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DES VIERGES ET DES VEUVES CONSACREES A DIEU

Quand l'ère des martyrs fut passée, il resta d'autres moyens de se dévouer pour Dieu ; et les saintes épouses de Jésus-Christ qui se donnent entièrement à lui , qu'elles soient demeurées vierges ou qu'elles aient d'abord contracté d'antres liens dont elles étaient affranchies, ont tant d'importance dans la constitution du corps sacré de l'Église, que dans ses prières publiques, après avoir demandé la protection divine pour tous les ordres ecclésiastiques, l'Eglise adresse au Seigneur une invocation spéciale en faveur de ces pieuses femmes : pro devoto fœmineo aexu.

La compagne de l'homme est naturellement appelée à coopérer à toutes ses œuvres, et, dans l'ordre surnaturel, le concours mntuel que doivent se prêter les deux se ses s'élève au pins haut degré de perfection. Après avoir vu des saintes mêlées aux prédications des apôtres et aux gloires du martyre, maintenant à côté des Pères de l'Église nous leur voyons des mères , des sœurs , de saintes amies qui les élèvent, les soutiennent, les excitent, les secondent dans leurs admirables travaux.

Autour de saint Basile, se groupent sainte Macrine l'ancienne son

aïeule, sainte Emélie sa mère, sainte Macrine la jeune sa sœur. Autour de saint Grégoire de Nazianze, sainte Nonne sa mère et sainte Gorgonie sa sœur; sainte Marcelline avait suivi à Milan saint Ambroise son frère; sainte Paule et sainte Eustochium encourageaient saint Jérôme à poursuivre ses rudes travaux d'exégèse biblique ; l'on sait tout ce que saint Augustin dut à sainte Monique sa mère. Aucune de ces saintes femmes n'a eu cependant un culte aussi populaire, et n'a par conséquent joué, dans l'iconographie chrétienne, un rôle aussi important que les saintes martyres. La plus connue, la plus honorée, la plus souvent représentée, est sainte Monique ; ce qui la caractérise le mieux, c'est d'être accompagnée de saint Augustin; comme attributs on lui donne quelquefois un bénitier, une ceinture, le nom de Jésus.

Eu égard aux liens qui rattachent saint Grégoire le Grand à saint Benoît, sainte Scolastique, la sœur de ce grand patriarche de la vie monastique, peut trouver convenablement sa place là où nous parlons des saintes qui ont coopéré à l'œuvre des Pères de l'Église. Son emblème est une colombe, en raison principalement de cette apparition où son 3aint frère vit son âme, sous figure de colombe, s'envoler au ciel; d'ailleurs tout ce que l'on rapporte d'elle tourne au caractère de pureté, de candeur, de simplicité dans les plus vives affections, qui est si bien exprimé par cette image.

Toutes ces saintes appartenaient à l'ancienne société romaine ; en voici d'autres au contraire qui apparaissent comme les préludes des nations modernes. A certains égards on pourrait dire que sainte Geneviève est Française, tant il semble que se réunissent en sa personne, ou se groupent autour d'elle toutes les races qui ont concouru à former notre nation. Geneviève, fille de Severus et de Gerontia , c'est-à-dire d'un père qui portait un nom latin, d'une mère qui portait un nom grec, avait elle-même reçu un nom, Genovefa, dérivé, selon toute apparence, du celtique , mais fort analogue, dans la forme, à beaucoup de noms germaniques contemporains.

L'usage de représenter sainte Geneviève en bergère est tout moderne. Plus anciennement, la manière ordinaire de la représenter est de lui mettre à la main un cierge que le démon s'efforce d'éteindre, mais qu'un Ange entretient allumé. Quelquefois elle porte pour tout attribut ce cierge, et loin d'en faire une bergère, souvent on la couronne comme une princesse. Dans tous les cas, femme de bon conseil, femme prévoyante , il

lui sied bien d'apparaître comme exerçant une sorte de charge pastorale, plutôt sur les peuples que sur un simple troupeau de moutons. Le livre qui souvent aussi lui est attribué, lui convient mieux que la quenouille. Au moyen de la médaille suspendue à son cou, des clefs de la ville de Paris, et du cierge réunis, on la fera d'ailleurs parfaitement reconnaître, quel que soit le mode de représentation adopté.

