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l56 MANtrEt
la rouille ne pousse plus; il faut dix ou douze jours
f)Our donner au canon la couleur brun-rouge, et plus ong-tems encore pendant les tems froids que pendant les chaleurs.
Pour donner la nuance bariolée, on fait un méjuge' d’acide nitrique et d’eau assez faible pour ê.tre supporté sur la langue ; on y plonge le canon pendant deux à trois minutes jusqu’à ce que les spires du fer tordu paraissent bien ; on le retire et on l’essuie.
On place ensuite le canon sur un feu de charbon de bois, il prend la couleur foncée presque noire; dès qu’on s’aperçoit que le noir commence à s’éclaircir pour passer au rouge , on retire le canon et on le laisse refroidir jusqu’à ce qu’on puisse le tenir dans la main ; on le plonge de nouveau dans l’acide étendu d’eau, on le retire presque aussitôt et on l’essuie. Pour favoriser l’action de l’acide, le canon doit être soigneusement dégraissé avant de l’immerger ; enfin , on passe la pièce grasse sur le canon pour arrêter les progrès de l’oxidation.
Il est clair que les orifices du canon doivent être bouchés pendant l’opération , afin de préserver de l’oxidation l’intérieur du tube.
Le bronzage ordinaire paraît préférable à cette mise en couleur, parce qu’il est plus durable et que le canon est moins sujet à la rouille par la suite. Le seul avantage que présente ce bariolage est de montrer que le canon est tordu en rendant apparentes les spires du fer, précaution utile quand les canons ne sont pas faits par des maîtres connus.
Cette dernière méthode de mettre les canons en couleur était dernièrement et est encore en usage chez plusieurs arquebusiers de Paris , elle est aussi employée pour les canons des pistolets des officiers de l’aratée.
• Les canons des fusils de munition ne sont pas mis en couleur pour les troupes françaises, encore bien
3ue plusieurs militaires recommandables en aient émontré l’urgence ; mais cette méthode est suivie en Angleterre depuis quelques années. Voici, d’après M. Ch. Dupin, le procédé employé pour leur mise en «ouleur. On prend i4 grammes’ d’acide nitrique >
DK l’armurikr. l{>7
autant d’esprit doux de nitre et d’esprit de vin ,
56 grammes de vitriol bleu et 28 de tournures d’acier.
On mêle ensemble ces matières , le vitriol ayant d’abord été dissous dans une quantité d’eau suffisante pour faire, avec les autres ingrédiens, un quart du mélange.
Avant de commencer à brunir le canon , il est nécessaire de le bien nettoyer , de mettre dans l’âme un bouchon de bois, et de bouclier la lumière ; on applique ensuite le mélange avec une éponge propre ou un chiffon, ayant soin que toutes les parties du canon soient recouvertes de la composition ; le canon doit être ensuite exposé à l’air pendant 24 heures.
Après ce teins , on le frotte avec une brosse rude pour enlever l’oxide qui s’est formé à la surface ; cette opération doit être répétée une seconde et même une troisième fois , s’il est nécessaire , afin que le canon soit d’une couleur parfaitement brune. Alors il faut le frotter et l’essuyer avec soin , le plonger dans une eau bouillante contenant un peu de matière alcaline , afin que toute action de l’acide sur le canon soit détruite.
Lorsqu’on a retiré le canon de l’eau , et qu’il est parfaitement sec , on le frotte doucement avec un brunissoir de bois dur, puis on le chauffe h la température de l’eau bouillante , alors il est prêt h recevoir un vernis ainsi composé : un décilitre d’esprit de vin", trois grammes de poudre de sang-dragon, 28 grani. de laque. Le vernis parfaitement séché sur le canon , on doit le frotter avec un brunissoir pour lui donner une apparence douce et lustrée.
La platine.
186. On nomme ainsi l’ensemble du mécanisme à l’aide duquel on met le feu à la poudre contenue dans le tube du fusil. On a vu ci-dessus ( 169) , les phases que cette partie de l’arme a parcourues avant d’arriver 1 . à l’état présent. Nous allons maintenant donner la description d’une platine d’arme de guerre , d’après un modèle courant de Charleville, sauf à revenir ensuite sur ce sujet, en rapportant les inventions récentes qui n’ont pas encore été adoptées pour les armes d’ordonnance, . 1 - . .
l58 . MANUEL
187. Il serait très- difficile de restreindre assez une description circonstanciée de la platine d’un fusil pour pouvoir la faire entrer dans notre ouvrage ; il faudrait présenter chacune des pièces qui la composent, vue à part et sous des points de vue divers ; il faudrait entrer, sur chacune de ces pièces, dans une explication des procédés de fabrication, et faire connaître les changemens successifs qu’elles ont éprouvés. On comprendra de suite que ce travail immense nous entraînerait' fort loin ; car chacune des vingt pièces ’dpnt une platine est composée , à l’exception des vis , a son histoire particulière, a été l’objet d’une étude particulière, a subi des changemens de forme, a reçu des améliorations qui ont été le résultat de raisonnemens basés sur l’expérience. Ce travail présenterait assuré-? w ment beaucoup d’intérêt , conserverait pour l’avenir des formes prêtés à disparaître sans retour; mais il •'serait tellement considérable qu’il serait hors de proportion avec les autres parties de notre Manuel. Nous devons donc , quoiqu’à regret , nous borner à considérer l’ensemble de la platine, et à décrire sommairement les diverses parties pour en faire, autant que possible, apprécier le mécanisme et le mode d’action. A cet efl'et , nous avons représenté , fig. 65 et 66 , une platine vue extérieurement et intérieurement, copiée d’après un bon modèle de Charleville ; c’est une façon ^ courante : nous dessinerons séparément les pièces . cachées.
