‹ Manuel de l'art chrétienChapitre 106 sur 157 · ET LES SAINTES PÉNITENTES · texte numérisé non relu

ET LES SAINTES PÉNITENTES

LES principaux types de saints passés en revue, il nous reste à parler des saintes. Par là même que nous ne trouvons panni elles ni apôtres, ni docteurs, ni pontifes, notre tâche est abrégée en ce qui les concerne, dans la proportion même de la place relativement très-réduite qu'elles occupent dans les Litanies des Saints, que nous avons prises pour guide. Il ne faudrait pas assurément voir en cela quoi que ce soit qui inclinerait à faire croire que l'un des deux sexes, dans le ciel, tienne moins de place que l'autre, soit quant au nombre, soit quant au degré de gloire; mais dans ce monde le rôle de l'homme est plus apparent que celui de la femme, dans l'ordre surnaturel comme dans l'ordre naturel et social, et cela seul explique comment les saintes, étant moins souvent représentées que les saints, nous pouvons nous contenjber, à leur sujet, d'observations plus succinctes.

Quant à la marche à suivre, sainte Marie-Madeleine étant la première invoquée dans les litanies, nous commençons par elle, et nous lui rattachons les quelques mots que nous avons à dire des autres saintes femmes de l'Évangile, ses compagnes, d'une part, et de l'autre, des saintes pénitentes, dont elle a été le modèle le plus accompli.

Des doutes se sont élevés relativement aux différentes circonstances où l'Evangile met en scène la pécheresse, devenue la sainte amie de Jésus ; ces doutes peuvent être permis ; mais nous ne saurions les partaçer, et, à

' nos yeux, selon l'opinion que l'Église favorise sans l'imposer, il n'y a pas d'hésitation : la pécheresse, qui, selon saint Luc, une première fois, arrosa les pieds du Sauveur et les inonda de parfums ; cette pécheresse à laquelle il a témoigné tant d'amour, qui depuis lors l'a tant aimé, est la même qui, dans le chapitre suivant, est désignée sous le nom de Marie-Madeleine comme ayant été délivrée de sept démons. Elle est la même que Marie, sœur de Marthe et de Lazare : Marie qui, assise aux pieds de Jésus, ne songeait qu'à l'écouter, tandis que sa sœur se livrait à des soins extérieurs; qui, dans une autre circonstance, à Béthanie, chez Simon le Lépreux, où sa sœur s'occupait du service, où spn frère était à la table du Sauveur, répandit sur les pieds et la tête du divin Maître un parfum de grand prix. Elle est la même qui se retrouve sur le Calvaire au pied de la croix; au Saint Sépulcre, lorsqu'on ensevelit Jésus, et qui se montre si attentive à la disposition du tombeau, pour y revenir apporter des aromates ; qui y revient en effet dès la pointe du jour, aussitôt après le repos obligatoire du sabbat ; la même qui est traitée avec tant de prédilection par le Sauveur ressuscité, qu'il lui apparaît avant de se montrer à aucun des apôtres.

Il ne nous paraît pas douteux non plus que Madeleine soit venue en Provence avec sa famille et un certain nombre de pieux amis, et qu'elle y ait apporté la lumière de l'Évangile ; qu'elle se soit retirée dans la solitude de la Sainte-Baume, où elle passa les dernières années de sa vie. Que les circonstances de ces derniers événements reviennent plus ou moins au domaine de la légende, nous ne le nions pas ; mais il y» a là un fonds de vérité qui appartient à l'histoire.

Plus nous suivons ce caractère dans des situations si diverses, plus nous sommes frappé de son unité, et nous ne sommes pas plus surpris qu'il ait été loin dans le mal, que de le voir s'élever si haut dans le bien. Pour rendre cette unité de caractère, il faudrait dans l'art un type correspondant, soutenu lui-même avec une parfaite unité ; mais il n'est peut-être pas de sainte qui ait été si souvent représentée que la Madeleine, et il n'en est peut-être pas qui l'ait été si diversement, qui l'ait été si rarement d'une manière satisfaisante.

