IV
161. Le poignard n’est plus une arme de guerre pour les nations de l’Europe, nous en parlerons dans la 4- partie (armes de fantaisie). Les Turcs, et les peuples d’Asie et d’Afrique , font encore un usage fréquent du poignard, ils en portent à lame de damas avec des poignées enrichies de perles et de diamans; • mais il n’est pas probable que les armuriers français pour lesquels nous écrivons soient appelés à en fabriquer, ce serait d’ailleurs pour eux la moindre' dés choses, remplacez la douille d’une bayonnette par une soie èt vous aurez la lame d’un poignard. Aiguisez un tronçon d’épée et vous aurez encore un poi-
gnard , on en trouve d’ailleurs de tout fabriqués dans <
le commerce de la quincaillerie qui se vendent aux graveurs sous le nom de gratloirs; ces outils qui ont quatre côtes évidées et tranchantes sont les poignards les pluseflïayans qu’on puisse imaginer. Nous donnons, »
fig. 29, pl. 2, le dessin d’un poigna™ antique qui pourrait servir de modèle, s’il en était demandé pour le théâtre , et nous renvoyons, pour le surplus , à la quatrième partie. • .
162. La lance est l’armele plus anciennement connue, elle n’a jamais été totalement' abandonnée ; depuis les dernières guerres , elle a repris faveur , et nous avons maintenant des régimens de lanciers. Dans le principe , ainsi que nous l’avons dit au commencement de cet ouvrage, la lance n’était autre chose qu’un long bâton pointu auquel on ajouta un os pointu, puis un dard d’airain durci, ou un fer aplati et pointu, et enfin un fer garni decrochets et semblable aux fers de flèche ( Voyez fig. 19, pl. 2 ). De nos jours, les lances des cosaques ne sont armées, le plus souvent , que d’un long clou de ferappointi ; ils les lancent et çtteighent leur ennemi d’assez loin , ils les retirent ensuite au
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moyen d’une courroie dont ils retiennent le bout. Dans le moyen ùge, les cavaliers nommés estradiots étaient armés d’une arzegaie ;*c 'était une espèce de dague longue de six à sept pieds , et armée des deux bouts d’une pointe de fer qu’ils lançaient contre l’ennemi ; la Gg. 26, pl. 2 , représente cette espèce de lance, qui était l’arme des simples soldats. 11 y avait , dans le même teins, des piquiers ou hallebardiers fantassins qui portaient des lances de huit et même de douze pieds de longueur. Ces troupes de lanciers à pied for* # maient alors la meilleure infanterie ; la lance du premier rang était de huit pieds, celle du second de dix pieds, celle du troisième de douze. Les coups en avant étant alternés, il s’ensuivait qu’il n’y avait point d intermittence entre les eharges , et qu’il était fort difficile d’entainer les corps serrés ainsi armés. Notre hayon nette seule, et sans le secours du fusil , ne serait pas comparable à cette lance ainsi employée ; aussi, voyons-nous , dans les guerres de l’indépendance de la Suisse , des braves se dévouer pour qu’il devint possible d’entamer des colonnes ainsi organisées, l’un, en réunissant sur sa poitrine une brassée de lances , d’autres en I ♦a nt baisser les lances avec une lance en travers. L’atteinte de la lance était tellement funeste, que c’était principalement pour s’en garantir que les chevaliers se couvraient de, fer. Nous pensons que remploi de la pique a été trop négligé, et que , dans ce moment , ouïe corps des soldats est livré sans défense à ses coups , la pique ferait de grands ravages : elle atteint de plus loin que la bayonnette, elle se manie plus aisément , elle serait toute puissante contre la cavalerie. La fig. 27, pl. 2 , représente une pique ou lance , suivant la forme la plus ordinaire.
i63. Quant à la hallebarde ou pèrtuisane , Gg. 28,
E)l. 2 , on ne la voit plus que dans les musées et entre es mains des suisses d’église. Le fer est d’un forgeage très-difficile. 11 est probable que les anciens s’en servaient non-seulement, pour porter des coups de pointe, mais aussi comme d’une hacheou d’une masse d’armes ; la pesanteur du fer devait rendre les coups mal assurés, et, une fois à terre, il devait être difficile de la relever; aussi , pensons-nous que l’usage de celte aime est passé sans retour.
