l*t bande d’assemblagè , 5° la petite bande.

Sabres de cavalerie de ligne , carabiniers , cuirassiers * , • dragons ,

IfODfetE 1816, — Lame droite, à deux gouttières , de 36 pouces ri lignes 3 points de longueur , fourreau en tôle d’acier sans fût eu bois ; la Uuvétte faisant ressort sur la laine ; garde et calotte en cuivre , poignée en bois, ficelee et recouverte de peau de veau poircie et

recouverte de filigrane en laiton : coûtait, en 1821, 25 fr. 57 cent. ; pèse 5 liv. , longueur totale 43 pouces 10 lignes. , . %

Ceintûron en buffle composé de trois bandes , une longue et deux courtes.

Sabres de cavalerie légère , chasseurs , artillerie à cheval.

modèle si8i6. — Lame courbe, flèche 25 mètres (il lignes), point d’évidement, le dos en baguette arrondie, longueur 54 pouces 4 lignes 5 points ; fourreau en tôle d’acier, sans fût, avec cuvette faisant ressort ; garde et calotte en cuivre avec poignée comme celle des modèles précédons : coûte environ 20 fr, 84 cent. ; pèse 4 livres 7 onces 2 gros, longueur totale 1 met. io5 (4o pouces 10 lignes).

Ceinturon en buffle de trois bandes dont une longue et deux courtes réunies par deux anneaux qui portent deux bélières , l’anneau de gauche portant le crochet de trousse-sabre,

. Sabres des Hussards. 4

modèle de l’apî il. — Lame cambrée de 26 lignes de flèche , longueur 5o pouces , pesant 1 livre 5 onces , fourreau en bois recouvert en cuir noir, chape et bout très-grand en cuivre laminé ; sur la chape et sur le bout sont brasés deux pitons dans lesquels passent deux anneaux mobiles. Poids du sabre complet 3 liv. 10 onces.

Le ceinturon diffère de celui des chasseurs en co que la bande intérieure est divisée er; deux morceaux égaux réunis -au milieu par un grand anneau. Le ceinturon du hussard a trois grands anneaux destinés à soutenir chacun une des courroies de sa sabretache.

i48. Bayonnetle. On appelle ainsi une lame courte à trois arrêtes qui se place au bout du fusil au moyen d’une douille et d’un étoquiau soudé sur le canon n*ènie. ies premières furent inventées à Bayonne, d’où leur vient leur nom : elles n’eurent pas dans le |#incipe la forme qu’elles ont aujourd’hui, c’était tout, simple-

lli MANURL

nient un morceau de fer pointu (Voyez pi. a , fig. iS) ayant par le bas un tenon arrondi et ajusté dans le canon du fusil. Depuis, cette arme a reçu des perfectionnemens successifs ; les Anglais ont eu long-tetns de longues bayonnettes dont le fertond était applati par le bout et terminé en fer de lance : ils ont abandonné cette méthode , et maintenant les bayonnettes de presque toutes les troupes sont faites sur le modèle français : nous allons rapporter ce que nous trouvons de consigné sur sa fabrication, sans y joindre aucune observation. v

. i4g. La bayonnette est composée de fer et d’aciçr y la douille et la virole sont en fer ainsi que le coude , là lame est en acier. Dans la fabrication oq reconnaît déux états distiocts de l’arme : on la dit noire lorsqu’elle sort des mains du forgeur, on la dit blanche lorsque le limeur, le trempeur, l’aiguiseur et le polisseur l’ont terminée.

