‹ Manuel de l'armurier, du fourbisseur et de l'arquebusier, ou Traité complet et simplifié de ces arts formant une encyclopedie des sciences et des artsChapitre 27 sur 87 · ARMES A FEE · texte numérisé non relu

ARMES A FEE

§• i er. Du Fusil de munition.

tic). Si nous entreprenions de faire l’histoire eomplèe du fusil et de constater tous les périodes et tous les perfectionnemens par lesquels cette arme a passé avait d’arriver à l’état de perfection où elle est depuis parvenue «t qu’elle dépassera peut-Olre encore un joür, noiB pourrions y consacrer un gros volume. Cette hisljire serait sans doute très-intéressante ; mais , dans les limites qui nous sont posées , nous ne devons songer qu'à parcourir rapidement cette longue énumé-

l3a M AîftJBf.

ration de faits , en indiquant seulement les plis çaillans. , ->

L’application de la poudre aux armes n’eut pas lie; immédiatement après la découverte de cette compd silion , et cette poudre ne fut point d’abord aussi pas laite qu’elle le fut depuis : elle laissait de nombreu résidus qui auraient promptement engorgé les cofr duits. Depuis, vers le milieu du i4e siècle, on çoi>* mença à l’enfermer dans des- tubes en fer pour qu’a projectile fût lancé au loin par la détente des gaz pr>duits spontanément parla combustion. C’est Tinvettion du fusil , qu’bü nomma d’abord harqucbule, pis ‘ arquebuse., Le canon de l’arquebuse était de petit olibre et peu long, il était monté sur une crosse à qua't* pans. Le soldat, ne pouvant coucher en joue avec c etc arme qui était très-pesante, portait avec lui une forehetle en fer faite en forme d 'Y dont la queue é|it longue, ferrée et pointue. Il enfonçait cette fourchue* en terre, posait son canon dans l’embranchemenjet ajustait au moyen de ce support. Il mettait le ld à laciiarge au moyen d’une mèche encorde alluiée qu’il portait attachée à la crosse.

Par la suite on fit une espèce de treuil sur le n i s’empelotonnait la corde imprégnée de poudre br<ée et mouillée qui servait à mettre le feu au ni «en d’une manivelle, la corde s’abaissait sur l’amope, puis on remplaça le treuil par une longue détbtc placée en dessous et que l’on comprimait ave| le doigt pour faire partir le coup. Cette détente qmmuniquait avec le porte-mèche, le faisait pencheÿur. le bassinet qui s’ouvrait par suite du même rnofement. Ce sont ces sortes d’arquebuses dont on a bn- , jj^rvé 1« s modèles dans les musées : la perfection tmsistait ert ce que le feu tombait toujours juste et ans hésitation sur là lumière, ce qui n’avait pasiien lorsque la mèche était teuue à la main. Mais, comme le mmveinent du treuil ou de, la détente était lent, qa’il fallait de tems à- autre tirer -la mèche qui Lrùlaitiucessatounent et se consumait en pure perte pencant les intervalles deà coups , que d’ailleurs dans les ttms * . pluvieux les mèches s’éteignaieut ; qu’elles jettaieot «ne odeqr fqrte, et que dans la nuit leur éclat annon-

de l’ahmuhvrr. |35‘

çoJt de loin’ la présence du soldat et servait de point de mire contre lui ; on inventa à Nuremberg, vers l’année i-5i-, des platines à rouet oii l’emploi de la pierre à fusil fut pour la première fois mis en pratique. . Ce fut une importante amélioration , car les mèches étaient peu sures, iricommodcs, dangereuses et auraient fini parfaire abandonner l’usage des fusils, tant elles présentaient d’inconvéniens. Dans les platines de Nuremberg, il y avait un chien (i) garni d’une pierre qui, au moyen de la détente dont nous venons de parler, descendait sur une petite roue d’acier, cannelée en travers sur sou champ; cotte roue dentée était montée sur l’arbre d’un ressort qui la faisait mouvoir rapidement à l’instant où l’abaissement du chien l’avait mise en contact ayec la pierre à feu. Ce ressort étai£ tenu par un encliquetage à rochet, dont le frein était soulevé par la même détente qui faisait baisser le chien. Les étincelles produites par le frottement de la roue et de la pierre enflammaient l’amorce , après le coup tiré il fallait remonter le ressort avec une clef. . . . ,

Les arquebuses de ce genre furent long-tems en usage, et vers le milieu du 17e siècle on s’en servait encore. L’avantage des rouets sur les détentes i» mèches n’était probablement pas bien saillant, car' vers cette époque on suivait encore indifféremment l’une ou l’autre méthode; et cependant l’usage des silex avait des avantages marqués, peut-être dans l’emploi y avait-il des inconvéniens que nous ne pouvons plfts apprécier: en 1 5 1 5 on nommait encore ces armes arquebutes , arquebuses , ècliopetles , cscopctlcs.

Les platines actuelles furent inventées lung-tems après sans qu’il soit possible d’assigner l’époque précise de leur invention. Le chien était mu par un ressort, mais la noix n’existait pas4 A l’état de repers le. . chien appuyait contre le couvre-feu du bassinet; pour faire feu on tirait en arrière ce chien avec l’index de la main droite et on le lâchait, la force du coup produi-

(1) On appelle ainsi la pièce qui porte la pierre , parce qne jadis le pnrtc-mccbe avait le plus communément la forme d’une tète de cliicu, . * . • %

sait le feu et le découvrement du bassinet, on réamorçait, ou fermait le bassinet et ou laissait le chien abbatu et reposant dessus. Cette disposition simple était incommode pour la précision du tir : on fiftenfin les platines telles qu’elles sont aujourd’hui, mais plus lourdes, plus compliquées et de formes moins agréables. L’invention en est due aux Français, et les Allemands les désignent encore aujourd’hui sous le nom de fran zosische schlosser.

On a fait depuis des fusils à deux, à quatre et à sept coups ; mais, comme ils n’ont jamais servi à la guerre, nous nous abstenons d’en parler maintenant , nous y reviendrons au chapitre des armes de chasse.

•170. L’ensemble d’un fusil peut être considéré comme composé de trois parties distinctes, le canon , la platine , le fût. __ •

17t. Canons. On distingue cinq sortes de canons : l° le canon ordinaire; a0 le canon tordu ; 3° le canon à rubans, 4° le canon. Clé ; 5° le canon damassé.

17a. Canons ordinaires. Le canon est la pièce principale du fusil , il doit réunir plusieurs qualités difficiles à obtenir réunies. Les mécaniciens, en voyant un canon de fusil et étant à même d’apprécier la difficulté de fabrication de cette pièce, s’étonnent tous qu’elle puisse être livrée à si bon marché. 11 n’a fallu rien moins qu’une extrême division du travail, une fabrication constante et soutenue pendant de longues années , la tradition de divers procédés d’exécution et le perfectionnement des machines-outils^ pour qu’il dit été possible d’atteindre ce résultat du bas prix et de la bonne exécution.

