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DES PÈRES DE L'ÉGLISE EN GÉNÉRAL

Les litanies des Saints que nous prenons principalement pour guide nous amènent, après les saints martyrs, aux saints confesseurs, en tête desquels nous trouvons les saints pontifes et docteurs. Saint Sylvestre ouvre la série; nous ne faisons ici que le mentionner pour y revenir dans l'article suivant, réservé aux saints pontifes, considérés comme tels. Nous voulons nous attacher auparavant aux saints docteurs invoqués après lui, à saint Grégoire , saint Ambroise, saint Augustin et saint Jérôme, considérés comme Pères de l'Église et à raison de leurs écrits ; on comprendra d'ailleurs que les observations que nous ferons ci -après sur les insignes pontificaux sont applicables aux saints papes et aux saints évêques, dont nous nous occupons d'abord à un autre titre.

Il n'est aucun attribut qui appartienne mieux aux saints docteurs que le livre. Le livre par lui-même ne peut pas servir à les distinguer, parce qu'il leur est commun avec beaucoup d'autres catégories de saints; mais en y joignant la plume ou le stylet pour témoigner que ce livre a été écrit de leurs mains , on les caractérise sans incertitude, leur costume ne permettant pas de les confondre avec les évangélistes, auxquels ces attributs sont souvent également donnés, quand bien même ceux-ci ne seraient pas accompagnés de leurs animaux symboliques. Il est dans l'ordre, d'ailleurs, qu'une plus vive inspiration se fasse sentir dans les écrivains sacrés dont les Pères n'ont fait que distiller le suc.

Il paraîtrait que le choix de quatre des Pères de l'Église, saint Grégoire,

saint Ambroise, saint Augustin et saint Jérôme que nous venons de nommer pour les Latins ; saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze et saint Jean Chrysostome pour les Grecs, adoptés pour recevoir ce titre par excellence, a été fait, dans le principe , au point de vue de l'art et par des raisons de symétrie. Le P. Cahier fait observer, en effet, que des hommes comme saint Léon le Grand, saint Hilaire de Poitiers, chez les Latins, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Grégoire de Nysse, chez les Grecs, auraient bien quelque droit de passer en première ligne. Quoiqu'il en soit, l'honneur dont nous parlons, accordé aux quatre Pères de l'Église latine, non-seulement est passé à peu près d'une manière invariable dans l'iconographie , mais on peut dire qu'il est consacré même dans la liturgie, puisque, préférablement aux saints qui pourraient concourir avec eux à ce même titre de Pères de l'Église , ils sont seuls invoqués comme tels dans les litanies. Dans l'Église grecque, le nombre quatre ne paraît pas avoir été adopté d'nne manière aussi absolue. On réunit plus facilement les Pères au nombre de trois : saint Basile, saint Grégoire de Nazianze et saint Jean Chrysostome. Une fête leur est commune à tous les trois, le 30 janvier, indépendamment de leurs fêtes particulières à chacun. Dans le Guide de la peinture grecque, aucune division spéciale n'est établie pour les saints docteurs : mais on met en tête des saints évêques, saint Basile, saint Jean Chrysostome, saint Grégoire le Théologien (de Nazianze), saint Athanase et saint Cyrille d'Alexandrie. Ce dernier est, en effet, habituellement associé aux quatre premiers, quand on les considère comme docteurs, et, par cette association même, il dérange le nombre quatre. Sur les pendentifs, cependant, de deux des petites coupoles qui recouvrent le baptistère de la basilique de Saint-Marc à Venise, les mosaïques du xnr3 ou xrv* siècle représentent, d'une part, les quatre Pères de l'Église latine, de l'autre, les quatre Pères de l'Église grecque, parmi lesquels figure saint Athanase à l'exclusion de saint Cyrille. On remarquera que nous sommes là sur les confins de l'art grec et du latin ; dans l'art purement grec, l'association de quatre Pères ainsi faite est peut-être sans exemple; dans l'art purement latin, il est rare que l'on ait représenté les quatre Pères de l'Église grecque ; mais la représentation des quatre Pères de l'Église latine est très-fréquente, à partir de l'époque dont nous parlons. On les associe quelquefois et très-convenablement aux quatre évangélistes ; la voûte de la chapelle peinte, on le croit, par Masacciô, dans l'église Saint-Clément à Borne, et un tableau de Sacchi de Pavie que l'on voit au Louvre

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(n°371),en offrent d'assez remarquables exemples. Nous signalerons encore, comme représentations des quatre Pères réunis qui méritent plus particulièrement l'attention , un tableau de Jean d'Udine, dans la galerie de Venise, et la Dispute du Saint-Sacrement de Raphaël. Le tableau de Venise ayant pour sujet la Dispute de Jésus enfant parmi les docteurs, par delà les scribes de la synagogue étonnés ou confondus , on voit se ranger en avant et de chaque côté du tableau, deux par deux, les quatre Pères considérés comme les vrais docteurs. Eux, ils se pénètrent de la doctrine du divin Enfant : saint Grégoire dans un sentiment de foi qui possède, sentiment ferme et assuré; saint Âmbroise en contemplant Jésus; saint Augustin en méditant sur un passage du livre ouvert qu'il tient à la main; saint Jérôme en écoutant, comme prêt à écrire dans un livro plus ouvert ce qu'il vient d'entendre.

Les expressions et les attitudes attribuées aux quatre Pères dans ce tableau rentrent bien dans le caractère propre à chacun d'eux, et Raphaël, dans la Dispute du Saint-Sacrement, n'a pu mieux faire que de les diriger dans le même sens ; mais il a donné à ses expressions plus d'intensité. Saint Grégoire et saint Ambroise contemplent, les yeux levés vers le ciel, mais le premier toujours avec la plénitude de la possession, le second avec l'élan de l'action de grâce, ce qui a fait dire qu'il chantait le Te Deim. Saint Augustin dicte ses abondants écrits, saint Jérôme est plongé dans l'étude.

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