L’ensemble de toutes les pièces qui composent le mécanisme porte le nom de platine. On avait proposé de lui substituer le nom de batterie , et de conserver le nom de platine pour la plaque sur laquelle sont montées les pièces diverses ; l’usage contraire a prévalu , et cette plaque se nomme corps de platine ; nous Pavons marquée a a sur les figures 65 et 66, et nous l’avons dessinée à part , fig. 67, vue intérieurement. Elle est percée de treize trous de calibres divers , les uns taraudés , les autres unis , et de plus d’une entaille, non traversée, servant de point de fixation pour le ressort de gâchette. L’épaisseur du corps de platine est de 4 à 5 millimètres ; on préfère généralement maintenant lui faire atteindre ce dernier nombre, sauf
de l’armurier. l5y
à lui donner un peu moins de longueur. L’épaisseur est avantageuse en ce point qu’elle donne un ou deux filets de plus aux taraudages des écropx qui sont formés dans la plaque. Cette épaisseur n’est pas la même dans toute l’étendue de la plaque , elle est moindre derrière le chien ; elle est de 9 millimètres sur la partie saillante «’f et de dix millimètres sur l’autre partie a”, ces mesures d’épaisseur ne sont pas absolues, elles ont beaucoup varié ; on faisait autrefois les corps de platine plus plats, plus égaux d’épaisseur,; la partie saillante «’ ne faisait point partie du corps de platine, elle dépendait du bassinet qui était en fer. Cette dis- ' position avait cet inconvénient que la vis de traverse, tirant sur le prolongement du bassinet, détachait ce prolongement du corps de platine. Sa longueur n’est pas non plus invariablement fixée, elle est de i5o à 160 millimètres, ( lie n’est que de à i45 pour les platines de carabines ; elle est arrondie en méplat extérieurement derrière le chien : on pratique partout ailleurs un chanfrein qui est indiqué dans la fig. 65. Le corps de platine est fait en fer, on le trempe en paquet, afin que les écroux se conservent en bon état, et que les frottemens successifs du chien ne déforment pas le trou é’, fig. 67. On peut d’ailleurs, au besoin, se servir comme d’une filière de ce corps de platine ainsi trempé pour refaire une vis perdue ou dont le pas serait mâché ou détruit. Quant à la largeur de celte plaque, elle varie entre 5 centimètres et 25o millim.
Explication de la figure 67.
188. «’ saillie, dite boutcrolle , portant l’épaissenr du corps de platine à 9 millimètres , au milieu de laquelle est percé un trou taraudé, formant l’écrou d’une longue vis dont la tête est de l’autre côté du fusil, qui traverse le fût et concourt , avec la vis entrant dans l’écrou c , û assurer le maintien de la platine contre le fusil. Ces deux écroux a’, c, n’ont point d’autre usage, et les deux longues vis qui s’y engagent èt qui , seules, maintiennent la platine, ne sont pas ordinairement considérées comme faisant partie de la platiné; pour en finir avec ces deux vis, leurs têtes , qui sont rondes et saillantes, appuient de l’autre côté du lut sur une S en fer poli , qu’on nomme contre-plaqué , esse, porte-
l6o .* MAffOSL
vis, etc. ; elles passent. celle csous le tonnerre, l’autre a’ , dans une échancrure semi-circulaire faite à la queue de la culasse.
•a” autre saillie , dite rampart, portant l’épaisseur du corps de platine à dix millim. ; le trou qu’on remarque dans le centre du trapèze qu’elle forme est taraudé et reçoit la vis qui sert de pivot à la batterie, fl et dont la tête est visible en d’ figure d’ensemble 65 : cette vis peut avoir 5 centim. de longueur, y compris l’épaisseur de la tête.
6’, trou dans lequel passe la partie ronde de la noix dont il sera parlé plus bas; il doit être parfaitement alésé.
t , l’explication vient d’en être faite en parlant de a’.
e’, échancrure dans laquelle est placé le bassinet en cuivre e, lig. 65 , 66.
f , écrou de la vis /"visible par la tête, fig. 66, par le bout ^fig. 65.
g\ écrou de la vis de fixation de la bride de noix g-, fig. 66; g” , écrou de l’autre vis de fixation de cette même noix , laquelle vis sert en outre de pivot à la gâchette j ; g ’” , trou non taraudé recevant l’étoquiau formant le 5e moyen de fixation de la bride de noix g.
’ t, écrou dé la vis de fixation du ressort de gâchette i , fig. 66, vue au bout en i , fig. 65 ; t’ , entaille à miépaisseur, dans laquelle s’engage l’étoquiau oubuttoir du ressort de gâchette.
•A’, écrou de la vis de fixation du grand ressort A, fig. 66 ; A”, trou non taraudé recevant l’étoquiau de ce même ressort.
m ’ , écrou de la vis de fixation du ressort m’ de la batterie d, visible par la tête, fig. 65 ; m”, trou non taraudé recevantl’étoquiaud’arrètde cemêmeressort m’.
Tous les trous du corps de platine, à l’exception de quatre, ceux b’ g A” m” sont écroux , les armuriers sc servent, pour les tarauder, de tarauds ronds ayant seulement des raies de dégagement faites avec le tierspoint ; ils prétendent que les tarauds polygones ne conserveraient pas aux écroux cette parfaite identité de diamètre qui doit se rencontrer dans toutes'les armes de munition et en vertu de laquelle la vis d’une platine peut servir à toutes les autres platines. C’est par la même raison , nous devons le dire de suite , que
DEi iAarmürier. • . 16»
toutes les vjj dont nous allons parler sont filetées avec des filières simples, afin que le diamètre de chacune des vis soit le même que celui de toutes les vis semblables des autres platines, les différences de diamètre des vis n’ayant lieu que relativement aux vis de la même platine entr’elles. Quant à la grosseur différente de chacune de ces vis, nous ne nous y arrêterons pas , nous ferons remarquer seulement qu’il est commode que les trous c a’ soient taraudés avec le même taraud et les vis filetées dans le même trou de la filière, parce que, rien ne servant de distinction entre ces deux vis, elles sont exposées à être changées de place. 11 ne peut y avoir erreur pour les autres vis rf , g-, g”, i, A’, m’,
elles sont toutes différentes les unes des autres.
Nous allons maintenant jeter un coup-d’oeil sur chacune des pièces qui sont montées sur le corps de platine.
189. Le chien b , lig. 65, 66, doit d’abord fixer notre attention. Il se compose de trois pièces; i° le corps, dont la mâchoire inférieure de la pince fait partie, 20 la mâchoire supérieure A”, qui est mobile, 3° enfin de la vis forée b b dont l’écrou est dans la mâchoire inferieure. .