On distingue deux parties principales dans le canon de fusil, le tube et la culasse. La partie inférieure du tube dans laquelle est vissée la culasse et où le métal a le plus d’épaisseur se nomme le tonnerre, parce que c’est dans cet endroit qne l’explosion a lieu. Examinons d’abord le mode de fabrication du tube qui est la pièce principale du canon, celle qui réunit toutes les difficultés dans le travail , et dont les différences forment les distinctions que nous venons d’établir.

Pour qu’un canon rende un bon service, il faut qu’il •oit fait en fer. doux , bien lié, bien homogène ; facile

DE l'armurier. j35

à sonder, que le trou soit parfaitement cylindrique et uni à l’intérieur * que le fer soit d’égale épaisseur tout autour , ou , en d’autres termes , que la circonférence extérieure soit concentrique avec l’intérieure, il faut

3ùe la décroissance du tonnerre à la bouche soit, faite 'une manière insensible , les proportions de tiers de tonnerre sur deux tiers de tube n’étant plus suivies dans les bonnes fabrications. Le 'canon ne peut pas être forgé plein et foré ensuite , puisqu’un trou aussi régulier coûterait de 90 cent, à 1 fr. le pouce à faire percer danà le plein, et que d’ailleurs e nerf du fer se trouvant coupé n’offrirait qu’une résistance bornée à l’explosion qui tend à l’ouvrir; il faut donc qu’il soit forgé tube, et que le nerf du fer soit, autant que possible, dirige en travers, nous disons autant que possible , parce que cette disposition n’a lieu que dans les canons tordus ou à rubans, et tandis que dans le canon ordinaire le nerf est à-peu-près en ligne directe.

173. Pour forger le canon ordinaire dont la longueur est de 1 mètre 188 millimètres (5 pieds 8 pouces), on prend un barreau de fer long de deux mètres, large de cinq centimètres, épais de sept millimètres environ ; on le plie en trois pour en former la maquette à la quelle on donne une chaude suante pour la souder, la corroyer et en former la lame du canon. On entend par là un fer plat recourbé en gouttière sur le sens de sa longueur , sur une longue broche d’acier d’une dimension déterminée.

La fabrication delà maquette étant la basede toutes les opérations subséquentes, et la bonne qualité de l’arme dépendant en grande partie de sa bonne qualité, nous allons rapporter ce qui a été dit sur cette fabrication.

« Le fer qu’on emploie à la fabrication des maquet - * tes, avec lesquelles on fait les lames, est étiré en barres de dix à douze pieds , épaisses de douze à quatorze lignes et larges d’environ trente lignes. On casse cea barres en morceaux de onze pouces de longueur ; ce qui s’exécute en le ciselant assez profondément à l'endroit où l’on veut le casser et en les exposant à faux à la chute d’un mouton du poids d’un millier élevé à huit ou neuf pieds, . . ' .

t3C . • ltUÏIUHt

» On voit déjà que ce fer ne doit pas êtîc de la nr»'ture de celui qu’on appelle fer lendit, qui se casse facilement, puisqu’il faut le ciseler et la chute d’un poids considérable pour le casser. Les maquettes, étant destinées à produire des canons qui doivent essuyer des épreuves violentes, doivent être faites avec du fer fort ayant en outre les autres qualités que nous avons déjà exigées ( 172 § 5 ) ; il doit en outre avoir la qualité de se soutenir au feu, étant nécessaire qu’il passe par plusieurs chaudes successives et très-vives.

» On réunit les trois morceaux de fer de 1 1 pouces dont nous venons de parler , en observant de placer au milieu celui qui montre le grain de la meilleure espèce , petit sans l’ètre autant que celui de l’acier, brillant , arrondi et d’une couleur grise tirant sur le blanc. On saisit avec une grosse tenaille ces trois morceaux de 1er pour les corroyer et les souder ensemble, après en avoir bien nettoyé les surfaces , et l’on inet la partie qui n’est pas embrassée par les mords des tenailles dans le foyer d’une grosse forge équipée et o\itillée comme celle d’une chaufferie et pourvue d’un martinet d’environ deux cents livres, indépendamment d’un gros marteau de sept à huit cents.

» L’arrangement des trois morceaux de fer qu’on veut corroyer et souder ensemble n’est ni indifférent ni arbitraire : la partie du milieu qu’on a choisie la plus susceptible d’acquérir du nerf au feu et sous le marteau se trouve garantie par les deux morceaux qui le couvrent de l’action trop violente du feu où ellese conserve et s’améliore à l’abri de la brûlure et de l’oxidation simple. Les deux morceaux qui sont plus exposés à l’action du feu la baignent par l’espèce de fusion qu’ils éprouvent et la rendent susceptible de recevoir sans se détériorer les chaudes vives qu’elledoit essuyer à cette première opération et à la petite* forge du canonnier. Cette partie doit être ménagée avec le plus grand soin puisqu’elle doit former le canon , le fer qui lui sert d’enveloppe se perdant en partie au feu et les forets emportant au dedans et la meule au dehors presque tout le reste lorsque le canon est fini. On emploie avec succès pour cette partie du milieu du fer fabriqué avec de vieilles ferrailles.

DE {/.ARMURIER. ÎÔV

» Il faut observer que les trois uiorceaux de Ter que l’on veut souder ensemble soient fortement saisis et serrés par la tenaille, de manière que les quatre surfaces qui se touchent ne laissent point de vide entre elles, afin d’éviter qu’il s’y introduise quelque corps étranger qui nuirait à la soudure. On conçoit aisément que cette masse qui a plus de trois pouces d’épaisseur doit être bien pénétrée par le feu et n’en doit être retirée que très-blanche et bien suante pour que ces trois morceaux se soudent parfaitement. Ces trois morceaux pèsent ensemble vingt-une à vingt-trois livres ; on les met à plat dans le creuset de la forge d’où on les retire de teins eu tcuis, à mesure qu’ils chauffent, pourles battre avec un marteau à main , afin de rendre le contact bien exact dans tous les points. On ne les relire du feu pour les porter sous le gros marteau que lorsque la masse totale est intimement pénétrée et qu’elle est étincellante, blanche et suante. Cette opération se fait au charbon de bois dont la qualité n’est pas indifférente et qui doit être de bois léger, tel qu’on l’emploie aux aCfinerîes dans les forges. La masse est étendue et soudée sous le gros marteau, après quoi on saisit avec les tenailles la partie qui vient d’être tra- . raillée, et on met au feu celle qui n’y avait pas encore été , laquelle est chauffée , traité^ , battue et soudée comme l’autre, de manière que la pièce entière forme une double maquette qui a un mètre 188 millimètre» ( 5 pieds 8 pouces ) de longueur , pesant environ dixneuf livres ; elle a environ onze décimètres (4 pouces) de largeur içsou milieu et va en décroissant jusqu’à ses extrémités dont la largeur n’est plus que de sept décimètres ; l’épaisseur au milieu est de seize millim. et aux extrémités dé onze. La double maquette est' le développement de deux cônes tronqués réunis par leur base. >

» Les tables de l’enclume et du gros martcàu doivent être bien dressées et avoir une certaine longueur, afin que le marteau, tombant sur une- plus grande étendue de fer, saisisse plus de points à la ibis au degré de chaleur requis pour opérer la soudure. La doubla maquette est ciselée dans son miiieu et cas.'ée par le moyen du mouton : chacune de ses parties s’appeHte maquette, » 1 ià* j

i38 MAKVBfc

C’est avec une maquette ainsi préparée que se fdit la lame à canon.

