ST BENOIT, ST BERNARD ET ST FRANÇOIS
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térïté et la contemplation, l'austérité adoucie par l'amour, la paix du cloître dans la contemplation et dans l'amour; saint François d'Assise, c'est la contemplation vive et ardente ; ce n'est pas avec une compassion stérile qu'il contemple la céleste victime ; c'est avec le désir de l'imiter, et de ses stigmates ce n'est pas du sang qui s'échappe, ce sont des rayons brûlants. Les vives ardeurs de l'amour qui dominent son attendrissement sans l'affaiblir sont rendues encore plus sensibles dans le tableau par un contraste : le contraste d'une douleur livrée plus absolument à son épan-
Saint Thomas d'Aqnin. ;Fra Angelico.]
cbement naturel, sans cesser d'être pieuse et recueillie. Le personnage choisi ponr remplir ce rôle est saint Jean Gnnlbert ; nous ne voyons rien dans sa vie qui autorise à le lui appliquer plus particulièrement; mais rien non plus ne s'y trouve qui s'oppose à ce qu'il puisse le prendre ; et c'est un trait d'habileté de la part du peintre que d'avoir établi ce contraste ; de même saint Bomuald sert à faire valoir saint Benoît, saint Pierre martyr sert à faire valoir saint Bernard, parce que, dans des sentiments analogues, sans être sacrifiés, ils ont un pen moins d'intensité.
Saint Thomas, qui vient en dernier lieu, est senl de son espèce dans la plénitude de sa science ; mais ce n'est pas dans cette figure que nous admi-
rons le pins ce que le peintre angélique a su faire pour représenter l'Ange de l'École avec toute sa puissance ; nous recourons préférablement, pour juger de ce dont le pieux artiste était capable dans ce genre, à la tête que nous donnons ici et qui se voit au-dessus d'une porte, dans ce même couvent de Saint-Marc. Notre gravure n'a pu la rendre qu'imparfaitement : à la différence de la tête de la Vierge de la planche xx, qui a été amollie, celle-ci a été trop durcie ; mais quelle fermeté cependant dans cette attitude, et quelle pénétration dans ce regard! Il faut donc vraiment en conclure que le peintre des suaves affections, des élans extatiques, était aussi le peintre qui a peut-être su le mieux peindre les grands caractères ; et nous le dirions sans restriction si non s ne devions le comparer à Raphaël.
Nous allons en effet arriver à Raphaël ; mais Raphaël ne doit pas être examiné seul ; on ne peut le séparer du Pérugin qui l'a préparé, et du puissant rival dont l'exemple , plus qu'aucune autre circonstance , a déterminé la voie où en dernier lieu s'était engagé son génie.