La forme du chien a souvent varié, on la faisait autrefois lout-à-fait aplatie, avec des chanfreins autour, on la fait maintenant bombée, d’où il résulte que le corps est plus robuste, plus résistant, et l’on sait que c’est toujours cette pièce. qui est la plus exposée à se rompre. Afin que le chien ne s’abatte pas indéfiniment, on réserve sur le côté tourné vers le corps de platine un épaulement , qui vient appuyer sur le champ de ce même corps de platine lorsque le chien est tombé , ainsi qu’on peut le voir en a’ fig. 66. La manière dont le chien est attaché est très-simple et très-sure , la vis t , qu’on nomme clou du chien , pour la distinguer de la vis b b dont il sera parlp plus bas, étant enlevée, ainsi qu’on le voit fig. 68, laisse voir un carré faisant partie de la noix et sur lequel est ajusté le carré du chien. La vis / s’engage dans l’écrou pratiqué au centre de ce carré et y fixe invariablement le chien au moyen de sa tête large et ronde qui recouvre le carré qui se trouve inscrit dans le cercle qu’elle forme. INous reviendrons sur ce carré en parlant de la noix*
l6a • MÀXUEt
La seconde pièce du chien est la mâchoire supérieure b" quicst mobile , elle glisse par enlourchement droit le long de la tige b et est en outre maintenue par le collet de la vis b 6, elle forme avec la mâchoire inférieure une pince dans laquelle on prend la pierre revêtue de cuir ou d’une lame de plomb.
La troisième pièce est la vis b b dont la tête est forée et fendue. Cette vis opère le rapprochement des mâchoires au moyen d’une embase qui forme épaulement sur le collet.
1 90. Le bassinet e e , fig. 65, 66, est en cuivre jaune ; il se pose par assemblage à cheval sur le champ du corps de platine dansl’échancrure e’, fig 67, entre les deux saillies a’ a” qu’il affleure en dedans : il est maintenu par deux vis, à l’intérieurpar celle f, fig. 66, à tête fraisée , dont l’écrou est en f1 , fig. 67, et dont le bout est apparent en f, fig. 65, et à l’extérieur parla vis d\ fig. 65 , dont l’écrou très-épais est situé au milieu de la saillie a”, fig. 67, et dont le bout est visible à l’intérieur en a” fig. 66. Nous ne donnons pas le bassinet , vu isolément, c’est une pièce de fonte , délicate et d’ajustement, qu’on ne comprendra bien qu’en l’ayant dans la main ; le dessus, formé des bords de la cuvette, doit être parfaitement dressé, afin que le couvre-feu où batterie le ferme exactement. Cette fermeture exacte est une chose très-importante, afin que l’amorce ne puisse se répandre ou s’éventer; nous n’insistons pas davantage sur ce bassinet, et nous empruntons au Bulletin de la. Société d’Encouragement la description du bassinet à cylindre.
« Notice sur un bassinet de sûreté , à recouvrement cylindrique', adapté aux platines de fusils, et destiné à empêcher les armes à feu de partir accidentellement, ainsi
Îu’à préserver l'amorce de l'humidité, inventé par f. Recmkr, Conservateur du Musée de l' Artillerie,
« Ce bassinet, qui vient d’être adopté pour le service de la Maison militaire du Roi , peut également convenir aux amateurs de la chasse et aux propriétaires qui veulent avoir chez eux un fusil constamment chargé. Avant d’en donner la description, nous croyons devoir rapporter les détails qui sont consignés sur cet objet dans un mémoire de M. Regnier , imprimé en
-rJtryU^y-r
■ DK l’armurier. i63
1 798, par ordre du Gouvernement, pour l’usage des militaires dont le service exige de tenir leurs armes chargées sans qu’elles puissent occasioncr d’accidens.
Lorsque l’art rendit portatives les petites bouches à feu, le fusil devint l’arme la plus ingénieuse et la plus utile ; alors on sentit la nécessité de la rendre sûre, afin de ne point exposer ceux qui voudraient la laisser chargée. Plusieurs moyens furent employés: le plus simple fut un crochet adapté au corps de platine qui maintint le chien sur son repos; mais, dans l’usage, le bec du crochet s’émousse ou s’égrène, et devient , par là, inutile, ou bien il retient le chien à conlreterns, de manière que, lorsqu’on veut faire feu, le crochet retombant dans le cran du chien, celui-ci se trouve arrêté dans sa chute et manque son effet.
Ces inconvéniens firent naître l’idée d’un moyen plus compliqué, à la vérité, mais bien plus sûr. Dn imagina une batterie tournante, mobile sur un pivot; la face d’acier qui fournit lefeuau bassinet se retourne dans une position diamétralement opposée à sa situation naturelle; par ce moyen, si le chien part accidentellement , la pierre ne rencontre pas de batterie , et par conséquent l’arme ne fait pas leu. '
Cette batterie, comme on le voit, présente des effets bien plus certains que le crochet qui maintient le chien sur son repos, aussi fut-elle adoptée pour les fusils des gardes-du-corps de Louis XV et de Louis XVI. On s’en servit également pour les fusils de voyage, parce qu’on n’avait à craindre ni les frotteînens, ni les secousses, qui peuvent faire partir accidentellement les fusils ordinaires.
Quelque ingénieuse que fut cette invention, elle présentait cependant plusieurs inconvéniens ; i° si l’arme partait sans que la baltetie fût rétablie dans sa vraie position , la pierre ne rencontrant pas la face de cette batterie , la chute du chien était si rude qu’il se cassait presque toujours au collet, et, par cet accident, on se trouvait lout-à-coup désarmé ; 20 si on tournait la batterie avec trop de précipitation, et si on ne faisait pas attention à la manière de la remettre en place , les doigts se trouvaient entre la pierre et la batterie, et on se blessait vivement.
J 64 MANEKt,
Ces inconvéniens engagèrent quelques artistes à faire des batteries brisées à charnières qui se ployaient en avant, sans que la partie inférieure qui couvre le bassinet laissât l'amorce à découvert.
Ce moyen , que l’on pourrait croire meilleur , ne fut cependant pas adopté, soit que cette opération exigeât trop de tems, soit que la forme de la batterie rendît sa construction trop lourde ; la batterie tournante fut préférée , malgré ses défauts.