Il faut un ouvrier habile et ayant de la pratiqué pour faire subir en deux chaudes à cette lame les préparations par lesquelles elle doit passer avant d’être convertie en canon au moyen de la soudure : on doit la chauflèr convenablement en prenant bien garde de la brûler ou de la faire trop s’oxider ; l’ouvrier , en forgeaut , doit veiller à ne point couper le' nerf , mais é étirer convenablement en conservant ce nerf ; car, selon qu’un fer est battu , il prend ou perd le nerf : c’est une observation faite par tous les bons forgerons, et il faut un fer nerveux pour cet usage. En étirant , il doit aussi laisser plus de fer du côté qu’il destine à former le tonnerre que de l’autre ; il doit en même tems former ses amorces ; on nomme ainsi deux biseaux refoulés pratiqués sur les longs cQté&jle la lame et dans un sens contraire, afin que, sa courbure faite, ils puissent se rencontrer et former la soudure lorsqu’il s’agira de convertir la lame en tube ; il veillera, en étirant, à ce que la largeur de sa lame soit à peu près trois fois aussi grande que le diamètre donné de sa broche , non compris les amorces : il la repliera et corroyera le mieux possible.

Voici au surplus les dimensions que doit avoir la lame, lorsqu’elle est prête à être remise au canonnier ; .pou s parlons toujours dans la supposition qu’il ne s’agit que du fusil de munition : ces évaluations sont diflerentes pour les fusils de chasse et autres de fantaisie.

La lame doit peser quatre kilogramme's l/a ( 9 liv. ) environ , sa longueur doit être de 1 mètre 39 millim.

( 3 pieds 3 pouces ) , leur plus grande largeur de i35 millim. ( 5 pouces ) , et elles doivent aller en dimi- .nuant jusqu’au bout opposé qui ne doit plus avoir que 81 millim. (5 pouces) de largeur. La plus grande épaisseur du côté du tonnerre doit être de 11 millim. (5 lignes), et sur le bput opposé de 6 millim. ( 3 lignes i/a ) : elle doit être exempte de gerces, criques, pailles , flasches et autres défauts.

La lame, étant dans cet état, est remise au canonnier ou forgeur de canons , qui lui donne une chaude

DE L’ARMVRIBR. 1 "g

couleur de cerise pour commencer la courbure, plier la lame sur la brocbe, et rapprocher les biseaux : puis il la remet au leu pour souder, ce qui est l’opération la plus difficile et qui exige le plus d’habileté. Il donne la chaude suante et égale, et fait promptement et à petils coups prendre le fer de deux pouces en deux pouces ; il doit donner une chaude nouvelle à chaque espace de deux pouces, et puis ensuite il termine en la replanissant. Lorsqu’elle est terminée, il observe avec soin s’il n’est point resté d ’èvcnlures ou crevasses, ou des travers qui sont dés crevasses transversales bien plus dangereuses que celles qui ont eu lieu suivant le sens de la longueur. Dans ce cas , il rapporte dans cet endroit deslamcs ajustées à queues, et, au lieu d’une chaude douce , qui doit terminer le tout , il donnera une nouvelle chaude suante pour ressouder le tout. Cela n’offre pas de grave inconvénient lorsque les crevasses sont dans le sens de la longueur, et qu’il y a assez de fer ; mais, dans l’autre hypothèse , le canon en est altéré, et, s’il n’y a pas assez de fer, une chaude suante de plus l’apauvrit sensiblement.

Voici d'ailleurs comment se fait cette opération importante.

Deux ouvriers y sont employés ; ils appliquent la lame , chauffée , comme nous venons de le dire , couleur cerise, sur une espèce de gouttière creusée dans une pierre dure, mais plutôt dans une matrice de fonte de fer coulée exprès pourcet usage; ils lui font prendre la forme de cette gouttière en T’y enfonçant à coups • de panne de marteau ; cette opération doit être faite promptement, parce que, si le fer cessait d’être suffisamment chaud , il deviendrait pailleux ; on le porte ensuite sur l’enclume où l’on continue à lui donner la courbure en en rapprochant les bords. Dans cet état , la lame a déjà l’aspect d’un tube, les amorces sont rapprochées, il ne s’agit que de faire la soudure.

Pour y parvenir , la lame roulée est mise au feu et chauffée au blanc suant dans le milieu de sa longueur ; car c’est là le point de départ delà soudée. La chaude doit avoir environ deux pouces d’étepdue; portée sur l’enclume, et soutenue par l’extrémité qui est endehors du point d’appui, précaution sans laquelle le

Dit

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canon fléchirait sous sa propre pesanteur, le compagnon « introduit dans le creux une broche de 1er un peu conique , ayant environ seize millimètres à son plus grand diamètre; puis le maître et le compagnon frappent à petits coups précipités pour faire prendre la'soudure. Cette même partie est -remise au feu une seconde fois , chauffée au même degré et battue avec ** la broche dedans. Si l’enclume n’a point de cavité sur sa table, propre à recevoir le tube , tandis qu’on le bat, on y adapte une étampè , soit 'avec des brides , soit «par le moyen d’une soie passée dans l’œil. ("Voyez Etampcs , io» §'. 8 ).

Les broches dont on se sert pour donner un point d’appui pendant le martelage, et sans lesquelles le . tube s’aplatirait infailliblement, sont de plusieurs longueurs, afin qu’il soit possible au compagnon d’en substituer une plus courte à une plus longue à mesure que le travail avance. Deux chaudes doivent suffire pour opérer la parfaite soudure, cependant on est quelquefois obligé d’en donner une troisième ; cela dépend delà qualité du fer ou même- de celle du charbon; mai* cette nécessité doit être prévenue autant que possible , car les hautes températures font éprouver au fe* un déchet considérable.