DE l’aHMCRIEH. I27
164. Quant à la pique .simple, fig. 27, on la fabrique de deux manié] es : à douille pleine , ce qui vaut beau* coup mieux , ou à douille débouchée. La douille pleine se forge d’abord plate, on la replie dans l’étau , on la soude à chaudes portées sur une bigorne. L’autre douille se fait sur un mandrin ; elle est bien plu»
Ijromptement faite, mais, nous le répétons, elle est oin de valoir la douille pleine. On peut aciérer la lame de la pique cû y soudant de l’acier, mais on les fait ordinairement en fer.
i65. Les lances dont se servent nos lanciers sont faites en acier par le bout ; la douille est fendue en deux sur la plus grande partie de la longueur, et forme deux pattes qui se fixent sur le fût à l’aide de rivures. Ces lances, qu’on fait mouvoir avec le pied, sont légères et bien construites. La fig. 25, pl. 2, donne l’idée de la;manière dont sont faits les fers. Après deux cents ans d’abandon, la lance a été reprise dans la cavalerie française en 1807. Voici sa description d’après le modèle 1816. "
Modèle de 1816.
La lance est en acier à deux -marques ayant trois faces évidées ; sa longueur est de ]35 millimètres (5 pouces) ; la douille et ses branches sont en fer, aiusi que le sabot, ses branches et les vis ; la hampe est en bois de frêne noirci avec un acétate de fer; son plus grand diamètre qui correspond à l’extrémité de la grande branche du sabot est de 53 millimètres ( 1 pouce 2 lignes 6 points) et sa longueur de 2 mèt. 56S (7 pieds 10 pouces 7 lignes) ; le centre de gravité est placé à 974 milim. (3 pieds) de l’extrémité inférieure du sabot.
Les branches de la lame et du sahot sont arquées à leur naissance près des douilles. Le fanon est fixé • sur le haut de la hampe au moyen de trois vis. La longueur totale de cette, lance est de 2 mètres 84a ( 8 pieds 9 pouces ) ; elle coûte 9 IV. 98 cent, non compris le fanon.
On éprouve les branches de lame de lance en les rapprochant l!une de l’autre et en les écartant ensuite légèrement ; cette épreuve a pour objet de reconnaître
si les branches de la lame sont bien soudées ; on éprouve de même les branches du sabot , maison le# écarte moins que celles de la lame.
On s’assure avec la lime si la lame est d’acier; si elle a été trempée comme il convient ; on examine aussi si elle n’â pas de criques, principalement sur les cotés, ni des pailles pénétrantes : il est essentiel que le bois soit sec avant d’être mis en œuvre, sans nœuds nuisibles, et de fil sur toute sa longueur.
La machine à éprouver les lames montées consiste en un plateau de bois dur portant un appui et un arrêt dans lequel est pratiqué un évidement triangulaire , dont la base est dans le plan de la surface supérieure du plateau. Le devant de l’arrêt et l’exttémité du plateau sont garnis d’une plaque d’acier ; l’arrêt et la partie supérieure de l’appui sont aussi en acier.
La hauteur de l’appui est de 16a millim. (6 pouces) et les distances du milieu de cette pièce du devant de l’arrêt et à l’extrémité du plateau sont l’une et l’autre de un mètre i4 centim. (5 pieds 6 pouces). On engage la) ame dans l’évidement pratiqué à l’arrêt en plaçant Ja hampe sur l’appui et on fait effort pour la ployer jusqu’à ce que son extrémité touche à l’angle du plateau. Cette épreuve se répète trois fois en dillél'ens sens.
La lance est portée dans une botte en cuir noir, de la forme d’un cornet sans fond et renforcie en haut et en bas-par une courroie en cuir dite blancliet , cousue à l’entour et assez longue pour qu’elle puisse embrasser la haguptte.de l’arcade de l’étrier et à laquelle elle est fixée, il y a vers le milieu de la hampe une courroie dans laquelle passe le bras droit du cavalier et qui la maintient par le haut.