L» douille sert à fixer la bayonnette sur le canon du fusil, elle en embrasse l’extrémité et elle y est retenu» par un tenon brasé sur le canon même. La virole port» unC échancrure intérieure qui, lorsqu’elle correspond avec l’entaille de la. douille , permet au tenon de parcourir cette entaille jusqu’à ce que la virole se trou veau-dessous de lui : si alors on tourne la virole, le tenon se trouve pris et par conséquent la bayonnette fixée.. Pour la retirer , en la poussant vers le bout du canon , on doit d’abord remettre la virole dans sa première position. Le forgeur de douilles n’a pas besoin d’un grand nombre d’outils : sa forge , son soulllet , son enclume , etc. , .sont à-peu-près semblables à ceux du forgeur de lames de sabres , mais tous dans une proportion moindre. Le manteau de la cheminée est à six décimètres de l’àtre; c’est avec le pied que le compagnon et quelquefois le maître forgeur font mouvoir le suufilet. ün emploie la houille grasse de première

Sualité, la consommation est de 100 kilog. pourcent ouilles. Son tas du poids de 5o kilog. est travers»» par qp mtkudrin arrondi et légèrement conique qui y est. fixé et qui sert à souder la-douille ; il doit encontre avoir tuteurs sous la main un calibre pour vérifier à mesure les dimensions des differentes parties de sot*

DE L*ARUGR1ER» tl& .

•uvragc, et un tranchoir emmanché qu’il pose dana l’occasion sur la pièce et sur lequel frappe le compagnon pour en retrancher le superflu. s

Il doit avoir' aussi trois mandrins d’acier de 3 décim. de long qu’il puisse tenir à la main par une des extrémités qui est taillée à huit pans ; l’autre extrémité est ronde, un peu conique et trempée : ils servent à façonner l’intérieur de la douille. Ils se suivent de diamètre : le plus petit porte au petit bout près d’un centimètre sur 18 millimètres ( 5 lignes sur 8 ) au plus gros du cône ; le second 17 mUlim. sur 22 ( 7 üg- 1/2 sur 9 lig. 1/2 ) , et le troisième 18 millim. sur 22(8 lig. sur 9 i/a) ; il lui faut aussi une petite balance pour peser les pièces, bien que la grande habitude apprenne à s’en passer;, de plus, un poinçon à sa marque, quelques limes et un étau de limeur pour son compagnon.

Le forgeur de douilles a sept étampes de dessous qui se placent successivement et à coups de marteau dans les rainures de l’enclume. 11 n’y en a que quatre de dessus que le maître tient d’une main par le manche en bois qui les traverse ; il donne à la pièce qii’il tient de l’autre main un mouvement de rotation en la maintenant entre les deux étampes , tandis que le compagnon frappe vivement sur celle de dessus avec son marteau à deux tètes. La première paire d’étampes sert à arrondir, avant qu’elle soit courbée, la partie qni deviendra le coude de la bayonnette. La seconde est i simple ; elle sert à chanfreiner les deux bords de la

fiartie qui doit, en se repliant et en se sondant, former a douille. La troisième est également simple , elle est creusée en gouttière et sert à rouler la douille. La quatrième sert à former l’orifice supérieur de la douille. Pour ceLa, le maître y introduit un mandrin qu’il engage en même tems dans l’étain pe en plaçant le coude de ta douille dans l’échancrure du bout del’etlclujnc. Les trois autres étampes qui ont toutes des dessus servent à former le bourrelet de la douille , à en arrondir la surface extérieure , tandis que le mandrin l’arrondit à l’intérieur.

•i.5o. Le travail qui se fait à l’aide de ces outils su divise en quatre époques distinctes dont la première u’exige qu’une chaude ; chacune des trois autres ea

• U G MANUKt

exige plusieurs. L’échantillon de fer , qni doit être d© la première qualité, est de 4 centim. de large sur 17 è îcjiniljim. d’épaisseur. Un forgeur aidé de son com-> pagnon forge ordinairement 36 douilles dans sa journée ) il lui faut, pour cela, de 12 à »3 kilog. de fer , à trois douilles environ par kilog. 11 place à la fois trois barres au feu par l’une de leurs extrémités ; celle qui est près d» vent de la tuyère étant toujours chaude la

Ïuemière est ausssi la première travaillée : quand on a tire du feu on la remplace par sa voisine et ainsi de suite.

