LE SACRIFICE DE MARIE
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L'idée du sacrifice sublime et douloureux, sans exaltation, avec fermeté dans les deux sentiments, atteint son plus haut degré dans la tête n° 4, précisément parce que cette tête étant élevée autant que possible, le mouvement modéra des mains correspondant montre chez elle une plus sûre possession d'ellemême. Nous dirons que la Vierge de Fra Angelico exprime tout ce que le * autres par des voies plus accentuées donnent à comprendre de meilleur, et l'exprime avec la plus grande intensité d'expression, de la manière la plus profondément sentie, la plus à l'abri de toute démonstration feinte ou exagérée. Ses mains voilées doucement levées, doucement contenues, sont l'indice d'une âme tout entière très-travaillée par l'émotion et qui se possède parfaitement ; mais c'est dans le regard que réside surtout toute la puissance des sentiments, nous ne dirons pas qui l'agitent, rien ne l'agite, nous ne dirons pas même des sentiments qui la possèdent, c'est elle qui possède tout ce qui est en elle, mais nous pouvons dire des sentiments qui la soulèvent. Les yeux fixes sur son divin Fils, elle nous le montre par son regard même, et nous le montre comme l'auteur du salut, car, sous son voile de tristesse, sa sérénité est pleine d'espérance.
Saint Jean pleurant derrière elle sert, par le contraste, à mieux faire comprendre tout ce qu'il y a dans l'attitude si simple cependant de cette noble femme. Sa douleur toutefois à lui-même n'est ni sans noblesse, ni sans résignation, ni sans espérance ; mais elle produit son effet naturel, elle affaisse, tandis que la douleur chez Marie produit l'effet contraire, elle la grandit.
On observera encore dans ces figures combien le drapé est simple, noble et aisé, et l'on comprendra mieux tout ce qu'il y avait, dans le peintre angélique de Saint-Marc, d'aptitude à réunir tous les genres de perfections artistiques, sans s'éloigner toutefois de la placidité, toujours nécessaire pour rendre les plus vives et les plus profondes affections de l'âme.
Si l'on est curieux de savoir comment se complète le tableau où il a peint ces deux admirables figures, nous ajouterons que le Christ en croix, les bras étendus dans une position presque horizontale, vient d'y terminer sa vie mortelle dans une grande paix ; la tête inclinée à droite, il montre qu'en mourant, il a achevé de se donner à nous, et cela même indique qu'il n'y a pas lieu de se désoler ; son sang répandu nous invite cependant à nous attendrir, et les rochers dénudés qui font le fond du tableau, sans aucune verdure, montrent que les pensées suggérées par ce spectacle doivent être à la fois douces et austères. A l'opposé de la sainte Vierge et de saint
Jean sont représentés saint Dominique et saint Jérôme ; saint Dominique soulève les mains comme pour dire : Tout est consommé, le douloureux sacrifice et l'œuvre de la rédemption qui doit s'ensuivre ; mais cette perspective consolante est encore voilée dans le demi-jour d'une sereine tristesse ; cette tristesse est partagée par saint Jérôme. Rentrant en lui-même par la méditation, il fait comprendre que ce qui vient de se passer sur la croix est à la fois le nœud et le dénouement de tout ce qui est contenu dans ce livre fermé, serré entre ses bras.
C'est aussi au pied de la croix et animés des sentiments qu'elle leur inspire selon leur caractère que sont représentées les trois figures suivantes.
Planche XXI. Saint Benoît, saint Bernard et saint François.—» Figures tirées du crucifiement mystique, dont Fra Angelico a décoré la salle du Chapitre dans son couvent de Saint-Marc. — La sainte Vierge, cette fois en défaillance , par l'effet d'une bien moins bonne inspiration du pieux artiste, y jouant son rôle avec saint Jean et les saintes femmes, et de même les deux larrons, à titre historique, les saints patrons de la ville, ceux du monastère et des Médicis, ses bienfaiteurs ; saint Jean-Baptiste, saint Marc, saint Laurent, saint Côme et saint Damien y sont appelés à titre mystique, et de même les principaux modèles de la vie religieuse, parmi lesquels figurent les trois grands fondateurs d'Ordres que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs.
On remarquera combien le peintre angélique est entré dans le fond de leurs caractères à chacun d'eux. Où trouver un plus sage législateur que ce saint Benoît armé d'un faisceau de verges, dont il ne se servira que doucement, prudemment ? H ne fixe pas les yeux sur la croix, parce qu'aussitôt après avoir puisé à cette source les enseignements qui en découlent, il s'occupe des moyens de les mettre en pratique ; on dira même que, dans l'application des conséquences que l'on doit tirer de la croix, c'est l'homme pratique par excellence. Seulement, pour représenter le saint patriarche des moines d'Occident, prenant de cette figure sa douce et ferme expression, on se rapprochera plus du vrai quant au type du visage, en lui donnant quelque chose de plus romain.
Les types au contraire que le Beato a imaginés pour saint Bernard et pour saint François leur conviennent si bien qu'on ne saurait trop encourager à les adopter autant que leurs expressions : saint Bernard, c'est Taus-
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