C'est surtout la Sainte que l'on n'a pas su représenter, et trop souvent l'on a représenté la pécheresse , de manière à laisser douter si elle a bien définitivement renoncé à exercer ses plus funestes séductions. Lorsqu'elle vint inonder de ses larmes les pieds du Sauveur et les arroser de parfums,

il est impossible d'admettre qu'elle ait para devant ce divin Maître avec une mise tant soit peu immodeste. Seulement, puisqu'elle se découvrit la tête pour essuyer les pieds de Jésus avec ses cheveux, on peut trouver dans cette particularité un juste motif ponr la représenter la tête nue et les cheveux épars. Mais ce n'était certainement pas là sa tenue habituelle. Sa tenue, à partir de sa conversion, ne dut pas différer de celle de la sage Marthe, sa sœur, de celle des autres saintes femmes qui s'étaient mises à la suite du Sauveur. Cependant, la nudité de la tête et les cheveux étendus sont devenus, dans les temps modernes, comme les caractéristi-

Sainte Madeleine ravie. (Vignette de Simon Vostre.)

qneB habituelles de sainte Marie-Madeleine. L'usage de la représenter entièrement nue, avec ses cheveux ponr unique vêtement, est venn de ces attributions combinées avec la confusion que l'on a faite à certains égards de la sainte amie du Sauveur, avec sainte Marie Egyptienne, la pins célèbre après elle des saintes pénitentes. Quelquefois sa chevelure est si longue et si abondante qu'elle remplit complètement à elle senle cet office de vêtement. Cette combinaison serait encore la plus acceptable ; mais l'effet en est laid, et même, pour ainsi dire, monstrueux. Nous ne pouvons donc que dissuader d'imiter désormais aucun exemple de ce genre. Que l'on s'en tienne à celui que nous empruntons aux vignettes de Simon Vostre, où, ravie et enlevée par losanges dans les solitudes de la Sainte-Baume, sainte Madeleine est anssi complètement vêtue que possible, avec de longs cheveux retombant sur ses épaules, et la boîte à parfums posée devant elle,

pour achever de la caractériser. Cette boîte, ou mieux encore un vase à parfum , c'est en effet là sa principale caractéristique ; elle doit suffire pour la faire distinguer, alors même qu'on lui couvre la tête du voile, symbole de la pureté qu'elle a su si bien recouvrer.

Tandis que sainte Marie- Madeleine est le modèle le plus parfkit d'une sainte pénitence, le modèle d'une vie chaste, toujours bien réglée, nous est donné par sainte Marthe sa sœur. On dit que non-seulement Marthe demeura toujours vierge, mais encore qu'elle fut la première, après la Mère de Dieu, à consacrer à Dieu sa virginité par un vœu formel. Marthe peut aussi être considérée comme un type de foi ; tandis que Marie-Madeleine, comparativement, est un type de charité. Type de foi, type de virginité, type de vie toujours régulière, type de bonté, d'humilité et de douceur, autant que type de vie active et pratique au service des autres : telle doit apparaître cette excellente Marthe. Madeleine a plus d'éclat; mais de quelle sereine lumière sa sœur doit briller à côté d'elle ! Pour attribut, on donne à sainte Marthe la tarasque, sorte de dragon enchaîné à ses pieds, que l'on peut considérer comme la figure de l'idolâtrie vaincue. L'emploi même de l'eau bénite et de l'aspersoir se justifie très-bien ; à plus forte raison celui de la croix dont, d'après la légende , elle se serait servie pour dompter le monstre ; et aussi celui de la ceinture dont elle l'aurait attaché, sans s'inquiéter des questions d'anachronisme, car il s'agit de la signification des choses, et non de l'époque où elles ont été usitées. On représente aussi quelquefois sainte Marthe avec des instruments de ménage, la considérant comme un modèle de l'aptitude aux soins domestiques ; mais il faut prendre gardq, de rien lui attribuer de trivial , il ne faut pas oublier qu'elle était d'un rang élevé, et, pour la bien représenter, il faut associer la distinction de la race et de l'attitude, à la plus douce simplicité et à la plus parfaite modestie.