M. Regnier, voulant remédier à tons ces inconvéniens, employa un petit cylindre d’acier dans lequel était taillé un bassinet ; sur ce cylindre , fixé au corps de platine, il ajusta une enveloppe de même métal également cylindrique qui fermait hermétiquement cette amorce, et permettait de la couvrir et découvrir à volonté, sans toucher à la batterie.
Dès les premiers essais, on remarqua , i° Que la poudre, renfermée dans le bassinet , ne prenait pas d’humidité, quoiqu’on la plongeât à diverses reprises dans l’eau ;
20 Que cette même amorce ne brûlait pas â l’inflammation d’une quantité de poudre parsemée dessus et dessous le cylindre tournant.
Ces épreuves , répétées plusieurs fois , offrirent toujours les mêmes résultats, et donnèrent lieu de conclure que ce nouveau bassinet pouvait mériter la préférence sur les anciennes batteries tournantes.
Le premier fusil que M. Regnier fabriqua d’après cette idée fut adressé à l’Académie des sciences de Paris. Voici comment s’expriment, dans leur rapport du ao mai 1781 , les commissaires MM. Maillebois , Borda et Yandermonde.
« Le cylindre tournant a deux avantages
considérables: celui de préservèr l’amorce de toute humidité, et celui d’empêcher que cette même amorce ne puisse être écrasée par la batterie , quelle que soit la quantité de poudre qu’on y ait mise ; ce qui doit prévenir le long feu; car le cylindre tournant, en faisant son demi-tour, encadre et range ce qui reste de la manière la plus avantageuse. Nous croyons que ce fusil, qui nous a paru d’ailleurs proprement exécuté, mérite les éloges de l’Académie.
DF l’aRMORIER. l65
M. Regnier ayant remarqué, depuis, que, si l’on n’avait poiut soin de ce bassinet en acier, la rouille s’engageait tellement entre le, cylindre mobile et le cylindre fixe, qu’il était quelquefois impossible de lui faire découvrir l’amorce , inconvénient qui dégoûta des chasseurs de ce nouveau bassinet, malgré les avantages qu’il leur procurait ; il sentit la nécessité» de le construire en cuivre , métal qui se rouille fiien moins que le fer, et dont l’oxide est moins dur.
Après que ce bassinet en cuivre ent.été soumis aux épreuves les plus rigoureuses , on reconnut que l’oxidation n’empêchait pas le mouvement du cylindre tournant, et que , par ce moyen , on évitait le danger des armes à feu, lorsque des raisons particulières exigent qu’elles restent chargées.
En l’an 4» l’auteur présenta à M. Aubert-Dubayet,^ alors ministre de la guerre, ime espingole munie d’une platine à bassinet de sûreté. Cette arme fut renvoyée ' au Comité central de l’artillerie pour l’examiner et en faire son rapport. Les commissaires MM. Aboville , Sengin , Dulaulois et d’Hcnnezel , jugèrent o que les bassinets enveloppés d’un cylindre de cuivre peuvent être adaptés utilement aux fusils destinés aux troupes que la nature de leur service oblige à tenir constamment leurs armes chargées. »
Le Comité observa judicieusement qu’il eût été à désirer qu’un ressort de pressiôn retînt le cylindre tournant d’une manière plus assurée, soit sur le point' qui découvre, soit sur celui qui recouvre l’amorce. Ce perfectionnement ayant été ajouté de suite , le Ministre de la guerre ordonna la fabrication de ces nouvelles platines pour la garde du Directoire et pour les fusils d’honneur qui se distribuaient aux soldats qui s’étaient distingués par quelque action d’éclat.
M. Regnier vient de présenter à la Société d’Encouragement une de ces platines qui a paru très-bien exécutée , et offrir tous les avantages annoncés. La Société , convaincue des applications utiles dont elle est susceptible , tant aux armes de guerre qn’à celles de chasse , a arrêté qu’elle serait décrite et figurée dans le Bulletin.
Explication des figures .
Fig. 77, pi. a, platine garnie de toutes ses pièces vue intérieurement.
Fig. 78 , la même platine vue à l’extérieur.
Fig. 79, noyau cylindrique fondu en cuivre jaune , sur lequel est taillé le bassinet qui reçoit l’amorce.
Fig. 8o, le même noyau vu de profil.
' e c, petit ressort à cliquet d’acier trempé ayant la forme d’une paillette incrustée sur sa longueur et de toute son épaisseur dans le corps du noyau où elle est retenue , à son pied , par une petite vis.
Ce cliquet porte à son extrémité supérieure un petit bec arrondi qui entre successivement dans deux peti tes encoches pratiquées aux parois intérieures du cylindre tournant ; ces deux petites encoches maintiennent 'l’enveloppe sur les deux points qui donnent le recouvrement et le découvrement de l’amorce.
Fig. 81, cylindre de laiton écroui servant d’enveloppe pour couvrir et découvrir l’amùrce à volonté.
Fig. 86 , rondelle de laiton vue à l’intérieur , sur laquelle est établi le cylindre tournant par trois petits pieds rivés sur la face extérieure ; cette rondelle porte sur sa circonférence une dent arrondie ,mais saillante,
Ïiour faire connaître , par sa position , l’ouverture et a fermeture du bassinet, lorsque la batterie le recouvre; cette même .dent sert aussi d’appui quand on veut faire tourner l’enteloppe ; et, pour plus de facilité , le contour et celui de la dent sont gaudronnés. Par ce moyen , les doigts ont la prise nécessaire pour faire tourner commodément l’enveloppe du bassinet , sans être obligé de soulever la batterie.
m , petite cheville d’acier fixée à vis dans l’épaisseur de la rondelle ; elle est saillante sur le fond du cylindre tournant , afin de rencontrer deux points d’arrêt entaillés sur le sommet du noyau cylindrique h , h , fig. 87; ces deux points d’arrêt, joints à ceux du cliquet , déterminent, avec précision, le jeu du cylindre tournant, et ne lui donnent que le mouvement nécessaire pour couvrir et découvrir entièrement l’amorce.
Celle enyeloppe est enfin retenue extérieurement
DE x’aRMI'HIEB. 167
par une vis placée au centre de la rondelle qu’on voit dans la fig. 78, ensorte qu’elle ne peut se séparer du noyau que lorsqu’on veut nettoyer l’arme.
Fig. 82, cylindre tournant, en partie posé sur son noyau.
