SARCOPHAGES
Planche V. — La Création et la Rédemption, sarcophage du musée de Latran, IVe siècle. — Ce sarcophage de grande dimension était destiné k recevoir deux personnes, et de la classe de ceux qu'on nommait pour cette raison Bisonus. Il a été trouvé sous l'autel principal, ou la Confession de la basilique de Saint-Paul-hors-les-murs. 11 a été souvent reproduit comme spécimen du genre. Sous le rapport de l'exécution, il ne manque pas de style ; mais il n'a pas été fini, et c'est pour sa composition qu'il offre un si grand intérêt ; dans le médaillon central, sont représentés les portraits du mari et de la femme, personnages importants sans aucun doute, auxquels il était destiné. Deux petits génies soutiennent ce médaillon. A droite, par rapport au centre du monument, est représentée d'abord à partir de l'extrémité, la création de la femme ; les trois personnes divines y participent. Vient ensuite, non pas précisément la chute, mais la condamnation après la chute, condamnation au travail, qui implique l'idée de la réparation, et par conséquent, de la promesse exprimée par les dons de l'épi et de l'agneau, ou de la brebis, sujet usité à cette époque. Le changement de l'eau en vin, la multiplication des pains, la résurrection de
Lazare, de l'antre côte, expriment, sons des figures diverses, les bienfaits de la rédemption promise. Dans la rangée inférieure, Daniel dans la fosse aux lions ; au milieu, est une figure de Notre-Seigneur lui-même, vainqueur de la mort ; deux personnages l'accompagnent, et l'un d'eux pose la main sur la tête d'un troisième qui apporte des pains. Dans le sens littéral, ce personnage de moindre taille est Habacuc ; et la main qui lui est mise sur la tête rappelle celle de l'ange, qui transporta ce prophète près de Daniel. Cet ange n'étant qu'un messager de Dieu, on a pu ici vouloir représenter directement l'action divine, mais nous faisons observer que Daniel représentant Notre-Seigneur, est quelquefois accompagné des apôtres, et nous serions portés à croire que cette figure offre en même temps une allusion à saint Pierre, le ministre de Dieu imposant la main au prêtre dont Habacuc serait la figure, car les pains qu'il offre sont certainement un symbole eucharistique. A l'appui de cette pensée , viennent les trois scènes qui suivent, où saint Pierre est représenté : la première est celle de son reniement prédit, scène qui exprime l'idée de la chate, mais en tant qu'elle doit être réparée. La réparation est exprimée ellemême sous ses formes ordinaires : le saint apôtre est conduit au martyre ; puis, nouveau Moïse, il fait jaillir l'eau régénératrice. En effet, l'on connaît deux fonds de verre où en pareille circonstance, il est désigné par son nom petrvs (p. 336). — Du côté opposé, à partir de Daniel, nous sommes portés à croire que le personnage placé à la droite du prophète est saint Paul. La guérison de l'aveugle, qui vient après sous la forme ordinaire, pourrait avoir du rapport avec celle de l'aveuglement, dont fut guéri l'apôtre des Gentils. Les Gentils eux-mêmes viennent dans la scène suivante, sous la figure des Mages, à la source de la lumière : l'idée d'illumination est en effet vivement exprimée dans cette scène, par le mouvement de celui d'entre eux qui, placé en avant, au lieu de porter son attention sur le divin Enfant, entre les mains duquel il dépose son offrande, se retourne vers ses compagnons pour leur montrer , nous ne dirons pas seulement l'étoile, mais une constellation formée de trois étoiles, image de la sainte Trinité, qui resplendit dans les hauteurs célestes, et c'est en effet de ce côté que se dirigent tous leurs regards. M. de Rossi pense que le personnage placé derrière le siège de Marie, siège semblable à celui de Dieu le Père, placé au dessus, à cela près que celui-ci est orné d'une tenture, représente le Saint-Esprit ; nous croirions plutôt que c'est Joseph en tant que tenant sur la terre la place de l'Esprit divin.
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Planche VI. — Groupe de Panéas cT après un sarcopliage du rve siècle. Ce sarcophage, an des plus importants du musée de Latran, est celui-là même où, sur la face principale, le Christ est représenté élevé sur le firmament personnifié (vig. 58, p. 193) et faisant à saint Pierre le don du volume sacré. Outre saint Paul, six apôtres les accompagnent ; viennent ensuite, à gauche, la comparution devant Tilate ; à droite, le sacrifice d'Abraham, c'est-à-dire, à considérer la signification des sujets, la condamnation et le sacrifice. Tout ceci est sculpté d'un haut-relief et avec une vivacité pittoresque qui accusent nettement le IVe siècle. Sur les faces latérales, sculptées au contraire avec très-peu de relief, sont représentées, on peut le dire, également au point de vue de la signification, la chute et la réparation : la chute, parle reniement de saint Pierre, à droite du Christ ; la réparation à gauche, par les eaux réparatrices qui jaillissent du rocher, sous la verge du nouveau Moïse, et par la scène de l'hémorrhoïsse, donnée sur notre planche et qui reproduit très-probablement le groupe même
Les deux soldats.
qu'elle fit sculpter à Panéas (p. 155). Ce bas-relief, dans tous les cas, offre le plus ancien exemple connu sur les sarcophages d'une figure de Notre- Seigneur, conçue manifestement d'après le type traditionnel. On yremar-
quera les monuments d'architecture qui s'élèvent comme pour mieux affirmer le triomphe du christianisme.
Comme spécimen des sculptures des sarcophages du rve et du Ve siècle, nous avons donné encore la face d'un autre de ces antiques tombeaux (vig. 46, p. 176). La représentation des deux soldats que nous y avons fait remarquer est fréquente parmi les sculptures dont il sont décorés.
Dans l'église de Saint- Ambroise à Milan, sur le sarcophage du ve siècle qui contient les reliques de saint Nabor, le soldat éveillé se retourne vers saint Pierre, l'interprète des vérités révélées et le dispensateur des grâces du salut. Quelquefois les deux soldats sont l'un et l'autre représentés comme des enfants de lumière : on en voit, à la page précédente, un exemple offert par une pierre gravée du musée du Vatican.
Sur notre sarcophage, ensuite, à droite de la composition centrale, saint Pierre est emmené au martyre, à gauche saint Paul va être décapité; puis, du côté de saint Pierre, Caïn et Abel offrent leurs présente, l'épi et l'agneau, symboles eucharistiques ; et du côté opposé on voit très-probablement l'Eglise sous la figure de Susanhe, comparaissant devant un juge, qui nous paraît la personnification de l'empire romain, composition substituée à celle du Sauveur comparaissant devant Pilate : la comparaison avec un sarcophage du musée d'Arles nous a paru justifier cette interprétation ou du moins la rendre très-probable.
Avant Constantin, les sarcophages employés par les chrétiens étaient sculptés dans des ateliers païens ; ils étaient choisis parmi ceux qui n'offraient que des scènes allégoriques, susceptibles d'une bonne interprétation, comme des chasses, des récoltes, les saisons. Aussitôt le triomphe de l'Église, on a commencé à les orner de sujets tout chrétiens, ceux-là mêmes en général qui étaient dessinés dans les peintures des catacombes. Pour le style et la disposition on n'innovait pas ; seulement l'exécution se ressentit de la décadence générale de l'art, avec une tendance à remonter au IVe siècle, et une tendance au contraire à s'affaisser au v°.