Notre-Seigneur, dans ses courses apostoliques, était accompagné, outre ses apôtres et ses autres disciples, d'un assez grand nombre de pieuses femmes qu'il avait converties, qu'il avait guéries. Elles pourvoyaient à ses besoins et à ceux de ses disciples; elles le suivirent sur le Calvaire, où saint Matthieu dit qu'elles étaient nombreuses. Dans l'iconographie chrétienne, à l'exception de sainte Marie-Madeleine, on ne distingue entre elles aucune de ces saintes femmes, par des traits ou des attributs qui leur soient particuliers. Sur le Calvaire, au Saint Sépulcre, avant la sépulture, après la Résurrection, si l'on veut parler de l'une d'elles, relativement à leurs re-

présentations, il faut dire, Fane des saintes femmes, Pane des Marie ; on ne saurait dire sainte Marie de Cléophas, sainte Salomé, comme si jamais on avait en l'intention de désigner l'une d'elles en particulier, et tout ce que nous pouvons dire d'elles , c'est qu'on ne saurait mieux faire que de les représenter toutes avec un caractère de gravité et de simplicité que nous pourrions appeler tout apostolique.

A sainte Madeleine , nous avons annoncé que nous rattacherions aussi quelques mots sur les saintes pénitentes : les plus célèbres sont sainte Marie Egyptienne, sainte Pélagie et sainte Thaïs. Nous avons vu même que, sous certains rapports, il y avait eu quelquefois confusion, quant à la manière de les représenter, entre la grande pénitente de l'Evangile, et cette grande pécheresse, qui, partie de l'Egypte, vint passer quarante-sept ans dans les déserts voisins delà Palestine, et s'y éleva par la pénitence à la plus haute perfection. On sait qu'isolée pendant tant d'années, et n'ayant aucun moyen de renouveler ses vêtements, elle était demeurée entièrement nue, et avait été obligée de prier le saint abbé Zozime de lui jeter son manteau pour paraître décemment devant lui, lorsqu'il la rencontra. Ce fait même indique comment il convient de la représenter : on ne doit pas la faire paraître autrement qu'elle ne voulut elle-même se montrer : drapée dans un grossier manteau qui ne lui laissera à nu que les extrémités des membres, elle aura tant que l'on voudra les traits noircis, amaigris, décharnés, d'une femme usée par l'âge et des austérités inouies. Ses cheveux blanchis tombant snr ses épaules, mais sans désordre, seront d'une moyenne longueur. Ses yeux se relevant vers le ciel, dans un sentiment de supplication, mais surtout de confiance et de sérénité, qui relèvera tous ses traits feront avec la pénitente apercevoir la sainte ; et si, de la sorte, on craint qu'elle ne soit prise pour une Madeleine , on rendra toute confusion impossible en lui donnant pour attribut les trois pains qu'elle emporta comme unique aliment, quand de Jérusalem elle s'enfuit dans le désert.

Sainte Pélagie d'Antioche et sainte Thaïs d'Alexandrie, dont la fête se rencontre le même jour, le 8 octobre, lune et l'autre publiquement livrées au péché, exerçaient sur la jeunesse de ces deux villes les plus entraînantes séductions, lorsqu'elles furent converties, celle-ci par le saint solitaire Paphunce, celle-là par les prières du saint évêque Nonnus. Sainte Thaïs, avant sa conversion, n'exerçait de prestige que par sa beauté ; sainte Pélagie était une comédienne en vogue ; on les distinguera, des objets de parure

et de vanité étant jetés aux pieds de l'une et de l'antre, afin de témoigner qu'elles y ont renoncé, en y ajoutant pour sainte Pélagie un masque de théâtre. Il convient d'ailleurs, à moins qu'on ne représente le fait même de leur conversion, qu'on les voie vêtues comme elles l'étaient lorsqu'elles eurent achevé de se donner tout à Dieu : leur physionomie exprimant , avec le repentir, la plus parfaite confiance dans la miséricorde divine.

DBS SAINTES MARTYRES.