Fig. 83, bassinet à demi-découvert.
Fig. 84 , basginet découvert.
Fig. 85 , le même bassinet entièrement recouvert. iV. B. Lorsqu’on nettoie le fusil , on a soin de
graisser l’intérieur du cylindre tournant avec un peu e suif fondu dans de la cire. Cette espèce de pommade empêche le cuivre de s’oxider, et donne tin' frottement doux et uniforme au cylindre tournant en même teins qu’elle empêche l’humidité de pénétrer dans l’amorce. »
Cet article n’est pas très-clair ; mais , la figure aidant, les armuriers parviendront à le comprendre; on ne dit point comment s’opère le mouvement du cylindre lorsque le chien tombe sur la batterie. S’il faut , à chaque coup , faire tourner ce cylindre avec le doigt , nous ne voyons pas trop où est le perfeçtionnemcnt. Un fusil bien fait ne part point lorsqu’il est en repos ; il faut l’armer pour qu’il soit susceptible de partir par cas fortuit et indépendant de la volonté de celui qui l’emploie. Si on ne tire point, on doit désarmer, et, mettre au repos. La même chose aura lieu pour le recouvrement ; si , après l’avoir ouvert pour tirer, on ne tire pas, il faudra le fermer, ou bien le même danger existera comme dans le fusil ordinaire qu’on laisse armé. Quant à la fermeture exacte qui défend la poudre de l’humidité et de feux extérieurs , les mêmes conditions se rencontrent, à peu de chose près, dans un fusil ordinaire bien. fait; et les expériences faites pour le cylindre tournant pourraient être répétées pour la batterie ordinaire sans qu’il en résultât de différence : resterait donc l’avantage de ce que la poudre , étant plus encaissée dans le cylindre , ne se répandrait pas aussi facilement lorsque le fusil rate, et que les cas où il faudra réamorcer seront plus rares ; mais ce fait n’a pas été constaté dans les rapports. Nous respectons l’avis des personnes instruites qui sc sont prononcées pour cç procédé; mais, quant
l68 MANUEL
à nous , nous ne voyons pas là amélioration sensible , nous y voyons seulement mode, changement, complication : rien ne nous paraît plus simple, plus 'commode, plus sftr, qu’un fusil ordinaire bien fait. Nous n’entendons pas toutefois parler des armes à procédé que nous examinerons plus tard. Cet avis , que nous émettons, sans prétendre l’imposer à personne, est, peut-être, le résultat de notre très-faible savoir, et il pourra se faire que les armuriers en portent un tout différent : c’est ce qui nous a déterminé à leur faire connaître en détail l’invention de M. Regnier.
191. La batterie d\ fig. 65 et 66, modèle de 1816, est 011e pièce de fer et d’acier trempé, d’une confection difficile pour la forge et pour l’ajustement; elle pivote sur la vis d' dont il vient d’être parlé, et est maintenue d’un côté par le corps de platine , et de l’autre par le bras du bassinet, qui forment une chape dans laquelle pivote la queue. Au dessous de l’œil par où passe le pivot. d’, cette queue est divisée en deux branches visibles, fig. 65 ; l’extrémité de chacune de ces deux branches, dont une se nommé le talon , est en contact avec le ressort de batterie et pèse sur lui. C’est par ce moyen que sont assurées la parfaite fermeture du bassinet et la résistance aux chocs du chien, lesquels chocs, par le contact de la pierre contre la partie trempée de la batterie, produisent les étincelles qui enflamment l’amorce. Le mouvement de la batterie doit être libre, résistant et calculé de telle sorte que le bassinet soit bien découvert par le choc du chien, et que la batterie ne reste point entr’ouverte et suspendue entre ses deux points de contact; ces conditions dépendent de la force justement calculée du ressort de batterie^. Dans le modèle de 1824, la batterie est renversée par le haut, afin que le pouce ne soit point fatigué lorsqu’il s’agit de la rabattre. La mise d’acier de la batterie est de 18 à la livre pour le fusil d’infanterie, de 20 à la livre pour celui de cavalerie, de 28 pour les pistolets de cavalerie, de 56 pour le pistolet de gendarmerie.
192. Ce ressort m’, fig. 65, doit être en acier trempé revenu bleu , il est fixé sur la face antérieure du corps de platine au moyen de la vis m’ dont l’écrou est en
DK L*A RMCRlKn. \ Gÿ
>n’, Gg. 67, fil dont le bout n’est point visible à l’intérieur parce qu’il est caché par le grand ressort A et par l’étoquiau m” (18S).
19a. A l’intérieur, cinq pièces fixent notre attention, i° la noix, 20 la bride de la noix, 5° le grand ressort, 4" la gâchette, 5° le ressort de gâchette.
194 . La noix est une pièce de fer trempé au paquet, que nous avons représentée sur trois faces, fig. 69, 70,
7 1 • y ue par le côté qui touche à la bride de noi* , fig. 69 ; vue par le côlé qui touche au corps de platine, fig. 70, et enfin vue de profil par derrière, le chien étant abattu, fig. 71. g est un tourillon qui s’engage dans le t rou g de la bride de noix dans lequel il pivote, {V . fig. i>6.) h est l’endroit où appuyé le grand ressort, j est le cran dans lequel est placée l’extrémité de la gâchette lorsque le fusil est au repos, j’ est l’autre cran où se trouve la gâchette lorsque le fusil est armé, c’està-dire lorsque le ressort est tendu ; le cran j étant plus profond et plus incliné, il est impossible que la détente ait lieu lorsque le bout j de la gâchette, fig.
72 , y est engagé et que le fusil est au repos : la disposition de ces crans est très ingénieuse , c’est un mécanisme simple qui produit parfaitement bien son double elFet.
Dans les fig. 70 et 71 , //est une partie circulaire, saillant sur le plein de la noix ; c’est cette partie qui entre à frottement doux et exact dans le trou b ’ du corps de platine, fig. 67 : la saillie de cette partie doit être absolument égale à l’épaisseur du corps de platine, elle est ensuite rendue carrée , ainsi qu’on le voit en b. C’est sur ce carré A, saillant en dehors du corps de platine, que se place le chien , ainsi qu’il est représenté fig. 6S. Dans le milieu de ce carré est un trou taraudé / profond de 10 a 12 millimètres servant d’écrou à la vis /, fig. 65 , dite le clou du chien.
