CROIX EN ARBRE
tinuant de gauche à droif e de chaque côté do la croix, se termine par ceuxci : Jhesus liber sigillatus, « Jésus livre fermé (de sept sceaux) » ; Jhesus finis optatus « Jésus fin désirée ». Elle passe en revue toute la vie du Sauveur depuis son origine céleste jusqu'à l'éternité, bienheureuse dont il est le terme. La seconde litanie, dans les enroulements des feuilles, célèbre les qualités et les vertus réunies en ce divin Sauveur, en suivant la même marche,etcommençantparles mots, Celsitudovirtutis; « Elévation (suprême) de la vertu d ; elle se termine par ceux-ci : Equitas judicii, « Equité du jugement ; Eternitas regni, « Eternité du règne, 3> A l'extrémité des branches sont représentés douze prophètes, portant chacun dans une banderole un texte tiré de ses écrits et relatif à l'Homme-Dieu et à l'efficacité de son sacrifice. Foderunt manu* meas et pedes meos, « ils ont percé mes mains et mes pieds ï>, s'écrie David; Tradidit in morte animam suam, t il a livré son âme à la mort », reprend Isaïe ; Ero mors tua, o mors; ero mors tua, inferne ; « O mort! je serai ta mort; enfer, je serai ta mort i, répète Osée à son tour. A la base et au sommet de l'arbre sont encore les quatre évangélistes. Des mains, des pieds, du côté du Sauveur jaillit une grande abondance de sang ; celui qui sort des pieds arrose tout le bas de la croix. Cette particularité est à remarquer, car elle vise à l'attendrissement. C'est aussi dans un sentiment de tendre et chaleureuse affection que saint François embrasse le pied de cette croix. Derrière lui la sainte Vierge, cédant à ses émotions naturelles, s'en va en défaillance, tandis que saint Jean, à son tour, est assez maître de sa douleur pour contempler le divin supplicié, au point de vue, ce semble, du salut qu'il nous assure par l'effusion de son sang. Un peu plus en avant est une femme à genoux, de plus petite dimension; nous croirions qu'elle représente là une bienfaitrice , peutêtre celle qui a fait en faveur des Franciscains de Santa- Croc* les frais de cette peinture. De l'autre côté , dans l'espace correspondant, on voit d'abord saint Augustin assis et prêt à écrire la doctrine qui ressort du spectacle placé sous ses yeux. Derrière lui, saint Dominique, accompagné de saint Antoine de Padoue et de saint Louis de Toulouse, sont encore admis à y assister.
Le naturalisme ici se fait sentir, nous le répétons, dans la tête trop vulgaire du Christ, et dans la défaillance de sa très-sainte Mère. Si on ne voulait la représenter héroïque, comme Giotto lui-même l'a fait dans la figure 4 de notre planche précédente, il était convenable pourtant de ne pas la faire descendre dans la douleur au-delà de ce qu'elle apparaît (pi. xvi,
fig. 6) ; mais à part ces deux exceptions, tout ce qui dans ce tableau ne reste pas dans le domaine de l'idée pure, revient au mysticisme. Le mysticisme dans l'art consiste dans l'expression des plus pieuses affections : il doit, nous le repétons, sa plus grande expansion au mouvement imprimé dans ce sens par saint François d'Assise à l'ascétisme chrétien; et, en effet, Giotto qui contribua pour une si grande part à propager le mysticisme dans le domaine de l'art, a beaucoup travaillé dans les maisons des Franciscains, à Assise, à Florence. Nous ferons encore remarquer que le mysticisme est arrivé dans l'art au moment où celui-ci s'affaissait dans le naturalisme pour le relever, et il y a si bien réussi, que l'art a eu, bientôt après, autant d'élévation dans l'ordre des affections, qu'il en avait eu dans l'ordre des idées.
Dans la croix en arbre, beaucoup de choses sont faites pour parler à l'esprit pins que pour toucher le cœur. Aussi nous ne disons pas que le partage dont nous parlons ait rien d'exclusif ; nous ferons remarquer seulement que les idées maintenues sont moins simples, moins générales et rendues d'une manière aussi moins simple, avec une plus grande abondance de figures qu'elles ne l'étaient dans l'antiquité chrétienne, et plus généralement pendant le XIIe siècle même : c'est ainsi que l'esprit va toujours ou presque toujours du simple au composé.
Quant au mysticisme propre à Giotto, il se manifeste dans la Vierge de la planche xvi, par son élan même ; dans la planche xvii, saint François embrassant la croix en est la principale expression, et cela de deux manières, et par la vivacité de ses affections, et par cela même qu'il est appelé à jouer un rôle dans cette composition. C'est en effet un des traits particuliers au mysticisme dans l'art, que de saints personnages étrangers tout à fait à l'accomplissement d'un mystère, à considérer l'époque où ils ont vécu, longtemps après, sont appelés à figurer dans sa représentation avec la pensée et la méditation que ce mystère a dû provoquer en eux. Il y a donc quelque chose d'éminement vrai dans cette situation, et nous avons dit combien il était puéril de la traiter d'anachronisme, quand il est évident que les artistes n'ont nullement la pensée de rendre par là une circonstance du fait, mais de suggérer les sentiments qu'il doit inspirer.
Le mysticisme de Giotto prend encore une autre forme qui lui est spécialement propre ; nous en donnons un exemple dans la planche suivante.
Planche XVIII. Saint Jean enlevé au ciel} école de Giotto^ xrv* siècle. — Notre-Seigneur, accompagné de saint Pierre et de saint Paul à sa droite,
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