Apres sainte Marie-Madeleine, toutes les saintes invoquées nommément dans les Litanies des Saints sont des vierges et martyres, à l'exception d'Anastasie, la sainte veuve qui termine la série. Mais dans le Canon de

Martjre de sainte Perpétuée (s> siècle).

la messe, que nous prenons aussi pour guide, et où l'on retrouve à peu près les mêmes noms, ces noms sont précédés de ceux de sainte Félicité et de

sainte Perpétue ; et sans préjuger en rien de Tordre des mérites, nous suivons celui de la sainte Liturgie, en les faisant passer les premières. Si nous n'étions commandés par l'espace, nous parlerions d'abord de la sainte veuve romaine dont le martyre fut précédé de celui de ses sept fils : il y a de fortes raisons en effet pour croire que c'est d'elle, et non de la sainte martyre de Carthage du même nom, qu'il s'agit dans la circonstance. Nous nous contenterons de rappeler que sa principale caractéristique est d'être entourée des sept martyrs dont elle était la mère. Nous nous attachons préférablement à sainte Perpétue pour prendre occasion de reproduire la partie centrale d'une miniature du Ménologe de Basile, comme exprimant dans sa personne la pensée du martyre, non par le spectacle des tortures, mais par l'élan vers le ciel d'une àme qui s'offre à Dieu en sacrifice : c'est-à-dire un excellent modèle à suivre, toutes les fois que l'on est dans le cas de mettre en action les saints ou les saintes qui ont donné leur vie pour Jésus-Christ.

H nous serait difficile, d'ailleurs, de déterminer aucuns attributs spéciaux usités dans l'iconographie , pour désigner sainte Perpétue. H en est de même de sainte Félicité sa compagne ; nous passons donc aux vierges et martyres. Il y en a quatre de nommées au Canon de la messe. Aux noms de sainte Agathe, de sainte Lucie, de sainte Agnès et de sainte Cécile, nous ajouterons avec les litanies celui de sainte Catherine. Outre ce groupe choisi, combien d'autres vierges qui, ayant scellé de leur sang leur fidélité au divin Époux, tiennent ou ont tenu le premier rang parmi les saintes dont le culte est encore ou a été le plus répandu, le plus populaire. Sainte Thècle, dans l'ordre du temps, ouvre la marche de cotte phalange empreinte à la fois d'un si doux et d'un si brillant éclat, et on la répute la première des martyres, quoiqu'elle ne soit pas morte sous les tourments ; comme saint Etienne est le premier des martyrs. Elle donne lieu de penser que si les saints diacres ont quelques titres pour fournir plus particulièrement le type du martyre, les vierges consacrées à Dieu peuvent, jusqu'à un certain point, prétendre à une semblable prérogative. D'autres illustres martyres peuvent être invoquées avec elles, quelquefois avant elles; mais, à voir comment le sentiment chrétien s'est porté de préférence vers les vierges, à voir tant de vierges partager le même honneur, il semble, que de règle commune, la virginité est demandée comme condition pour constituer la victime par excellence. Ces vierges étaient presque

toutes dans la fleur de la jeunesse, séduisantes par leur beauté; et cette

beauté même, en les rendant plus touchantes pour les spectateurs qui avaient un peu de cœur, ne faisait qu'exciter la lubricité ou la rage des tyrans et des bourreaux.

Au milieu de ces épreuves, où leur pureté virginale était plus exposée encore que leur courage et leur foi, sainte Agathe se présente avec un caractère de force et de noble fierté ; sainte Lucie, avec un éclat plus doux, montre une non moindre fermeté ; sainte Agnès se distingue par une angélique candeur, qui n'ôte rien à la vigueur de ses reparties, et à la fermeté de sa propre attitude.