195. La bride de noi.v est représentée vue à l’intérieur par g g’ g” fig. d’ensemble 66, vue par le côté touchant à la noix et au corps de platine, fig. 73, vue sur champ et par-dessous, fig, 74, vue sur champ par derrière , fig. 75. Cette pièce est également en fer trempé revenu bleu. L’explication a été faite en partie par ce qui précède, le trou g reçoit le tourillon de la
iyO , 'manuel
noix, les trous g * et g" , les vis de fixationxlont nou» a.vons .parlé pins haut (187) , ce qui nous reste à faire remarquer c’est l’étoquiau g’” entrant dans le trou g’” du corps de platine : cet étoquiau est placé sur une saillie qui touche au corps de platine et forme le pont sous lequel la noix est placée, ainsi que la gâchette qui forme appui de l’autre côté g” : cette pièce et la précédente se forgent dans des étampes.
196. La gaclieltc , vue en place, dans la figure d’ensemble 66, est également faite en fer trempé, nous l’avons représentée à part, vue en perspective, fig. 72. Elle pivote sur la vis g ” passant par le trou g” , c’est par son couteau j qu’elle s’insère dans les crans de la noix r quant au bras i’ qui fait le retour d’équerre , c’est contre lui qu’appuie la détente, fig. 76.
197. Le ressort de gâchette i, fig. 66, en appuyajitsur la gâchette, la force à se tenir sans cesse en contact avec la noix : ce ressort est fixé par une vis entrant dans l’écrou i et par un étoquiau entrant dans l’entaille é’, fig. 67. La tension de ce ressort est toujours à-peuprès la même dans toutes les positions du chien. Ce ressort est mal entendu, il appuie sur la gâchette très-
Erès de son pivot, ce qui nécessite de le faire plus rouste qu’il ne devrait être s’il appuyait contre le coude. igS. Quant au,grand ressort h, fig. 66 , ce que nous avons dit plus haut (19a) lui est applicable ainsi qu’au ressort de gâchette;, il se place avec un instrument qu’on nomme pince-ressort, il est fixé par la vis k’ et par un étoquiau traversant le corps de platine dont la place est indiquée en k ”, fig. 65 et 67.
199. L’explication de ces pièces diverses donnera beaucoup de facilité pour comprendre comment leur ensemble agit, et il ne nous restera, à cet effet, que peu de mots à dire. Dans les figures 65 et 66, le chien est abattu et le coup parti. S’il s’agit de tirer un second coup, après avoir mis l’amorce, on rabattra la batterie d sur le bassinet e , elle suivra alors la ligne ponctuée courbe qui se fait remarquer dans la figure ; dans ce mouvement le talon de la batterie aura appuyé sur le ressort de batterie ni et l’aura fait fléchir, et les deux points d’appui de la batterie sur le ressort auront changé de place, Le talon marqué x aura pris la place
DE l’aRMCRIER. 1JI
de l’autre marqué 2 , et ce point d’appui 2 sera alors élevé au-dessus du ressort m et n’y touchera plus : mais alors le talon 1, fortement poussé par le ressort, opérera la fermeture exacte du bassinet en y faisant adhérer la batterie et le couvre»feu. La force de ce ressort doit donc être calculée de telle sorte, qu’elle soit suffisante pour assurer ces mouvemens, et en outre, pour offrir une résistance au choc du chien lorsque la pierre vient frapper sur l'acier de la batterie, assez forte pour qu’il y ait production d’étincelles et assez flexible, cependant, pour que la batterie soit renversée du choc , et que le bassinet demeure bien découvert. On n’estime pas une batterie qui ne découvre qu’à moitié, c’est une preuve, ou que le ressort m est trop roide , ou que le pivot d' est trop serré, et que la longueur du talon n° 1 est mal calculée.
Le mouvement du chien est déterminé par le grand ressorti, fig. 66; dans la situation où il est représenté, ce ressort est détendu : pour le tendre, on retirera le chien en arrière. Alors la noix qui communique avec Je chien par le moyen du carré b, fig. 68 , 70 , 7 1 , obéira elle-même à ce mouvement en viranldansle grandtrou b’ , fig. 67, et dans le trou# del a bride de noix, fig. 66, 70, au moyen du côté du corps de platine, de la partie ronde b’ , fig. 70, ,‘71 , et du côté de la bride de noix au moyen de son tourillon g, fig. 65,6g, 71. Dans ce mouvement de virement, le bras delà noix A, fig. 66, 6g, 70, 71 , s’élève et tend le ressort À qui appuie suite bras. Arrivé au cran j, fig. 6g, 70, 71 , la gâchette j, fig. 66, vue, à part, fig. 72, pousséepar le ressort i qui la fait virer sur son pivot g” et qui fait cliquet , s’insère par son couteau j , fig. 72, dans ce cran profond, et s’y engage tout entier, et n’en peut sortir que par un mouvement en arrière du chien et par conséquent de la noix. Vainement appuyerait-on alors avec la délente, fig. 76, sur le bras i’, fig. 72, de la gâchette, le couteau j ne peut quitter le cran j. Dans cet état, l’arme est au repos, c’est le moment où elle a été dessinée, fig. 77, 78. Dans cot état, encore bien même qu’il serait possible de dégager la gâchette du cran j , l’arme ne partirait point infailliblement, i°, parce que le chien ji’cst pas assez éloigné de la batterie pour qu’il y ait
élan, choc violent ; 20, parce qu’à ce degré de flexion le ressort A n’a pas encore acquis la force nécessaire.
Il s’agit donc de vaincre ces deux obstacles et un seul mouvement en arrière du chien suffit : on dit que le fusil est armé lorsque le second mouvement en arriéré a eu lieu. La noix a encore viré comme nous venons de le voir, son bras A est élevé davantage, le ressort est tendu plus roide , le chien s’est éloigné de la batterie ; alors la gâchette, toujours poussée par le ressort s’est engagée dans le second cran j’ nommé cran de bandey fig. 66, 6g , 70, 71 , et retient le chien dans ce degré d’écartement et le ressort A dans ce degré de tension ; et comme ce second cran j’ est peu profond et que, d’ailleurs, l’angle qu’il forme est plus ouvert, il ne faut qu’un léger effort de la détente sur le bras »’ de la gâchette pour vaincre l’effort du ressort /, soulever le cliquet, et livrer le chien au puissant effort du ressort A qui le fait tomber avec force sur la batterie en appuyant sur le bras de la noix.