Cette première soudure opérée , on en fait une autre à côté , et ainsi de suite, de deux pouces en deux pouces , en tirant vers la plus forte extrémité; lorsque le canon est formé par le bout du tonnerre, on reprend de l’antre, à partir de la première soudure, et on le soude jusqu’à la bouche. Il faut , autant que possible , . * pendant que ces chaudes successives ont lieu, empêcher que l'air s’introduise dans le tube, car il oxide

Ï profondément le fer, etlesécailles s’amalgament dans e fer bouillant, pressées entrela broche elle marteau ; à cet effet , avant de mettre le fer au féu , on en bouche l’ouverture avec de la terre grasse, qui empêche tout corps étranger de s’y introduire, et intercepte la communication de l’air dont il s’établirait un courant rapide dans ce fer |^aud. Lorsque le maître retire son fer da feu, il fait tomber le bouchon en frappant le bout de son canon contre l’enclume ; cette percussion a d’ailleurs cet autre avantage de refouler le fer qui s’ allonge

% BR Tj’aR Ml’RIER. 1 l4*

toujours pendant l’opération, «t qui finirait par produire un luhe trop long et trop faible de paroi < on évite aussi, par ce moyen, les traversel discontinuités de filsi A mesure que l’ouvrage avance, les broches qui servent d’appui deviennent moins longues, et enfin, lors des dernières chaudes , on achève la soudure sur une petite bigorne adhérente à l’enclume.

Tout ce qui vient d’ètre lait a rapport à la soudure, et c’est sur sa parfaite exécution que s’est dirigée tdute l’attention : il s’agit maintenant de le redresser, de l’aplanir, de le corroyer, de resserrer et refouler la matière, de parer l’ensemble. Cette seconde façon , moins difficile que la première, se nomme repasser le canon. «

A cet effet, le canon est remis au feu, et on lui donne des chaudes douces, mais pleines, de deux

Iiouces en deux pouces, comme la {«ornière fois ; on e bat à petits coups répétés incessamment avec des marteaux trempés dans l’eau froide, afin que le contact du fer froid sur le fer chaud opère l’enlèvement des paillettes et écailles : les broches doivent également être tenues froides. Ce dernier travail doit être fait rapidement et par une main également exercée..

Pendant le travail de la sondure et le repassage , le tube s’est allongé, et la lame, qui avait un mètre 29 millimètres de longueur ( 5 pieds 2 pouces ) , a produit un canon de 1 mètre 192 millimètres ( 5 pieds 8 pouces), sur lesquels on coupe 54 millimètres (2 pouces ) , pour le mettre à la longueur requise; mais, d’une autre part, la lame pesait 4 kilogrammes et demi (9 livres), et le tube ne pèse que 3 kilogrammes ; il a donc perdu un k'« igr. et demi pendant l’opération.

Lorsque le canon est soudé, il s’agit de lui faire subir lès-opérations subséquentes ; car, dans cet état, il est encore informe ; le trou est trep petit , inégal, rempli d’écailles de fer oxidé et de rugosités ; il est beaucoup plus épais qu’il doit être en définitive, il faut qu’il soit dressé à l’extérieur, alésé et càlibré à l’intérieur : à cet effet , on le fore, on l’alèse.

174. Forage. Ce n’est pas, à proprement parler, un forage que l’on fait, mais cette expression a prévalu, parce qu’on fbre effectivement les pièces de

j4a MAXtEL

' canon : l’opération d^nt il s’agit ici est l’écarrissnge , ou plutôt la mise de calibre du tube ; elle se fait au moyen de moteurs puissans ; les forces de l'homme seraient insuffisantes, du moins relativement à l’économie du tems. L’écarrissoir est monté dans un arbre foré et fendu, a, fig, 64, tournant entre des coussinets, et nui par une poulie correspondant avec le moteur piincipal. Une bride 6, surmontée d’une vis de pression, fait serrer fortement les deux parties delà Loîte a dans laquelle est engagée la soie de l’écarris- $oir qui, de la sorte, reçoit le mouvement de rotation de l’aibre. Le canon est moulé sur un support mobile dit chariot , qui avance et recule par le moyen d’une vis de rappel , mue par une poulie correspondante au moyen d’une lanière, ou d’une chaîne à engrenage, avec le moteur principal. 11 y a sur cette vis de rappel deux autres pouces, dont une folle et l’autre tournant dans un sens opposé à la première. La lanière est toujours en communicatiou avec la poulie folle , qui , au moyen d’un levier que l’ouvrier tient dans la main , engrène , suivant le besoin , soit avec la pre mière jpoulie , soit avec la seconde. La première poulie fait avancer le chariot , en faisant tourner la vis dans un sens, la seconde poulie le fait reculer en faisant tourner la vis dans un sens contraire , enfin, tout mouvement de progression ou de recul cesse lorsque l’ouvrier ne fait engrener la poulie folle ni avec l’une ni avec l’autre ; par ce moyen , après avoir répandu de l’huile dans le tube à équarrir , l’ouvrier le fait approcher de l’équarissoir à 5 pans c , même fig. 64 ; ce premier équar- Tissoir, qui est pyramidal par le bout, s’introduit dans < le tube , et commence à agrandit; le creux. Lorsqu’il a fait sa fonction , le chariot étant revenu à son point de départ, l’ouvrier plaqp un autre équarrissoir plus gros, fait engrener la première poulie , et, lorsque ce second équarrissoir a passé, il en monte un troisième sur l’arbre, et ainsi de suite. Mais, comme 4es forets , en passant ainsidansle fer et le coupant , s’échauffent considérablement et seraient susceptibles de se détremper, on pratique des rigoles, par le moyen desquelles l’eau arrose les canons à l’endroit où les forets agissent, 11 passe de la sorte dans 4e canon vingt équaj-

Di

. . . , . DE t'AMTOHUt. ,/•;

™soirs 5 “ dern,ers «ont à six et huit pans, et ne sont plus sensiblement pyramidaux. On fait ensuite passer a mèche garnie de ses étellcs (Foycz ce mot au Voc"

n^ulre-| * Le,can01? est a,ors foré au diamètre convenable, il ne s agit plus que deflfaléser.

170. Alcsoirs. il serait inuüle de rappeler ce que nous avons dit des alésoirs (82 ) ; on en passe deux! qu on monte egalement sur l’arbre, fig. 6.j , qui-sont égaux de diamètre d’un bout jusqu’à l’autre/ et qui rendent le canon parfaitement uni à l’intérieur et absolument cylindrique : ce dont les vérificateurs, dans les manufactures publiques, s’assurent avec un mandrin de huit centimètres de longueur, qu’o 2 nomme dcz. Ils le passent dans le canon d’un bout à 1 autre ; ce dez est d’acier trempé et poli, il est parfaitement dressé et juste de calibre avec le canon ^

17b. L extérieur du canon est façonné à la meule plongeant dans 1 eau , et avec des dressoirs ; on lui donne la forme conique qu’il doit avoir. L’ouvrier emouleur commence à blanchir son canon de la longueur d environ deux pouces au tonnerre qu’il amène au diamètre de 55 millimètres, bien concentrique au creux; ,1 en fait autant du côté du petit bout qu il réduit a vingt- deux millimètres. Ces deux points déterminés lui servent de guides pour le reste de son opération. C’est ainsi que cela se pratique dans les manufactures d’armes ; mais quelques artistes ont pense que ce travail d’émoulage serait plus juste et plus promptement fait sur le tour, en plaçant dans le canon un mandrin d’acier qui contribuerait tout à-lalois à le dresser et à lui donner de la raideur. Du reste le dehors du canon ne forme pas exactement un cône : es deux bouts sont cylindriques dans une longueur de deux à trois pouces. A six pouces de la culasse le diamètre n’est plus que d’un pouce, à un pied il n est plus que de onze lignes et à la bouche de neuf lignes et demie. Si le canon, arrivé à ce degré de travail, ne présente aucun defaut, il passe dansles mains du garmsscur, c’est le nom qu’on donne à l’ouvrier qui ajuste la culasse et ürâsc les tenons.