Première époque du travail. L’extrémité de la barre étant chauffée au blanc, le maître la porte sur l’enclume oh il la forge avec son compagnon sur environ trois centimètres (un pouce et quelque chose), pour porter cette'longueur au double en l’équarrissantet la réduisant à i5 millimètres (7 lignes) sur chaque face ( c’est ce qu’on nomme étirage ) , ensuite , et pendant que le fer est chapd , cette même partie est arrondie ehtre deux étampes, n° i*r, en réservant un bout d’environ 18 mil 1 i ni . ( 8 lignes ) qui doit servir de masse et d’amorce pour souder la lame. On coupe avec le tranchoir la quantité de fer qu’il faut pour former la douille - «et le maître s’assure , en la pesant , que le poids s’y trouve. Mais, avant de la détacher delà barre, il porte la partie qui viwit d’être étampée dans l’échan- ♦ cruro de l’étau à chaud dont nous avons parlé ( i3a ) où elle est saisie , la masse dirigée en dessous ; alors , baissant, de séparer les deux pièces par des mouvemens en sens contraire , il égalise avec le marteau les deux épaulemens du côté de la douille en les faisant porter sur les mâchoires de l’étau. Ce premier travail se trouve ainsi terminé. La pièce est retirée de l’étau et jetée à terre pour refroidir. On continue à faire des pièces semblables.

Deuxième époque du travail. La pièce précédente étant saisie avec une tenaille à boucle par la masselotte est chauffée â blanc dans toute l’étendue de la plaque qui doit former la douille, et le maître, aidé de son compagnon , la forge sur l’encluinc ; forme le coude et donne un commencement de courbure à la ^plaque elle-même ; alors le coude étant de. nouveau

DE L ARMORIER.

saisi dans l'échancrure de l’étau, le compagnon frappe de la tète de son marteau à panne sur le dos de la courbure de la plaque, d’abord, un peu de biais pour amener de la matière en dehors du pied du coude, ensuite il frappe d’aplomb pour aplatir la plaque. Dans la deuxième chaude, on continue à préparer la plaque qui doit former la douille, en réservant , au travers du milieu, de la matière pour former lè bourrelet qui sera l’embase de la virole. On en réserve aussi aux deux angles qui se trouveront à la partie inférieure de la douille, parce que ces deux angles rapproches, quand on roulera et soudera la plaque, formeront l’éminence dans laquelle on doit pratiquer le pontet qui sert de passage au tenon du fusil.

Lachaude suivante n’est donnée qu’au rouge-cerise ; elle n’a pour objet que de chanfreiner les bords de la plaque pour les disposer à être soudés : celte opération se fait , ou directement sur l’enclume, pu sur l’étampfe. La pièce remise au feu et chauffée au rouge-cerise, il s’agit de rouler la plaque pour lui donner la forme de douille. A cet effet , le forgeur porte la pièce dans les mâchoires à demi-ouvertes de l’étau , et donne quelques coups de la panne de son marteau au travers de la plaque, et la fait plier ; il porte la pièce sur l’enclume, et continue de l’arrondir avec la tête de son marteau , en y passant le plus petit de ses mandrins , et ayant soin de faire croiser les bords chanfreinés d’environ 18 millimètres (8 lignes ) , il finit cette opération sur l’étampe, et laisse la pièce se refroidir dans cet état pour être continuée dans la troisième époque du travail.

Troisième époque. Trois chaudes suantes sont, employées à souder la douille : la première pour souder l’extrémité supérieure, la deuxième pour l’inféiieure, et la troisième pour compléter la soudure ; c’est ^ forgeur seul qui fait cette opératiou,en passant chaque fois la douille surde mandrin que porte le tas , comme sur une bigorne, pour rapprocher, à petits coups, les deux parties qu’il s’agit de souder. Il passe le second mandrin à main dans la douille , et laisse le travail dans cet état pour çoutinuer à souder les autres douilles.