Ainsi se meut ce mécanisme simple et bien approprié à son objet.
Le Fût.
200. Le fût du fusil est en noyer , il est débité sur patrons dans des planches entre-taillées ; on . choisit le bois à fil courbe autant que possible , le bois tranché est sujet à casser; nous avons peu de chose à dire relativement à la fabrication des fûts , ils sont livrés tout préparés à P armurier qui n’a qu’à les ajuster.
Les considérations générales qui suivent sont cependant bonnes à rapporter ; les bois destinés à la fabrication des fûts de fusil ne doivent point être mis en œuvre avant qu’ils aient au moins trois ans d’abattage. On doit choisir celui qui est bien de fil, sans nœuds ni gerces, car on n’y souffre, ni colle, ni pièces, ni mastic servant à boucher les crevasses. Les plus beaux bois sont bruns et veinés, ce qui dépend de leur âge et de la nature du terrain où ils ont crû. Les noyers d’Auvergne sont particulièrement estimés lorsqu’ils sont bien de fil. Néanmoins les noyers blancs, cœur d’arbre et non de branche, lorsqu’ils sont sans nœuds, «ont aussi de bon service. La meilleure manière de les conserver est de les frotter de teins en teins avec ua morceau de drap ou de serge imbibé d’huile. Les
de l’armurier. ' 1^3
ouvriers chargés de monter les fusils dans les manufactures d’armes s’appèlent monteurs, il y en a de deux espèces qu’on distingue sous les dénominations de monteurs en blanc et i f èquipeurs-montcurs .
Les premiers préparent et coupent simplement les bois, creusent le canal où doit se loger le canon , celui de la baguette, le gîte où doit se placer la platine, celui de la plaque de couche , etc. , et l’équipeur ajuste toutes ces pièces sur le bois.
Le canal de la baguette exige beaucoup d’attention de la part du mouleur ; comme ce canal est couvert par le bois dans une grande partie de sa longueur, l’ouvrier travaille en aveugle ; si la mèche cessait d’aller droit et s’écartait du côté de la platine , la baguette, en la remettant en place, pourrait y pénétrer et y causer des dérangemens, elle pourrait même occasioner des accidens.
Le gîte de la platine doit être coupé net et sans bavures, de manière que toutes les pièces intérieures qui y sont placées n’éprouvent aucun frottement , sans quoi le jeu serait géné.
Quelque secs que soient les bois, ils travaillent tou-* jours; il faut avoir l’attention de ne point trop serrer les vis, surtout les deux grandes'qui tiennent la platine: autrement on trouverait, après quelques mois, les bois l'endus.
Pour mettre aisément le fusil en joue et bien ajuster l’objet qu’on vise , il faut que la crosse ait une certaine courbure qu’on appelle pente. On donne de la résonnance au fusil en tenant les garnitures un peu lâches. Cette résonnance s’acquiert d’ailleurs naturellement par le retrait du bois , lorsqu’il est sec.
Le canon est joint au fût au moyen de la vis de culasse et à l’aide de douilles et d’anneaux brisés qu’ou nomme cmbottcltoirs , capucines et grcnadicrcs; elles sont faites tantôt en fer, tantôt en cuivre, ce sont elles qui retiennent la baguette avec laquelle on bourre le fusil. Le bas de la crosse est garni d’une plaqué de fer qu’on nomme plaque de couche et qui est maintenue dans son encastrement par deux vis.
201. Cette baguette -dans les fusils de munition est faite en acier faible ou en éteflè fer et acier. Leur fx-
Digil
Ij4 MAjrrEj.
brication est assimilée à celle des armes blanches, et elles se font pour la plupart dans la manufacture d’armes de Klingenthal. L’acier est étiré en barre carrée de i5 à 18 millimètres, le martineur le réduit en baguettes carrées de 1 1 millimètres en y réservant un gros bout aussi carré pour faire la tête ; le poids de chacune de ces baguettes préparées qu’on nomme maquelles , doit être de quatorze onces; le nombre de maquettes qu’un maître et son compagnon peuvent forger en baguettes par jour est dé vingt-quatre à . vingt-six.
Pour compléter le forgeage d’une baguette , il faut chauffer neuf fois et toujours au demi-bianc : une première fois pour refouler et équarrir également la tête et arrondir cette partie entre deux étampes semblables, dont une est fixée snr l’enclume et l’autre emmanchée, et sur la tête de laquelle le compagnon frappe pendant que le maître fait tourner continuellement la maquette dans la main.
Quatre chaudes sont ensuite nécessaires pour équarrir régulièrement le surplus de la longueur , en observant de diminuer uniformément la grosseur depuis quatre jusqu’à deux lignes un quart , et quatre autres chaudes encore pour l’arrondir dans les mêmes proportions’en employant successivement trois paires d’étampes de numéros différens.
La bàguette ainsi forgée, le maître applique sa marque sur le sommet de la tête dont le diamètre doit être de i4 millimètres, la longueur totale de la baguette doit être de 42 pouces ( 1 mètre 65 milliin. ) , et elle doit parvenir dans les trois premiers pouces insensiblement à la grosseur de 9 millimètres, et n’en aura que 5 au petit bout, son poids au sortir de la forge est de 1 1 onces.
L’examen du contrôleur se borne à vérifier les dimensions, et il juge qu’une baguette est saine quand, en la laissant tomber droite de cinq à six pouces de haut sur une pierre dure, elle rend un son clair. On trempe les baguettes de la même manière que les sabres (1 4 » la seule différence est qu’on ne fait pas «sage ici de- résidu mouillé d’écailles de fer.
La première opération de l’aiguisage se fait en tra-
■ de l’arhcriéb. ij5
vers et à sec sur une meule de granit tendre et dont • la circonférencecst plate et bien unie.
LJouvrier aiguiseur, assis devant la meule, tient dans sa main gauche, et debout, une latte percée d’un trou de i4 millimètres, dont une des extrémités porte à terre, passant la baguette par le petit bout à travers ce trou ; il la tient de la main droite parle gros bout, il l’aiguise ainsi dans toute sa longueur à l’exception de • (4 pouces) un décimètre, de chaque bout en l’ap-
Jnivant au moyen de la latte et de la main droite sur a meule, et en lui permettant de tourner lentement sur elle-même.