Le percement de la lainière doit être fait avec un très-petit loret qu'on fait agir avec un archet. Ou

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l’agrandit ensuite avec un poinçon jusqu'à ce qu’H ait une ligne de diamètre, ce qui refoule le métal tout autour de la lumière qui est alors moins susceptible de s’évaser par le crachement dit l’eu. Les lumières dans les fusils de chasse et dWuxe sont garnies de platine, métal indestructible au lu , mais trop cher pour qu’on le mette aux fusils de munition; elle est percée à 7 lignes du bout sur une petite facette pratiquée 6 cet effet.

Après cela , le même garnisseur brûse les tenons celui de la bayonnette en dessous, à un pouce du bout, un second à deux pouces et demi où se trouve l’embouchoir de la baguette et la mire , un troisième à sept pouces et demi de la culasse auquel on adapte un petit ressort d’acier qui a pour objet de presser l’extrcmité de la baguette , afin de l’empêcher de tomber quand on renverse le fusil. Il passe enfin dans les mains du vérificateur nommé semeur; il est ensuite limé à huit pans dans l’endroit qui avoisine la culasse, puis on t araude intérieurement cette partie. Le filet du taraud doit être gros-moyen ; on nommait autrefois cette' grosseur du filet pas du roi ; il y a six ou huit filets , et l’écartement de chaque filet ou l’écuclle est de 2 millimètres et quelque chose, ce qui fait en tout dix-huit à vingt millimètres de taraudage sur 20 à 22 millimètres de, diamètre. On passe deux ou trois tarauds de diamètres différons, mais de pas semblables pour tarauder le tonnerre. Çctte opération est digne de fixer notre attention, et nous allons entrer dans quelques details sur ce qui la concerne.

Elle se fait sur un établi haut de quatre pieds, dont •la table est épaisse de trois ou quatre pouces, et large de quinze à dix-huit pouces ; cet établi doit être fixé solidement ; il est percé au milieu de sa largeur d’un trou de 29 millimètres de diamètre. On liait entrer le canon dans ce trou, la bouche en bas, en sorte qu’il se trouve dans une situation verticale, le tonnerre en haut et excédant un peu la supèrficie de l’établi. On introduit dans le canon le faux taraud aplati sur h 3 deux faces, et qui ne coupe que par les deux autres côtés. Cet outil doit être terminé par un cylindie de cinq à six pouces dé longueur et d’un diamètre absolument le même que celui de l’intérieur du canon ;

DE l’aRMCRIKH, l45

ce cylindre n’a pas de filets , doit être rond et poli et servir de conducteur; la partie filetée qui suit immédiatement doit être conique , en sorte que les filets augmentent insensiblement à chaque tour jusqu’à la tête de l’outil qui est aplatie et entre dans une mortaise pratiquée au centre d’un tourne-à-gauche , ou levier en fer d’environ 2 pieds et demi de longueur.

L’ouvrier met de l’huile sur les dénts du taraud, et, à l’aide du levier qu’il tient dans les deux mains, il taraude en tournant et détournant l’outil jusqu’à ce que l’intérieur du tonnerre ait huit filets ou pas de vis. Cette opération n’est qu’une préparation pour admettre le taraud cylindrique qui doit finir d’approfondir les pas. Le conducteur assure la direction du taraudage, maintient l’outil dans une position verticale et empêche qu’il évase le trou en penchant d’un côté et d’autre.

Le taraudage étant ainsi préparé , on substitue au taraud conique le taraud cylindrique dont la tête s’adapte aussi dans la mortaise du tourne-à-gauche. L’ouvrier opère comme la première fois , et , lorsque le . taraud a perfectionné les huit filets qui n’avaient été qu’ébauchés par le taraud conique, il dresse à la lime le derrière du canon.

11 arrive quelquefois que le taraudage fait fendre l’extrémité du canon; mais ce n’est guèresque lorsque-, le fer est aigre et qu’il a trop souffert au feu, ou lorsqu’on n’a pas pris d’abord la précaution de passer le taraud conique , ou bien encore , lorsque les tarauds n’ont point de dégagement, qu’ils ne coupent point et refoulent le fer. Le canon fendu doit être rejeté , ou ne peut servir que pour un canon plus coiirt, en coupant l’endroit fendu et en taraudant plus bas et avec précaution. La culasse doit entrer juste dans l’écrou du tonnerre et y être vissée à l’aide du tourne-ùgauche.

177. La culasse est le nom qu’on dorme à une pièce de fer arrondie par un bout et filetée d’un pas profond et semblable à celui taraudé dans le tonnerre du tube. C’est, cette pièce qui, en bouchant l’extrémité de ce tube , en fait un canon. L’épaulement qui termine la partie filetée de la culasse doit être dressé avec soin, et • • ' i3

t46 MÂKl’Kt

doit s’appliquer juste contre l 'extrémité du tube qu’elle aflleure. La queue delà culasse qui est apparente sur le dessus de la partie an térieure'de la crosse est percée d’un trou fraisé destiné à recevoir une vis qui la fixe après le fût. Dans l’ancienne méthode, ce n’élait qu’après que la culasse était en place qu’on perçait la lumière. Elle devait être située à une ligne en viron'en arrière du point où la culasse arrive dans le canon. On forait la lumière , ia culasse étant en place , afin que le foret l’atteignît et marquât l’endroit de l’encoche semi- circulaire qu’on lui faisait; afin d’établir une communication facile de l’intérieur avec l’extérieur , on dévissait la culasse ; on faisait cette encoche ou entaille avec une lime demi-ronde et eu inclinant, de manière à ce que le point opposé de la circonférence ne fût pas atteint , et cm remettait la culasse en place. Cette méthode de placer la lumière en arrière avait pour but de procurer une inflammation plus complète , plus instantanée de la charge , et de prévenir le recul qu’on assurait être fort, si la lumière était percée en avant de la culasse , et s’il se trouvait , eu conséquence , une quantité quelconque de poudre entre celle lumière et la culasse. Celte idée a tellement prévalu qu’on a inventé plusieurs méthodes de culasses creuses et à conduits, qu’on nomme culasses chambrées , dont nous parlerons dans le chapitre des firmes de chasse , parce qu’il n’est point à notre connaissance qu’on en ait fait l’emploi pour les armes de guerre. La lumière , dans ces armes, doit être percée en inclinant de bas en haut , afin. que le fusil crache dans le bassinet.