Souvent on a trop exagéré la force de la première et l'ingénuité de la troisième ; il ne faut pas oublier qu'elles étaient à peu près de même âge, quatorze à quinze ans. Dans certains tableaux, pour rendre sainte Agathe capable de supporter toute l'atrocité de son supplice, on en fait une sorte d'athlète qui résiste tout en subissant les convulsions de la douleur : la force d'âme ou plutôt la force d'en haut qui l'assiste n'en sera que plus sensible, si on la voit dans une tendre jeune fille. Nous disons tendre; il ne serait pas II propos toutefois de la représenter aussi délicate, ni aussi candide qu'il convient de le faire pour sainte Agnès. Comme attribut on a mis dans ses mains les seins qu'on lui avait coupés, et l'instrument avec lequel on les lui avait arrachés : de grandes tenailles ordinairement. Quand on les réduit à de trop petites dimensions, elles peuvent se confondre avec les pinces de sainte Apollonie, que l'on suppose avoir servi à arracher les dents de celle-ci. Les seins posés dans la main de sainte Agathe, sur un plateau ou autrement, ne prêtent à aucune confusion mais ils donnent lieu à d'autres objections. Ces objections sont de même nature que celles adressées aux représentations des saints décapités, auxquels on fait porter leur propre tête. Le cardinal Frédéric Borromée résout toutes ces questions négativement; mais, au temps du pieux cardinal, on ne s'était peut-être pas assez rendu compte du genre de vérité attaché à ces sortes d'attributions emblématiques, et l'arrêt qu'il a porté serait peut-être susceptible de révision, à la condition que l'on évite de donner à ces membres détachés tout aspect de réalité qui serait par là même toujours un peu monstrueux.

Les yeux que l'on fait ainsi porter à sainte Lucie, bien plus habituellement que les seins à sainte Agathe, ne sont point, quant à elle, un souvenir de son genre de martyre ; s'il est dit quelque part qu'on lui ait arraché les yeux, c'est dans des historiettes très-récentes, bien postérieures à la Légende dorée elle-même, et qui loin d'avoir influé sur l'usage

iconographique dont nous parlons, en proviennent au contraire ; et cet usage ne remonte certainement pas au-delà du xiv" siècle. Il provient du nom même de la sainte : Lucie, c'est-à-dire, lumière ; par le même motif, on lui attribue souvent une lampe, et Flandrin, ,à Saint- Vincent-de-Paul, (pi. xxvin), lui a mis un cierge à la main, suivant d'autres exemples. Ce nom de Lucie est cause également que le Dante a fait intervenir cette aimable sainte dans son poëme, comme étant le type de la lumière répandue dans les âmes bienheureuses.

Il en a été de sainte Agnès comme ,de sainte Lucie : son nom a inspiré les moyens qui servent à la caractériser ; il faut d'ailleurs que ce nom ait été providentiellement choisi, tant il est en rapport avec le caractère de

Sainte Agnès. (Fond de verre à figures dorées.)

cette candide vierge. Un autre trait particulier à sainte Agnès, c'est qu'elle a été, après saint Pierre et saint Paul, puis saint Laurent, pins honorée à Home qn 'aucun autre saint, et l'on peut dire qu'elle est demeurée une des principales patronnes delà ville sainte. Quatorze des fonds de verre, & figures dorées, trouves dans les catacombes lui sont consacrés ; nous reprodniions

an de ceux où, placée entre saint Pierre et saint Paul, il semble qu'elle a été prise pour type de la virginité. Il ne faut d'ailleurs nullement chercher dans cette image ni dans aucune autre de celles delà sainte, avant la seconde moitié du moyen âge, le caractère d'ingénuité et de candeur qui lui est propre; la pensée de l'exalter apparaît seule ; et il en est de même des représentations des autres vierges, ses compagnes dans la cour céleste. C'est aussi à partir du xme ou du xrv8 siècle que l'agneau devient l'attribut habituel de sainte Agnès.

L'importance de sainte Cécile dajis l'art chrétien ne le cède pas à celle de sainte Agnès ; il ne paraît point toutefois qu'elle ait été l'objet d'un culte aussi populaire dans l'antiquité chrétienne, et nous ne connaissons aucune de ses images qui soit antérieure à celle du vne ou vni° siècle qui a été trouvée dans sa crypte funéraire quand M. de Rossi en a fait la découverte (pi. xxviii). Ce que l'on dit de sa prière qui, au jour de ses noces, s'élevait intérieurement vers Dieu comme un cantique ; son couronnement et celui de saint Valérien par l'ange préposé à sa garde ; le tourment, qui, naturellement devait être mortel, qu'elle subit, dans son Caldarium : ce sont là les trois circonstances qui offrent les thèmes de ses trois modes de représentation les plus caractéristiques. Il lui convient essentiellement d'être représentée dans le sentiment, à la fois de prière et de triomphe, qu'on lui voit dans l'antique image de sa crypte funéraire, dont nous venons de parler. Elle y paraît comme éternellement parée de sa robe nuptiale, et rien encore ne lui convient mieux. On ne voit auprès d'elle quoi que ce soit qui rappelle la musique ; mais on sent que les concerts des anges, s'ils se faisaient entendre au-dessus de sa tête comme dans le tableau de Eaphaël, seraient en parfait accord avec elle.

