MINIATURES BYZANTINES
La Fuite en Egypte, du Ménologe de Basile que nous avons donné (p. 3i)7),est un des meilleurs spécimens de ces belles miniatnresdu xesiècle, le principal joyau, dans son genre, de la Bibliothèque du Vatican. On remarquera que Jésus et Marie seuls sont nimbés, saint Joseph ne l'est pas; Jésus ne porte que lenimbo simple et non crucifère. Cet emploi, pour ainsi dire parcimonieux du nimbe, est à l'avantage du personnage qui accompagne la Sainte Famille, dans ce sens que l'absence du nimbe derrière sa tête ne préjudicie pas à l'idée qu'il pouvait être un personnage déterminé, honoré comme saint. L'Enfant Jésus bénit, et cette bénédiction semblerait s'adresser à lui spécialement. En effet, ce personnage est très-probablement le bon Larron, comme nous l'avons dit précédemment (p. 368).
Vig. 214. — Saint Alexandre de Thessalonique, au moment où il vient <Vêtre décapité. Deux anges enlèvent son âme, représentée par une petite figure habillée : on remarquera lenimbo attribué au roi ou juge qui l'a con-
damné, comme signe, non de la sainteté, mais de la puissance souveraine. Les miniatures de ce beau manuscrit ne sont pas toutes de la même main, et celle-ci est inférieure d'exécution à la précédente; mais elles sont bien toutes de la même école, et Ton voit dans quelle mesure elles tendent par des indications à l'imitation de la nature, tout en se montrant principalement occupées h rendre les idées.
David assisté de la Sagesse et de la Prophétie.
Nous retrouvons des caractères fort analogues dans ces autres miniatures qui appartiennent aussi au Xe siècle : (vig. 215). David entre la
Sagesse et la Prophétie personnifiées, miniature tirée d'an manuscrit de la Bibliothèque nationale, n* 139. Ce manuscrit contient nne suite de commentaires des Pères de l'Église grecque sur les psaumes , et quelques extraits de l'ancien Testament. Dans celle-ci, David est surmonté de la
Isaïe entre le jonr et la nuit
divine colombe qui l'inspire ; la Sagesse et la Prophétie, qui l'assistent, sont placées sur des escabeaux plus élevés que le sien, comme des puissances supérieures ; aucun effort d'ailleurs ne semble avoir été fait pour les carac-
tériser spécialement, et, si ce n'était leurs noms écrits en grec au-dessus de leurs têtes, il ne serait pas possible de les distinguer.
H n'en est pas ainsi de la Nuit personnifiée dans la vignette suivante 216, tirée du même manuscrit et placée derrière le prophète Isaïe; elle est très-bien caractérisée par une draperie étoilée qui s'élève et flotte au-dessus de sa tête, à l'imitation de la voûte du firmament, sur laquelle repose le Christ (p. 193) ; caractérisée aussi par sa torche abaissée, elle est considérée elle-même comme une puissance, car elle est nimbée ; néanmoins le prophète la laisse derrière lui, pour s'avancer vers le jour ou l'aurore, placé devant lui. Celui-ci n'est encore qu'un enfant, mais il tient sa torche levée, il grandira, et il s'offre au prophète pour être son guide. Cest-à-dire que, de la nuit de l'ancienne loi, Isaïe, inspiré d'en haut, s'avance déjà vers le grand jour de la loi nouvelle. La Bibliothèque du Vatican possède un manuscrit des écrits du prophète, où l'on voit une miniature presque identique.