TRIOMPHANT
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On voit par ces idées et leur développement, combien les peintures des catacombes et de même les sculptures des sarcophages, différaient sous ce rapport des œuvres de l'art païen dont elles se rapprochent beaucoup quant au mode d'exécution et aux dispositions générales. Les sujets cependant les plus anciennement adoptés et les plus constamment maintenus dans l'art chrétien pendant toute la période primitive, avaient l'avantage de pouvoir passer facilement inaperçus ou incompris aux yeux des profanes, à une époque où les fidèles étaient tenus de s'envelopper des voiles du mystère. Successivement, il s'y joignit des sujets tirés de l'ancien ou du nouveau Testament, qui n'ont plus rien de commun avec les représentations usitées dans les monuments païens ; mais ils continuent d'être disposés dans un ensemble décoratif analogue à celui de ces monuments, ils continuent d'être rendus d'une manière toute sommaire, et eu égard aux idées qu'on y attache : toujours des idées de renouvellement, de délivrance, de manifestation, de glorification, d'union fraternelle, de nourriture vivifiante, de joie dans l'abondance finale, de salut enfin qui se reproduisent sous toutes les formes.
Le caractère général de l'art chrétien, dans cette première période, est un caractère de paix et le Bon Pasteur lui servant de type, on peut dire qu'il conserve une teinte toute pastorale : chose admirable, si l'on considère que c'était alors le temps des martyrs. C'est que, dans ce combat, victimes pacifiques, si ces premiers héros du christianisme recevaient la mort sans jamais la donner, ils n'en remportaient pas moins la victoire, la chose devait être évidente par la conversion de Constantin, et alors l'art chrétien prit tout entier un caractère de triomphe.
Planche IV. — Christ triomphant. Peinture des Catacombes, Ve siècle. Dans l'oratoire principal du cimetière des saints Marcellin et Pierre à la voûte. — Le Christ est entre saint Pierre et saint Paul, leurs types sont conformes aux données traditionnelles (p. 462); les cheveux et la barbe de saint Pierre à gauche, blancs, ceux de saint Paul, bruns. Le nimbe du Christ est irisé, l'alpha et l'oméga raccompagnent; le fond est semé de guirlandes en son honneur, en celui des apôtres et aussi des martyrs représentés audessous. Là, on voit au milieu, l'Agneau divin sur la montagne, d'où coulent les quatre fleuves du paradis, image des quatre évangélistes dont il est comme la source : ce que dit le mot Jordas inscrit à côté de son nimbe. Le nimbe de l'agneau est monogrammatisé, prélude du nimbe cru-
cifère ; à droite et à gauche les saints Marcellin, Pierre, Tiburce et Gorgonius1 acclament l'Agneau conformément au texte de l'Apocalypse (vu, 10). On remarquera que saint Marcellin, le prêtre, occupe la gauche, et cède la droite à l'exorciste saint Pierre, la gauche devenant pour lui la place d'honneur parce qu'elle est occupée au-dessus par l'apôtre saint Pierre.
Le Bon Pasteur était le type de l'art chrétien primitif ; le Christ triomphant acquiert une prépondérance analogue après la victoire de Constantin. A l'idée du triomphe vient se joindre un caractère de dignité dans les formes et les attitudes. L'aisance et la facilité de touche dégénéraient en négligence dans les peintures décoratives de la première période. Maintenant, avec la décadence de la civilisation romaine, la pression des barbares se fait sentir, et, le maniement du pinceau devenant moins facile, la tendance à la dignité amène la raideur, la dureté, la sécheresse que Ton croit trop facilement propres au style byzantin, c'est-à-dire à ce style qui a été principalement cultivé à Constantinople, après la chute de l'empire d'Occident, et par suite à l'art tout entier du moyen âge qui en est dérivé. Cette observation est fondée si on en considère les défauts, mais si on s'attache à ce qui en constitue les véritables aspirations, on reconnaîtra qu'il y a là au contraire une tendance à une beauté noble, supérieure à celle de l'art antique, une beauté où il y ait plus de majesté : or, comme la majesté exige un mélange de douceur et de force, le style bysantin s'adoucit, s'assouplit dès qu'il est manié par des mains plus habiles. Ce qui contribue encore à lui imprimer le caractère dé grandeur qui lui est vraiment propre et aussi à le faire dégénérer en rudesse, c'est que la représentation principale, où l'art ait à s'exercer après le triomphe de l'Église, est celle du Christ triomphant à la voûte absidiale des basiliques, et que ces représentations s'exécutent en mosaïque. Ces mosaïques donnent le ton à tous les autres monuments ; c'est ainsi que dans cette peinture des catacombes on en retrouve les principaux éléments joints à une certaine facilité, qui tient de l'ancienne école des peintres-décorateurs employés dans les souterrains sacrés, une certaine tendance au mouvement que l'on ne trouverait plus dans les mosaïques contemporaines. Cette disposition n'étant pas secondée par un savoir-faire suffisant de la part de l'artiste, il en résulte qu'en
1 . Les deux première, prêtre et exorciste, martyrises sons Diocletien, nommés au Canon de la Messe, fête, le 2 juin ; le troisième, fils de Chromace, converti .par saint Sébastien, martyrisé un peu avant lui, fête, 11 août; le quatrième peu connu (de HobsA, Rama Soft, T. I, p. 178).
voulant enlever quelques-unes de ses figures, il n'a pas observé les lois de l'équilibre. Mais que l'on corrige ces défauts par la pensée et l'on n'en goûtera pas moins tout ce qu'il a voulu y mettre de vive acclamation, dans la partie inférieure du tableau , en même temps que de solennelle majesté, dans la partie supérieure.
On remarquera que les saints que Ton se proposait principalement d'honorer, en exécutant cette peinture, les saints titulaires du sanctuaire, y cèdent la première place à l'idée dominante qui repose sur la personne du Christ triomphant. Leur propre triomphe ne pouvant être qu'une participation, à celui du souverain dominateur : l'acclamer éternellement est pour eux le suprême honneur, le bonheur par excellence, et loin que leur gloire en soit diminuée, c'est la manière la plus parfaite de les glorifier. Nous verrons tout à l'heure d'autres exemples analogues dans les mosaïques. Voyons auparavant quelques spécimens des sculptures, dont sont décorés les anciens sarcophages.