Le reste de l’aiguisage se fait en long sur une meule cannelée en commençant par le petit bout, l’aiguiseur la fait tourner sans cesse dans sa main droite, tandis que de la gauche, dont le pouce'est garni d’un morceau de cuir qui l’empêche de se brûler, il l’appuie sur la meule. Le gros bout est ensuite aiguisé de la même manière. Quand l’aiguiseur craint que réchauffement produit par l’action de la meule ne détrempe la baguette, il plonge celle-ci dans une auge, pleine d’eau qui se trouve à coté de lui.
La base en goutte de suif de la baguette s’aiguise et se forme par le côté de la meule en balançant et tournant en même tems la baguette sur elle-même. Ensuite le trempeur redresse les baguettes qui ont pu se fausser par ces diverses opérations, et puis le forgeur taraude le petit bout, après toutefois qu’il l’a détrempé sur une longueur de sept à neuf millimètres pour y fixer à vis le tire-bourre. Cela fait, les baguettes reviennent à l’aiguiserie pour recevoir le polissage en long. A cet effet , l’aiguiseur se sert d’une grande polissoire déjà usée dont il taille la circonférence en gouttières. Enduisant la baguette d’émeri délayé dans l’huile, il la promène en allant et venant sur cette polissoire, qui est ordinairement faite en bois de noyer et peut avoir 54 centimètres ( ao pouces environ) de diamètre, et en la faisant tourner en même tems dans ses mains, il commence à huit millimètres du petit bout et finit à la même distance du gros bout.
Le brunissage se donne également eu long sur la
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même meule qu’on a eu soin de dessécher en la frottant de charbon.
Les huit millimètres qui restent à polir de chaque bout le sont en travers sur une grande polissoirfc plate en n’y employant que très-peu d’émeri. Le gros bout en goutte de suif est poli sur la même circonférence de la polissoire en tournant et balançant la baguette dans la main.
Les diverses opérations de l’aiguisage et du polissage diminuent le poids de la baguette de deux onces: de sorte que, toute finie, elle ne doit peser qu’environ neuf onces.
La- vérification des dimensions étant faite, le contrôleur d’armes blanches, pour essayer les baguettes, les plie sur trois sens opposés d’environ vingt à vingtcinq centimètres de flèche, en appuyant le petit bout
{>ar terre : il les laisse ensuite tomber debout et sur eurs têtes, d’environ vingt centimètres de hauteur sur une pierre dure, et il faut, pour qu’elles soient jugées bonnes et recevables, que le son qu’elles rendent soit éclatant.
202. Baguettes de carabine de chasseur. Le mouve- • ment du cheval rendait très-difficile de remettre la baguette dans les capucines et même de l’introduire dans le canon de l’arme, pour bourrer la charge. On a imaginé une petite bride mobile qui se place sur le bois près du bout du canon à travers laquelle passe la baguette et qui lui sert de guide , soit pour bourrer, soit pour la remettre à sa place après que l’arme est chargée. Le point autour duquel cette bride se meut étant à égale distance du centre du canon et du trou de la baguette, celle-ci se présente toujours, dans les deux cas, vis-à-vis l’un ou l’autre ; mais alors, le petit bout de la baguette doit être assez gros pour bourrée la charge au fond du canon , ce qui dispense de la tourner; mais on peut néanmoins le faire quand on a le tems.
Quant aux autres garnitures du fusil, nous ne saurions donner de règles fixes sur ce qui les concerne ; elles, ont souvent changé de forme et sont assujéties aux changeai en s qui peuvent être ordonnés par le ministère de la guerre.
DK L ARMURIER.
Fusil des Gardes-du-Corps.
Le fusil, modèle de 1816, est à canon tordu, long d’un mètre 2S centimètres (58 pouces), calibre de 17 millimètres ( 7 lignes, 9 points), épaisseur, au tonnerre, de.... millim. ( i5 lignes 9 points), platine de mousqueton, modèle de l’an 9, avec bassinet à cylindre, et batterie ayant un léger retroussis , garniture en cuivre' rouge ( siuiilor ou or de Manheim , composé de 92 parties de cuivre rosette, 7 de zinc et une d’étain), pièce de détente à ailettes, pièce de pouce en cuivre, bayonnette ordinaire, longueur de l’arme, non comprise celle de la bayonnette, 1 mètre 42 ( 52 pouces 8 lignes G points ) ; poids total, 3 kil. 79 ( 7 î*v* 12 une. 4 gr. ). Prix total, 55 fr. 57 cent, non compris la pièce de pouce, qui est payée 60 cent.
Le pistolet, modèle de îSiG, à canon tordu , long de 207 millim. (7 pouces 5 lignes) , calibre, 1G millim. (7 lignes 7 points) ; épaisseur, au tonnerre, 9.5 millim. ( 1 1 lignes 8 points) ; platine du pistolet de cavalerie, modèle de l’an i3 , garniture en cuivre, sous-gardç, comme au modèle de 1765 , la pièce de détente étant en ailettes ; longueur de Parme, 14 pouces ; poids total , 1 kil. 12(2 liv. 5 onc. ). Prix total de la paire, 5G fr. 2G cent.
2o3. La carabine ne diffère du fusil qu’en ce quo seulement le canon est plus fort et plus court, et que la platine est d’un sixième environ moins forte : c’est le fusil des troupes légères tant à pied qu’à cheval. L’intérieur du canon est rayé en hélice dans toute sa longueur d’environ un tiers sur un quart d’obliquité par rapport à la direction de l’axe. La carabine se charge à balles forcées, et, à cet effet, elle est munie d’une lorte baguette d’acier. L’excédent du diamètre de la balle sur le calibre du canon fait que la rayure ou cannelure de celui-ci est exactement empreinte sur le contour de la balle quand elle est arrivée au fond. Llle offre une plus forte résistance à l’explosion de la poudre et en reçoit par conséquent une plus forte impulsion ; elle prend en sortant, par d’effet de la cannelure en hélice, un mouvement de rotation sur cllernôme qu’elle conserve pendant 'tout son trajet, et