Telle était la manière d’agir, relativement à la situation de la lumière ; mais, depuis 181G, cette manière d’entailler la culasse a été changée. Avant de donner les raisons qui déterminèrent ce changement , il convient de faire connaître les expériences par lesquelles on s’est convaincu que la position de la lumière n’avait pas d’influence sensible sur la force du recul. On a fait à Paris, en 181 1 , des expériences pour connaître cette force sur des fusils d’infanterie dont la 'lumière des canons avait été percée à différentes distances de l’arrière du tonnerre.

On a pris, pour ces expériences, trois fusils neufs

»E l’aBSUjBIEH.. î47

d’infanterie, modèle de 1777 corrigé. On leur a fait tirer à chacun vingt coups de suite, à chaque distance de lumière avec une charge de o k. on4 (5 gros) de poudre de guerre, non compris l’amorce, une balle de 20 à la liv. et une bourre de papier joscph de 1 17 m. (16 pouces) de surface sur la poudre et une autre sur la balle. On s’est assurai de l'exactitude des dimensions des boutons des culasses , de celle des balles , qui toutes ont été coulées dans le même moulent auquel on a ôté à la lime le jet et les coupures. La poudre employée a été prise dans le milieu d’un même baril i enfin, chaque canon a étéjlavé après avoir tiré 20 coups» Voici le résultat de ces expériences :

lumière percée h 0 m. 01 (7 lig.) , inotl, 1777,

a donné terme

0 nt. 0180 (8 lig.)

id*

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O m. 02o3 (<j lig.)

id*

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0 m. 0225 (10 lig.)

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0 m. 0270! ta lig.) 0 m. o337 ( 1 5 lig.)

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o m. o4o5 ( 18 lig.) a donné au roilien de la charge. iG o m. o586 (26 lig.) deux lignes au-dessous de la partie supérieure de la charge. i5

deg.

Ces expériences ont eu lieu avec des culasses écliancrées, comme il est prescrit par le réglement au* fixe les dimensions des armes à feu portatives, mais on a tiré cent quatre-vingt coups avec des culasses

rleines, dont soixante étant percées à 27 millimètres 1 pouce) , et pareil nombre, la lumière percée à i5 lignes, les premiers ont donné pour terme moyen 17 degrés 3, et les seconds 16 degrés 9, on a cru remarquer que l’éloignement de la lumière de Tarière du tonnerre augmentait la détonation.

La machine dont on s’cst servi pour déterminer le recul des fusils , imaginée par Regnier,'est analogue au pendule de Benjamin Rubins : elle est composée de quatre montans en bn^ disposés comme les quatre arêtes d’une pyramide quadrangulaire tronquée ; ces arêtes sont fixées au sommet par une planchette et il la base par des entretaises. La base est assez grande pour que tout le système soit solide, et on la charge de poids ' pour l’assujélir davantage. Tout cet assemblage à h*

l48 MA1ÏDKL

hauteur de 2 mètres 64 centimètres (8 pieds 1 pouce 6 lignes ). A la partie supérieure de la planchette est fixée' u ne chape en fer destinée à soutenir l’arbre du pendule qui est aussi en fer.

Au milieu de cet arbre est fixée une tige de même métal de 1 mètre 64 centimètres (5 pieds 1 pouce) de longueur qui forme le pendule, iequel se termine en deux branches à clavettes qui maintiennent le fusil dans la position horizontale du tir.

La crosse est appuyée contre un fort ressort d’acier solidement fixé avec des écroux sur une forte traverse en bois qui est maintenue aux deux montans de l’arrière par deux crampons en fer. La partie supérieure de ce ressort sur laquelle est appuyée la plaque de couche du fusil porte un petit cylindre de cuivre destiné à diminuer le frottement.

Cette même partie du ressort porte aussi un arc gradué dont chaque degré équivaut à un effort de 4 kil. 895 ( 10 livres) , et un petit index en peau coulant sur un fil de laiton fait connaître la force du recul de l’arme soumise à l’épreuve. On maintient le fusil contre le ressort au moyen d’une courroie, afin d’éviter que l’arme ne se porte trop avant parl’effet du contrecoup , on vérifie à chaque épreuve la force du ressort avec une romaine.

On a reconnu qu’il est nécessaire, pour l’exactitude <les expériences, que l’index soit renouvelé après trois cents coups tirés.

11 semble donc bien prouvé, par ces expériences, que la situation de la lumière plus en avant ou plus en arrière n’a pas d’influence sensible sur le recul, et l’on en doit tirer celte conséquence que, le travail relatif à l’entaille du bouton de culasse étant en pure perte, cette perte du travail était un mal ; mais il en résultait en outre un inconvénient grave dans l’emploi de l’arme, et une cause de détérioration.

On a remarqué qu’après avoir ^iré un certaiu nombre de coups avec le fusil modèle de 17-7, corrigé en l’an II, ce fusil était sujet à rater jusqu’à ce qu’il ait été nettoyé; en recherchant les causes de ce vice capital, on a reconnu que le résidu de la’poudre brù- Ke , surtout dans les tems chauds, tombait en écailles

de l'armurier. i49

au fond de ce fusil et y formait une crasse assez épaisse pour remplir et au-delà l’excavation pratiquée dans le bouton de culasse. Le soldat avait beau fourrer l’épinglette dans la lumière, il faisait un trou dans ces écailles; mais la communication avec la charge n’en était pas moins interrompue, parce que l’épinglette ne faisait que soulever la crasse sans l’ôter. On a remarqué en outre que les chocs de la baguette ayant lieu dans celte excavation en refoulaient les bords et rendaient très-difficile le dévissemenr de la culasse, lorsqu’il s’agissait, ou de nettoyer à fond, ou de réparer le canon. On a donc prescrit , dans le modèle de 1S16, la suppression de cette excavation, et on a ordonné de faire arriver le canal de la lumière au-dessus de l’arrasemeiit du boulon de culasse, tenu plane, et de manière à ce qu’il reste en arrière de ce canal un espace suffisant pour loger la crasse. Par ce moyen, le feu de l’amorce communique plus sûrement avec la charge, le fusil n’est pas aussi sujet à rater, le percement de la lumière est plus facile , la culasse est moins sujette à se déformer.

Nous allons continuer à nous occuper des diverses v autres sortes de canons, encore bien qu’ils ne soient pas employés dans la fabrication des armes de guerre , mais pour épuiser de suite tout ce que nous avons à dire sur les tubes, et n’avoir plus à y revenir.

178. Le canon tordu est plus résistant à la force expansive de la poudre mise en combustion ; mais ce supplément de force, qui ne s’acquiert qu’au moyen d’un supplément de travail , augmente le prix du tube sur lequel il a lieu. Voici comment on opère.