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Quatrième époque. La douille se trouve terminée dan» cette dernière division du travail. Il s’agit de porter le corps de la donille à sa longueur et d’y façonner le bourrelet , d’en bien dégager le coude, et de former l’éminence qui deviendra le pontet. La pièce, chauffée au demi-blanc , est mise et frappée entre les étampes qui doivent former le bourrelet. Avant cela , on a eu soin d’introduire dans la douille le mandrin à main de moyenne grosseur. Les trois chaudes suivantes ont le même objet, en faisant, à la dernière , passer le plus gros mandrin et façonnant le pontet. La troisième et dernière chaude n’a pour objet que de recuire la pièce , qui , ayant subi un martelage continu , serait trop dure pour l’opération de Yalésage. Les deux orifices de la douille étant dressés à la lime , le maître applique son poinçon au coude et livre au magasin.

Dans les ateliers du Gouvernement , le contrôleur des armes noires examine l’intérieur de la douille pour s’assurer si la pièce est sans défaut dans cette partie % ou si les défauts qui y restent sont dans le cas d’être emportés par l’alésoir. 11 examine ensuite si chaque partie a la forme et la dimension prescrites. S’il s’y trouve des défauts irréparables, il met la pièce au rebut. Lorsque le défaut peut se réparer , il fait sur l’endroit, à la craie ou avec son marteau , une marque convenue qui indique son espèce. Les pièces de rebut sont cassées ; celles qui peuvent se réparer sont re~

{mrtées au maître , qui y fait le travail nécessaire , et es soumet de nouveau à l’examen du contrôleur. Les douilles reçues sont marquées à froid , sur la masselote , du poinçon du contrôleur.

1 5 1 . Alésage des douilles. On passe dans chaque douille six alésoirs différens ( Voyez 8a , 84 , 85 , 86 ) , depuis le diamètre de i4 millimètres jusqu’à 22, au p^ustgros bout. Deux enfans, l’un empioié à mettre ae l’huile et l’autre à faire mouvoir le chariot qui porte la douille, en alèsent 200 dans la journée, après cette opération, elle passe encore à l’examen du contrôleur qui applique son poinçon au coude des douilles loi-squ’il les trouve définitivement bonnes.

i5a. Fabrication des lames. Il faut au forgeur de lames de bayonnettes une forge à-peu-près semblable

• DE I/A R MD RI K R. lig

. ù colle du forgeur de douilles et outillée de même à l’exception des étain pes qui sont différentes et en plu» petit nombre. Il n’en faut ici que deux de dessous dont une sert à former l’épaulement de la lame à sa base, et l’autre à mouler l’arête du dos. Les dessus son\ des chasses emmanchées ( frayez 10 § 8, èlampes ) dont la convexité de la tête est plus ou moins forte alin de pouvoir varier la courbure de la concavité de la face opposée. L’acier employé à cette fabrication est le même que celui employé pour la fabrication des lames de sabres. (i38) Le calibre le plus convenable est de 4 a iS millimètres , il en faut a hectogrammes (6 onces et demie) pour chaque lame ; et, comme un forgeur peut en faire et souder trente-six à quarante dans sa journée, la quantité à lui fournir par jour sera de sept et demi à huit kilogrammes ( i5 à 16 livres. )

Procédés du forgeur de lames. Son travail se divise en neuf parties, nombre des chaudes qu’il est obligé de donner pour Gnir une lame. Plusieurs baguettes d’acier sont mises au feu à-la-fois, et il prend toujours celle qui est la plus près du vent aussitôt qu’elle est suffisamment chaude pour son opération. Dans la première chaude, il étire l’acier , prépare l’amorce qui doit être soudée à la masselotte de la douille et coupe le morceau d’environ a décimètres (7 pouces) destiné à faire une lame, c’est ce qu’on nomme une n taquelle; le compagnon les pèse et en fait trois tas, l’un de celles qui pèsent juste 2 hectogrammes (.6 onces), un autre de celles qui pèsent un peu plus, et le troisième de celles qui pèsent moins. Les douilles étant distribuées de la même manière, les maquettes légères sont mises avec les plus fortes douilles et vice versA, de sorte qu’il en résulte une espèce de compensation qui amène chaque bayonnette à avoir le poids exigé, bien que chaque élément ne fût pas exactement juste.

