‹ Manuel de l'art chrétienChapitre 119 sur 157 · STJEAX F,ST ENLEVE AU CIEL · texte numérisé non relu

STJEAX F,ST ENLEVE AU CIEL

Heolt f/r fiiofli.

d'un autre saint à sa gauche, pour dire l'assemblée des saints, vient audevant de saint Jean l'Évangéliste, qui s'élance vers le ciel en présence des fidèles étonnés, quoique, d'après la légende, cette scène ait dû se passer sans témoins.

Ce tableau détaché d'une predella n'est pas probablement de la main de Giotto, mais il est presque absolument conforme à une fresque de Santa- Croce, à Florence, dans une chapelle latérale où Giotto a représenté en grand le même sujet. H semble que l'artiste a donné là précisément dans l'erreur que le saint Evangéliste lui-même s'est efforcé de combattre quand, à propos de ces paroles de Notre-Seigneur, répondant à saint Pierre : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que jevienne, que vous importe? »(Joan. xxi, 22), paroles dites par opposition au martyre par lequel le Prince des Apôtres devait finir sa vie sur la croix, à l'exemple du Sauveur luimême : saint Jean ajoute qu'il était bruit à ce propos parmi les frères que le disciple dont il s'agissait, c'est-à-dire saint Jean en personne, ne mourrait point, et il dément ce bruit. Il semble, disons-nous, que dans cette composition, saint Jean est enlevé au ciel plein de vie, sans passer par la mort. Dans d'autres compositions sur le même sujet, le saint se renferme au contraire lui-même dans son tombeau, et c'est seulement son âme qui est transportée au ciel. Cette manière de représenter le fait est moins sujette à induire en erreur. On peut dire cependant, à la décharge de Giotto, qu'il n'a pas prétendu dire par là que saint Jean n'était pas mort, mais seulement généraliser la pensée de la venue de Notre-Seigneur, pour l'appeler à lui. Dans cette situation, le saint apôtre pourrait être en extase et son âme aurait pu s'en aller à Dieu au milieu de cette extase même. Quoi qu'il en soit, ce que nous voulons faire remarquer dans cette figure, c'est précisément le jet avec lequel elle s'élance, complètement dégagée des lois de la pesanteur. C'est là ce que Giotto a su faire admirablement ; il y en a chez lui des exemples nombreux ; nous en avons donné un (p. 412, vig. 158), qui s'applique à Notre-Seigneur sortant du tombeau. Ce dégagement des lois de la matière dans les corps a été si peu imité dans l'école même de Giotto, que, dans les circonstances où nous le rencontrons, nous dirions qu'il a été copié plutôt que de dire qu'il a été imité jusqu'à Raphaël, qui se l'est au contraire pleinement approprié, à la différence de son maître, le Pérugin, et de Fra Angelico lui-même. Chez eux on ne voit en effet rien de semblable ; les corps sont toujours posés et non pas enlevés ; il n'y a d'élan que dans les âmes : c'est d'ailleurs aussi, pour eux,

par des exemples que nous ferons bien comprendre quel est le caractère de leur mysticisme.

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