Le canon ordinaire soudé, ( toutes les opérations antérieures sont les mêmes , à cette exception près qu’on lait entrer une plus grande quantité de fer dans les canons destinés à subir l’action de la torsion ) ; on ajuste dans la bouche du canon un fer coudé, ou un fer droit ayant une soie carrée ou plate, devant s’engager dans un tourne-à-gauche. L’ajustement doit être tel que le fer ne puisse tourner dans le tube, et , à cet • effet, on le fait ordinairement à huit pans, et quelquefois tout simplement rond , mais alors un tant soit peu conique, afin qu’il soit susceptible d’être chassé

,5o MANCEL

avec force dans le trou et d’y adhérer fortement. On met alors le canon au feu , que l’on fait rougir du côté du tonnerre sur une longueur de cinq , stx et huit pouces : il ne faut pas que la chaude soit trop forte , mais simplement rouge-cerise clair, presque blanc.

On saisit fortement l’extrémité du canon entre les. mâchoires de l’étau à chaud et on tourne un demi tour, soit à l’aide du fer coudé, soit a 1 aide du tourne-agauche , en faisant attention à ne point courber le canon. Lorsque le canon est tordu à cet endroit, ou le chauffe plus haut et on le tord , et ainsi de suite jusqu’à la bouche ; ce qui met le nerf du fer en hélice dont les révolutions peuvent avoir lieu de dix pouces ' en dix pouces , plus ou moins , selon qu on a lait les chaudes plus multipliées sur la longueur. 11 faut prendre un terme moyen pour ces chaudes. Si elles sont trop rapprochées, le fer s’altère ; si elles sont trop longues, le rampant de l’hélice est plus allongé, et alors l’effet de la torsion est moindre.

Après cette torsion , on remet le canon au feu nonseulement pour le dresser sur la broche, mais encoïc pour rendre au -1er sa qualité qui a été altérée par les chaudes successives qu’il a subies ; car c est un fait reconnu que le fer chauffé au blanc, s il est abandonné à refroidir sans avoir été martelé, perd son nerf et passe à l’état granuleux. On lui donne donc des chaudes grasses et ou le bat à petits coups sur la broche dans une étampe : ce nouveau martelage lui rend sa qualité. Pour le surplus du travail, forage , dressage, taraudage ; ajustement de la culasse , percement de la lumière , etc. , tout se passe comme pour le canon Ordinaire.

179. Canons à ruban. On prétend que ce sont les Espagnols qui ont imagine ces sortes de canons. Ce qui est certain c’est qu’il s’en fabrique beaucoup en Espagne, qu’ils sont très-est imés et qu on les \encl 'fort cher : on les imite en France dans plusieurs labriques. Voici le procédé qu’on emploie.

• Un forme une étoffe composée de vieux fers de chevaux, clous, de maréchaux, etc., et de vieilles lames de faux qu’on a soin de couvrir avec d’autres ferrailles pour les garantir de l’action trop vive et trop

de l’armcrier. »5*

immédiate du feu. Ou corroyé bien celte étoffe et on l’étire en une faîne de cinq millimètres d’épaisseur au moins par un bout et de sept de l’autre, et de dix sept ù vingt millimètres de large sur deux mètres à 2,020 de longueur, suivant la longueur qu’on veut donner au canon : on la nomme ruban.

Ce ruban ainsi préparé, on le rotde sur un canon ordinaire forgé et soudé comme nous l’avons déjà indiqué, mais beaucoup plus mince et plus léger. Ce canon ébauché se nomme la chemise ; il sert do moule pour rouler le ruban. La chemise est plus courte que le canon qu’on veut faire, afin que , dans l’opération de la forge, le ruban puisse s’étendre. Cette précaution est toujours nécessaire pour faire un bon canon , parce que, plus le fer s’allongera , plus il sera battu , plus il sera compacte, ses parties seront plus adhérentes, et l’on courra d’autant moins le risque des doublures.

On soude d’abord l’extrémité la plus large et la plus épaisse du ruban à l’extrémité de la chemise la plus épaisse et qui doit former le tonnerre. On continue ù rouler et à souder le ruban sur toute la longueur de la chemise, on en soude le bout à l’autre extrémité qui doit former la bouche. Alors on le fore et on le finit comme nous l’avons dit pour les canons ordinaires.

11 importe, dans cette opération, d’employer de bonne matière et surtout un ouvrier adroit et intelligent.'

La qualité du fer dont on a formé le moule ou la chemise est loi t indifférente : nous avons dit qu’il doit être mince; par conséquent, dans l’opération de la forge et du forage , il est emporté tout entier et audelà , il ne reste que l’étoile des lames de faux qu’on a recouverte avec d’autres ferrailles que la lime et la meule emportent à l’extérieur.

A Joux, près Pontarlicr ( Doubs.) , on fabriquait avec beaucoup de succès des canons à ruban qu’on nommait lors. On enroulait la laine sur la broche , et on la soudait immédiatement sans chemise. Celte fabrication paraît n’avoir plus lieu à Joux , mais a été reprise avec avantage dans d’autres manufactures,. O11 s accorde a convenir que les canons à ruban sont ceux qui résistent le plus.

1S0. Le canon filé est une variété du canon à ruban».

l5a • MAXUKt

.Eilç n’a point pris faveur et nous en témoignons notre étonnement, l’invention était remarquable, et il y avait tout lieu d’en attendre un bon résultat ; peut-être n’at-elle pas été exploitée convenablement, vu la difficulté d’exécution. Voici en quoi Consiste le procédé qui est dû à M. Barrois.

Sur un canon forgé, limé et dressé à l’ordinaire, on tourne en hélice un fil de fer de la grosseur d’une plume de corbeau. Ce fil de fer doit être bien recuit , afin qu’il ait repris toute sa force qui se perd , comme ou sait , par l’étirage dans les trous de la filière. On en couvre d’abord l’extrémité du canon du côté du tonnerre jusqu’à un pied environ. On soude à chaude

Ïiortée cette première couche de fer filé , puis on la ime pour enlever l’oxidation. On met par-dessus une seconde couche qui couvre la première et la dépasse

I’usqu’aux deux tiers du canon. On la soude et on la danchit à la lime comme la première. Enfin, on en met une troisième qui couvre le canon en entier depuis le tonnerre jusqu’à la bouche , et qu’on soude de même. Cette manière de revêtir le canon d’une hélice beaucoup plus droite que celle qui est le produit du ruban est de l’invention d’un Français ; mais il ne paraît pas qu’elle ait pris faveur; car, dans le fait, on voit très-peu de canons filés. Il est à présumer que de grandes difficultés d’exécution se seront opposées à sa propagation : il doit être rare en effet qu’il ne se trouve pas quelques manques de soudure dans une aussi grande quantité de surface à souder. On doit regreter qu’il en soit ainsi, car ces canons auraient infailliblement été plus sûrs qu’aucun autre, le nerf du fçr se trouvant presque absolument en travers, et cette méthode offrant la facilité d’y faire entrer du fil d’acier qui aurait encore augmenté sa force.