La deuxième chaude a pour objet de faire la sou- # dure ; à cet effet les deux pièces sont chauffées ensemble, et, quand la chaleur est jugée suffisante, le •naître prend une pièce de' chaque main et les applique 1 iine sur l’autre sur l’enclume» le compagnon frappe aussitôt à petit# coup# et vite jusqu’à ce que

120 MAffUKf, • .

la soudure soit faite. Alors on forge carrément . en viroto le tiers de la 'longueur de la lame : dans ce moment, engageant la douille et le coude dans le dressoir fixe, et avec le tomne-à-gauchg à main que le maître applique tout près, il tord la maquette de manière à placer un des angles vis-à-vis la douille. Cet an^le, par la suite du travail, se trouvera applati,mais l’angle opposé formera l’arrête du dos de la lame. On commence de suite sur l’étampe, disposée pour cela, à former la base de la lame en appelant, par des coups de marteau donnés de biais, de la matière aux angles.

A la troisième chaude on finit d’étirer carrément le reste de la lame.

. Les quatrième et cinquième chaudes sont employées à former sur l’étampe l’arrête .du dos de la lame depuis la naissance jusqu’à la pointe. On ne fait point encore usage des étampes de dessus; c’est au marteau frappant directement qu’on exécute ce travail. On a soin de graisser souvent l’étampe avec de l’huile de navette et du saindoux et de nettoyer avec une lame aiguë l’angle rentrant du fond de l’étampe.

A la sixième chaude oh perfectionne le travail précédent , en appliquant successivement les quatre dessus d’étanppe qui doivent former la concavité de la face intérieure; s’il se découvre quelque paille on aura soin de les retirer avec la lime ou le burin avant d’appliquer le dernier étampage.

Les septième , huitième et neuvième chaudes , sont employées à perfectionner le travail et à parer l’ouvrage avec la plus petite etampe. Toutes les hunes terminées de cette manière sont portées au magasin pour y être examinées une à une par le contrôleur des armes noires qui applique son poinçon sur celles qu’il juge préférables.

• , i53. Trtimpc. Nous rappelons ici sommairement quelques-unes des propriétés de l’acier auxquelles il faut faire attention quand on trempe. Si un acier est mal affiné ou d’un grain inégal , il se tourmentera à la trempe et sa dureté ne sera qu’accidentelle. Un morceau d’acier cbauifé inégalement, fût-il d’ailleurs 4e la meilleure qualité, ne prend pas une égale dureté à - U trempe. Du bon acier chauffé à un degré conve-

DE l’aRMCHIER. 1 21

nabi e, découvre à la trempe, et prend de la couleur au recuit. Celui qui n’a été blanchi ni à la meule, (1) ni à la lime prend successivement en s'échauffant les couleurs suivantes ( Voyez 1 43 et 1 44 ) , i° le jaunâtre, couleur de paille, a° le bleuâtre, 3° le grisâtre cendré. On arrête le recuit au degré qù’on veut, en retirant la pièce du feu et la plongeant dans l’eau : c’est d’après ces propriétés que le trempeur en général se dirige.

Dans le cas dont il s’agit le trempeur doit avoir une forge large au moihs de cinq pied^en tous sens, recouverte pour plus de propreté de tables de fer fondu. La tuyère, quiestenjcuivre rouge, a son orifice en demicercle afin de donner au foyer une grande étendue. Le trempeur ne se sert que de charbon de bois de hêtre {Voyez 1 4 1 9 i43)* La consommation de charbon est d’un panier d’un mètre cube pour cent bayonnettes. Il peut en tremper 3oo par jour. L’auge dans laquelle il plonge les lames a deux mètres de longueur sur trois décimètres environ de largeur et 65 centimètres de profondeur; il lui faut d’ailleurs les autres accessoires dont nous avons pqrlé plus haut pour la, trempe des lames de sabres.