Nous avons cru pouvoir dire de sainte Geneviève qu'elle était Française; on pourrait dire de sainte Clotilde qu'elle est Franque, se souvenant que les Francs lui durent de devenir chrétiens ; c'est dans la paix du cloître, devenue veuve, rendue malheureuse par les crimes de ses fils, qu'elle s'éleva h une haute sainteté ; néanmoins, on préférera la représenter telle qu'elle était, lorsqu'elle obtint la conversion de Clovis, en jeune reine, avec un caractère de résolution tempérée par la douceur. Comme attribut on lui met une église à la main, non-seulement pour rappeler qu'elle fit construire à Paris celle de Saint-Pierre et Saint-Paul, qui a pris depuis le nom de Sainte-Geneviève, mais surtout parce que la conversion de Clovis raffermit l'Eglise sur ses fondements.

Sainte Radegonde apparaît comme une femme accomplie , et pour la beauté des traits toujours conservée, et pour la majesté du maintien unie à la plus suave expression , et pour l'intelligence et pour le cœur. C'est l'idéal d'une reine à représenter sous le costume religieux, en lui maintenant le sceptre et la couronne, attributs de sa première dignité ; il y a aussi de justes motifs pour lui attribuer la croix , sou costume monastique la faisant distinguer de sainte Hélène. Comme action caractéristique, il ne semble pas que l'on puisse choisir rien de mieux que l'apparition de Notre-Seigneur, dont elle fut favorisée peu avant sa mort.

Nous passons aux saintes que l'on peut le mieux associer aux grands fondateurs d'Ordres, ou comme leurs coopératrices, leurs émules, ou leurs disciples les plus accomplies. Nous prendrons pour types sainte Claire et sainte Elisabeth de Hongrie, pour la famille franciscaine ; sainte Catherine de Sienne et sainte Rose de Lima, pour la famille dominicaine; puis deux saintes veuves, sainte Brigitte et sainte Jeanne-Françoise de Chantai. Sainte Thérèse enfin sera comme le couronnement de notre œuvre.

Sainte Claire, avec moins de naïve simplicité peut-être, se fit aussi humble, aussi mortifiée que saint François lui-même; elle participe surtout de son caractère ascétique, et c'est avec raison que Puccio Capenna l'a représentée, comme on le voit dans la tête que nous reproduisons, avec

nn sentiment de contemplation douce sans exaltation. Ce calme dans l'élévation des sentiments, on le retrouve lorsqu'elle accomplit l'acte héroïque d'où est venn son attribut le plus caractéristique : le saint ciboire on la monstxance eucharistique. Cet attribut n'a été d'ailleurs usité que depuis le zv* siècle; plus anciennement, on lui donnait pour insigne la croix, on le Us ; avec son costume, le cordon de saint François étant apparent, ces emblèmes peuvent suffire pour la bien distinguer.

Sainte Claire. (Peinture du XIV siècle.)

Sainte Elisabeth de Hongrie avait eu le plus grand désir d'embrasser la règle franciscaine dans tonte sa rigueur ; elle n'avait pu en obtenir la permission de son confesseur; mais elle fit pour ainsi diro l'équivalent, car non contente dn tiers-ordre auquel elle s'était agrégée du vivant même de son mari, elle fit profession des vœux monastiques, et ceignît de la corde une tunique grise qui devait peu différer de celle de sainte Claire. Qu'on Ini mette avec cet habit la couronne princière sur la tête, que l'on suspende des roses dans les pans de son manteau, et la voilà bien caractérisée. Le miracle des roses que l'on rappelle ainsi, rentre on ne pent mieux dans le double caractère de sainte Elisabeth : caractère de fraîcheur et de grâce, caractère d'ardente charité pour les pauvres.