181. Les canons damasses sont faits avec un mélange bien corroyé de fer et d’acier , le fer y entrant pour plus de moitié. C’est à Paris que cette fabrique est le plus en vieuenr ; on en faisait aussi à la manufacture de Versailles. Ces canons coûtent très -cher, parce qu’il entre beaucoup de matière dans leurfabrication, encore bien qu’en définitive ils ne pèsent guère que deux livres et demie à trois livres. On forme avec

DR l’armtjrier. l53

cette étoffe fer et acier , une espèce de lame étroite qu’on enroule sur la chemise comme pour le canon à ruban avec lequel le canon damassé a beaucoup de rapport. Lorsqu’il est bien exécuté, c’est le 'plus .solide de tous.

182. Cbarleville , St. -Etienne , Maubeuge , Tulle, Versailles et Paris, ces deux dernières villes surtout, sont renommées pour la fabrique des canons de fusil ; l’arquebuserie de Paris est , à juste titre, la plus estimée , mais il ne s’y fait point de canons de fusils de munition. L’Espagne, l’Angleterre et l’Allemagne ont aussi des manufactures célèbres, Madrid surtout ; mais ces canons espagnols, formés de plusieurs canons courts , soudés bout à bout, et forgés avec des vieux fers doux delà Ronda , coûtent très -cher et égalent tout au plus, malgré leur haute réputation, nos canons de Paris faits avec une matière moins bonne, mais bien supérieurs sous le rapport de la parfaite exécution , condition au moins aussi importante que la première pour la durée du canon et la sûreté dans l’emploi. Les canons anglais peuvent mériter leur réputation : composés avec d’excellent fer, fabriqués par des ouvriers adroits , ils pourraient être parfaits , et cependant rien ne les fait distinguer des nôtres qui sont généralement préférés. Peut-être n’attachent-ils pas une haute importance à cette fabrication ? Peutêtre ce genre de travail n’est-il pas assez rétribué ?

183. On fait aussi des canons brises : ils sont ordinairement carabinés, c’est-à-dire qu’ils sont intérieurement rayés de moulures longitudinales ou spirales. Ces canons sont en deux pièces ; la partie inférieure qui porte le tonnerre est suffisante pour recevoir la charge et la balle ; elle s’ajuste à vis avec la partie supérieure qui est le tube. On est obligé de la démonter pour introduire la charge et la balle , ou bien , on l’introduit par la bouche, à l’ordinaire, et l’on ne peut faire entrer la balle qu’avec une baguette de fer et un maillet ; ces canons portent, dit-on, plus loin et plus juste. M. Jacquet, horloger-mécanicien à "Versailles , imagina, en 1817 , une machine très ingénieuse pour carabiner en spirale les canons de fusil ; cette machine peut rayer un canon de carabine de chasse do

Digiti

1 54 MANCED

trente à cent quatre-vingts cannelures ; mais le terme moyen est de cent vingt rayures au plus : elles sont alors si fines qu’on les nomme rayures à cheveux, parce que les dents ne paraissent pas plus grosses que des cheveux. Ce travail peut avoir son utilité ; mais il nous semble que ces rayures si fines seront promptement encrassées et que leur effet sera promptement annihilé. Cependant, comme nous ne sommes point juges compétens en cette matière et qu’il peut y avoir divergence d’avis , nous donnerons plus tard la description de cette machine que nous extrairons textuellement du bulletin de la Société d’Encouragement ; le modèle en a été exposé au Conservatoire des arts et métiers.

184. Les carabines dont les Allemands, les Tyroliens et plusieurs peuples du nord font usage pour la chasse des grosses bêtes sont il canons rayés ; mais les auteurs sont divisés sur la question de savoir si leur plus de portée n’est pas due principalement à la force de ces canons qui permet une plus forte charge de poudre : leur poids, d’ailleurs, le tems et les instrumens qu’il faut pour les charger en rendent chez nous 1 usage extrêmement rare ; il est même à remarquer qu il devient chaque jour moins fréquent chez les peuples que nous venons de nommer. Les armes françaises, plus simples, plus légères, plus gracieuses et d un meilleur effet, sont préférées par tous les peuples de l’Europe.

i8.5. Lronzure des canons. Les canons des fusils de munition sont tout simplement polis, c’est le plus bel ornement qu’on puisse leur donner; mais c’est un ornement qui dure peu à moins d’un entretien journalier, c est ce qui lait que les personnes qui se servent rarement de leur arme préfèrent en bronzer le canon

{>Our le garantir de la rouille. Bronzer un canon ; c’est ui faire prendre une couleur brunâtre que les arquebusiers nomment couleur d’eau. Ils font chauffer un canon jusqu’à un certain point, le posent dans des tenailles eh bois qu’ils assujetissent dans l’étau et le frottent ensuite avec de la pierre sanguine jusqu’à ce que le canon ait pris la couleur désirée. On obtient une plus belle couleur et plus durable > si, après avoir

DE L ARMORIER.

fait 'chauffer le canon, on le frotte avec du chlorure d’antimoine , connu vulgairement sous le nom de beurre cl' antimoine. Quelques armuriers bronzent leurs canons avec de la corne : pour y parvenir, ils les font chauffer presque au rouge obscur, ensuite ils le flattent fortement avec de la corne. Le canon prend alors lAe espèce de couleur de bronze. Qnant aux dorures, arabesques, fleurs, etc. dont on orge quelquefois les canons, cc n’est pas l’armurier qui les fait ordinairement, c’est le dainasquiueur ; nous en parlerons cependant quelque peu au chapitre Armes de fantaisie. ^ oici les méthodes suivies dans les manufactures pour la mise en couleur des canons.

Cette opération a lieu , soit en les bronzant avec la sanguine ( F oyez ce mot au vocabulaire), soit en leur don nant la couleur gris de cendre, soit en leur donnant celle brun-rouge, soit enfin en leur donnant une nuance bariolée au moyen d’un acide étendu d’eau.

On vient de voir comment on bronze le canon avec la sanguine. Pour donner la couleur gris-cendré , on polit bien ce canon, on le frotte avec de l’huile d’olive épurée ( aa5 ) , on le saupoudre de cendre et on le met au feu de charbon de bois. Le canon noircit bientôt ; mais il reprend ensuite la couleur blanchâtre de la cendre, alors on le retire du feu, on le laisse refroidir, on l’essuie, on l’huile légèrement, et l’opération est finie. 11 faut avoir l’attention de se servir de cendre tamisée et de bois neuf.

Pour donner la couleur brun-rouge, on se sert, comme on vient de le voir plus haut, de beurre d’antimoine; mais il n’est pas inutile d’entrer dans quelques détails sur la manière dont on en fait l’emploi.

On prend un gros de beurre d’antimoine et trois gros d’buile d’olive, on fait chauffer le tout ensemble jusqu’à cc que le mélange soit complet ; après quoi, on en enduit le canon au moyen d’un linge fin en frottant légèrement. Au bout de vingt-quatre heures, le canon est rouge de rouille, on l’essuie alors fortement après l’avoir huilé et on l’enduit de nouveau avec cette composition en répétant l’opération jusqu’à ce que la couleur soit unie, égale et bien brune , époque où la composition n’opère plus et oit

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