La bayonnette étant bien dressée, le trempeur la présente au feu, la douille en haut ; il lui donne des motivemens d’avant et arrière pour que la chaleur se * répande partout également sur la lame. Quand elle est à son point de chaleur, rouge cerise, il la retire, et passe deux fois l’arrête du dos dans les écailles d’a» eier mouillées dont nous avons parlé (i45) qui se trouvent amoncelées sur une petite planche placée auprès de l’auge. Alors il plonge la lame dans l’eau en lui conservant la même position où elle se trouve,

( 1 ) Ceci est contre l’usage reçn pour faire revenir la trempe, et , afin d’avoir des couleurs plus vives, plus franchies plus appréciables , on éclaircit l’acier. Dans le cours de cette démonstration , il y a plusieurs choses de peu d’importance qui ne sont pas conformes à l’observation journalière ; mais nons aurions trop risqué en cherchant h changer une démonstration d’ailleurs très-bien faite et sur des matières qui nous sont en partie inconnues ; peut-être la qualité de l’acier, peut-être cette sorte de fabrication exigeaientelles qu’il en soit ai w si,

133 / MARCEL

l’arête du dos en bas , en commençant par la pointe et tirant à lui.

Si l’acier découvre, il recuira jusqu’il la couleur bleuâtre , sinon il ne recuira que jusqu’au jaunâtre couleur de paille; mais, comme cela indiquerait un acier faible, il chaufferait la pièce suivante un peu plus, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il ait atteint le degré de chaleur qui mettra la pièce dans le cas de bien découvrir , et c’est à ce degré qu’il se fixera pour toutes les autres pièces, qu’il recuira alors jusqu’au bleuâtre. On ne recuit jusqu’au grisâtre cendré que les aciers d’une dureté excessive. La bayonnette étant trempée, il s’agit de la recuire. La bonne méthode pour cela est de ne passer la lamé que sur le charbon allumé et non pas au travers. Le trempeur la retire aussitôt que la couleur qu’elle a prise lui paraît être celle qui convient. Si elle s’était tourmentée il la redresserait pendant qu’elle est chaude au moyen d’un marteau à panne et sur une enclume.

1 54- Aiguisage. Ce travail se divise en trois teins, l’aiguisage à la meule , le polissage à l’émeri et le brunissage au charbon. 11 faut distinguer aussi le travail particulier à faire sur le dos de la lame et sur sa face extérieure. L’aiguiseur opère ordinairement sur cinquante ou soixante bayonnffttes qui doivent être l’ouvrage de deux journées de lui et de son aide.

11 commence par mettre lalame à la longueur juste* en usant la pointe sur l’un des côtés plats de la meule, il aiguiscra-eu travers et carrément les deux bords de la lame ; il blanchit l'arête du dos et forme la pointe en usant les trois faces, il ne manque pas de vérifier les largeurs en présentant au foureau. Il passe à la meule canelée pour aiguiser en long sur les canelures le creux du dos et les pans de la lame, en observant la courbure de chacune de ces parties. Il termine ce travail tant sur les faces du dos que sur la face intérieure, * en travers, sur des meules d’un très-petit diamètre qui, toutes, sont mues par un moteur quelconque, {Poy. •i45 et les fig. 5a— 61 de la planche a), quand les pièces s’échauffent trop il les plonge dqns l’eau.

1 55. Le polissage se fait à l’émeri sur une grande meule de bôis de 80 centimètres environ de diamètre

DE l’aBMURIEH. I2j

qui porte sur son champ les cannelures nécessaires pour enlever l’huile de dessus la pièce. Le polisseur la saupoudre de sable fin ou de cendre et la passe à see sur les cannelures de la meule.

i56. Le brunissage se donne également sur une grande meule de bois disposée à cet effet. On frotte sa circonférence en mouvement avec un charbon d’aune ou de hêtre , et on polit ensuite a^’ec l’agate ou la pierre de sanguine dure. Tout ce travail étant terminé, chaque pièce est soumise à l’examen du contrôleur d’armes blanches qui applique son poinçon sur celles qu’il juge bonnes.

