LE SAINT VIEILLARD SIMÉON ET L'ENFANT JESUS
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relief ; et pour le trouver vrai, il faut se transporter soi-même dans les sphères célestes où il vous appelle par ses aspirations.
Telle est cependant l'infirmité humaine, telle est la difficulté de conserver certaines qualités quand on progresse dans un autre genre, qu'il ne serait peut-être pas au pouvoir d'aucun homme, si bien doué qu'il fût naturellement, si favorisé qu'il fût par les circonstances, d'associer tous les genres de savoir-faire qui manquent au Beato Angelico, avec une égale aptitude que la sienne, à rendre, nous ne dirons pas seulement les âmes des saints, et les âmes des saints dans la béatitude, ce que Ton pourrait appeler dans un esprit de dénigrement des âmes béates, mais des âmes en général. On convient en effet, assez facilement, que le pieux Dominicain a excellé à exprimer les plus purs sentiments de l'ascétisme chrétien; mais on ne se rend pas assez compte que l'habitude de pénétrer ainsi dans les âmes et de les peindre par les nuances les plus délicates de la physionomie, l'a rendu maître dans l'art de révéler par l'expression tout ce qui peut se passer dans les âmes ; cela tient à la pénétration de son regard, à la finesse de sa touche, et aussi à sa placidité. Il faut du recueillement pour pénétrer vraiment dans les âmes, autrement on n'en voit que la superficie, ce qui peut facilement se peindre ; mais saisir et rendre ce qui voudrait se cacher, ce qui essaie de se contenir, combiner dans une même figure des sentiments contraires qui se combattent, c'est la suprême habileté du genre.
On a dit trop légèrement, en parlant des Jugements derniers peints par l'artiste angélique, que, uniquement porté vers les douces et vertueuses affections de l'âme, il n'avait su rendre que les élus, et qu'en représentant les démons et les damnés, il s'était montré incapable de leur imprimer une suffisante horreur ; cette observation n'est pas exacte, ou plutôt elle est trop superficielle. Il est vrai que, faute d'énergie et de mouvement dans leur laideur, les démons de Fra Angelico paraissent ordinairement trop bonasses; mais dans ses damnés le sentiment du désespoir est aussi justement assuré que quelque part que ce soit : nous en avons donné un exemple (p. 53). Il fait ordinairement reconnaître Judas parmi les Apôtres à son air soucieux et hagard, et dans la scène où le traître reçoit le prix de son crime, il a fait de sa figure un véritable chef-d'œuvre, laissant apercevoir tous les sentiments qui l'agitent : et l'avarice qui le pousse, et le remords qui l'amènera à se faire une sauvage justice à lui-même ; l'obstination est
dans la main qui se tend, l'hésitation dans le regard qui 9e détourne.
Dans le vieillard Siméon que nous offrons à nos lecteurs , il ne faut chercher que la profondeur et la suavité des plus pieux sentiments. Nous dirons plus, ce saint vieillard n'est pas pieux et aimant seulement; il est pénétrant, son œil sonde tout ce qu'il y a en cet Enfant, sa divinité aussi bien que son humanité sainte, sa passion aussi bien les charmes de sa douce enfance.
Et l'enfant Jésus lui-même ! comment mieux dire par le sentiment? — On a pu en effet le dire aussi par des signes et des symboles, dans l'ordre des idées — comment mieux faire sentir qu'il est Dieu et qu'il est homme, qu'il se donne tout entier, et qu'il reste maître de tout? Ses bras saisis dans ses langes montrent que, en se donnant, il ne s'est rien réservé : qu'a-t-il besoin après cela de témoigner une doucereuse tendresse? lia fait plus, il s'est donné, nous le répétons, donné comme se donne un enfant incapable de se mouvoir ; et cependant son œil intelligent montre qu'il sait tout, qu'il veut tout ce qui s'est fait relativement à lui, tout ce qui se fera.
Planche XX. Le sacrifice de Marie. — D'après une autre des peintures exécutées par Fra Angelico sur les murs du couvent de Saint-Marc à Florence — Marie au pied de la croix surmonte sa douleur pour participer au divin sacrifice, tandis que saint Jean derrière elle laisse épancher la sienne.
Le graveur n'a pas mal rendu cette figure ; néanmoins par ce simple tracé au trait il n'a pu reproduire tout ce qu'il y a de plus dans l'original, tout ce qu'une bonne photographie y révèle, dans le double sens de la douleur maternelle, et dans celui de la sublime participation au divin Sacrifice ; il n'a pu le rendre, et nous doutons qu'il l'eût mieux rendu par des traits multipliés, tant il y a de délicatesse dans les touches qui indiquent une légère contraction causée par la douleur dans les muscles du visage, et qui indiquent cette inflexion de la nature, comme soulevée, surmontée par une vertu surhumaine. L'attitude seule, d'ailleurs, dit cela; seulement elle ne le dit pas avec un accent aussi palpitant. Qu'on compare cette figure avec celles de la planche xvi, c'est au fond le même sentiment; mais danslafig. 1 de cette planche, Marie surmonte sa douleur par l'exaltation du sentiment qu'elle apporte à son rôle de coopération au divin sacrifice. Dans la vivacité de son mouvement, elle dit tout à la fois : « je l'ai livré tout entier pour vous d ; et, « voyez*le, tout est là ! d La figure 2, plus contenue, dit quelque chose de plus, mais dit moins vivement tout ce qu'elle dit ; elle dit de plus : « voilà l'état dans lequel on me l'a mis ».
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