On aperçoit facilement quelle fut l'intention divine, en laissant sainte Catherine de Sienne an milieu du monde , quoique sons l'habit de saint

Dominique. Renfermée dans on couvent, elle n'aurait pu diriger dans les voies de la perfection tant de gens de toute condition et de tout sexe ; elle n'aurait pu assister les condamnés jusque sur l'échafaud, elle n'aurait pu être l'arbitre des dissensions entre citoyens et dans sa ville natale et ailleurs; elle n'aurait pu aller, jusqu'à Avignon, solliciter le chef de l'Eglise de faire cesser l'état de viduité où' Rome et l'Italie étaient laissées. Nous rappelons toutes coi circonstances de son rôle social, afin qu'on s'en souvienne pour bien rendre son caractère, sans oublier ce qu'elle fat à l'intérieur, au point que, à son cœur, Notre -Seigneur substitua le sien propre. On a de sainte Catherine trcs-probablement un véritable portrait dans un tableau peint par André Vanni, son contemporain et son disciple, où elle donne sa main à baiser à une jeune femme agenouillée devant elle,

Sainte Rose de Lima.

soit que celle-ci la remercie d'une faveur obtenue par son intercession, soit qu'elle accorde son pardon à une femme nommée Palestrina, qui avait été son ennemie. On donne encore à sainte Catherine, comme attributs, la couronne d'épines sur la tête, une couronne d'or à côté d'elle, son cœur à porter. Quelquefois ce cœur est surmonté du lis ou d'une branche d'olivier ; il lui convient aussi d'avoir le rosaire à la main, mais on la représente plutôt le recevant de l'Enfant Jésus , taudis que saint Dominique reçoit de la sainte Vierge un don semblable.

Sainte Rose de Lima a plus d'un trait de ressemblance avec sainte Ca-

therine de Sienne, qu'elle s'était proposé d'imiter en tout; quoique portant le même habit , il est facile cependant de ne pas les confondre. Sainte Catherine tient du lis, sa sainte émule est vraiment une rose : on doit se rappeler que ce nom lui fut donné au lieu do celui d'Isabelle qu'elle avait reçu d'abord, parce que dans son berceau, quelques jours après sa naissance, sa figure parut comme transformée dans un bouton de rose, et depuis, malgré ses grandes austérités, elle conserva dans ses traits le doux éclat, la rondeur, la fraîcheur de la reine des fleurs. Comme attribut, on lui met à la main l'Enfant Jésus sur un bouquet ou an milieu d'une guirlande de roses : comme on le voit dans l'image, d'ailleurs grossière, que nous empruntons à une Vie des Saints manuscrite, des premières années dn xvn° siècle. Le cercle ronge indiqué par deux traits sur sa tète, et rappelant la couronne de métal armée de pointes aiguës dont elle la chargeait, en souvenir de la couronne d'épines ; le rosaire à son cou ; la ville de Lima soutenue par une ancre de la main droite, achèvent de très-bien la caractériser.

En général, pour bien caractériser un saint, il faut s'attacher à l'impression dominante qui reste de sa vie : faisant l'application de cette

Sainte Brigitte et sainte Catherine de Suède.

règle à sainte Brigitte, la pensée se porte aussitôt sur ses révélations; et en effet, c'est assise, un livre et une plume a la main, assistée par un ange ou par le Saint-Esprit lui-même, ou bien éclairée d'une lumière

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céleste, qu'elle est le mieux représentée. Elle Test admirablement bien an frontispice de l'édition romaine de ses Révélations, de 1628. A l'antre extrémité de la table sur laquelle elle écrit est aussi assise sainte Catherine de {Suède, sa fille, comme on le voit dans la vignette que nous reproduisons.

On donne très-convenablement pour attributs à sainte Brigitte, en les plaçant devant elle et comme objet de ses méditations, soit le crucifix, soit les membres du Sauveur, marqués des stigmates; un cœur surmonté d'une croix qui indique sa grande dévotion pour la Passion de Notre- Seigneur ; le bourdon et les autres insignes de pèlerinage.

Pour sainte Jeanne de Chantai, on la représente un cœur à la main. Ce cœur est marqué du nom de Jésus, parce que, étant encore dans le monde, elle l'avait gravé sur sa poitrine. C'est le symbole de l'amour de Dieu ; mais l'amour de Dieu fait aimer avec une abondance toujours croissante tout ce qu'il faut aimer, et c'est inondée de ses larmes, mais décidée à marcher en avant où Dieu l'appelait, qu'il faut voir la sainte amie de saint François de Sales s'arrachant aux sollicitations des siens. C'est là le moment du combat ; on la représentera plutôt après la victoire, vieillie, dans la douce sérénité du cloître.