1 5 y. Firotc et vis. La virole est faite avec de la verge de fer mâché au martinet du poids d’environ un kil. la verge d’un mètre 336 millimètres ( 4 pieds ). Une virole se forge en cinq chaudes , ordinairement par les ouvriers limeurs. Dans une chaude, le même ouvrier forge ffuatre vis.

11 reste, pour terminer la bayonnctte, à limer la douille , la virole et la vis. Ce travail n’a rien de particulier ; il s’exécute par des limeurs ordinaires en observant d’imiter rigoureusement le modèle de chaque chose : on commence par faire rougir les douilles pour enlever l’huile qui a pu s’y attacher pendant le polissage de la lame , et pour adoucir la matière. Pour pratiquer l’entaille , on commence par entamer dans l’éminence réservée pour le pontet l’échancrure qui doit donner passage au tenon , et on continue à faire l’entaille avec un burin et un mandrin armé d’une échoppe de la grosseur même du tenon. Une bayonnctte finie doit peser à-peu-près neuf onces.

Epreuves de l’épée , du sabre et de la bayonnette .

i58. L 'épreuve de l' èpce se fait par le pli, en fixant la pointe dan» une planche posée à terre , et en t&urbant violemment la lame ; la courbure doit présenter l’aspect duj'i si elle arvait lieu au-dessus de la pointe plus qu’à cette pointe même , cela serait une preuve que la lame n’a pas été bien filée , ou qu’elle a été inégalement trempée ; après avoir fdié dans un sens ou plié dans l’autre , la secousse que donne la lame au poignet en se redressant doit être vive et forte.

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la lame doit redevenir parfaitement droite lorsque la pression a cessé ; un beau poli bien pur est une prévent ion favorable de la qualité de l’acier qu’on ne peut d’ailleurs parfaitement reconnaître que lprs de l’aiguisage. Cependant, si l’épée, frottée contre les pavés,, fait jaillir de vives étincelles, on peut estimer qu’elle a été faite de bonne matière.

15g. L'épreuve ae la bayonitette se lait en prenant la lame à là' main, et en frappant de la douille, tantôt d’un côté , tantôt de l’autre , contre un billot de bois dur planté en terre.

160. Toutes les lames de sabre , excepté celles d’ar-< tillerie à pied, d’artillerie à cheval et des grenadiers, subissent deux épreuves. On les plie dans les deux sens opposés d’une quantité convenue, et on les fouette sur le billot. Les trois sortes de lames courtes dont il vient d,’être question ne subissent que la deuxième épreuve. Four plier les lames longues , on les piqne à terre sur une planche, comme nous venons de le dire en parlant des épées, on les tient un peu inclinées, ou appuie, doucement et on examine si la courbure est régulière et suit depuis la pointe jusqu’à la base sans former de, jarret, on pousse la courbe bien plus fort que dans l’épreuve des épées , et jusqu’à ce que la flèche ait de a4 à 27 centimètres. Cette latitude qui laisse quelque chpse d’arbitraire n’a aucun inconvénient dans les mains des contrôleurs dont la grande habitude tient lieu de méthode. L’amplitude de la courbure n’est pas la seule chose à régler dans cette épreuve, la vitesse dti mouvement et son uniformité sont aussi des éléme'ns essentiels. Après avoir plié la lame dans un sens on la plie dans l’autre. 11 faut qu’elle revienne parfaitement droite et ne se brise point.

Le. billot sur lequél on fouette les lames est de bois de cm ène très-uni , c’est un cône tronqué de>84 centimètres de haut portant à sa base 49 centimètres environ et 3a centimètres et demi à sa partie tronquée. Le contrôleur é 1 an t debout devant ce billot donne à sa lame une inclinaison de 45 degrés au moment où il frappe. Patn %s lames longues il faut que la pointe aille toucher' le billot; mais pour les lames courtes il o’y a pas d’autres règles que de frapper à tour de bras.

de l'armurier. ïa5

On répète cette épreuve deux Ibis de chaque côté pour chaque laine, et l'on peut compter, s’il y a quelque défaut caché ,#qu 'il sera éécouvert.

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