H est rare d'ailleurs que sainte Cécile soit représentée avec des instruments de musique avant le commencement du XVIe siècle. Il faut se souvenir qu'elle a été choisie pour patronne de la musique sacrée, non parce qu'elle s'y exerçait, il n'en est p.is question dans ses Actes ; mais parce qu'au milieu du festin de ses noces, loin de prêter son attention aux sons joyeux des instruments qui résonnaient autour d'elle, a: elle chantait dans son cœur, s'adressant à Dieu seul j> : Cœcilia in corde suo soli Domino decantabat.

A la patronne des célestes accords succède la patronne de la vraie science, de la science de Dieu. La science de Dieu est suave ; elle n'a pas les âpretés de la science humaine : voyez plutôt la Béatrice du Dante, la

Théologie de Baphaël. Voilà de quels types il convient de s'inspirer pour bien représenter sainte Catherine. Un caractère généreux, un esprit vif et pénétrant, le cœur d'une tendre épouse, tout porté vers son bien-aimé céleste, c'est là ce que Ton doit chercher à exprimer dans elle. Quant à ses attributs caractéristiques, il n'y en a pas de mieux déterminé, et il y en a peu de plus universellement usités que la roue, instrument du principal supplice auquel on rapporte qu'elle fut exposée. Il est remarquable que toutes les vierges et martyres dont le culte a eu le plus de retentissement : les Agathe, les Lucie , les Agnès, les Cécile, sainte Euphémie, sainte Barbe, sainte Dorothée, sainte Ursule, etc., étaient d'illustre naissance ; la plupart d'entre elles ont eu, plus ou moins souvent, en conséquence , la tête ceinte d'une couronne princière , ordinairement trèsdistincte de la couronne du martyre ; mais sauf sainte Ursule, c'est incomparablement à sainte Catherine que cet insigne est le plus souvent attribué (v. p. 473). Le bienheureux Raymond de Capoue, dans sa Vie de sainte Catherine de Sienne, la désigne sous de nom de martyre et de reine, ou plutôt de princesse, martt/ris et regvnœ, comparant son mariage mystique avec . la faveur analogue dont fut favorisée la sainte dont il écrivait l'histoire. Ce sujet gracieux est l'action caractéristique de la vierge d'Alexandrie, qui a été le plus souvent représenté, parce qu'il était considéré comme un signe de l'union contractée avec le divin Sauveur par les vœux monastiques.

Les faux critiques ont été jusqu'à nier l'existence d'une sainte honorée dans l'Église et célébrée par tant de monuments ; mais il faudrait de plus solides raisons qu'ils n'en ont donné pour ôter toute probabilité aux points fondamentaux de ses Actes donnés par Métaphraste, avec lesquels se rencontrent le Ménologe de Basile et la légende du Bréviaire romain. Que sainte Catherine fût d'illustre naissance, et même de race princière ; qu'on ait pu dire d'elle, selon l'expression textuelle des Actes dont nous parlons : « Elle ne connaissait pour époux que Jésus-Christ, et conservait « pour lui toute la beauté de son âme ; » qu'elle fût versée dans les connaissances divines et humaines et qu'elle ait triomphé de toute la sagesse des sages ; que, condamnée à la roue, elle ait vu se briser l'instrument de son supplice, puis qu'elle ait reçu autrement la mort \ que son corps ait été transporté miraculeusement sur le mont Sinaï , et que ce ministère confié aux anges ait donné un juste fondement aux gracieuses compositions dont nous empruntons un exemple à Bernardino Luini : il n'y a rien en tout cela que de vraisemblable, que de probable, et c'en est assez

pour faire reposer sur uue base solide le caractère et les caractéristiques qu'on lui attribue dans l'iconographie chrétienne, ainsi que les principales représentations qui lui sont consacrées.

Sainte Catherine transportée par les Anges.

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