Nous avons réservé sainte Thérèse comme un type final, afin que les quelques mots que nous pouvons lui consacrer ici, servent de couronnement à tout ce que nous avons essayé de résumer d'observations propres à bien faire saisir le caractère des saints pour les bien représenter. Née en 1515, six ans avant la conversion de saint Ignace, sainte Thérèse appartient pleinement aux temps modernes ; nous le disons spécialement au point de vue de l'art puisque, lorsqu'elle commença son œuvre de réformation, la révolution artistique qui a reçu le nom de Renaissance, avait achevé de s'accomplir. Il ne restait plus de traces des anciennes manières, aucunes traces surtout du mysticisme, — de ce mysticisme sage et senti, qui, dans la période précédente, avait brillé de tant d'éclat, — lorsque les artistes furent appelés à célébrer une sainte qui se distingue entre toutes par son caractère extatique et ses mystérieuses communications avec le divin Sauveur. Ayant perdu le secret d'être mystique avec vérité, dans la paix , dans la sérénité de l'âme , par la profondeur et la sublimité des affections, ils tombèrent dans cette afféterie mystique dont le Bernin a donné le dernier mot dans son groupe trop fameux de l'église de la Victoire , où le cœur de sainte Thérèse est percé d'une flèche de la main d'un ange.

Le divin Maître avait allumé dans son cœur, dit son historien : « Un « feu d'amour de Dieu si grand et si élevé qu'elle en était toute embra- < sée et qu'elle mourait du désir de voir Dieu d. Elle eut à plusieurs reprises la merveilleuse vision représentée par le Bernin. Elle recevait alors le don d'aimer Dieu un peu comme l'aiment les Séraphins dans le ciel, ce qui est si fort au-dessus de la nature , qu'elle ne le pouvait supporter sans prodigieusement souffrir, et, c'était là , ce qui s'exprimait aux yeux de Thérèse par des figures sensibles. Pour attester la réalité de cet état de l'âme et la réalité de ses effets sur le corps, son cœur fut réellement ouvert d'une blessure qui s'est trouvée très-apparente quand on a fait l'autopsie de son corps. Mais nous ne saurions trop le répéter, la simplicité est un des traits les plus caractéristiques de la véritable élévation de l'âme, des sentiments les plus vrais et les plus profonds, et rien ne contraste — nous en sommes frappés de plus en plus — avec ces poses contournées, ces mignardises du regard, comme la simplicité de la sainte dans ses portraits, portraits conformes à la description que le P. François de Ribeira en a laissée et dont nous détachons les principaux traits.

c Elle était d'une taille avantageuse et très-bien proportionnée; d'une « grande beauté dans sa jeunesse, elle en avait conservé beaucoup de <r traces dans un âge avancé. Elle avait de l'embonpoint et la peau très- « blanche : son visage était plein, arrondi, d'une belle coupe, d'un teint « de lis et de rose ; il s'enflammait dans l'oraison et lui donnait une beauté « ravissante; il y avait dans sa figure une limpidité ineffable, et tout y « respirait une paix céleste... »

Qui aurait étudié ce portrait, pourrait-il jamais songer à représenter sainte Thérèse comme se tordant, se contournant d'un air affecté dans quelque circonstance que ce soit? Le caractère de son image doit ensuite donner le ton à toute représentation qui lui est consacrée, par conséquent à la physionomie des Auges qui viennent concourir à l'expression et au développement de ses affections.

Considérer sainte Thérèse par rapport à la vivacité de son amour divin, ce n'est d'ailleurs la voir que par un de ses côtés. Il y a aussi, chez elle, cette élévation, cette ampleur et cette pureté de doctrine qui l'ont fait comparer à un Père, ou pour mieux dire à un Docteur de l'Eglise. A ce titre, on a pu lui donner pour attribut le bonnet de docteur en théologie ; il convient surtout de faire planer sur sa tête la divine colombe, et

l'habit de son Ordre la distinguant des autres saintes qui ont droit à une semblable attribution , elle sera par ce moyen très-bien caractérisée. Mais pour bien rendre son caractère il faudrait un pinceau qui, sans négliger tout ce que Fart a conquis d'habileté technique depuis trois ou quatre cents ans , fût véritablement un digne héritier du peintre ange* lique de Fiesole.

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